‹ L'Écho de la jeune France (volume 2)Chapitre 73 sur 82 · BEAUX-ARTS · texte numérisé non relu

BEAUX-ARTS

GRAVURE. LA FETE-DIEU A SAINT-GERMAIN-l'aUXERROIS.

Devant la riche et imposante colonnade du Louvre, où brille toute la puissance du génie de l'honmie , les regards sont comme invinciblement attirés sur un autre édifice dont la pierre noircie , brisée, olïre presque déjà les signes delà destruction. C'est que le jeune et fastueux monument ne rappelle que des pompes humaines, que des grandeurs périssables, et que, sur ces murailles antiques , maintenant silencieuses , resplendit toute la majesté de la religion catholique. Qu'espéraient donc ceux qui se ruèrent un jour contre l'antique basilique? pensaient-ils qu'en chassant Fliumble prêtre du temple ils anéantiraient son Dieu sous les débris du sanctuaire? pensaient-ils faire disparaître avec ce souvenir vivant '^, de l'histoire de douze siècles tous les faits mémorables dent il a été le témoin? croyaient-ils qu'on oublierait, en le voyant anéanti, que les fondations en ont été jetées au lieu même où s'arrêta S. Germain d'Auxerre, lorsque, pour sauver les Bretons de la vengeance des Romains, il se rendit à Ravenne auprès de l'empereur Valentinien ? C|ue Robert-le-Pieux a relevé ses murailles? que Philippe-le-Bel et Charles ^11 les ont magnifiquement décorées? que Pierre-Lescot , Jean-Goujon, Germain-Pilon , Lebrun , Coypel, Jouvenet , Philippe de Champaigne les ont embellies de leurs chefs-d'œuvre? que devant cette croix, au pied de cet autel, nos plus grands rois se sont inclinés? Si tel a été l'espoir de l'impiété sacrilège cjui a profané cette magnifique basilique , félicitons-nous du moins que ses vœux n'aient été qu'en partie accomplis, et remercions l'homme de conviction autant que l'artiste de talent qui a puisé dans son cœur la pensée de reproduire fidèlement ce majestueux édifice, et de l'environner de la pompe qui , au jour de la Fête-Dieu , se déployait autour de son enceinte. C'est là une inspiration à laquelle tous les catholiques applaudiront de grand cœur , surtout quand ils sauront que le burin a reproduit avec la plus exacte fidélité le beau tableau de M. Turpin de Crissé destiné à perpétuer tout à la fois de tristes et doux souvenirs (1).

Après de longues difficultés pour obtenir l'autorisation de publier la gravur de V Apothéose de Maric-Antoincltc^ les Directeurs <\eY Echo de la Jeune France peu

peu-

tirage.

Tous les porteurs d'actions de V Echo de la Jeune France- Rc^'uc Catholique ^ sont invités à faire connaître leur nom et leur adresse à l'administration du Journal, rue de Ménars , 5.

(l) La î;ravurc de Saint-Gcrmain-l'Auxen'ois se trouve au bureau tîe la Revue calho^ litjue, 5, rue de Ménars, et au bureau de la Mode, 25, rue du Heldcr : Prix : C fr. 50 c.

Le Rcdacteuv en chef^ Vicomte WALSH.

t»ARIS. — IMPRIMERIE DE BÉTUUNE ET PLO>f , RUE DE VAUGIRARD, 56.

^g©aâ^â@^7

ET

RÉTAIJLISSEMEIVT DU CIJJLTE Ei\ FRANCE.

Il y avait encore un roi en France après le lo août ; il n'y avait plus de royauté ;

Il y avait encore des prêtres, il n'y avait plus de culte ;

La république arrivait, mais elle venait lentement; tant de liens unissaient la France à sa monarchie de quatorze siècles qu'il fallait une commotion volcanique pour les rompre ; le côte gauche de la Convention, irrité d'une résistance occulte qui arrêtait sa marche et qui le menaçait d'une réaction prochaine, voulut mettre du sang entre lui et le passé ; il n'avait eu dans le coté droit qu'un complice d'insurrection ; ce n'était pas assez pour fermer toute voie de retour ; il se proposa de l'enchaîner a son sort par une complicité plus sérieuse ; les massacres de septembre furent résolus.

(( Reculer, c'est nous perdre, s'écria Danton du haut de la tribune ; il faut nous maintenir ici par tous les moyens, et nous sauver par l'audace : cessons de nous dissimuler la situation dans laquelle nous a placés le 10 août : il nous a divisés en républicains et en royahstes; les premiers peu nombreux^ et les seconds beaucoup. Dans cet état de fai- ^blesse, nous, républicains, nous sommes exposés à deux feux, celui de 4'ennemi placé au dehors, et celui des royalistes placés au dedans. Pour déconcerter ces derniers, /(/rmif ilfaut leur faire peur. )>

A ces mots, accompagnés d'un geste exterminateur, l'effroi se peigin't sur les visages, et Danton, que la révolte avait chargé du ministère de la justice, sortit de l'assemblée pour aller organiser l'assassinat.

