VOTES DES CONSEILS GENERAUX DE DEPARTEMENS
RELATIFS AU CLERGÉ , AUX MONUMENS RELIGIEUX ET AUX INSTITUTIONS PIEUSES.
Il est malheureusement, au sein de la société , telle que l'ont constituée les révolutions dont elle a été violemment ébranlée , une préoccupation si forte pour les intérêts matériels , que tout ce qui n'entre pas dans un cercle donné de spéculations plus ou moins sûres, de projets plus ou moins raisonnables, trouve rarement accès dans les esprits, même au sein des assemblées dont les membres, appelés à disposer d'une partie de la fortune publique , doivent protéger nonseulement l'industrie, mais aussi, et avant tout, les institutions sur lesquelles repose tout l'avenir des peuples. Jamais, peut-être, cette triste vérité n'avait paru plus clairement démontrée que dans la ciernière session des conseils-généraux : travaux publics, chemins vicinaux, chemins de fer, ponts suspendus, expériences agricoles, prisons, etc., tout ce qui peut contribuer à augmenter le bien-être physique, a successivement obtenu, dans nos quatre-vingt-six départemens, un examen sérieux et des allocations considérables; presque chacune de ces assemblées a montré pour les intérêts locaux la plus vive sollicitude ; mais fort peu se sont occupés de la religion^ et par suite du clergé et des établissemens pieux qu'il protège. Le résumé de ces délibérations a quelque chose de pénible sans doute ; mais il peut servir à faire connaître, par la comparaison avec le passé , et par celle qu'il sera facile de faire à l'avenir, si l'on peut se féliciter d'un progrès, ou si l'on doit gémir sur un nouvel indice d'une plaie plus invétérée. — Nous présenterons avec peu de réflexions, d'abord les votes favorables, puis ceux que nous appelerons mixtes, et enfin ceux qui sont tout-à-fait hostiles.
Votes favorables. — Ain. Demande d'érection de sept succursales ou cha- 2:)elles vicariales.
JBouclics-du''Rh6ne. 5,000 fr. pour l'église d'Istres ; 4,000 fr. pour le clergé et les édifices diocésains ; vœu que l'état vienne au secours de la commune d'Arles , pour la réparation de l'ancienne église de Trinquetaille.
Cher. 10,000 fr. aux sœurs de charité (5,000 imputables sur 1837).
Corse. 15,000 fr. pour le grand et petit séminaire ; hommage de reconnaissance à ]>!. l'évêque d'Ajaccio
Dordogne. Demande qu'on reprenne et qu'on achève promptement les travaux du séminaire diocésain.
Gard. La subvention du clergé catholique et protestant, réduite il y a un an à 16,300 fr , a été reportée au chiffre primitif, 20,500 fr. Le vœu a été émis que les églises de Castillon et de Pierremale fussent érigées en succursales, et une somme de 300 fr. allouée pour la réparation du mausolée du pape Innocent YI, à Villeneuve.
Haut C' Garonne. 3,000 fr. pour la communauté du refuge.
Gers. \œu que les comités locaux et d'arrondissemens s'occupent avec zèle de la répression de fautes graves commises par un trop grand nombre d'instituteurs primaires. Ce vœu est fort remarquable par les motifs religieux sur lesquels il est basé,
Gironde, Le souvenir de M. de Cheverus , au monument duquel le conseil a souscrit à l'unanimité, a semblé présider à ses votes : il a alloué 4,000 fr. pour les funérailles du vénérable archevêque ; continué, malgré la vacance du siège, le supplément de 8,000 fr. accordé au prélat, et doublé celui de 1,500 fr. destiné à MM. les vicaires- généraux capitulaires.
Indre-eULoire. 3,000 fr. pour l'école de chant de la métropole de Tours.
HautC'Loire. 20,000 fr. pour les églises, les cimetières et les presbytères.
Meurlhc. Vote de 4,000 fr. en faveur de M. l'évéque de Rosa, coadjuteur de Nancy et Toul, par considération personnelle pour ce prélat, et comme indemnité pour les dépenses de ses visites diocésaires. La forme de ce vote révèle malheureusement la trop longue existence de préventions fâcheuses contre un pontife que la persécution n'a rendu que plus attaché à son troupeau, et à qui le diocèse doit le sage administrateur qui le supplée avec tant de zèle. —Une somme pareille a été allouée aux sœurs de la Doctrine chrétienne^ pour l'agrandissement de leur maison de Nancy, chef-lieu de l'ordre.
Basses-Pyrénées. 4,000 fr. pour le séminaire diocésain, et 1,000 fr. pour le bas-chœur de la cathédrale.
Seine-et^Oise. Continuation du supjîlément de 5,000 fr. accordé à M. l'évéque de Versailles.
Votes mixtes. — Oise. 500 francs mis à la disposition du préfet poui^ poursuivre la restitution des bâtimens de l'évêché de Beauvais^ que le département revendique, ainsi que les fruits ou leur compensation avec les impenses, qui lui profiteront dans ce dernier cas. Demande que l'ancienne cathédrale de Noyon soit classée parmi les monumens qui reçoivent des secours de rétat, et qu'on prenne des mesures pour préserver la cathédrale de Béarnais d'un incendie que le voisinage de bâtimens renfermant des matières combustibles doit faire redouter.
