‹ L'Écho de la jeune France (volume 2)Chapitre 72 sur 82 · II. C — 3*-' numà'o · texte numérisé non relu

II. C — 3*-' numà'o

qui avaient été fondées p:ir mes pères, ont par mes soins reçu de l'accroisscment , et se sont glorieusement embellies des dons que je leur ai faits , depuis que je gouverne le duché. Dix-sept couvens de moines et six de religieuses ont été bâtis , l'office divin s'y fait journellement avec pompe , et d'abondantes aumônes y sont distribuées pour l'amour du roi suprême. » .

Beaucoup des plus belles églises que l'on admire aujourd'hui da-^ tent de cette époque, véritable époque de renaissance 'y car après la terreur dont avait été frappé le monde^ quand il s'était cru près de sa fin , c'était comme s'il renaissait , comme si une nouvelle vie lui venait, alors qu'il voyait, qu'il s'assurait que Dieu lui permettait d'exister encore, et que des jours succédaient à des jours.

Ce serait une curieuse, une touchante histoire a faire, que celle de toutes ces vieilles églises, et l'on serait sûr d'intéresser le lecteur si l'on racontait bien l'origine de chacune d'elles. Ici, où vous voyez cet autel élevé à un Dieu de paix , un roi , au casque couronné, un roi encore armé et couvert de la poussière du combat, sur le champ de bataille où il a vaincu, a marqué avec son épée rougie le lieu où il faisait vœu de bâtir une église.

Ailleurs, c'est une duchesse de Normandie, Mathilde, qui, apprenant que son glorieux époux, Guillaume-le-Conquérant, vient de vaincre à Hastings , consacre à Dieu une chapelle et un prieuré sous le nom de Bonne-Nouvelle.

Dans cette vallée si solitaire et si tranquille, au milieu d'une belle nuit étoilée, la reine des anges est apparu à des pèlerins, et leur a dit : Élevez-moi ici un autel parmi tous les lys qui croissent dans ce champ, et quand vous viendrez me prier dans cette solitude, vous m'appellerez Nolre-Dame-des-Lys.

Et cet autre oratoire qui se voit de loin sur la côte de llonfleur , c'est la chapelle de Notre-Dame-de-Grâce ; c'est là qu'est Tautel aimé des matelots, c'est là qu'ils viennent appendrc aux saintes murailles leurs tableaux d'ex voto , après leurs périls et leurs naufrages. La première chapelle qui a été vue sur la montagne qui domine Honfleur avait été bâtie par un duc de Normandie , Richard , qui, s'étant ti'ouvé en danger sur mer, fit le vœu de bâtir sur le rivage trois églises en l'honneur de la sainte Vierge, s'il échappait au péril qui le menaçait. Ayant obtenu la grâce qu'il demandait , il fit élever Notrc-Dame-de-

la-délivrance près de Caen , Notre-Damc-de-Gràce près d'Honfleur, et Notre-Dame-de-Pitié sous son château d'Harfleur.

Cette chapelle de Notre-Dame-de-Grâce, bâtie par Richard-le-Magnifique à quatre cents pieds au-dessus de la Seine, n'existe plus; un tremblement de terre a fait ébouler dans les eaux le terrain sur lequel elle avait été construite.

En 1602, ce ne fut plus un magnifique prince qui fît rebâtir la chapelle, mais un nommé Gonnier, employé au grenier à sel. A cet humble nom il faut joindre ceux de M. de Fontenay et de mademoiselle de Montpensier, fille du révérend père Ange de Joyeuse, qui s'était fait capucin après la mort de sa femme.

Il y a un proverbe trivial qui dit : Les murs ont des oreilles. Moi je voudrais que les murailles de nos plus vieux, de nos plus beaux monumens pussent parler... Quels élans de foi, de piété, de gratitude, elles nous raconteraient. . ?

A quoi bon explorer des pays ? A quoi bon visiter de vieux édifices et aller saluer des ruines , si on ne leur demande pas : — Ql'avezvous vu ?

Moi, j'ai la manie d'interroger jusqu'à la plus petite pierre taillée ou sculptée, jusqu'au plus mince personnage que je trouve dans les lieux que je vais visiter.

Sous le porche de la chapelle de Notre-Dame-de-Grâce, je questionnai une femme qui vend des chapelets , des images et des bouquets bénis ; je la priai de m'expliquer un des ejc voto que je venais de voir appendu aux murs de l'oratoire.

Voici ce qu'elle me raconta : madame Nollent d'Herbetot avait chez elle sa famille rassemblée , on était invité pour un baptême.... On attendait avec impatience, on comptait les jours, enfin madame d'Herbetot accoucha.... mais d'un enfant mort!... Les parens s'étaient réunis pour une fête , les voilà qui vont pleurer avec la pauvre mère !

Pleine de confiance dans Notre-Dame-de-Grâce, la jeune mère chrétienne ne voulut pas que l'on fit un petit cercueil pour son enfant. Mettez-le, dit-elle, dans une corbeille^ avec des roses blanches, et allez le déposer sur l'autel de Notre-Dame-du Rosaire. Quand il sera là , devant la Vierge mère , vous tous, mes amis , qui étiez venus pour vous réjouir avec moi , tombez à genoux et priez. Priez avec ardeur que mon nguveau-né soit rendu à la vie et à mon amour. Ainsi que

madame cl'Herbetot l'avait voulu, il fut fait. L'enfant ne donnant, aucun signe de vie fut porté à Li chapelle et déposé sur l'aulel du Rosaire. Alors on commença les litanies de la sainte Viero^e... Oh! vous devinez avec quelle ferveur tous les parens de l'accouchée priaient ! déjà on avait dit :

Mater Christi!

Mater amahilisl Mater Salvaioris!

Et tous les yeux fixés sur la corbeille n'avaient vu aucun mouve-i ment — La pauvre petite créature restait immobile comme une petite?* statue de marbre , et chacun voyait avec anxiété les litanies avancer. Encore quelques appellations à la sainte Vierge, et la prière qui devait ressusciter l'enfant serait finie

Le prêtre en était presque aux dernières paroles , déjà il avait i chanté d'une voix émue. •>

Stella matuthial Salus infirmovum !

Et sur l'autel aucun mouvement

Il avait continué :

RcJ'ugiiim peccatoruml '

Consolatrix afflictoruml

Hien... Rien encore... On allait désespérer , quand soudainement , miraculeusement à ces paroles :

Rcgina angelonim !

le petit ange leva ses mains vers lu Reine des anges.

Oh! alors que de joie dans la chapelle de Grâce, et quels inefi'ables délices au cœur de l'accouchée quand on lui rappoi'ta son enfant!

Vous le voyez, l'oratoire de la Montagnc-de-Gràcc nous a donné un souvenir d'enfance et de maternité.

Voici un souvenir d'un autre genre, un souvenir de guerixî et de liberté encore raconté par une église, écoutez : V,

Il s'est passé jadis dans la magnifique abbaye de Saint-Étienne de Caen un trait bien connu dans les annales de Normandie, et qui montre quel était le pouvoir de celte clameur de liaro^ que des éty-

luologistes veulent faire dériver de ce cri lia ! roi. en mémoire de Ilollon.

Le conquérant de l'Angleterre, le puissant Guillaume venait de terminer sa carrière de prince et de soldat; sur sa couche de douleur il venait de faire entendre et de sages conseils à ses fils , et de pieuses paroles de foi et de repentir... Son corps, tout cadavre royal qu'il était , restait abandonné , et celui qui avait conquis [un glorieux trône allait manquer d'un tombeau , quand un gentilhomme normand nommé Herluin se chargea des obsèques et fit transporter les restes de son ancien maitre à la sépulture qu'il avait désignée.