Depuis deux jours les barrières étaient fermées, et les commissaires de la commune^ assistés de la force publique, allaient de porte en porte arrêtant quiconque leur était dénoncé. Tous les prêtres non assermentés étaient réputés suspects ; tous ceux qui ne purent se dérober aux Renie Catholique, r* 15 octobre 1836.> 4'' numéro.

visites domiciliaires furent donc déposés à l'Hotel-de-Ville et distribués ensuite dans les prisons où il restait encore quelque place. (( Là (i), se trouvaient enfermées toutes les opinions qui s'étaient succédées jusqu'au lo août, tous les rangs qui avaient été renversés, et de simples bourgeois déjà estimés aussi aristocrates que des ducs et des princes. »

(( La terreur régnait dans Paris ; le héros des journées des 5 et 6 octobre, Maillard , chef de la bande d'égorgeurs qui rapporta de Versailles des tètes de gardes-du-corps, avait reçu Tordre de se tenir prêt h agir au premier signal, de se placer d'une manière utile et sûre, de préparer des assommoirs, de prendre des précautions pour empêcher les cris des victimes, de se procurer du vinaigre, des balais de houx, de la chaux vive et des voilures couvertes.

Mais un mouvement d'horreur ou de pitié pouvait se manifester; il fLillait le prévenir en trompant la crédulité populaire; la veille du lo août, une conspiration de palais avait été supposée ; on supposa une conspiration de prison la veille du 2 septembre, et le succès de cette absurde calomnie fut le même. On assura qu'un condamné avait fait des révélations; les prisonniers devaient s'échapper des cachots, s'armer, se répandre dans la ville, y commettre d'affreuses vengeances, enlever le roi et ouvrir Paris aux Prussiens. « Cependant (2) les détenus qu'on accusait tremblaient pour leur vie ; leurs parens étaient consternés, et la famille royale n'attendait que la mort au fond de la tour du Temple. »

Le fatal dimanche choisi pour ces nouvelles Vêpres siciliennes était venu ; tout était prêt ; Danton reparaît à la tribune vers deux heures ; il rend compte des mesures de sûreté qui ont été prises contre l'étranger, et il ajoute d'une voix sinistre : Le canon que vous allez entendre n'est point le canon d'alarme, c'est le pas de charge sur les ennemis de la patrie. Pour les vaincre, pour les attérer, que faut-il ? de l'audace, encore de l'audace, et toujours de l'audace. »

Aussitôt la Générale commence à battre, le tocsin sonne, le canon retentit dans l'enceinte delà capitale ; une foule armée inonde les rues ;

des cris de mort se font entendre Dois-je continuer? non, je

ne m'en sens pas le courage ; ma plume hésite et tremble sous mes

(1) Histoire de la Révolution française, par M. Thiers, t. m, p. 53.

(2) Histoire de la Révolution française, par M. Thiers, t. m, p. 57,

doigts! Qu'il parle celui qui a fait l'apologie de la révolution; il

en a trop vanté les bienfaits pour qu'on m'accuse de partialité si je lui laisse le soin d'en raconter les crimes.

Jeunes hommes, dont l'ame généreuse frémit à la lecture de tous les forfaits dont l'histoire retrace le souvenir ; vous qui avez de l'indignation pour tous les excès, mais à qui une philantropie équivoque n'en demande que pour ceux du fanatisme religieux, écoutez, et instruisezvous :

« A l'Hôtel-de-Ville, dit M. Thiers, il y avait vingt-quatre prêtres qui, arrêtés à cause de leur refus de prêter serment^ devaient être transférés de la salle du dépôt aux prisons de l'Abbaye. Soit intention, soit effet du hasard, on choisit ce moment pour leur translation. Ils sont placés dans six fiacres, et escortés par des fédérés bretons et marseillais, ils sont conduits au petit pas vers le faubourg Saint-Germain, en suivant les quais, le Pont-iNeuf et la rue Dauphine ; on les entoure, et on les accable d'outrages, a Voilà, disent les fédérés, les conspirateurs qui devaient égorger nos femmes et nos enfans, tandis que nous serions à la frontière. »

(( Ces paroles augmentent encore le tumulte. Les portières des voitures étaient ouvertes; les malheureux qui étaient dedans veulent les fermer pour se mettre à l'abri des mauvais traitemens qu'ils essuient, mais on les en empêche, et ils sont obligés de souffrir patiemment les coups et les injures. Enfin, ils arrivent dans la cour de l'Abbaye, où était déjà réunie une foule immense. Cette cour conduisait aux prisons, et communiquait avec la salle où le comité de la section des Quatre-Nations tenait ses séances. Le premier fiacre arrive devant la porte du comité, et se trouve entouré d'une foule d'hommes furieux. Maillard était présent. La portière s'ouvre ; le premier des prisonniers s'avance pour descendre, et entrer au comité, mais il est aussitôt percé de mille coups. Le second se rejette dans la voiture, mais il en est arrache de vive force , et immolé comme le précédent. Les deux autres le sont à leur tour, et les égorgeurs abandonnent la première voiture pour se porter sur les suivantes. Elles arrivent l'une après l'autre dans la cour fatale, et le dernier des vingt-quatre prêtres est égorgé (i) au milieu des hurlemens d'une populace furieuse.