Jlhunc. — Revenant sur sa décision précédente , le conseil a rendu aux chanoines de la métropole de Lyon les 900 fr. qu'il leur avait retirés dans sa session de 1835 ; il a de plus accordé GOO fr. à chacun des chapelains ; mais il a refusé tout supplément pour les vicaires-généraux, et comme M. l'archevêque n'avait rien demandé pour lui-même, il n'a pas fait remonter sa sollicitude jusqu'au premier pasteur. La réparation du vote qui avait excité de si vives réclamations n'est donc point encore complète : espérons que dans sa session de
1837, le conseil-général du Rhône mettra ses décisions plus en harmonie avec les vœux de l'excellente population de la seconde ville du rovaume I
Saone-et'Loire. AWocâùoïï de ijOOO fr. pour la maîtrise de la cathédrale à une majorité de 15 contre 14 , et après une vive discussion. Refus de 4,000 fr. pour la réparation de l'église Saint-Blarcel , ancien prieuré où mourut Abeilard en 1142, Yœu que les petits séminaires soient astreints à payer la rétribution universitaire, si elle est maintenue pour les collèges par la prochaine loi. Seine, Le seul vote relatif à un monument ou à un objet religieux est la demande faite par le conseil pour que le gouvernement s'occupe de la réparation de la Sainte-Chapelle , et encore n'est-ce point, en apparence du moins pour qu'elle soit rendue au culte que le conseil renouvelle cette année en sa faveur le vœu déjà émis en 1834 et en 1835, mais uniquement parce que ce monument, si remarquable comme œuvre d'art, se dégrade chaque jour dans l'état d'abandon où il se trouve. Un motif à peu près semblable aurait dû appeler l'attention sur l'église Notre-Dame, que son isolement complet expose et aux tentatives des voleurs , et aux attaques des troupes d'enfans qui se font un jeu de briser à coups de pierres les statues des portails. Sans parler des réparations plus importantes qu'exige impérieusement la conservation de cette admirable basilique, ne serait-il pas urgent d'éloigner, par la pose d'une grille semblable à celles qui environnent la Madeleine et l'ancienne église Sainte-Geneviève , l'opprobre des immondices qu'on dépose jusqu'aux pieds de ses murs? N'y eiU-il pas eu quelque justice à s'occuper de la construction d'une demeure pour le premier pasteur, de l'achat de quelques maisons curiales pour les paroisses dont le clergé, dans les quartiers populeux surtout, trouve avec peine des habitations convenables? Quand on a voté 3,500,000 fr. pour le palais de Justice, 5 à 6,000,000 pour l'embelhssement de l'Hôtel-de-Ville, plus de 3,000,000 pour la construction d'une prison à la Salpêtrière (prison dont le plan, publié depuis quelques jours, ne fait pas même mention d'une chapelle), et tout cela avec la prévision des supplémens qui viennent grossir sans cesse les devis primitifs , n'aurait-on pas pu distraire quelques parcelles de ces sommes énormes, et les appliquer à une destination dont la convenance et l'utilité nous semblent au moins aussi évidentes ?
Seine-Inférieure. Une fâcheuse restriction a été mise à la distribution des fonds destinés au clergé. 10,000 fr. ont été accordés à M. l'archevêque , 2,500 à la maîtrise de la cathédrale , 1 ,750 pour demi-bourses au grand séminaire, 800 pour l'église monumentale de Saint-Georges , 500 pour celle de Saint-Jeand'Aptot, 2,000 pour celle de Caudebec , à la charge par la ville ou par la fabrique de contribuer pour une somme égale, enfin 7,000 fr. pour sept grandsvicaires ou chanoines de 1831 , sans réversibilité sur les noui>eaux titulaires. On a d'autant plus lieu d'être surpris de cette clause désobligeante pour de dignes membres du chapitre, que, comme leurs collègues, ils ont été agréés par le gouvernement sur la proposition du prélat, à la sage administration duquel le con-« seil s'est plu à rendre hommage.
Votes hostiles. — Aisne. Refus de 5,000 fr. demandés pour des réparatioiL^ urgentes aux églises et aux presbytères.
Finistère. Dçmande à être rais en possession des Mtiraens du gi-and séminaire de
Qtiimper, et propose d'y établir un dépôt de mendicité. Se plaint des quêtes faites parles curés suivant un usage adopté dans plusieurs contrées, dont les habitans ne le verraient pas supprimer sans peine, et base sa plainte sur le motif assez singulier que les quêtes sont contraires à la position du clergé. C'est sans doute pour que les pasteurs protestans ne soient pas dans une position qui les oblige à avoir recours au même moyen, qu'une allocation a été votée en leur faveur par le même conseil.
Haute-Marne. Demande que la rétribution universitaire ne soit pas imposée aux collèges municipaux, mais que les petits séminaires y soient obligés, si on la maintient pour les établissemens universitaires ; que l'ordonnance du 16 juin 1828 reçoive sa pleine exécution.
Loire- Inférieure. Refus de 60,000 fr. demandés pour réparer des églises gravement endommagées par un ouragan , le 28 mars dernier. Yœu que le receveur municipal soit partout trésorier de la fabrique, et que cette comptabilité soit partout assujettie aux mêmes formes que celle des hospices et des bureaux de bienfaisance.
Pas-de-Calais. Vœu qu'on observe rigoureusement le concordat, relativement aux fêtes supprimées.
Vendée. Demande que le brevet d'instituteur primaire soit refusé atout individu appartenant à une coni^régation religieuse^ et que le préfet soit autorisé à retirer provisoirement ceux qui auraient été déjà donnés. Ainsi, le conseil-général de la Vendée ne veut pas même qu'on autorise \ns frères de V Ecole chré" tienne à tenir une école.
Vosi^es. Vœu qu'on exige l'observation du concordat de 1801. D.
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
Deux Chanceliers d'Angleterre : Bacon de Vérulam et saint Thomas DE Cantorbéry, par A.-F. Ozanani (1).
Nous avions le projet d'analyser cet ouvrage d'un jeune auteur que les croyances religieuses comptent déjà avec joie parmi leurs défenseurs les plus dévoués ; mais , dans son introduction , M. Ozanam a si parfaitement expliqué le but de son ouvrage , que nous ne saurions mieux faire que de citer ses propres paroles : <i Naguère , en poursuivant le cours de cpielques » études historiques, nous nous trouvâmes au seuil du dix-septième siècle, face î) à face avec l'un des plus puissans esprits qu'aient enfantés les temps modernes, » Bacon de Vérulam. Nous essayâmes de suivre, de loin, ce génie explorateur, » signalant à ses contemporains des sources ignorées de science et de prospérité, » où l'on a largement puisé dans la suite. Nous vîmes cet homme, revêtu des » plus autistes fonctions politiques, et chancelier d'Angleteri-e, de qui on avait
(1) Un vol. ixi-8o, chez Debécourt, 69, rue des Saints-Pères.