Le convoi de Guillaume-le-Conquérant approchait de l'église de Saint-Étienne, magnifique sépulcre que le prince chrétien s'était choisi. Toutes les pompes de la religion, tous les hauts dignitaires du clergé, Guillaume, archevêque de Rouen, Eudes, évèque de Bayeux, Gilbert d'Évreux, Gérard de Seez, Gerbert de Saint-Wandrille, Guitard de Jumiéges, Nicolas de Saint-Ouen, tous prélats ou abbés puissans et de haute renommée, escortaient le cercueil.

La procession funéraire s'avançait lentement entre deux haies de peuples; on n'entendait que le glas des cloches et le chant des prêtres. . . Tout-à-coup un bourgeois de Caen, nommé Ascelin, se jette à rencontre de la châsse royale , en criant Haro ! Haro!

A ce cri , tous s'étonnent et s'arrêtent, et Ascelin élevant la voix fait entendre ces paroles sous les voûtes sacrées :

« La place où vous voulez enterrer ce corps est h moi! Le roi, )) n'étant encore que duc, en a dépossédé mon père pour construire » ce monastère. Je réclame mon terrain, et jem'oppose à ceque l'usur- )) pateur y soit inhumé. »

A cette voix, le cercueil qni allait être descendu dans la fosse est déposé sur les dalles du sanctuaire, l'inhumation est suspendue. On examine la réclamation d'iVscelin ; elle était juste : et avant de confier à la tombe la dépouille du monarque le plus puissant de la chrétienté , il fallut compter au bourgeois de Caen le prix de la terre où le roi avait voulu dormir.

Nos temps modernes et constitutionnels n'offrent pas beaucoup d'exemples plus frappans de respect à la propriété.

Je le répète, les églises du catholicisme sont de tous les témoins des siècles passés ceux qui peuvent nous redire davantage : elles ont

à nous parler delà vraie liberté, de la véritable indépendance, et de la seule égalité qui soit désirable dans la société. N'est-ce pas là que le riche et le pauvre , que le roi et le mendiant s'agenouillent à la même table et appellent Dieu Notre Père ? N'est-ce pas sur le seuil d'une église qu'un pape a dit a un empereur : Fais pénitence , et tu entreras !

N'est-ce pas dans les sanctuaires, en face des autels, que les monarques qui recevaient le sacre de la royauté juraient de faire bonne justice à leur peuple ?

N'est-ce pas la que le prêtre leur disait comme aux simples hommes : Souvenez-\^ous que vous êtes poussière, et que vous retournerez en poussière ?

N'est-ce pas là que la voix de la religion répétait aux puissans du monde : Dieu seul est grand?

N'est-ce pas là que l'on enseigne aux heureux la compatissancc envers ceux qui sont dans l'adversité? et à ceux qui sont dans la misère la résignation? — Oui, toute histoire, toute morale, toute poésie se rattachent à nos églises; et le voyageur, le poète et le moraliste font bien de les visiter , car là ils trouvent toujours des émotions pour le cœur , et des ailes pour élever leur esprit.

Vicomte Walsh.

Chez nous, c'est une vieille habitude; d:ihs toutes nos explorations, nous nous sommes toujours fait raconter les histoires des châteaux, des chapelles, des abbayes, des églises, des débris, des ruines que nous avons visités. Aussi nous pouvons assurer que V Histoire des Moinimcns religieux de notre vieille France chrétienne serait une ravissante histoire; nous l'avons entreprise, et de temps eu temps nous en donnerons des fragmcns aux lecteurs, de la Revue Catholique.

as^^a^a©^!?

ET

RÉTABLISSEMEIVT DU CULTE EIV FRANCE,

Les révolutions politiques ne s'accomplissent jamais sans jeter une grande perturbation dans les esprits; en frappant la société au cœur-, elles l'atteignent aussi à la tête, et rien de plus difficile à guérir que cette congestion intellectuelle qui bouleverse toutes les croyances, tous les principes, toutes les idées.

Le triomphe remporté sur le droit établi , quel que puisse être le prétexte ou la cause de l'agression , n'ébranle pas seulement l'autorité de la loi, il fait chanceler l'autorité de la morale , et il est rare que l'audace encouragée par la victoire s'arrête aux choses de la terre ; la religion , qui devrait toujours rester en dehors des luttes humaines et n'être exposée comme les flèches de ses temples qu'aux foudres du ciel, voit le feu de la sédition , après avoir couru autour d'elle , gagner le sanctuaire et menacer jusqu'au tabernacle. Il n'est pas d'erreur, pas d'utopie , pas d'absurdité qui ne saisisse avec empressement dixns une révolution l'occasion de se produire: c'était le jour attendu, l'heure promise, il faut qu'on en profite ; dés qu'une voix crie : u Nous avons table rase, )) chacun se hâte d'apporter ses idées, c'est à qui remplira le vide et fera flotter son drapeau sur la société nouvelle. On n'agirait pas autrement si , au lieu des vieilles nations de l'Europe , il était question d'un peuple vierge découvert tout-à-coup dans quelque solitude des mers ; des plans d'éducation sociale jaillissent au hasard des imaginations en travail; il va concours d'extravagances, souvent même de crimes, et le niveau sacrilège qui croit pouvoir passer sur tout, parce qu'il a écrasé l'œuvre de l'homme, vient se briser avec éclat contre l'œuvre de Dieu.

Le temps où nous vivons semblait avoir, dans son indifférence en matière religieuse , un préservatif infaillible contre cette contagion de l'anarchie ; il est loin d'y avoir échappé cependant : les fiiits d'une autre époquç ont reflué vers nous ; le torrent qui s'est débordé a roulé

autant de limon que de débris, et, tandis que l'eau baisse et se retire, on se demande avec ctonnement ce que l'ont là ces dépôts impurs qui affligent la vue et corrompent l'atmosphère. Laissez de côté , si vous le voulez , tous ces révcs philosophiques dont la seule ambition est de se réaliser en sectes et qui ne peuvent y parvenir , mais voyez ces systèmes plus avancés et moins indigens qui ont un sacerdoce et des autels en attendant une religion ; ne reconnaissez-vous pas là les conceptions déistes ou théophilan tropiques d'une autre époque !

Spectacle étrange! toute l'hérésie qu'on nous montre s'épuise sans pouvoir faire un schisme ; la foi manque au prédicant comme au néophyte ; on ne distingue pas même une idéologie sincère au fond des paroles ou des actes : n'est-il pas sensible que, sans espoir d'édifier, on ne songe qu'à détruire , et que tous ces cultes , soutenus avec tant de sollicitude par des hommes qui n'ont souci d'aucune croyance , ne sont dans la pensée de ces protecteurs hvpocrites que des machines de guerre attachées aux flancs de l'Église catholique ? Dans la naïve partialité de leur tolérance, ces prétendus philosophes admettent toutes les religions , excepté la véritable ; ils se passionnent pour le consistoire , ils s'enflamment pour la synagogue^ et sont prêts à sonner le tocsin dans le premier temple venu, pourvu que ce ne soit pas celui où priaient et nos pères et nos rois ; nulle contradiction, cependant, entre leur indifférenlisme réel et cette ardeur de sectaires : la conduite qu'ils tiennent, inconséquente en apparence , est d'une logique rigoureuse; c'est la révolte , la révolte seule qu'ils défendent et qu'ils préconisent. Peu leur importe qu'elle se présente la pique ou la crosse à la main , le bonnet phrygien sur la tête ou l'étole au cou , qu'elle soit pour les huguenots ou les ligueurs , luthérienne ou calviniste , papiste ou anglicane ; dès qu'elle s'est fait connaître, ils se découvrent avec respect, ils marchent devant elle en criant : Chapeau bas ! et s'empressent de faire ranger la foule sur son passage ; sa présence sanctifie tout à leurs yeux, tout, jusqu'au catholicisme ; ils ont fait cortège aux insurrections catholiques de la Pologne , de la Belgique et de l'Irlande , avec la même ferveur de zèle que s'ils eussent accompagné la cynique procession qui promenait dans Paris les débris de l'archevêché et de Saint- Germain-l'Auxerrois.