(1) Tous périrent, à l'exception de l'abbé Sicard, qui échappa comme par miracle.

(( Dans ce moment, ariive Lillaud-Varcnnes, membre du conseil de la commune, et le seul, entre les organisateurs de ces massacres, qui les ait constamment approuvés, et qui ait osé en soutenir la vue avec une cruauté intrépide. Revêtu de son ccliarpe, il marche dans le sang et sur les cadavres, parle à la foule des égorgeurs, et lui dit : « Peuple, tu immoles tes ennemis, tu fais ton devoir. ))

(( Une voix s'élève après celle de Billaud, c'est celle de Maillard : « // 7ÎY a plus rien à faire ici, s'écrie-t-il, a//o/i^ aux Carmes ! )) Sa bande le suit alors, et ils se précipitent tous ensemble vers l'église des Carmes, où deux cents prêtres avaient été enfermés. Ils pénètrent dans l'église, et égorgent ces infortunés qui priaient le ciel, et s'embrassaient les uns les autres à l'approche de la mort. Ils demandent à grands cris l'archevêque d'Arles, le cherchent, le reconnaissent, et le tuent d'un coup de sabre sin^ le crâne. Après s'être servi de leurs sabres, ils emploient les armes à feu, et font des décharges générales dans le fond des salles, dans le jardin, sur les murs et les arbres, où quelques-unes des victimes cherchaient à se sauver.

« La nuit vient, et à la lueur des torches le massacre continue ; la troupe de Maillard s'est divisée; elle tue à la fois au Ghàtelet, à la Force, à la Conciergerie, aux Bernardins, à St.-Firmin, à la Salpétrière , à Bicêtre ; le lendemain, quand le jour commence à éclairer ce vaste champ de carnage , Biîlaud-Varennes se montre de nouveau à l'Abbave.

« Mes amis, dit-il aux travailleurs, la France vous doit une reconnaissance éternelle, et la municipalité ne suit comment s'acquitter envers vous, elle vous offre vingt-quatre livres à chacun, et vous allez être payés sur 1 heure. »

Les assassins l'applaudissent avec leurs mains teintes de sang et courent sur ses pas toucher leur salaire. •• .;i(

(( On peut lire au registre des dépenses de la commune la mention de plusieurs sommes payées aux exécuteurs de septembre, ajoute M. Thiers; on y voit, en outre, à la date du 4 septembre, la somme de !, 4^3 livres affectées à cet emploi ! ))

Ainsi , la commune ne se bornait pas à laisser faire , elle soudoyait le meurtre; le conseil général du département envoyait de temps en temps des commissaires chargés, disaient-ils, de calmer Vejfervesccnce et de ramener aux p/'i/icipcs ceux qui étaient égarés, au

club des Jacobins on afieclait un silence imliffércnl, et la ConvciUion, qui était restée muette lorsque Danton lui avait annoncé le pas de charge des égorgeurs, continuait h se taire; si la majorité eut alors déploré, comme elle l'a fait plus tard, les crimes qui se multipliaient à chaque minute autour d'elle, n'aurait-clle pas exprimé le vœu de se rendre toute entière dans les prisons et de se jeter entre les meurtriers et les victimes !.. mais non ; le pouvoir exécutif dont elle disposait ne reçut d'elle aucune mission de salut : l'historien en cherchant à l'excuser a révélé quelques-uns des motifs de son exécrable inaction ; suivant lui , c'est la surprise , le sentiment de son impuissance , peut-être aussi ce dévouement insuffisant qiCinspire le danger dhm ennemi. Plus explicite ailleurs, il appelle l'extermination de septembre un mouvement aveugle et féroce , composé de peur et de colère , et finit par y rattacher toute la pensée du système de la terreur, système inventé par une minorité audacieuse pour dominer une majorité sans énergie.

Mais qu'importent les motifs? toute assemblée qui tolère des crimes qu'elle peut empêcher en devient complice et se couvre d'un opprobre ineffaçable. Les massacres durèrent au-delà du 5, à Paris, et un membre de la majorité, Rolland, était ministre de l'intérieur ; etun autre membre de la majorité,Pétion, était maire I Quinze mille victimes périrent en trois jours, et la majorité,quiscmblaitdéIibéreravec tant de calme les piedsdans le sang, n'osa pas arrêter la circulaire adressée par le comité de surveillance à toutes les communes de France pour les inviter à égorger les suspects! Duplain, Panis , Sergent, Lenllmt , Marat^ Lefort , Jourdeuil signèrent cette pièce monumentale et la jetèrent dédaigneusement au visage de la Convention , comme Tarrét de sa honte.