le droit d'attendre de grandes actions comme de grandes idées, déshonorer sa simarre par d'incroyables faiblesses. Alors nous nous souvînmes que la même simarre avait été portée par un autre personnage que l'Eglise compte parmi les saints, Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry, lui aussi doué d'un beau génie, mais en même temps d'une invincible vertu. Nous nous rappelâmes sa laborieuse vie, sa mort qui fut un triomphe ; et notre âme, qui venait d'assister au triste spectacle des bassesses du philosophe, fut heureuse de rencontrer sur son chemin la consolante mémoire du martyr. — Ce rapproche- ) ment, qui s'était fait de soi-même dans nos pensées solitaires, et qui nous avait beaucoup frappé, nous a paru pouvoir n'être point dénué d'intérêt pour nos frères croyant et pensant comme nous , et ce que nous avions vu nous avons tenté de l'écrire. Loin de nous l'intention d'insulter l'humanité en découvrant l'opprobre de l'un de ses plus nobles enfans ! Nous ne serons que les échos de l'histoire. Les deux personnages que nous évoquons représentent deux principes : le principe rationaliste et le principe chrétien ; la raison élevée à sa plus haute puissance, la foi misje à sa plus rude épreuve. Nous voulons expérimenter lequel des deux principes est le plus fécond pour le bien social ; nous voulons mesurer un grand homme et un saint, pour savoir dans lequel des deux la nature humaine s'élève le plus haut et se couronne de plus de gloire. Le parallèle n'est point inique. Nous n'avons point choisi le moin*dre d'entre les sages de la terre : dans Bacon, la philosophie a fait ce qu'elle a pu. Nous n'avons point cherché le premier d'entre les sages du catholicisme r il est dans l'Eglise des têtes ceintes de plus brillantes auréoles que celle de saint Thomas, Le parallèle n'est pas non plus arbitraire : Saint Thomas et Bacon ont porté les sceaux du même empire, ils ont vécu sur la même terre. Au temps du premier , cette terre était dite l'île-des-Saints ; au temps du second, elle avait mieux aimé se dire terre des Libres-Penseurs : elle avait changé de titre : nous allons voir si l'échange était bon. » Après avoir ainsi clairement exposé la pensée qui l'a guidé et le plan qu'il se propose de suivre, M. Ozanam envisage séparément les deux personnages dont le parallèle fait l'objet de cette étude : il les suit l'un et l'autre au milieu des fonctions qu'ils remplissent , les accompagne dans leur vie privée et dans leur vie publique, et ne les quitte qu'au moment où la mort vint frapper Bacon dans la solitude, saint Thomas dans son église, au milieu de son clergé. — Cette donnée simple lui a fourni des aperçus judicieux, des réflexions philosophiques fort justes, des rapprochemens historiques fort intéressans. Il a joint à chaque partie de son ouvrage des notes qui y ajoutent un nouvel attrait et dont l'une nous paraît écrite et pensée avec une grande sagesse. — Placé en présence de Bacon, M. Ozanam ne pouvait passer sous silence l'ouvrage posthume de M. de Maistre : Examen de la philosophie de Bacon : d'un autre côté , l'abord d'uu tel sujet n'était pas sans écueil pour le jeune écrivain. Nous citons d'autant plus volontiers son jugement, qu'il distribue avec un tact parfait la part du blâme et de l'éloge , et que, sans se poser en critique, l'auteur saity émettre une opmion franchement consciencieuse. Nous voulions entretenir nos lecteurs de 1 Ljccimen de M. de Maistre : ils nous sauront gré, sans doute, de le faire par un nouvelle citation d'un ouvrage qui nous paraît digne de leur être recommandé: « Le
» litre de M. de Maistre porte en lui-même les honorables preuves de son au- » thenticité ; c'est l'achèvement de la pensée dommante de l'auteur, restée incom- I» plète dans les soirées de Saint-Pétersbourg ; c'est le dernier assaut de ses lonji gués et énergiques luttes contre la philosophie du dix-huitième siècle. Comme M cette odieuse famille des systèmes sensualistes , matérialistes, athées, pour » cacher sa honteuse naissance^ se prétendait issue du génie de Bacon, qui ne w pouvait, dans le silence de la mort , désavouer une telle paternité , IM. de »» Maistre va saisir Bacon lui-même, le poursuit tour à tour sur le terrain de la » logique, des sciences naturelles, de la métaphysique et de la rehgion, et le M jugeant vaincu par une sentence qu'on ne peut s'empêcher de trouver sé- M vère, il le déclare usurpateur de gloire, et le dégrade du nom de grand homme. » On reconncdt bien là le rude jouteur qui a rompu de si bonnes lances contre ï> Condillac, Loke et Yoltaire , ce coup-d'œil vigoureux et impitoyable que nul s éclat n'éblouit, qui sonde les plus fortes armures et en tiouve toujours le » défaut ; cette invective acérée, aiguisée par le ridicule, et qui laisse des traces » ineffaçables là où elle a frappé. Quelquefois aussi, oubhant son rôle de criti- » que, M. de Maistre expose avec majesté les grandes visions de son intellii) gence, et développe des idées magnifiques sur la nature du génie, sur l'union de >» la science et de la foi, sur les causes finales. Ces aperçus, ménagés avec art, sont 1 comme autant d'échappées qui agrandissent la scène du combat et lui don- 5» jient plus de profondeur et de lumière. C'est là ce que nous admirons sans » réserve. •— < Mais nous ne saurions accepter de même la rigueur du jugement » que l'illustre écrivain prononce contre la philosophie de Bacon. — Nous ne >» pouvons entreprendre de répondre en détail à tous les reproches ; on troui) vera la réponse dans une lecture calme et impartiale du De digitale et aug^ >i mentis ou du Nof^um organum. Peut-être aurait-on droit de se plaindre de » l'aspérité des formes que revêt quelquefois l'illustre censeur, et de regretter » que certaines ironies n'aient pas reçu tout le poli et toute la finesse qu'il leur » eût donnés, sans doute, s'il lui eût été permis d'achever son œuvre. Il nous » semble que M. de Maistre a été entraîné, subjugué par luie polémique, qui, » aujoui'd'hui heureusement, cesse d'être opportune, par le besoin de combat- » tre une école qui descend silencieuse dans l'oubh. Il nous semble que la » loyauté de M. de Maistre a été trompée par les assertions mensongères de » cette école, qui a voulu se donner l'honneur d'avoir exécuté le testament et » glorifié la mémoire de Bacon. M. de Maistre insiste beaucoup sur ce point, 31 que Bacon, porté sur les autels de la philosophie par les hommes du dix-huiïi tième siècle, fut ignoré des grands esprits du dix-septième ; qu'à l'exception » de Gassendi, nul des célèbres penseurs de ces temps ne connut les œuvres et * ne ressentit l'influence du chancelier de Vérulam. C'est là une grave erreur ; » et puisqu'elle semble être le fondement principal du jugement que nous dé- » clinons, nous lui opposerons les témoignages de Leibnitz , qui appelait Bacon » un homme divin : u Dmniingenii vir Francisais Baconus » (Confessio fidei) ; » de Bayle {JVorks^ t. i, p. 196, 458, etc.); de Bodley {Lettre à Bacon); de » Boerhaave {Methodus dicendi medicinam)^ qui attribuait au génie de BâCOn ^ uuc actiou puissante sur celui de Descartes ) de Descartes «ufiu.. .«. ; etc. »
La Religion expliquée catholiqdement et défendle contre les erreurs tiiéologiques les plus accréditées en europe (1).
L'auteur de cet ouvrage, qui paraît animé du dcsir sincère de fLiiic le bien , veut l'opérer avec puissance , et dans ce but , il suit la marche la plus méthodique : le dogme , la morale , le culte , sont les trois grandes sections du premier volume. Le texte sacré expose d'abord la vérité dogmatique , ou morale , ou du culte dont il s'agit ; le texte des Pères vient ensuite expliquer le sens dans lequel l'Eglise a toujours reçu le texte sacré , et l'auteur termine le chapitre par des réflexions propres à porter à la pratique de cette vérité. Nous pourrions à la rigueur terminer ici notre compte-rendu par quelques éloges donnés à la simplicité et à la clarté du style ; mais la Reloue catholique doit moins s'arrêter à la forme qu'à la pensée, et l'auteur lui-même nous saurait mauvais gré de ne pas remplir en entier la tache que nous impose notre nom.