Dès qu'un conflit s'élève dans l'Église, observez de quel côté ils courent se placer ? n'est-ce pas toujours de celui qui attaque ? ne pèsent-ils

pas de tout leur poids sur le levier qui ébranle? ne prétent-ils pas toute leur activité h l'élément qui désorganise? Quand jM. de Lamennais , sublime défenseur des doctrines conservatrices , s'efTorçait de secouer la torpeur du siècle et de ranimer la foi au sein de la chrétienté , ontils eu des appîaudissemens ou des éloges pour sa magnifique parole? non ; mais aussitôt que son génie s'est égaré et que sa voix a entonné l'effrayant Credo de l'anarchie , ils lui ont donné l'accolade fraternelle, ils l'ont hissé sur le pavois , et toutes leurs presses ont gémi nuit et jour pour populariser son manifeste ; que demain le même prêtre retourne au Vatican et fléchisse encore une fois ie genou devant l'autorité de l'Église, vous les verrez lui retirer à l'instant leur faveur et appeler sur sa tête découronnée toutes les huées et tous les sifflets dont ils disposent. Descendez plus bas ; allez jusqu'à cette apostasie de faubourg qui ne serait qu'une risible parade si elle ne s'adressait pas aux passions brutales de la populace. Voilà cette Église, objet des dégoûts de la France, qui ose s'appeler Église française ; \\n déserteur du clergé national, en rébellion ouverte contre l'éternelle loi du sanctuaire, qui s'intitule primat et qui n'entend relever que de lui-même, v parodie tous les signes de la religion en présence de quelques spectateurs curieux ou stupides. Eh bien ! supposez que cet homme , doué , à défaut de conviction , du talent qui lui serait nécessaire pour son rôle de réformateur, réussît tout-à-coup à séduire la multitude et à la pousser au renversement de l'Église romaine ; supposez qu'il parvînt à entrer en triomphateur dans nos saintes basiliques et à poser ses vases profanes sur les autels bénis par nos évêques ; quelle serait , dites-nous , la durée de son usurpation ? Ceux qui soutiennent aujourd'hui sa révolte, mais qui se gardent bien d'aller prier dans son temple , iraient-ils alors? il faudrait, pour qu'il en fût ainsi, leur prêter un besoin de foi , et ils ne sont mus que par un besoin de bouleversement ; il faudrait admettre qu'ils croient à quelque chose , et ils se glorifient de ne croire à rien. Qu'arriverait-il donc? qu'ils briseraient d'une main dédaigneuse un instrument devenu inutile; comme, après l'abjuration du primat constitutionnel Gobel, et l'abolition générale du culte catholique, ils ont brisé tour h tour sur l'échafaud et le culte humanitaire d'Anacharsis Clootz, et le culte athée de Ghiumette , et le culte déiste de Robespierre, faisant des ruines avec des ruines jusqu'à ce que tout fût en poussière sous leurs pieds*

On oublie vite en France, et l'on pourrait s'en féliciter, si c'était la charité qui fît oublier; mais, par malheur, c'est un sentiment plus frivole , de sorte qu'il y a toujours un chemin de retour ouvert aux vieilles fautes, et qu'elles se représentent avec un air de nouveauté qui ne contribue pas peu à l'accueil qu'elles reçoivent. Assurément , moins d'orages auraient grondé dans la région politique , si les mémoires avaient été plus fidèles; il eut suffi peut-être de savoir bien une révolution pour en éviter une autre ; il en est de même dans l'ordre religieux: si l'on se souvenait mieux des erreurs, elles n'auraient qu'un temps; une fois mortes, elles ne renaîtraient jamais. Combien d'hérésies, combien de schismes qui n'ont fait que changer de noms en changeant d'époques! honneur donc à celui qui en éclaircira la généalogie, et qui en racontera toute l'histoire pour ce jeune clergé si plein de foi et de dévouement, que tant de sopliismes assiègent et dont les sentimens généreux excitent tant de perfides entreprises ! Quant à nous , la nature de ce recueil nous impose des bornes que nous n'essaierons pas de franchir ; toute notre pensée se résumera dans le tableau du grand cataclysme qui a terminé le dix-huitième siècle.

La philosophie sortant toute armée de l'Encyclopédie pour révolutionner la religion au nom de la morale , et renversant du même coup la morale et la religion ; puis , après avoir usé les idéologues^ usant les démagogues et fatiguant les bourreaux sans pouvoir remettre la société d'aplomb et trouver quelque chose à placer sur l'autel , telle est la terrible leçon que nous emprunterons à nos annales révolutionnaires, heureux sien ne faisant parler que les vérités de l'histoire, nous forçons quelques rêves d'aujourd'hui à se reconnaître dans les réalités d'alors et à s'évanouir d'effroi !

Le catholicisme avait toujours été en France la religion dominante ; depuis plus d'un siècle, son culte était le seul dont l'exercice public fut autorisé ; les institutions civiles et politiques étaient intimement liées avec les institutions religieuses; le clergé était le pre-

mîer ordre de l'état, il possédait de grands biens, il jouissait d'un grand crédit, il exerçait un grand pouvoir.

Cet ordre de choses disparut en 89, sous les coups redoublés de l'assemblée constituante.

Des vœux de réforme avaient été exprimés dans quelques cahiers, mais ils ne portaient que sur le temporel et proclamaient , sinon le respect des droits acquis , du moins celui de la propriété. L'assemblée usurpatrice qui s'était arrogé le pouvoir de faire une constitution^ supposant des abus dans tout, frappa sur tout, et désorganisa tout ce qu'elle ne confisqua pas.

(( Le peuple 5 dont elle prétendait tenir un mandat illimité, n'était pas sorti de la légalité, disait-elle, en séparant l'ordre religieux de l'ordre civil et politique, et en établissant de nouvelles circonscriptions ecclésiastiques qui renversaient ou érigeaient des sièges épiscopaux ; c'était son droit; » mais si absolue que fut cette dictature constituante , elle éprouva quelqu'embarras à consommer la spoliation qu'elle méditait. Gomment décréter, en effet, que les biens du clergé appartenaient à l'état sans violer tous les principes du droit civil ? Maury, appuyé par les principaux orateurs du côté droit, démontra sans peine que la plupart de ces biens provenaient de legs et de dons volontaires , ou avaient été apportés aux communautés par leurs membres ; on ne pouvait donc les réunir indistinctement au domaine public sans altérer dans son essence le droit de propriété. L'évéque d'Autun, auteur de la proposition, et le député Thouret eurent beau entasser sophismes sur sophismes , l'objection subsistait ; on eut secours à une argutie de chicane , à un misérable jeu de mots.

{( Vous convenez, dit Mirabeau^ qu'en certaines circonstances, en certains cas urgens^ l'Église a mis ses biens au service de l'état 5 il suffit : je propose de changer ce mot appartiennent en cet autre sont à la disposition de l'état. ))

Et cette rédaction de mauvaise foi fut adoptée aussitôt par une majorité qui dans tous ses envahissemens n'avait de scrupules que pour les formes.

La religion fut assimilée à un service public que l'état se chargea de doter. La cognée avait été portée dans l'arbre^ elle s'attaqua d'abord au tronc et parut ménager les rameaux ; le bas clergé fut l'objet d'une attention dont le but était de séparer sa cause de celle des

hauts prélats; il fut décidé que le traitement des curés ne pourrait pas être moindre de douze cents francs et se cumulerait avec la jouissance d'une maison presbytériale et d'un jardin. C'était un leurre ; déjà dupes une fois lorsqu'ils avaient abdiqué les privilèges de leur ordre pour se réunir au tiers-état, les membres du clergé des campagnes devaient être encore victimes de leur funeste confiance.