Les dépositaires de l'autorité publique ne pouvaient échapper à de si funestes influences ; la terreur les paralysa, et leur inertie favorisa dans plusieurs départemensîe meurtre et le pillage ; mais c'en est trop déjà du tableau qui vient d'être déroulé à nos regards ; détournons les yeux de toutes ces scènes d'horreur c(ui ressemblent aux rêves d'une imagination en délire ; sorlons au plus vite de ces ruisseaux de sang dont les vapeurs s'élèvent et tournent autour de nous comme des ombres fuitastiques; les enseignemens que nous avons reçus doivent noussuriire, sachons les méditer et les comprendre.

Les égorgeurs n'ont fait aucune distinction entre le vicaire et le pré-

lat ; tout prêtre trouvé dans les prisons a été mis à mort ; on ne s'est pas occupé de savoir s'il avait été favorable ou contraire à la réunion des ordres, s'il avait consenti ou non à l'abandon des biens du clergé, s'il avait adopté quelqu'une des idées nouvelles, ou s'il les avait repoiissées toutes; son habit a décidé son sort; le curé de campagne est tombé sous les mêmes coups que l'archevêque; Tironie s'est mêlée à l'assassinat; les meurtriers ont ri , en enfonçant leurs poignards, de la crédulité des malheureux qui s'étaient laissés prendre aux leurres de la révolution, et, dans la fureur de cette exécution radicale, l'apostasie même de l'Église constitutionnelle n'aurait pas obtenu g/âce, si elle ne s'était point abritée sous le bonnet des clubs.

De quoi s'étonner? n'était-ce pas là ce que devait produire tôt ou tard l'explosion des haines si laborieusement amassées près du fover des passions anarchiques ? un demi-siècle de calomnies n'avait-il pas chargé la mine et attisé le feu ? Certes, il y aurait de l'injustice à ne pas le dire, plus d'un encyclopédiste, en jouant avec des sophismesau milieu de cette société en ébullition, ne se doutait pas des orages qui allaient éclater; Timprévoyance des hommes plus grande encore que leur perversité peut seule préparer tant de maux et de crimes ; mais enfin que s'est-il passé ? Les philosophes, après avoir écrit, ont parlé; la tribune a été le livre de ceux qui ne lisent pas; aussitôt on a entendu les trônes et les autels craquer de toutes parts, comme le bois dévoré par la flamme, et les leçons de cette raison orgueilleuse qui devaient peupler le monde de philantropes, descendues rapidement jusqu'à la lie de la société, n'ont remué cette fange que pour en faire sortir des bourreaux.

Si les cruautés des guerres religieuses de l'Albigeois et des Gévennes attristent nos souvenirs; si nous ne pouvons surtout prononcer sans effroi le nom de la Saint-Barthélémy, combien à plus forte raison ne devons-nous pas tressaillir d'épouvante à la seule pensée de l'extermination de septembre ! Les persécuteurs des huguenots sont coupables; le fanatisme les a portés à des violences que la religion ne réprouve pas moins que l'humanité ; mais ne peuvent-ils pas alléguer l'irritation d'une longue lutte, l'emportement des représailles, le besoin de pourvoir à leur légitime défense ;, Tignorance des temps, et par-dessus tout, cette aveugle exaltation de la foi qui s'égare sur la terre en cherchant le ciel et qui se croit appelée à venger Dieu au lieu de se borner

à le servir ; ce ne sont pas là dos excuses; cir, encore une fois. Il n y en a point pour des massacres; mais ce sont des circonstances d'époques, des influences d'idées, des termes de comparaison, enfin, qu'il ne faut pas perdre de vue dans un parallèle historique.

Les égorgeurs mercenaires de Maillard, ces hommes de sang que nous rougirions de reconnaître pour nos contemporains, appartenaient aux jours de lumières du dix-huitième siècle ; leurs victimes, la plupart étrangères à Paris, n'avaient pu leur faire aucun mal et leur étaient même entièrement inconnues ; ils n'étaient entraînés par aucun intérêt religieux; ils n'étaient fascinés par aucune passion politique; ce n'é' taieut donc que de vils sicaires qui s'étaient engagés froidement à massacrer des vaincus, des prisonniers sans armes, des femmes, des vieillards , des enfans, et qui après avoir frappé au hasard pour gagner leur argent , tuaient encore pour le seul plaisir de tuer. De bonne foi , que deviennent auprès d'eux les sbires de la ligue ? On conçoit que la religion les condamne éternellement; mais comment la révolution s'arrogerait-elle encore le droit de les juger?