Il nous a paru que les principes de l'orthodoxie catholique ne sont pas toujours respectés dans cet ouvrage. .
Nous citerons pour exemple le i)aragraphe douzième du sacrifice , où l'on reconnaît une teinte de calvinisme à la lecture même la plus superficielle. En vain le témoignage de quelques Pères est-il invoqué ; ces Pères doivent être entendus comme l'Eglise les entend, et quand on voudra leur faire dire que le (( pain et « le vin ne sont après la transsubstantiation qu'un corps et qu'un sang adoptif ; » que le pain eucharistique n'est que la figure du corps de Jésus-Christ...; » l'Eglise est là pour chanter, comme dans les siècles passés : Ai'cvcriun corpus ^ et pour dire, avec le concile de Trente, à tous ceux qui professent de tels sentiinens : « Si quis negaverit in sanctissimai Eucharistiae sacramentocontineri verè, realiter >> et substantialiter corpus et sanguinem unâ cum anima et divinitate Domini » nostri Jesu Christi ac proindè lotum Chrisium... : anathema sit. »
Nous sommes persuadés que la pensée de l'auteur est catholique ; mais si sa pensée est catholique , nous ne pouvons en dire autant de la forme dont il l'a revêtue, et nous en appelons à la bonne foi du lecteur. L'abbé H. C.
CHRONIQUE ÏIELIGIELSE.
L'abondance des matières nous obligeant à resserrer aujourd'hui notre Chrùnique religieuse dans un cadre fort restreint, nous nous bornerons à citer dans ce numéro les faits principaux qui peuvent intéresser nos lecteurs.
— Une messe du Saint-Esprit a été célébrée dans les collèges royaux de Paris à l'occasion de la rentrée des classes : dans quelques-unes de ces maisons , ime instruction a été adressée aux élèves par l'aumônier.
(I) Chez Hivert, quai des AuguslinS; 65 j 2 vol. in-8° ; prix ; 8 fr.
— Les retraites pastorales ont continué à édifier les provinces par le concours des pieux ecclésiastiques qu'elles réunissent dans le centre de chaque diocèse. M. l'abbé Goudelin a donné celle de Paris, présidée par M. l'archevêque, et terminée le samedi , 1*' octobre, à l'église paroissiale de Saint-Sulpice ; plus de trois cents prêtres en ont suivi les exercices. Celles du Mans , de Chartres et d'Orléans ont été prêchces par M. l'abbé Besnoin ; celle de Luçon,par M. l'abbé Combalot; celle de Tours , par M. l'abbé Chaignon ; celle de Coutances, par M. l'abbé Hoguet ; celle de La Rochelle, par M. l'évêque lui-même ; celles d'Arras (au nombre de trois), par M. l'abbé Boyer, directeur du séminaire de Saint- Sulpice ; celles de Gap (au nombre de deux) , par M. l'abbé Déplace , et par M. l'abbé Dufêtre, qui a prêché également celles de Grenoble, d'Alby, de Pamiers, et qui est en ce moment à Toulouse pour le même objet.
•—A Tonneins, diocèse d'Agen, MM. Yermot ctFerrand ont fait, du 21 août au 25 septembre, une suite d'instructions auxquelles la ville entière s'est constamment rendue. Le jour delà clôture de ces pieux excercices, M. l'évêque, après avoir donné la confirmation à plus de sept cents personnes , a présidé à la plantation d'une croix qu'on a érigée sur un terrain particulier, l'autorité s'étant opposée à ce qu'on la plaçât sur la voie publique. Soixante-dix mariages réhabilités, des restitutions considérables, des conversions et des réconcihations nombreuses ; tels ont été les fruits de la grâce et du zèle des deux missionnaires que de fâcheuses préventions avaient précédés, que d'injustes défiances ont poursuivis , mais dont le talent et la charité ont triomphé de tous les obstacles.
— La France, a vu depuis quelques mois plusieurs prélats venus des pays lointains la traverser, soit pour se rendre à Rome, soit pour regagner leurs diocèses^ que plusieurs vont enrichir de sujets distingués appelés par une vocation particulière à l'œuvre admirable des missions étrangères. Lesévêques des missions que nous avons eu le bonheur de posséder, et dont quelques-uns n'ont point encore quitté la France, sont : M. England , évêque de Charleston ; M. Flaget, évêque de Bardstow^n ; M. Brute, évêque de Yincennes; M. Provencher, évêque de Juliopolis ; M. Marusci, archevêque arménien catholique ; M. Blanc, évêque de la Nouvelle-Orléans ; M. Daniel Mac'donnell, évêque d'Olympe et vicaire apostolique pour les catholiques des Antilles, et enfin M. Daniel Murray, archevêque de Dublin. A Paris et dans quelques villes de province , ces prélats ont reçu les plus touchans témoignages de la vénération publique. Nous donnerons quelque jour des détails plus intéressans sur la vie toute apostolique de ces pontifes , sur l'état actuel des missions, et sur l'œuvre de la Propagation de la/oi, qui a déjà eu de si heureux résultats.
Le Rédacteur en chef^ Vicomte WALSH.
PARIS,— IMPRIMERIE DE BÉTllUNE ET PLON, RUE DE YAUGIRARD, 56.
ET
RETA«LISSEME^T DU CULTE EIV ERAIVCE.
Le premier mois de g3 n'est pas une de ces époques qu'on puisse franchir en courant ; quelque douloureux sentiment que l'on éprouve , il faut faire halte, et s'asseoir avec la méditation sur le seuil de cette longue année, qui commença par le régicide et qui finit par l'athéisme.
Nous voici au dernier terme , au terme fatal d'un double progrès ; les principes de la société française avaient été trouvés en faisceau ; les mêmes mains qui les avaient déliés devaient les briser. Il n'y avait pas plus de raison pour faire grâce à la foi religieuse que pour épargner la foi monarchique; car, dans Tune comme dans l'autre , c'est l'autorité que l'on avait voulu abattre : qui se serait inquiété de la difficulté d'en créer une nouvelle pour le nouveau système ? Ne pensait-on pas alors que la force matérielle peut suppléer à la force morale, et qu'en la plaçant à volonté au bout des baïonnettes ou sur le billot des guillotines , on en fait une puissance aussi réelle que durable. Combien de violences inutiles , combien de crimes sans profit ne fallait-il pas pour démontrer le néant de ce matérialisme gouvernemental , et pour faire comprendre que les plus grandes forces d'un état sont celles qu'il puise dans la vertu des principes.