Née du prétexte d'un déficit, la révolution avait besoin d'argent ; elle entrevit dès ses premiers pas qu'elle en aurait beaucoup à dépenser et il lui en fallut beaucoup : après avoir dépouillé le prêtre, ne devaitelle pas dépouiller l'Église, battre monnaie avec les chandeliers des autels et faire fondre jusqu'aux cloches ?

L'assemblée constituante, affectant une tolérance philosophique, déclara , en abolissant les vœux religieux, que les cloîtrés seraient libres de continuer leur vie solitaire; mais en même temps elle s'empara de leurs biens et y subj?'âtua la promesse dérisoire d'une pension.

Un historien moderne (i), que nous aurons souvent lieu de citer, a fait une singulière apologie de toutes ces mesures qu'il a trouvées aussi légales que loyales.

« Poussant la prévoyance plus loin encore, a-t-il dit, l'assemblée établit une différence entre les ordres riches et les ordres mendians , et proportionna le traitement des uns et des autres à leur xuicien état ; elle en fit de même pour les pensions, et lorsque le janséniste Camus, voulant revenir à la simplicité évangélique^ proposa de réduire toutes les pensions à un même taux infiniment modique, l'assemblée les réduisit proportionnellement à leur valeur actuelle et convenablement à l'ancien état des pensionnaires: on ne pouvait donc pousser plus loin le mcnagcment des Jiabitudes , et c'est en cela que consiste le i'mtablc respect de la propriété. »

Cependant le législateur, moins épris de son œuvre que ne l'a clé l'historien, comprit qu'une spoliation n'était pas une réforme, et qu'après avoir détruit , il était nécessaire d'édiiicr : son premier essai ne fut pas heureux; ce fut cette constitution civile, grosse de violences et de persécutions, qui donna naissance à un schisme.

Entre autres dispositions, le projet organisait une nouvelle division

'C'O M. Thcs t. I, p. 193.

ecclésiastique , annulait tous les titres cxistans , et soumettait les évcques et les cures à l'clection populaire.

Le clergé se souleva d'indignation; et il eut tort, suivant M. Thiers, qui prétend que tous les prêtres catholiques auraient dû, au contraire, être pénétres de reconnaissance en voyant que l'on voulait bien songer à eux.

(( Hors Camus, dit-il , et quelques-uns comme lui , les membres de l'assemblée , élevés à l'école des philosophes , auraient traité le christianisme comme toutes les autres reliç^ions admises dans l'état et ne s'en seraient pas occupés; ils se prêtèrent à des sentimens que, dans nos mœurs nouvelles^ il est d'usage de ne pas combattre, même quand on ne les partage pas. Ils soutinrent donc le projet religieux et sincèrement chrétien de Camus. »

Par un entraînement inévitable , on avait passé des choses aux personnes ; on devait atteindre bientôt les consciences : un serment fut imposé par la constitution du clergé, sous peine, pour les réfractaires, d'être privés de fondions et de traitemens; on arrêta^ en outre, que tous les ecclésiastiques qui étaient députés donneraient l'exemple de la soumission, en prêtant serment dans l'assemblée même, huit jours après la sanction du nouveau décret.

C'est ainsi qu'au nom de la liberté on marchait de violence en violence; à peine a?ait-on dépouillé le clergé et remplacé ses biens par une pension arbitraire qu'on faisait dépendre l'acquittement de cette dette d'un engagement moral.

Le roi, qui n'avait déjà plus qu'une ombre d'autorité, tenta de résister; une émeute suscitée à propos lui força la main; l'assemblée triomphante se hâta de réclamer l'exécution du décret; mais il est plus aisé de rédiger des lois que de gagner les esprits et de changer les principes ; la plupart des ecclésiastiques refusèrent le serment imposé et furent remplacés dans leurs fonctions. Les prêtres catholiques se trouvèrent, de la sorte, divisés en deux classes, heureusement très-inégales en nombre : celle des assermentés et celle des non -assermentés ; partout où il y eut dissidence entre les ministres, les lidèles se divisèrent , et l'opposition qui existait entre les divers intérêts politiques rendit plus ardente celle qui existait entre les divers intérêts religieux. L'ouest et le midi furent bouleversés.

C'est au milieu de ce conflit que s'ouvrit V^fsenij^léQ Jégislative ;

elle entendit avec colère un rapport de Gensonné qui dépeignait les déplorables ravages du schisme naissant, et désespérant de concilier, elle résolut de sévir. Aux termes de la constitution qui ordonnait à tous les ecclésiastiques de prêter le serment civique , ceux qui refusaient de le prêter, en perdant la qualité de ministre du culte public et payé par l'état, conservaient, du moins, leurs pensions de simples ecclésiastiques et la liberté d'exercer privément leur ministère. L'assemblée législative ne trouva pas ces dispositions assez rigoureuses ; elle exigea de nouveau le serment, priva ceux qui le refuseraient de leurs pensions, décréta qu'ils pourraient, sur Tordre des autorités départementales^ être déportés d'un lieu dans un autre , et même incarcérés ; enfin, elle leur défendit le libre exercice de leur culte particulier, et voulut que les corps administratifs lui fissent parvenir une liste avec des notes sur le compte de chacun d eux.

L'impression produite par ces fureurs délirantes fut d'autant plus vive que la masse des populations s'était naturellement tournée vers les prêtres demeurés fidèles à leur institution canonique ; tout ce qui restait en France de sentimens d'indéj^endance et d'équité se révolta ; un mémoire fut rédigé par les évêques et les prêtres qui n'avaient pas quitté Paris; le parti constitutionnel lui-même conseilla à Louis XYI, par l'organe de Barnave et de Lameth, de refuser ia sanction royale à un décret si monstrueux ; les ministres furent du même avis, et le directoire du département , bien qu'engagé par les antécédens de ses membres dans tous les intérêts de la cause révolutionnaire, fit aussi une pétition pour provoquer l'apposition du veto.

(( La constitution , la justice , la prudence , dit-il , ne sauraient admettre les mesures projetées ; on fait dépendre pour tous les ecclésiastiques non-fonctionnaires le paiement de leurs pensions de la prestation du serment civique , tandis que la constitution a mis expressément et littéralement ces pensions au rang des dettes nationales. Or, le refus de prêter un serment quelconque peut-il détruire le titre d'une créance reconnue? L'assemblée constituante a fait ce qu'elle pouvait faire à l'égard des prêtres non-assermentés; ils ont refusé le serment prescrit, et elle les a privés de leurs fonctions; en les dépossédant , elle leur a

laissé une pension L'assemblée législative va plus loin encore ; elle

veut que les ecclésiastiques qui n'ont point prêté le serment ou qui Tout rétracté puissent j dans les troubles religieux, être éloignés pro-

visoircment et emprisonnés s'ils n'obéissent à l'ordre qui leur sera intimé; n'est-ce pas renouveler le système des ordres arbitraires, puisqu'il serait permis de punir de l'exil et bientôt après de la prison celui qui ne serait pas encore convaincu d'être réfractaire à aucune loi?... L'assemblée refuse en outre à ceux qui ne prêteraient pas le serment civique la libre profession de leur culte ; or, cette liberté ne peut être ravie à personne ; elle est consacrée à jamais dans la déclaration des droits de l'homme, etc. , etc. »

« Ces raisons étaient^ sans doute excellentes, s'écrie M. Thiers, mais an n'apaise avec des raisonnemens Jii les ressentimens ni les haines des partis ; » d'où la conséquence implicite qu'en révolution il faut laisser agir à leur gré et les haines et les ressentimens, en un mot toutes les mauvaises passions.