Du 2 septembre au 21 janvier, l'anarchie, fière de l'émancipation qu'elle avait reçue , poursuivit , le front haut, son œuvre sacrilège ; le blanc-seing de la terreur était dans sa main; tous les obstacles tombèrent , toutes les résistances fléchirent ; tout , dans l'état comme dans l'Église , devint ruine à sa voix ; la Convention tremblante, considérant d'abord le clergé comme sous le coup d'une proscription tacite , et sentant d'ailleurs le ridicule d'un décret après un massacre , se dispensa de formuler une proscription légale ; un seul de ses membres, toujours en quête de ressources financières, Cambon , fit décider en principe, comme simple règle d'économie, que tous ceux qui , en France , ç^owdraient la messe la paieraient^ et qu'au-delà des frontières on commencerait toujours , pour défrayer les armées , par s'emparer de l'argenterie des églises.

Ces principes de conduite adoptés par le gouvernement furent appliqués dans toute leur rigueur ; ils eurent pour effet l'insurrection de la Vendée et le soulèvement de la Belgique; aucune persécution ne put séparer les populations bretonnes de leurs curés ; ces prêtres , d/une grande pureté ^ dit M. Thiers, exerçaient un ministère tout paternel , et il en était de même dans les Pays-Bas^ où la présence du protestantisme entretçnait une sourde hostilité entre les deux cultes. JExas-

péréc par une résistance si opiniâtre, la Convention fulmina décrets sur décrets ; l'ecclésiastique dépouillé successivement de ses biens , de son traitement , de sa pension , n'eut plus bientôt que sa liberté et sa vie; la loi des suspects lui enleva l'une , et le tribunal révolutionnaire ne tarda pas à lui demander l'autre.

La consternation était générale ; ainsi qu'au temps des premiers martyrs, les fidèles se réunissaient au fond des bois, et dans les lieux les plus secrets des villes. Les prêtres , toujours déguisés , étaient réduits à se cacher comme des malfaiteurs pour bénir les naissances ou les mariages, et la plupart des malades mouraient sans recevoir les sacremens. Si, par une mesure décisive , on n'en était pas encore venu à mettre les scellés sur la porte des églises, on ne les tenait ouvertes que pour les profaner et pour y recruter des suspects; les pourvoyeurs de Fouquier-Thinville y veillaient sans cesse, et il n'eut fallu qu'un signe de croix ou une prière pour motiver une dénonciation, un emprisonnement et une sentence de mort.

Cependant , au milieu de ce silence lugubre , il y eut encore un jour où une messe fut célébrée avec l'autorisation de la commune de Paris , et l'officiant put même paraître quelques instans après en public sans être insulté ou égorgé... Mais cette messe fut célébrée sur une commode dans la tour du Temple; mais ce prêtre était Edgeworth de Firmont ; mais ce jour de grâce était le 21 janvier!... réchafaud, seul et dernier autel qui restât au catholicisme, attendait la victime rovale ; et le digne ministre de Dieu, en disant au martyr d'une voix inspirée : Fils de saint Louis y montez au ciel ! lui montra l'asile où la religion , exilée de la France , allait se retirer avec lui !

Dans notre dernier numéro , nous écrivions que chacun de nos vieux monumens a cent histoires à nous redire. Les vastes cathédrales, les somptueuses basiliques parlent à qui sait les comprendre; des empereurs, des rois, des pontifes, des hauts et puissans chevaliers ont attaché d'illustres souvenirs à leurs saintes murailles. Ces nobles édi-

fîccs sont comme les grands Jiistoricjis^ comme les témoins jures f/es temps passés... mais clans les campagnes au milieu des genêts et des bruyères, clans le creux du vallon et sur le liane de la colline, sur la crête du rocher, et sur le bord des eaux , d'autres constructions grisâtres et moussues s'élèvent ; ce sont ces oratoires et ces humbles chapelles dont la piété de nos pères avait pour ainsi dire sanctifié le pays.. . Là, encore, il y a à écouter et à se souvenir, mais le genre est changé: ce ne sont plus ces grands historiens racontant faits et gestes de rois et de reines, de princes et de guerriers; ce sont comme à^ humbles chroniqueurs qui ont de touchantes aventures de pèlerins et de pèlerines, d'ermites et d'enfans égarés dans la solitude ; de ces aventures que l'on aime à entendre dans les veillées, quand la bûche et le fagot pétillent et flambent au foyer , et que le vent et la pluie battent contre les vitres.

Une veuve vivait à Harileur avec sa fille \ toutes les deux fuvaient la foule, quelques amis seulement venaient de temps à autre les voir dans leur solitude.

La jeune fille était la plus brillante entre toutes les jeunes filles d'Harfleur ; mais cette angélique figure ne se montrait guère qu'auprès de Dieu, car la mère et la fille sortaient rarement, si ce n'est pour aller h l'église ; et quand les jeunes hommes venaient à apercevoir Marie Rose, pendant plusieurs jours ils ne faisaient que parler de sa beauté.