Nos regards ont peine à mesurer l'espace dévoré en quatre ans : ce n'est plus comme au temps de Luther une question de réforme religieuse , il y a un prétexte de foi dans une schisme ; ce n'est plus comme au temps de Rousseau une question de réforme politique , il y a un prétexte de liberté dans un affranchissement ; c'est tout simplement une question de destruction , une de ces pensées de bouleversement qu'Attila même n'aurait pas conçues ; car si ce barbare ne respecta pas les temples des nations conquises, il garda du moins ses
dieux.
Reme CalhoUque. -^15 novembre 183G. 5« numéro.
La philosophie toute spéculative qui rayonnait à l'horizon de 8g , s'est changée en nuée de feu dès qu'elle s'est mise en mouvement , elle a tout obscurci, elle va tout consumer. Pour les niveleurs de la convention , il n'y a de politique sérieuse qu'à la surface de la terre ; ils se croient plus à portée du canon que de la foudre ; et puisqu'ils ont osé provoquer tous les canons des rois par le meurtre de Louis XVI, ils ne voient pas pourquoi ils garderaient encore des ménagemens avec le ciel.
(( On se demandait , dit M. Thiers, pourquoi, en abolissant toutes les anciennes superstitions monarchiques , on conservait encore un fantôme de religion, à laquelle presque personne, ne croyait plus ^ et qui formait le contraste le plus tranchant avec les nouvelles institutions et les nouvelles mœurs de la France républicaine. »
Telle est la logique de l'anarchie ; telles sont ses nécessités rationnelles; les désordres s'enchaînent aux désordres^ les ruines se déduisent des ruines. La royauté a été abolie, donc il faut abolir la religion \ l'une a été condamnée pour cause de tyrannie, l'autre le sera pour cause de superstition ; on déclarera qu'il y a incompatibilité entre la religion et la république , et cela suffira.
La convention, qui fut toujours l'instrument passif des clubs, et dont l'obséquieuse sujétion explique toutes les violences , n'aurait peut-être pas trouvé en elle assez d'audace pour aller d'un seul élan aux dernières conséquences des idées qui la poussaient; sa politique ou plutôt son habitude était de laisser faire , sauf à sanctionner tous les faits accomplis; les cordeliers et la commune lui servirent d'avant-garde dans cette bataille décisive , et elle doubla le pas pour les appuyer. •*
Ghaumette, Hébert et Anacharsis Glootz commencèrent l'attaque; tous trois , soit dans leurs discours, soit dans leurs écrits, avaient dépassé depuis long-temps Robespierre , Saint-Just , et même Danton, qui, à la tribune des jacobins, ne s'étaient pas encore avancés au-delà du déisme. Dieu supprimé de leur langage avait été remplacé d'abord parla nature et plus tard par la raison.
(( Ghaumette, dit l'historien que nous faisons marcher avec nous, » n'était ni bas, ni méchant , ni ambitieux comme Hébert; il ne cher- » chait pas en exagérant les opinions régnantes à supplanter les chefs » actuels de la révolution ; mais dénué de vues politiques , plein d'une » philosophie commune , entraîné par un extraordinaire penchant à la
» déclamation, il prêchait, avec l'ardeur et Vorgueil dé^^ot cVun mis- » sionnairej les bonnes mœurs, le travail , les vertus patriotiques et )) la raison enfin en s'abstenant toujours de nommer Dieu. » Cet homme, en un mot, était un sectaire qui n'avait pas une idée à lui, mais qui était prêt à se livrer à tous les excès d'un fanatisme emporté pour faire triompher l'idéologie qu'on avait jetée dans sa faible tète.
Un acte d'intolérance fut le signal des hostilités : bien que le culte catholique fût , comme nous l'avons vu, rentré sous terre , Ghaumettc en dénonça la publicité ; il soutint que c'était un privilège dont ce culte ne devait pas plus jouir qu'un autre, et que, si chaque secte avait la même faculté , bientôt les rues et les places publiques seraient le théâtre des farces les plus ridicules. La commune qu'il gouvernait |ç,son gré avait la police locale; il lui fit donc décider, le 28 vendémiaire {i^octobre 1793), que les ministres d'aucune religion ne pourraient exercer leur culte hors des temples.
La substitution toute récente de l'annuaire républicain au calendrier Grégorien était une abolition indirecte du catholicisme ; la décade désorganisait la semaine , et le peuple, que l'on voulait forcer ainsi cà oublier le dimanche, ne devait bientôt plus savoir où trouver le jour qui sanctifiait son repos par la prière. Mais si le législateur avait réussi par cette mesure subrepticc à écarter du cours de la vie les signes les plus visibles de la religion , il n'avait encore rien fait pour les enlever à la mort, et les cérémonies funèbres, maintenues par les usages, ramenaient sans cesse un contraste importun. Chaumette y mit ordre; il demanda et obtint un nouveau règlement pour les funérailles : plus de prêtre autour d'un mort; les amis et les parens devaient seuls accompagner le cercueil ; tous les signes religieux furent supprimés dans les cimetières et remplacés par une statue du sommeil ; au lieu de cyprès et d'arbustes lugubres, on environna les tombeaux des plantations les plus riantes : a II faut , s'écria Chaumette dans une idylle sentimentale, que l'éclat et le parfum des fleurs rappellent les idées les plus douces; je voudrais , s'il était possible , pouvoir , dans le parfum d'une rose, respirer l'ame de mon père ! )) L'arrêté pris par la commune porta, en outre, défense expresse de vendre dans les rues toutes espèces de jongleries , telles que des saints-suaires, des mouchoirs de sainte J^éronique ^ des ecce-hoinOy des croiœ^des agiuis- JJei, des s^ierges^ des corps et bagues de saint Hubert ^ ni pajxilk^
ment des poudres , des eaux médicinales et autres drogues falsifiées. L'image de la Vierge fut également proscrite, et toutes les madones qui se trouvaient à l'angle des rues firent place aux bustes de Marat et Lepelletier; l'un venait de tomber sous le poignard de Charlotte Corday, l'autre avait été immolé par le garde-du-corps Paris, et la révolution, qui les appelait ses martyrs, ne voulait plus de culte que pour eux.
AnacharsisClootz, que les partisans du système humanitaire, restaure et amplifié de nos jours, devraient honorer comme le père de leur école, était un baron prussien, riche de plus décent mille livres de rentes , qui avait quitté son pays pour venir représenter le genre humain. On l'avait vu figurer, lors de la première fédération de 1790 , à la tète des prétendus envoyés de tous les peuples ; devenu depuis membre de l'assemblée nationale^ il n'avait cessé de prêcher la république universelle et le culte de la raison. Le déisme lui paraissait aussi coupable que le catholicisme même 5 il ne voulait ni dieu ni roi : ces deux noms répondaient pour lui à l'idée de l'idolâtrie et de la servitude , et il prétendait qu'il ne devait rester chez l'humanité affranchie et éclairée que la raison pure et son culte bienfaisant et immortel. Cet Empédocle de la démagogie, qui vint de lui-même se jeter dans un gouffre que l'éruption de 89 avait ouvert loin du sol où il était né , méritait peut-être une étude spéciale ; contentons-nous de le faire con^« naître par ses propres paroles.