Le directoire fut injurié, et sa pétition au roi fut combattue par une multitude d'autres adressées à l'assemblée législative.

Cette assemblée factieuse, sans s'inquiéter de la sanction refusée à son décret, en rendit un autre plus audacieux encore. Elle frappa les réfractaires de la déportation à l'extérieur. C'était sans jugement que les prêtres devaient être atteints et bannis. Le directoire du département avait le droit de prononcer la déportation sur la dénonciation de vingt citoyens actifs et sur l'approbation du directoire de district ou arrondissement; le prêtre condamné était tenu de sortir du canton en vingt-quatre heures , du département en trois jours , et du royaume en un mois.

L'infortuné Louis XVI ressentit avec douleur le contre-coup de ces décrets barbares ; son trône chancelait sous lui, mais il était déterminé à ne céder qu'à la dernière extrémité.

Le ministre Pioland vint lui porter au sein de son palais les menaces de la Gironde; il lui lut une lettre que lui avait composée sa femme et dans laquelle on remarque le passage suivant :

« La conduite des prêtres en beaucoup d'endroits, les prétextes que )) fournissait le fanatisme aux mécontens, ont fût porter une loi sage )) contre les perturbateurs : que votre majesté lui donne sa sanction ; » la tranquillité publique la réclame, et le salut des prêtres la sollicite. » Si cette loi n'est mise en vigueur , les départemens seront forcés de » lui substituer, comme ils font de toute part, des mesures violentes, )) et le peuple irrité y suppléera par des excès. »

Roland fut congédié , le roi épuisa sur lui les dernières forces de son pouvoir. Et aussitôt un langage sinistre se fjt entendre à la tribune ! (( L'assemblée a proposé un décret contre les prêtres, s'écria Vergniaud, et soit que le génie de IMédicis erre encore sous les voûtes des Tuileries, soit qu'un Lnchaise ou un Letellier trouble encore le cœur du prince, le décret a été refusé par le trône. Il n'est pas permis de croire , sans faire injure au roi , qu'il veuille les troubles religieux. Il se croit donc assez puissant , il a donc assez des anciennes lois pour assurer la tranquillité publique. Que ses ministres en répondent donc sur leurs têtes, puisqu'ils ont les moyens de l'assurer! ))

Le coup d'état révolutionnaire du lo août réalisa toutes les menaces de l'orateur; la couronne tomba et les proscriptions commencèrent. XXX.

(Zrt suite au prochain numéro. )

CHRONIQUE RELIGIEUSE

Fête de l'Assomption. — Processions au Canada. — Fêle de Napoléon chez Chàtel. — Ordination et prise d habit par Auzoïi. — Convoi à V Eglise française. — Affaire du sieur Pillot, au Pec. — Décision du conseil royal de l'instiuction publique qui refuse aiii prêtres de V Eglise française \<i àvoii d'être instituteurs primaires. — Pamphlet vendu auprès de l'arc-de-triomphe de l'Etoile. — Etal du saint-simonisrae en Egypte. — Refus de sépulture ecclésiastique et violation de trois églises par i'autorité civile. — Sacre de JM3I. les évcqucs de Baycu^: et de Séez ; entrée de leurs gr;;ndcurs dans leurs villes épiscopales. — Retraites pastorales : Beims, CliAlons, Troycs, Auch, Autun et Versailles. — IStutioii de l'Assomption à Metz, par M. Dcjîuerry. — Distribution des prix de vertu, et des prix fondés pour les ouvrages les plus utiles aux mœurs, dits Prix Monthyon. — Concours de l'université.

Le mois qui vient de s'écouler a été marqué, pour la France religieuse surtout, par une des plus belles fêtes de Tannée, par une de ces solennités qui parlent au cœur le plus dur, le touchant et l'attendrissent. Pourquoi faut-il que les réflexions que nous avait inspirées la Fcte-Diea se présentent de nouveau à notre esprit et se pressent sous notre plume I Hélas I la fcte do la mère n'a pas trouvé grâce plus que celle du fils ! A l'exception de cpiclques villes privilégiées , de Nantes, qui, pour la première fois depuis 1830, voyait la croix parcourir solennellen^ent ses rues ; de Marseille, qui n'oublie jamais ce qu'elle doit â Notre- Dame- de- h- Garde ; de Toulouse, où la jeunesse se montre si chrétienne et si fervente; de Moulins, et de quelques-autres villes, eu fort petit nombre, où le clergé a été rendu à une sage liberté; partout, comme il y a deux mois^ c'est dans les églises que s'est célébrée une fête qui semble, plus que toute au-

tre, devoir sortir de leurs enceintes trop étroites. Cette circonstance peut donner lieu à un singulier rapprochement. — Au Canada, sous un gouvernement protestant f au milieu d'une population protestante, autour àe \.e\\\\Aes protestans y les processions catholiques se font librement. Celle de la Fête-Dieu a été environnée, cette année, d'une pompe inusitée : à la musique des régimens se mêlaient les salves des canons des bâtimens en rade, et la compagnie de cavalerie qui ouvrait la marche était commandée par un juif, tandis que toutes les maisons des protcstans étaient élégamment tendues partout où devait passer le saint-sacrement ; c'est un exemple qui peut servir de leçon àplus d'un catholique. Il est vrai qu'en France, si nous ne pouvons pas jouir du libre exercice delaplus précieuse de toutes les libertés, de la liberté de notre culte dans toute son étendue, on laisse à la plus indigne parodie de nos mystères le droit de les tourner en dérision, chaque jour d'une manière plus révoltante. — Nous n'avons dit encore que quelques mots de la douloureuse surprise qu'ont éprouvée les catholiques^ à la vue du spectacle inoui qu'offre le temple de Chatel : à nos réflexions nous pouvons mallieureusement ajouter des faits nombreux qui ne les justifient que trop, et qui nous semblent propres, à la fois, à éclairer tout ce qui porte un cœur honnête, et à montrer jusqu'où l'on peut descendre quand on abandonne la vérité. Nous ne dirons rien de la fête solennelle en l'honneur de Napoléon , célébrée, le 15 août, dans Y Eglise française du faubourg Saint-jMartin ; nous ne nous arrêterons pas davantage sur une prétendue ordination, suivie d'une prise cV habit , cérémonies données comme un spectacle aux habitués de Y Eglise française dissidente, fondée par le sieur Auzou. Quelqu'indignation que soulèvent en nous d'aussi sacrilèges profanations , nous serions peut-être moins bien compris de ceux auxquels nous désirons que nos paroles remontent. Mais quand on verra que ces prétendues églises ne sont que des foyers de désordre et de corruption, que les passions politiques y trouvent un centre et un aliment, on sentira sans doute alors que le mal demande un remède, le torrent une digue, et qu'il est temps de faire rentrer dans l'ombre une secte dont tôt ou tard les enscignemens paraîtront avec toutes leurs dangereuses tendances. — Tous les journaux ont répété que, le 3 septembre, un corbillard escorté de trois à quatre mille hommes, a conduit de l'hôpital de la Clinique de l'Ecole de Médecine au temple de Chatel, pour le transporter ensuite au cimetière du Mont-Parnasse, un ouvrier mort, sans doute, dans la foi de V Eglise française ; mais tous n'ont pas ajouté que cet ouvrier était un sieur Caulet, républicain, blessé dans les affaires de juin, que le discours prononcé à cette occasion a parfaitement répondu aux sympathies d'une telle assistance, et qu'enfin des désordres graves ayant succédé à la cérémonie, des arrestations ont dû être faites par l'autorité. Nous devons ajouter cependant que le convoi n'était point composé de trois à quatre mille hommes, mais tout au plus de six cents. — Au reste, l'arbre commence à porter ses fruits : déjà les tribunaux doivent appeler à leur barre les partisans de cette singulière religion. A liantes (Seine-et-Oise), le maire a sagement refusé d'autoriser un sieur TruUert à tenir, dans sa maison, des assemblées religieuses selon le rit de V Église française ; mais au Pec, près de Saint-Germain-en-Laye, l'autorité moins prévoyante n'ayant pas su arrêter le désordre avant qu'il éclatât, adûfermerd'office le local occupé par un sieur Pillot, se disant m inistre chrétien ^directeur de fÉglisefi-an-