Félix, son proche parent, qu'elle avait aimé dans son enfance comme son frère, et que depuis elle avait aimé d'un autre amour, lui avait été fiancé devant l'autel de Notre-Dame-d' Eure , et avant de monter à bord du navire sur lequel il s'était engagé pour trois ans, Félix avait fait serment d'aimer toujours Marie Rose , et Marie Rose avait juré devant sa mère et la sainte Vierge de n'appartenir jamais qu'à son cousin Félix

Quand un homme s'est dit : Il faut faire fortune^ c'est étonnant de voir comme les faibles deviennent forts, et comme les plus indomptes se font obéissans. Félix était né avec un caractère fier et rude ; mais il avait, en pensant à Marie Rose, prononcé les paroles qui domptent : il avait dit: Il faut faire fortune^ et la barre de fer avait plié, et le jeune

homme mauvaise tète était devenu un matelot ciocile Enfin

ce n'avait point été sans fruit que Félix avait courbé sa volonté :

ses trois années de voyages avaient été heureuses, des lettres étaient

R, C. — ^ 4« numéro. 2

venues h la mère de Marie Rose, elles annonçaient un piochain retour ; et déjà chez la veuve ce n'était plus la même chose , Tespoir d'une j)rochainc joie avait ranime son j)etit ménage. Marie Rose ne laissait plus maintenant les ileurs mourir sur leurs tiges dans leur jardin ; elle cueillait les plus belles, elle les mettait dans des vases de verre bleu sur la cheminée de leur chambre, elle les entretenait fraîches..., Félix pouvait arriver chaque jour.

Les jours succédaient aux jours, et V Étoile des mers (c'était le nom du vaisseau de Félix) ne rentrait point en rivière... la mauvaise saison avançait ; l'automne allait linir, le coup de vent des morts avait été terrible, et dans la contrée on ne parlait que de naufrages.

Le rayon de joie qui avait brillé un instant sur la veuve et sa fille était passé, il n'en restait plus rien. C'est de même sur le coteau quand de <n'ands nuat^es noirs viennent à voiler le soleil, l'œil ne retrouve plus sur le gazon l'endroit où il avait brillé si beau !

A la hauteur des îles Canaries, VËtoile des mers avait essuyé une si forte tempête, que l'équipage avait fait vœu, s'il échappait à la fureur des ilols, d'aller en pèlerinage porter un cierge et un cxvoto à la chapelle de Notre- Dcnne-de-Grâce.

Tous les matelots^, dans une courte, rapide et fervente prière, avaient fait cette promesse sacrée.

Félix l'avait faite aussi, mais lui avait joint un autre vœu ; au vœu de l'équipage, il avait dit à genoux à Dieu et à la Vierge mère: Je promets de ne parler à ce que j'aime le plus au monde, qu'après avoir prié devant l'autel de Notre-Dame- d'Eure^ devant l'autel où j'ai été fiancé. Quand les vents sont déchaînés contre les vagues , quand les vaisseaux craquent , quand les mâts crient, quand les cordages sifllent , quand le tonnerre gronde, c'est un bruit immense ; eh bien , malgré cet horrible tumulte. Dieu entend la prière qui s'adresse à lui : quand sa colère frappe, sa miséricorde écoute.

Il entendit le vœu de l'équipage, et aussi celui de Félix; le vaisseau fut sauvé, cl, au milieu des glaces de l'hiver, il aborda à l'embouchure

de la Seine.

Dans le monde , les hommes manquent souvent à leur parole ; le jeune homme qui a promis d'être sage recommence ses lolies, mais le matelot tient son vœu ; lui n'oublie pas ce qu'il a promis, et quoiqu'il

ne soit pas d'ordinaire très-dévot, quand au milieu de la tempête, il dit : Je ferai un pèlerinage^ il l'accomplit.

Les matelots de V Etoile des mers, avec leur capitaine en téte^ allèrent pieds nus porter leur offrande à la chapelle de grâce^ Félix était avec eux, et priait comme eux..., mais il n'alla pas avec eux mêler des joies profanes à l'acte religieux qu'ils venaient de remplir; lui avait encore un vœu à accomplir à Notre-Dame-d' Eure.

Marie Rose le savait, et sa mère, tombée malade, lui avait dit : Ma fille, ma fille, va au devant de Félix jusqu'à l'autel où tu as été fiancée à lui.

Oh, ma mère î avait répondu la jeune fille, je n'aurais pas osé vous demander ce bonheur.

— Eh pourquoi, chère enfant ?

- — Parce que vous êtes malade, parce que vous êtes souffrante.

• — Pour que je guérisse, pour que je ne souffre plus, il me faut ton bonheur ; va, et reviens avec Félix, votre joie sera ma santé.