Il s'était posé devant la convention comme une victime de la persécution des rois et des prêtres : (( Je n'ai pu échapper h tous les tyrans sacrés et profanes que par des voyages continuels^ dit-il un jour à la tribune, j'étais à Rome quand on voulait m'incarcérer à Paris, et j'étais à Londres, lorsqu'on voulait me brûler h Lisbonne; c'est en faisant ainsi la navette d'un bout de l'Europe h l'autre, que j'échappais aux alguazils , anx mouchards, à tous les maîtres, à tous les valets. Mes émigrations cessèrent quand l'émigration des scélérats commença. C'est dans le chef-lieu du globe, c'est h Paris qu'était le poste de l'orateur du genre humain \ je ne le quittai plus depuis 1789 : c'est alors que je redoublai de zèle contre les prétendus souverains de la terre et du ciel ; je prêchais hautement qu'il n'y a pas d'autre dieu que la nature, d'autre souverain que le genre humain, le peuple-dieu. Le peuple se siillit à lui-même , il sera toujours debout ; la nature ne s'age-
nouille pas devant cllc-rncmc. Jugez de la majesté du genre huniam libre, par celle du peuple français qui n'en est qu'une fraction; jugez de rinfaillibiiitc du tout par la sagacité d'une portion qui , seule, fait trembler le monde entier. Le comité de surveillance de la république universelle aura moins de besogne que le comité de la moindre section de Paris; une confiance générale remplacera une méfiance universelle. Il y aura dans ma république peu de bureaux , peu d'impôts et point de bourreau ; la raison réunira les hommes dans un seul faisceau représentatif, sans autre lien que la correspondance épistolaire. Citoyens, la religion est le seul obstacle qui nous arrête, le temps est venu de la détruire; le genre humain a brûlé ses lisières : on n'a de vigueur, dit un ancien , que le jour qui suit un mauvais règne; profitons de ce premier jour que nous prolongerons jusqu'au lendemain de la délivrance du monde. »
En quelque état de bouleversement que se trouvent les esprits , de pareils discours éloignent par leur extravagance même tout danger de prosélytisme, à moins qu'un intérêt de destruction ne s'en empare et ne les fasse servir à ses vues ; tous les systèmes deviennent rationnels dans ce cas , comme tous les moyens sont bons : or, c'était là précisément que la force des choses avait conduit; il fallait aller en avant, dût* on donner tête baissée dans l'abîme.
Encouragé par les succès de Chaumette , Clootz entra en négocialion avec Gobel , intrigant de Porentruy , qui s'intitulait alors évêque constitutionnel du département de Paris, comme un autre apostat s'est intitulé plus tard primat des Gaules. L'illuminé prussien lui persuada que le moment était venu d'abjurer, à la face de la France, le culte catholique dont il était le premier pontife , que son exemple entraînerait tous les ministres du culte, éclairerait la nation , donnerait lieu à une abjuration générale et obligerait la convention, qui n'osait pas en firiir, à prononcer formellement l'abolition des cultes. Gobel , accoutumé à ne faire entrer dans ses calculs que des intérêts de circonstance, entrevit une chance de popularité dans l'abandon d'un titre dont il connaissait mieux que personne toute l'inanité, et qui d'ailleurs allait lui échapper au premier jour; mais l'avantage qu'il trouvait à spéculer sur l'humilité, disparaissait à ses yeux, si rabjiualion qu'il consentait à prononcer s'étendait jus(iu'à sa foi, et le présentait comme un imposteur (pii avait lionipé les hununcs pendant toute sa vie : il
établit donc une distinction captieuse entre la religion et le culte, et ne s'engagea qu'à l'abdication de l'épiscopat ; la majorité de ses vicaires s'unit à lui et jura de suivre son exemple. Cliaumette en fut instruit aussitôt, le département et la commune se concertèrent , et on convint que toutes les autorités constituées de Paris accompagneraient Gobel pour donner plus de solennité à la députation.
Le 17 brumaire (7 novembre 1793), Momoro, Pache, L'huillier, Ghaumette, Gobel et ses vicaires se rendent au sein de l'assemblée nationale; Gliaumelte et L'huillier, tous deux procureurs, l'un de la commune , l'autre du département , annoncent que le clergé de Paris vient rendre à la raison un hommage éclatant et sincère ; alors ils présentent Gobel. Celui-ci , coiffé du bonnet rouge , et tenant à la main sa mitre , sa crosse , sa croix et son anneau , prend la parole :
(( Né plébéien, dit-il, curé dans le Porentruy , envoyé par mon clergé à la première assemblée , puis élevé à l'archevêché de Paris , je n'ai jamais cessé d'obéir au peuple. J'ai accepté les fonctions que ce peuple m'avait autrefois confiées^ et aujourd'hui je lui obéis encore en venant les déposer. Je m'étais fait évèque quand le peuple voulait des évoques; je cesse de l'être quand le peuple n'en veut plus. »
Après ces mots empreints d'un si bas servilisme pour la puissance qu'il cherchait à flatter, Gobel ajoute que tout son clergé, animé des mêmes sentimens, le charge de faire la même déclaration , et en même temps, il dépose sa mitre ^ sa croix et son anneau. Le président, fidèle au caractère de l'assemblée , répond avec une feinte indifférence que la convention a décrété la liberté des cultes ; qu'elle a du la laisser entière à chaque secte , qu'elle ne s'est jamais ingérée dans leurs croyances, mais qu'elle applaudit à celles qui, éclairées par la raison, viennent abjurer leurs superstitions et leurs erreurs.
C'était forcer les paroles de Gobel et leur donner la signification qu'il redoutait; ce misérable avait été attiré dans un piège, ses restrictions ne purent le préserver ; d'ailleurs ses subordonnés, plus lâches et plus rampans encore que lui, devaient naturellement étendre sa déclaration. (( Revenu, dit le curé de Vaugirard, des préjugés que le fanatisme avait mis dans mon cœur et dans mon esprit , je dépose mes lettres des prêtrise. )) Divers évêques et curés, membres de la convention, cèdent à l'impulsion donnée, et déposent leurs lettres de prêtrise ou abjurent le catholicisme. Julien de Toulouse renonce aussi à
sa qualité de ministre protestant, et toutes ces apostasies sont accueillies par les applaudissemens frénétiques de l'assemblée et des tribunes. La députation quitte enfin la salle au milieu d'une ibule immense, et se rend à l'Hôtel-de-Ville pour recevoir les félicitations de la commune.