çaise unitaire^ et y mettre les scellés. Après plusieurs menaces et diverses réclamations au procureur du roi et au ministre de la justice et des cultes (réclamations demeurées sans réponse), le sieur Pillot les a brisés publiquement, le dimanche, 31 juillet, en présence du maire qui le protège, et qui le lui avait même conseillé : une seconde apposition de scellés a été suivie, de la part du sieur Pillot, d'ime nouvelle violation du sceau de l'autorité. De là, citation devant le juge d'instruction à qui le prévenu a refusé de déclarer s'il est prêtre ou non^ renvoi devant le tribunal de police correctionnelle, et enfin condamnation contre ce prétendu ininistrcy à six mois de prison et aux frais, et dissolution de son association religieuse. Si l'espace nous le permettait, nous dirions quelque chose de la singulière défense de l'accusé prononcée par M. Ferdinand Barrot, qui a avancé c\\xe.\di concurrence améliore les religions comme toutes les autres choses humaines, rangeant ainsi la religion au nombre des inventions des hommes, toutes susceptibles de perfectionnemens;nous examinerions aussi les considérans du jugement, basés uniquement sur la législation, et dans lesquels la saine morale n'a pas même été envisagée comme motif puissant à invoquer contre l'accusé ; nous nous contenterons d'ajouter aux faits qui précèdent, que partout où paraît un prêtre de V Église française^ le désordre semble naître à sa présence ; que tous ces misérables, revêtus d'un costume sacré, sont obligés d'avouer qu'ils ne sont pas même prêtres de la façon de leur chef, et de montrer ainsi que toute leur mission n'est qu'un mandat qu'ils se sont donné pour exploiter les vices et la coriuption des classes inférieures. Par une décision récente, le conseil royal de l'instruction pul^lique a formellement prononcé que tout prêtre de V Église française ne peut remphr les fonctions d'instituteur primaire : souffrira-t-on que celui à qui on n'ose pas confier l'éducation des enfans du village, y ouvre un local public, et y enseigne à tous ce qu'on lui refuse le droit d'apprendre à quelques-uns ? Ce sont là des contradictions auxquelles il serait bon de mettre terme. Et puisque nous parlons des catho^ liques français, qu'il nous soit permis de signaler un fait d'autant plus important^ qu'il n'a pu être ignoré de la police, à laquelle même on a dû demander une permission. Pendant les premiers jours qui ont suivi l'inauguration de V Arc de triomphe de l'Etoile, on a distribué et crié autour du monument un pamphlet intitulé : le Triomphe de la Cicilisation, pamphlet sur la dernière page duquel on lit : distribué par Lcclair et Marie Adam son épouse j munis de F autorisation de la loi. » Or voici un passage que nous copions textuellement dans cette brochure, en soulignant ce qui nous paraît plus digne d'attention : « Depuis la révo* )» lution de 1830, une société de bons prêtres, vrais amis de la religion et de la mo'- » raie, s'appuyant sur l'art. 5 de la Charte de 1830, et de l'art. 8 des dis- » positions supplémentaires de la même Charte, célèbrent dans plusieurs églises » de Paris, et dans plusieurs départemens, aç^cc ai^antagc, les cérémonies de la » religion Catholique française j en place de la catholique apostolique et romaine. La » religion Catholique française est épurée de tous ses vices, toutes les prières et les » hymnes sont en français ; on ne paie pas les chaises ; on célèbre les mariages sans jo avoir besoin de dispenses, ni de confession ; on y baptise à l'eau tiède et seule- » MENT DU BooT DU DOIGT : OU cst enterré suivant ses facultés, et même le tout >• est gratis ; mais si on désire une grande cérémonie, on donnera moitié pour >» l'hospice et moitié pour la cérémonie, et selon ses moyens^ on y instruira ^rafzx

» tous les pauvres qui fréquenteront ces églises. On dit que les piètres consti- » tutionnels doivent prêter serment au roi citoyen et à la Charte, et qu'ils pour- » ront se marier. On ne peut pas dire que ce soit affaiblir la piété des fidèles » que d'obliger les prêtres à faire approuver par le roi leur vœu et leurs bonnes » intentions ; comme c'est lui qui doit prêter la main à leur exécution et qui M en doit être le protecteur, il est juste qu'ils soient autorisés de son approba- » tion. Les prêtres de la religion française ne veulent pas dépendre du pape ni des » archevêques. ]M. Tabbé Chatcl, homme de lettres recommandable, est le chef de » cette religion. »

Nous dénonçons hautement ces dégoûtantes infamies à l'indignation publique qui prononcera si c'est le pamphlétaire obscur qui en assume la responsabilité, ou celui dont le visa peut seul permettre qu'on les répande. Ce n'est pas, au reste, que la religion catholique ait rien à redouter pour elle-même des dérisoires cérémonies qui l'affligent : chaque jour vient montrer à quoi aboutissent tous les efforts tentés pour briser la pierre sur laquelle elle est fondée ; mais n'est-il pas important de préserver des ravages de l'erreur ceux qu'elle peut atteindre, et de hâter le moment où elle ne fera plus d'autres victimes? L'erreur nouvelle passera, comme ont passé les anciennes hérésies, comme s'est éclipsé le saint-simonisme qui, né dans le luxe et dans la débauche, expire en ce moment, avec ses derniers adeptes convertis au mahomctisme. La terre d'Egypte a été fatale à religion de Saint-Simon : sur vingt-un pères qui avaient accompagné le père Enfantin, cinq ont été enlevés par la peste, un sixième est mort des suites d'une maladie ordinaire, quatre ont abjuré publiquement la religion chrétienne pour prendre le turban (l'ancien colonel Selves est maintenant Soliman- Pàcha)j un onzième a disparu, et le reste est dispersé dans d'autres contrées de l'Orient. Ce n'est donc pas pour lui que le catholicisme élève la voix ; mais pour les faibles du troupeau, pour la saine morale publiquement outragée, pour la vérité contre le mensonge : s'il se plaint, c'est de ce qu'au sein de la capitale il existe un lieu de saturnales et de profanations, rendez-vous de toutes les passions mauvaises, aliment de toutes les corruptions; voilà ce qu'ilsignale et ce qu'il déplore comme un malhein-, non-seulement aux yeux du chrétien , mais aux yeux des honnêtes gens.