Après avoir bien recommandé sa mère à ses voisines , Marie Rose partit ; et cependant ce n'était plus le temps des beaux jours, plus de bleu au ciel, plus de verdure aux arbres^ p^lusde fleurs au gazon sur les bords du chemin... ; un vent glacé, une bise coupante, de la pluie froide, des nuages gris en haut, et du givre bruissant sous les pieds, voilà ce que trouve la pauvre pèlerine.

Tout en cheminant si durement, par fois elle prie tout bas sur son rosaire à grains bénits, par fois elle récite aussi le cantique de Notre- Dame-d'Eure. Elle chante :

<( Courage ! courage I ne défaille pas, Marie t'attend à son autel,

)) Tu lui diras les maux , tes peines , et comme une mère, elle se )) penchera pour te mieux écouter, et essuyer tes pleurs. ^

)) Courage ! courage ! ne défaille pas, Marie t'attend à son autel.

» Tu la verras, la reine du ciel, avec son pied sur le serpent, et sur )) son sein l'enfant Jésus, son divin fils tendant les bras,

)) Courage! courage! ne défaille pas, Marie t'attend à son autel.

)) Tu la verras, comme elle est belle, pleine de grâce et de modes- )) tie ; les anges la portent sur leurs ailes , et douze étoiles ceignent son » front.

)) Courage ! courage ! ne défaille pas, Marie t'attend à son autel,

)) Le chemin est rude, l'espace est long; mais le repos est sous la

» voùle où Marie est vénérée, le pèlerin à son sanctuaire se sent tout* )) à -coup délassé.

)) Courage! courage ! ne défaille pas, Marie l attend à son autel.

)) Aux murs, tu verras appendus bien des tableaux, bien des béquil- )) les et des images, le marin échappé aux (lots, et le boiteux qui mar- » che droit, ont déposé toutes ces otïrandes.

)) Courage ! courage ! ne défaille pas, Marie t'attend à son autel. '

)) Dieu commande à l'eau de couler, aux fleurs des jardins de fleu- )> rir^ aux astres du ciel d'éclairer, et à Marie de nous entendre.

» Courage! courage! ne défaille pas, Marie t'attend à son autel. »

Pendant que Marie Rose chantait ainsi, le ciel se couvrait de plus en plus de nuages noirs; comme elle avait loi, elle avait courage, et comme elle avait courage^ ni la fatigue ni le mauvais temps ne pouvaient l'arrêter.

Enfin, dans la plaine qui s'étend au-dessous du coteau de Graville, elle aperçut l'humble toit de la chapelle d'Eure... C'est là que je vais le voir, se dit-elle, cl elle marcha plus vite.

Comme elle passait sous les murs de l'abbave, elle entendit la cIcK

che qui tintait un glas Oh ! c était triste par uîi temps si noii", aussi

ça lui serra le cœiu\.., surtout lorsqu'en passant devant une maison, sur le bord du chemin, elle vit un cercueil avec deux cierges qui brûlaient, et de pauvres parens qui pleuraient et priaient Elle ne voulut point passer outre sans prier avec eux ; elle approcha du seuil mortuaire, ti^empa la branche de buis dans le bénitier de cuivre, et jetta de l'eau bénite sur le cercueil, en disant : « Paix ! paix à celui-là!... ))

Ceux qui pleuraient le mort ne lui dirent rien, mais avec leurs regards ils la remercièrent, et elle se remit en route, répétant tout bas:

a Courage ! courage ! ne défaille pas, jNIarie t'attend à son autel. »

Il va des gens auxquels les choses extérieures ne font rien ; ceux-là doivent être bien moins gênés dans la vie; rien ne doit retarder leur marche. Il y en a d'autres pour lesquels tous les rieiis sont quelque chose; ceux-là voient des augures, des pressentimens partout; s'ils courent à une partie de plaisir , si leur ame chante de joie, et qu'ils viennent à entendre un glas funéraire, les voiià attristés; sils rêvent d'amour et d'espérance, et qu'ils rencontrent un mort, les voilà arrêtés. Marie était du nombre des derniei's , aussi déjà elle ne marchait plus ; les pensées sombres qu'elle venait de prendre au son de la cloche et à

k vue du cercueil, lui ëlaient devenues comme un poids qui l'empêchait

d'avancer

Enfin, la voilà arrivée à la chapelle; la pèlerine a atleinl le but de son pèlerinage. Félix y est-il déjà / L'a-t-il devancée? Non.

Il va bientôt venir, se dit IMarie, et elle se mit à prier, et dans sa prière elle répétait: « Vierge Marie, fais que le matelot que tu as sauvé )) de la fureur des vagues, vienne se reposer auprès de ton autel. »

Mais le soir vint... Félix n'était pas arrivé ; on ferma les portes de la chapelle, et Marie Rose allait chercher un gite, quand elle entendit les femmes et les hommes du village qui racontaierit la mort d'un jeune matelot^ qui avait échappé aux tempêtes de la grande mer, mais qui avait péri en traversant la Seine, en revenant d'un pèlerinage à Notre- Vame- de- Grâce .