Il n'était pas difficile, sous l'impression d'un tel exemple, d'exciter toutes les sections de Paris et par suite la plupart des communes de France au renversement des autels : les affiliations établies réunissaient dans les mêmes mains tous les fils dirigeans ; à un signal donné chaque section se lève à son tour et vient apporter son manifeste ; la section de l'Homme-Armé déclare qu'elle ne reconnaît d'autre culte que celui de la vérité et de la raison , d'autre fanatisme que celui de la liberté et de l'égalité, d'autre dogme que celui de la fraternité et des lois républicaines décrétées depuis le 3 1 mai 1793. Celle de la Réunion annonce qu'elle fera un feu de joie de tous les confessionnaux , de tous les livres qui servaient aux catholiques ^ et qu'elle fera fermer l'église de Saint-Méry. Celle de Guillaume-Tell renonce pour toujours au culte de l'erreur et du mensonge. Celle de Mucius-Scœvola abjure le catholicisme , et fera, décadi prochain , sur le maître-autel de Saint-Sulpice, l'inauguration des bustes de Marat , de Lepelletier et de Mucius-Scœvola. Celle des Piques n'adorera d'autre dieu que le dieu de la liberté et de l'égalité. Celle de l'Arsenal abdique aussi le culte catholique.
(( Ainsi, ajoute l'historien de la révolution qui a reproduit la plupart de ces détails , les sections prenant l'initiative abjuraient le culte catholique comme religion publique, et s'emparaient de ses édifices et de ses trésors comme d'édifices et de trésors qui appartenaient au domaine communal. Déjà les députés en mission dans les départcmens avaient engagé une foule de communes à s'emparer du mobilier des éghses, qui n'était pas nécessaire, disaient-ils, à la religion, et qui, d'ailleurs, comme toute propriété publique, appartenait à l'état, et pouvait être consacré à ses besoins. Fouché avait envoyé du département de l'Allier plusieurs caisses d'argenterie. Il en était venu une foule de divers départemens. Bientôt le même exemple, suivi à Paris et aux environs, fit affluer des monceaux de richesses. On dépouilla toutes les églises , et les communes envoyèrent des députations avec l'or et l'argent accumulé dans les niches des saints ou dans les lieux consacrés par une ancienne dévotion. On se rendait en procession à l'as-
semblée, et la plus dégoûtante populace v parodiait les cérémonies du culte. Des hommes vêtus de surplis, de chasubles, de chapes, venaient en chantant des alléluia et en dansant /<^ carmagjiole à la barre delà convention; ils y déposaient les saints-sacremens, les saints-ciboires, les statues d'or et d'argent. A ces hideuses scènes de profanations, succédaient tout-à-coup une hypocrite comédie de respect et de recueillement. Ces mêmes individus , qui foulaient aux pieds les saints du christianisme , portaient un dais; ils en ouvraient les voiles; et en montrant les bustes de Marat et de Lepelletier : « Voici, disaient-ils, non pas des dieux faits par des hommes , mais l'image de citoyens respectables^ assassinés parles esclaves des rois. » On défilait ensuite devant la convention ; puis, on allait déposer les riches dépouilles de»-' autels à la Monnaie , et les bustes vénérés de Marat et Lepelletier dans les églises, devenues désormais les temples d'un nouveau culte. '•^
La raison divinisée exigeait un culte ; on devait d'abord la personnifier pour la rendre visible, et rien n'était plus facile. Les mêmes femmes qui avaieût représenté la liberté , n'étaient-elles pas là pour figurer la raison ? Le salaire de toutes ces déesses républicaines était réglé par un tarif qui n'avait rien d'exorbitant. L'homme qui venait de se déclarer Dieu , pouvait donc s'adorer à bon marché , et il ne lui restait plus qu'à faire choix d'un temple. Chaumette composa un nouveau réquisitoire, et la commune décréta que l'église métropolitaine de Notre-Dame , c[ue venait de lui Hvrer l'abjuration de Gobel , serait convertie en un édifice républicain, appelé Temple de la Raison. Une fête fut instituée pour tous les jours de décade; le rite pouvait varier, suivant l'imagination des municipaux ; cependant un programme avait été soigneusement rédigé, et portait qu'à chaque fête, le maire, en présence de tous les fonctionnaires publics , lirait la déclaration des droits de l'homme, ainsi que l'acte constitutionnel , ferait l'analyse des nouvelles des armées et raconterait les actions d'éclat qui auraient eu lieu dans la décade. Une bouche de vérité ^ semblable aux bouches de dénonciations qui se trouvaient à Venise , était placée dans le temple pour recevoir les avis, reproches ou conseils utiles au bien public; on fi\isait la levée de ces lettres au commencement de la cérémonie, et on en donnait lecture. L'n orateur prononçait un discours de morale; des morceaux de musique étaient ensuite exécutés, et l'on finissait par chanter des hymnes républicains. Deux tribunes réservées occupaient
une partie du temple : l'une, clait pour les vieillards; l'autre, pour les femmes enceintes, avec ces mots : Respect à la vieillesse! respect et soins auœ femmes enceintes!