Ces parodies sacrilèges trouvent d'ailleurs trop souvent dos esprits orgueilleux qui les copient, et qui osent, à leur tour, usurper des fonctions qu'il n'est pas en leur pouvoir de remplir. Les refus de sépulture ecclésiastique sont en général assez rares, et toujours provoqués par des motifs que les règles de l'Eglise ont jugés devoir mériter la privation de ses prières. Il semblerait naturel , dès lors , que l'autorité civile , prévenue des dispositions de l'autorité ecclésiastique , bornât son intervention à maintenir l'ordre dans un convoi qui, présenté à l'église en l'absence du clergé et malgré lui, n'a plus le caractère que d'une violence et n'est qu'un acte matériel qui ne peut être ni utile au défunt, ni agréable à sa famille. Cependant, on voit trop souvent les maires, dans les petites villes surtout, méconnaître tout à la fois et leurs droits et leurs devoirs au point d'introduire dans l'église, et d'y environner d'un simulacre d'absoute, les restes de leurs administrés dont le curé n'a pas cru pouvoir bénir K^ dépouille mortelle. A Saint-Julieu-en-Born (diocèse d'Aire), un adjoint

a, dernièreiiient, dans une circonstance semblable, forcé la porte du clocher, fait sonner à grande volce, porté la croix, clianté le Libéra dans l'église, etc. ; et à Charmoy (diocèse de Sens), le maire , dans l'intervalle de moins de deux mois, a renouvelé deux fois le même abus de pouvoir, et y a ajouté encore en faisant de Y eau bénite : puis il a publié, sous le singulier titre de Lcltrc encyclique à M. V archevêque de Sens, un factum in-4'', de quarante-huit pages, rempli de déclamations, d'injures et d'impiétés. Quand les maires oublient à ce point la première obligation de leur ministère, le maintien de l'ordre, et se font les fauteurs de l'anarchie , l'autorité supérieure ne devrait-elle pas, par la destitution immédiate du coupable , et par un avis à tous, prévenir le retour de scènes aussi scandaleuses ?

A côté de ces impies cérémonies, plaçons le tableau si touchant de celles que le catholicisme célèbre dans toute la pompe de son culte. Le dimanche, 14 août, a eu lieu à Paris, dans la chapelle des Dames-du-Sacré-Cœur , le sacre de M. l'évêque de Bayeux. M. l'archevêque de Paris, assisté de MM. les évêques de Nancy et de Versailles, a consacré l'évêque élu; le sacre de M. l'évêque de Séez s'est fait à Meaux, le dimanche 21, par M. l'évêque de Meaux, assisté de MM. les évêques de Châlons et de Nancy. Cette dernière solennité a été fort imposante; les fidèles de Meaux, qui, depuis 80 ans, n'avaient pas été témoins de cette belle cérémonie , ont témoigné à leur ancien pasteur, maintenant appelé à une si éminente dignité, le plus tendre attachement. L'émotion a été gégénérale quand on a vu , au moment où le nouvel évêque descendait les degrés du sanctuaire pour bénir l'assistance, sa sœur, mère de famille , se présenter, portant dans ses bras sa petite fille âgée de deux ans, et recevoir la première bénédiction du prélat. Les regrets qu'ont laissés dans leurs paroisses MM. Jolly et Robin sont, pour les diocèses qu'ils vont gouverner, un gage précieux de tout le bien qu'on peut attendre de leur administration : leurs lettres pastorales, dont nous aurions voulu pouvoir citer quelques passages, ont déjà appris à leurs diocésains àconnaître le cœur des deux prélats qui leur parlent avec une tendresse et une piété singulièrement propres à prévenir en leur faveur. Aussi l'entrée de M. l'évêque de Bayeux dans sa ville épiscopale, le 25 août, et celle de M, l'évêque de Seez, le 8 de ce mois, ont-elles été pour les cités deux jours de fête. Nous regrettons de ne pouvoir ajouter à ces détails les nominations aux sièges vacans depuis trop long-temps ; mais le même silence continue à être gardé par le ministre; on a seulement la certitude qu'aucune proposition n'a été faite encore. Nous ne pouvons que répéter de nouveau combien sont fâcheux de tels retards, dont il est difficile d'expliquer raisonnablement la cause, et qui privent quatre diocèses de leurs pasteurs pendant un si long espace de temps.

Les retraites ecclésiastiques se poursuivent avec une admirable activité; au nombre que nous avons cité dans notre précédent numéro, nous devons ajouter celles :de Soissons, commencée le 28 juillet et terminée le 4 août; de Reims, de Châlons et de Troyes, prêchées par M. l'abbé Hilaire-Aubert; d'Auch, par M. l'abbé Gaudelin ; d'Autun, par M. l'abbé Dufêtie ; de Versailles, par M. l'abbé Ballier, supérieur du grand séminaire. — Pendant que le clergé va se fortifier ainsi dans la solitude, par la méditation des vérités saintes, la parole de Dieu ne manque pas plus aux fidèles qu'à leurs pastevus. Ujie neuyaiiae de conférences religieuses

a été ouverte à Metz, le 7 août, devant une assemblée nombreuse, par M. l'abbé Deguerry, dont plus d'une fois nous aurons à parhu* à nos lecteurs. La Gazette de Metz fait le plus grand éloge de l'orateur et de l'cfict produit sur l'auditoire par sa parole puissante. Si l'on veut régénérer la société et rappeler au milieu d'elle les vertus antiques dont on regrette si amèrement l'oubli, qu'on confie cette vaste et belle mission à des hommes apostoliques, qu'on leur laisse le libre passage, et l'on verra si leurs paroles n'exercent pas une influence plus salutaire que tous les moyens inventés par le philosopliisme pour améliorer les mœurs et propager la vertu.

Parmi ces moyens, il en est un que tout le monde connaît, ce sont les prix fondés par M. de Montliyon. Quelque bon que soit en lui-même le principe de la fondation, en ce qu'elle soulage des gens que leur dévouement a quelquefois réduits au besoin, n'y a-t-il pas quelque chose de déplacé à voir la i^crlit si modeste, si désireuse de cacher à tous les regards le peu de bien qu'elle a pu faire , obligée , aux termes du règlement , « de se présenter au secrétariat de l'Institut, » ou de se faire présenter par un fondé de pouvoirs , muni d'un titre notarié , » aûn de recevoir à bureau ouvert , comme un paiement de dividende , sa récompense pécuniaire? sans doute, ce n'est pas la vertu qu'on prétend payer par quelques centaines de francs ; aussi doit-on regretter que le fondateur de cette institution n'ait pas jugé convenable d'y faire entrer la religion : elle eût béni les choix des candidats, et ajouté un prix nouveau à l'encouragement qu'on leur distribue. Ne pouvant pas discuter ici une telle question , ni rechercher comment les réglemens des prix de vertu seraient modifiables, nous dirons seulement qu'on s'est accordé à applaudir, dans la séance de l'Académie du 11 août, le discours plein d'âme , de grâce , de finesse et d'esprit, dans lequel M. Charles Nodier a passé en revue les actes vertueux qu'on allait couronner.

Onze récompenses , dont la quotité varie de mdle à quatre mille fr., ont été accordées. Sur les onze personnes qui les ont obtenues , on compte six femmes. C'est parmi les femmes surtout qu'on découvre ces actes de vertu patiente , tranquille , résignée , qui durent pendant la vie tout entière , comme une vocation de Sœur-grise ; c'est à elles particulièrement que le ciel donne ces âmes inépuisables de charité , tandis qu'il fait les hommes pour un héroïsme plus soudain, plus éclatant , mais qui certes n'est pas plus admirable. — Si nous suivons le rapport de M. Charles Nodier , ici nous verrons mademoiselle Ménard , de Rennes, à qui le vénérable prélat du diocèse a rendu le plus beau témoignage , résistant, dès sa première jeunesse , à tous les plaisirs , à toutes les séductions du monde , pour consacrer sa personne et sa fortune entière au service des malheureux , et , ])endant l'invasion du choléra, appelt^ , elle, modeste et jeune femme, dans le conseil municipal de la ville , pour donner sou avis sur les moyens de soulager les malades indigens qui la regardent comme leur mère. — Plus loin , c'est Jeaiuie Buo , femme Aucouin , pauvre marin du Croisic , en Bretagne , recueillant et nourrissant des orphelins ; — puis Laurent Quêter , poissonnier à Douai , qui a sauvé, dans sa vie , vingt-neuf personnes sur trente-six , pour lesquelles il s'est d-évoué en se jetant dans la Scarpe. —'Après son histoire , M. Nodier a raconté l'héroïsme d'un danseur de corde d'Alençon , nommé Nicolas Piège , qui , après avoir déployé une intrépidité vraiment extraordinaire dans plusieurs incendies,