Oh! c'est Félix! c'est Félix ! s'était écrié aussitôt Marie Rose, et dès lors elle ne pensa plus à chercher un abri; le ciel était devenu tout noir, tout obscur, la neige tombait en épais tourbillons, chacun dans le pays était rentré dans sa cabane, rt 1rs chiens même des fermes ne ro^ daient point dans les cours, tant la nuit était froide et neigeuse '

Mais la fiancée de Félix, elle, ne se doutait ni de l'obsciu-ité ni du froid, ni de la neige, ne pouvant plus pénétrer dans ia chapelle, elle priait à genoux sur le seuil extérieur.

Comme il gelait très-fort, elle écoutait, se disant : S'il vient, j'entendrai de loin le bruit de ses pas sur la neige qui durcit.

Pauvre Rose! elle était toute couverte de givre et de frimas et elle

ne les sentait pas encore Elle priait, elle priait toujours, et pas le

plus petit bruit ne parvenait jusqu'à elle Le souvenir de la cloche

de Graville et le mort de la cabane lui revenaient serrer le cœur • c'é- j tait un vrai pressentiment qu'elle avait ressenti à la vue du cercueil • c'était Dieu qui avait voulu la préparer à tant de malheurs !

Enfin il vint à la pauvre Marie Rose quelque chose qui apaisa un

peu ses angoisses, un assoupissement la saisit ; c'était ce mauvais

sommeil qui engourdit ceux que Dieux condamne à mourir de froid, ' c'était ce sommeil précurseur du grand'sommeil.

La pauvre enfmt, la tête appuyée sur le bois de la porte, avait reçu d'en haut comme une blanche couverture, ou plutôt comme un suaire; on ne voyait plus ni ses bras, ni sa jolie taille : son visage seul, abrité

par l'épaisseur du portail, n'était pas recouvert par la neige qui n'avait cessé de tomber toute la nuit ; mais ce visage était presque aussi blanc que les frimas ; plus de roseur sur les joues, plus de vie dans les traits.

Comme s'il devait y avoir de la joie ce jour-là, le soleil se leva brillant, et si l'on avait eu le cœur de regarder, c'eût été beau à voir que tous les diamans qu'il faisait scintiller sur les arbres.

A la chapelle tout semblait tendu de blanc, comme pour les funérailles d'une vierge, et au toit qui avançait un peu au-dessus de la tête de Marie Rose, il y avait de petits glaçons blancs qui pendaient comme une frange de cristal.

Le père capucin qui desservait la chapelle ne vint pas le premier ;

quand il y arriva, un homme le précédait cet homme c'était

Félix ! Il y en a peut-être qui pourraient peindre et redire la scène qui se passa alors que le fiancé reconnut sa fiancée sans vie, sans mouvement, alors que tous ses soins ne purent la réchauffer Moi, je l'avoue, je n'ai pas de parole , pas de plume pour bien redire , pour bien

retracer semblables choses Te les vois, je les ressens, j'en pleure J

mais les peindre, j'y renonce

« Elle était venue au rendez-vous la première , et la voilà morte, » morte pour moi; » c'était là ce que le malheureux Félix ne cessait de crier avec désespoir.

Le vieux religieux lui dit : Mon fils, vous serez moins à plaindre, vous souffrirez moins, si vous pouvez prier un peu avec moi , venez , et le prêtre amena le jeune marin près du sanctuaire ; Marie Rose y était étendue sur des couvertures, à la place où d'ordinaire on dépose les cercueils à la messe des morts.

Tout le village avait su ce qui était arrivé, et la foule maintenant remplissait la chapelle, le religieux allait prier pour la pauvre fiancée, en joignant son nom à celui d'une autre femme pour laquelle il allait dire la messe. Oh! je vous assure que l'assistance était bien préparée à prier avec lui. Pendant que la messe se disait, Félix pleurait toujours, et deux femmes avec des étoffes chaudes, frottaient les membres gKv ces de la jeune fille

Lors de l'Évangile, quand le prêtre prononça ces mots :

<( Ego sum resuruegtio et vita , »

La fiancée de Félix, se réveillant de son pesant sonimeiij étendit les bsas, en criant :

Notre-Dame, Notre-Dame, ayez pitié de lui !

— Me voilà, me voilà ! répondit Félix, et tous les deux étaient maintenant à genoux Tun à côté de l'autre, comme deux fiancés, et tous les deux pleuraient, mais à présent c'était de joie.

Depuis cet heureux jour, INIarie Rose et Félix retournèrent à Harfleur ; mais la jeune fille, devenue heureuse épouse, ne put jamais perdre sa pâleur, et elle resta toute sa vie blanche comme les frimas qui l'avaient enveloppée, et c'est aussi depuis ce temps que Notre-Dameci^ Eure a pris le nom de Notre-Dame- des-Neiges,

Vicomte Walsh.

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