donna , les pieds et les mains encore tout brûlés , une représentation au bénéfice de ceux qu'il avait arrachés aux flammes ; coutumier de ces dévouemens , d'ailleurs homme de bonne conduite et de bonnes mœurs , dans une profession qui est loin d'être relevée , ce danseur de corde , a dit M. Nodier , est un tràs-honorahle citoyen. — Ensuite vient Jean-Baptiste Febvre , de Gripport , en Lorraine, se faisant , lui aussi, une habitude de sauver les malheureux près de périr dans les flammes ou dans les eaux. — C'est Jeanne Parelle , de Blois , poussant l'amour fdial , qui , par lui-même , n'est qu'un devoir , assez loin pour en faire une vertu sublime. — C'est Magdeleine Lambert , de Tours , se faisant depuis vingt ans la garde-malade de son ancienne maîtresse de couture. — C'est Giuseppe Pieri , de Prunelli de Fiumorbo , en Corse , transformant sa chaumière en un asile pour tous ceux qui soufl'rent. — C'est la veuve Wist, des environs de Coulommiers, gardant , adoptant , soignant dans un état permanent de maladie , un nourrisson que ses parens avaient abandonné. — C'est Claudine Treille , qui , dans les montagnes du Forez , a établi , elle , pauvre paysanne , une école gratuite , et s'en va de plus , institutrice nomade , enseignant cà et là les ciifans qui gardent les troupeaux. Fasse le ciel qu'on ne poursuive pas quelque jour Claudine Treille pour avoir instruit les indigens sans diplôme et sans impôt universitaire î -—C'est enfin Mai'guerite Wanez , de Nancy , maintenant parvenue à une extrême vieillesse , qui , à l'époque de l'émigration , quand les suppôts de la convention soudoyaient la délation chez les domestiques , s'en alla chercher en Amérique son maître proscrit et fugitif pour lui porter ses économies. — Tels sont les actes de vertu sur lesquels l'Académie a arrêté son choix. Et , remarquons-le bien encore , toutes les personnes qui ont montré de si beaux dévouemens étaient , non pas de ces parleurs de comités qui prennent un brevet de philantrope comme on prend une patente de marchand , et qui transmettent aux journaux chacun de leurs faits et gestes ; mais des gens simples de cœur , et surtout puisant dans la religion le principe de toutes leurs bonnes et belles actions. Jamais la charité ne fut plus distincte de la philantropie. Certes , au milieu de tous les exemples de démoralisation inouie dont nous sommes épouvantés chaque jour, en présence de cet égoïsme , de ce culte du Veau-d'Or , devenu le dieu de la société actuelle , ou bien de ces spéculations de charlatans qui trafiquent des sentimens les plus nobles pour s'en faire un échelon et une enseigne , on ne peut goûter de plus grande consolation que de rencontrer parfois sur son chemin de ces âmes cachées, faisant le bien pour le bien lui-même , que de trouver cette simple et pure vertu, qui , selon l'expression de M. Nodier, ne sait pas elle-même ce qu'elle est. — Avant la proclamation de ces bonnes œuvres avait eu lieu la lecture de l'ouvrage de M. Faugères , qui a obtenu le prix d'éloquence par son discours sur le Courage cif^il, et la distribution des prix fondés par M. de Monthyon pour les ouvrages les plus utiles aux mœurs. Voici la liste de ceux qui les ont obtenus : — 1° Prix de 8,000 fr. : M. Alexis de Tocqueville , auteur de l'ouvrage intitulé : De la démocratie en Amérique^ 2 vol. iu-8. — 1° Deux médailles de trois mille francs chacune: — M. L. A. A. Marquet-Yasselot , auteur de l'ouvrage intitulé: Jixamca historique et critique des dip'crs théories pénitentiaires , 3 vol. in-8. — M. Gustave lie lîeaumont, autcui* de l'ouvrage intitulé : Marie, ou V Esclavage iiif^'.- Etats-Unis , 2 vol. iii-8. — 3° Trois médailles de quinze cents fr. chacune :

M. Poujoulat, auteur de l'ouvrage intitulé : la Bédouine y 2 vol. in-12. — M. J.-B. Monfalcon , auteur de l'ouvrage intitulé : Code moral des ouvriers, 1 vol. in-8. — M. Éiuile Bères , auteur de l'ouvrage intitulé : les Classes ouvrières ^ 1 vol. in-8. — M. Yillemaiu a apprécié , avec le goût exquis qu'on lui connaît , les différens ouvrages couronnés par l'Académie. Ce jugement littéraire et moral a été couvert d'applaudissemens.

Puisque nous en sommes à parler des ouvrages et des actes couronnés par l'Institut , nous terminerons notre Chronique par quelques mots sur les concours de l'Université , renvoyant au prochain numéro le résumé des votes des conseilsgénéraux relatif au clergé, et quelques faits d'un intérêt moins actuel. — On l'a dit depuis long-temps , il faudrait à la société plus de principes et moins de phrases, plus de conscience et moins de raisonnemens. Or, veut-on savoir comment on cherche à donner aux élèves des collèges universitaires une idée des devoirs qui les attendent dans la vie? qu'on lise le programme pour le concours général de dissertation française en philosophie. Le voici textuellement : «i De )» ridée du devoir , et de celle du mérite et du démérite. — Décrire les phéno- » mènes moraux sur lesquels repose ce qu'on appelle conscience morale, sen- » timent ou notion du devoir , distinction du bien et du mal , obligation morale. ,) — Décrire les phénomènes d'où se déduisent la notion du mérite et du déme- » rite , et la légitimité de la peine et de la récompense. »

Nous le demandons maintenant , n'est-ce pas là un véritable amphigouri ? et si on le rapproche des sujets de concours donnés aux autres classes, ne sera-t-on pas porté à plaindre etles élèves qui ont dû s'escrimer sur des thèmes pareils , et la société qui reçoit une jeunesse formée à de telles écoles? En rhétorique , le sujet de composition était Sertorius , libérateur de l' Espagne ^ refusant les secours que lui offre Mithridate ; celui de dissertation française , une allocution d' Ainaury de Montfort à Louis- le- Gros pour l^ engager , après une défaite, à demander l'appui des communes et reconnaître leurs franchises et leurs privilèges ; aux élèves de 1 école polytechnique on a donné : Brutus avant la bataille de Philippes : or , on sait que la veille de cette bataille , Brutus et Gassius convinrent de se donner la mort s'ils avaient le dessous : car, dirent-ils , ou nous vaincrons, ok nous ne craindrons plus les vainqueurs : tous deux tinrent parole après la malheureuse issue des deux journées j mais n'est-il pas de la dernière imprudence de familiariser ainsi la jeunesse, si curieuse, si passionnée, avec l'idée du suicide? n'y a-t-il pas aussi une insigne maladresse à donner , comme sujet de composition , des faits historiques qui peuvent conduire à des allusions politiques peu voilées ;, compromettre l'avenir de ces jeunes gens, ou exposer au reproche de leur avoir tendu un piège. Et c'est quand on menace les petits séminaires de nouvelles entraves qu'on montre ainsi le vice déjà si connu de l'enseignement universitaire I — Les réflexions abondent à cet égard : nous y reviendrons probablement en nous occupant des mesures sur lesquelles on a consulté l'épiscopat , et par lesquelles on voudrait restreindre encore le peu de liberté laissé aux seuls établissemens dans lesquels les familles chrétiennes ont placé leur confiance, parce que seuls ils leur offrent les garanties qu'elles désirent dans les instituteurs de leurs enfans,

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