La première fête de la Raison fut célébrée avec pompe le 3o brumaire ( lo novembre) ; toutes les sections y assistèrent avec les autorités constituées. Voici la relation que nous fournit l'histoire révolutionnaire :
(( Une jeune femme représentait la déesse de la Raison ; c'était l'épouse de l'imprimeur Momoro, l'un des amis de Vincent, Ronsin , Ghaumette , Hébert et pareils. Elle était vêtue d'une draperie blanche; un manteau bleu-céleste flottait sur ses épaules ; ses cheveux épars étaient recouverts du bonnet de la liberté. Elle était assise sur un siège antique , entouré de lierre , et porté par quatre citoyens. Déjeunes filles, vêtues de blanc et couronnées de roses, précédaient et suivaient la déesse. Puis, venaient les bustes de Lepelletier et Marat, des musiciens, des troupes et toutes les sections armées. Des discours furent prononcés , et des hymnes chantés dans le temple de la Raison ; on se rendit ensuite à la convention. Ghaumette prit la parole en ces termes :
« Législateurs, le fanatisme a cédé la place à la raison. Ses yeux )) louches n'ont pu soutenir l'éclat de la lumière. Aujourd'hui un peu- )) pie immense s'est porté sous ces voûtes gotliiques, qui, pour la prc- )) mière fois, ont servi d'écho à la vérité. Là , les Français ont célébré » le seul vrai cultc^ celui de la liberté, celui de la raison. Là, nous » avons formé des vœux pour la prospérité des armes de la république. )) Là, nous avonsabandonné des idoles, pour la Raison, pour cette image » animée, clief-d^ œuvre de la nature. » En disant ces mots, Ghaumette montrait la déesse vivante de la raison. La femme Momoro, qui la représentait, descend de son siège et s'approche du président, qui lui donne l'accolade fraternelle au milieu des bravos et des cris de f^ive la république! vive la Raison! à bas le fanatisme ! La convention , qui n'avait encore pris aucune part à ces représentations, est entraînée et obligée de suivre le cortège, qui retourne, une seconde fois, au temple de la Raison, et va y chanter un hymne patriotique. »
(( On voit sans doute , avec dégoût , dit M. Thiers , ces scènes sans )) recueillement , sans bonne foi, où un peuple changeait son culte, )) sans comprendre 7ii V ancien ^^ ni le nouveau ; mais quand le peuple R, C. — • 5e numéro. 2
)) est-il de bonne foi? quand est-il capable de comprendre les dogmes )) quW lui donne à croire? Ordinairement, que lui faut-il? de )) grandes réunions qui satisfassent son besoin d'être assemblé, des )) spectacles symboliques , où on lui rappelle sans cesse l'idée d'une )) puissance supérieure à la sienne, enfin des fêtes où l'on rende hom- )) mage aux hommes qui ont le plus approché du bien , du beau, du )) grand ; en un mot, des temples , des cérémonies et des saints. Il y )) avait ici des temples, la Raison^ Marai et Lepelletiei'. Il était réuni, )) il adorait une puissance mystérieuse , il célébrait deux hommes. » Tous ses besoins étaient satisfaits ^ et ilnf cédait pas autrement » qu'il ny cède toujours. ))
Ainsi, à 9nt.endre M. Thiers, il n'y avait rien que de très-naturel et de très-conforme à la raison populaire dans ces ignobles saturnales de l'athéisme; pourquoi donc dit-il qu'on les voit avec debout? Une telle contradiction est évidemment une inadvertance; le peuple auquel il ne laisse pas même l'allcrnative de la mauvaise foi ou de Timbécillité , ne doit pas être coupable à ses yeux ; il a suivi , comme la brute, la loi de son être , il a satisfait ses besoins !... Voilà com" ment, en voulant tout expliquer, tout justifier, on en vient à déverser le mépris et l'insulte sur ceux mêmes que l'on a entrepris de défendre; chaque mot qui précède est une calomnie, et contre l'intelligence humaine , et contre le cœur humain. Ce peuple , que M. ïhiers matérialise avec une telle légèreté de cynisme, n'a pas taydé à prouver qu'il avait mieux que des organes, et qu'il fallait trpuyer autre chose à placer sur l'autel que des femmes déhontées ou des orateurs dé^iagogues , pour répondre aux besoins de sa nature morale. Après le spectacle du , crime, la vue du scandale n'avait rien, assurément, qui put beaucoup jémouvoir; mais la fougue des novateurs, privée d'obstacles pour ^e diriger, alla heurter contre l'absurdité; c'était la dernière limite, le point extrême : on avait touché au ridicule; la réaction commença, j ( La suite au prochain numéro. ) XXX.
©52 a»i\ a^a(a't?a<©sî (ii^^a(î)2i2?^^a.
Voici des mots que l'on prononce beaucoup aujourd'hui. Examinons leur valeur.
Ce que nous devons avant tout à nos lecteurs, c'est la vérité. Eux n'attendent pas que le catholicisme soit plus ou moins à la mode pour y croire et pour l'aimer. Ainsi, on peut sans crainte leur dire ce que c'est que cette réaction dont on fait tant de bruit depuis cinq ans.
L'état actuel de la société, telle que nous l'ont faite les révolutions, n'est pas un état de foi, de croyance bien établie; mais un simple état de transition de l'incrédulité qui ne lui a donné que des malheurs ; le siècle passe à quelque chose de moins desséchant et de moins triste, il veut sortir du désert aride ; mais il est encore loin d'être arrivé aux sources d'eaux vives.
C'est déjà beaucoup, sans doute, que de s'être levé pour aller vers la lumière ; mais faut-il , parce qu'une bonne pensée est venue au monde , proclamer que le monde est sauvé , et le représenter comme embrassant tout entier la croix du Sauveur?
Dans cette disposition à flatter l'époque actuelle ; si l'on cherchait bien, n'y pourrait-on pas découvrir une pensée qui viendrait de toute autre source que de celle de la vérité? Eh, mon Dieu, la politique a bien des ruses, bien des chemins de traverses ? Et qui pourrait assurer que quelques-uns ne veulent pas flagorner le pouvoir d'aujourd'hui, en répétant que l'on est plus religieux en i83o qu'en i8i5?
Il y a quelques années que ceux que Dieu avait placés à la tète de l'état osaient se montrer chrétiens, ils s'agenouillaient avec ferveur devant la croix, d'abord, parce qu'ils étaient pleins de foi et de piété; et puis, parce qu'ils pensaient que, placés sur les hauteurs de la société, ils devaient de bons exemples au peuple. Il y avait en une pareille conduite mieux que de la politique, il y avait devoir , franchise et conscience.
Par des raisons qu'il ne nous est permis ni de rechercher, ni d'expliquer, le pouvoir d'aujourd'hui suit une tout autre voie. 11 n'a pas encore rendu l'église de Saint-Germain à vingt-deux mille chrétiens qui la redemandent ; il a oté la croix du dôme de Sainte-Geneviève , et n'a pas cru devoir laisser un signe de rédemption et d'espérance sur les
lombes qu'il concède h ses grands hommes. Et ni lui, ni ses hauts dignitaires ne pviUiqueiU pu blic/uemejitj officiellement ^ l'ancienne religion de la France. Cette marche plaît et convient aux ennemis du catholicisme, et plus d'une fois nous nous sommes pris à croire que l'on ne parlait autant de réaction catholique que pour encourager le gouvernement a persévérer dans son indifférentisme apparent.
Car, publier que jamais la religion catholique n'a eu autant de puissance que depuis que l'état ne lui prête plus son appui spécial , n'est-ce pas encourager l'état à persister dans son système ? N'est-ce pas dire aux puissans du jour : le peuple n'a pas besoin de votre exemple? Il y a quelques années que la couronne était sur le front d'un fervent fils de saint Louis. Souvent on voyait ce monarque aux pieds des autels, et marcher aux pompes religieuses. Eh bien^ ces éclatans hommages, rendus par la royauté à la Divinité, ne produisaient pas sur la société le bien que l'on en avait espéré. Sous le roi très-chrétien^ on était moins catholique qu'on ne l'est aujourd'hui. Persistez-donc et ne montrez aucune foi, aucune ferveur, pour que la société ait de la ferveur et de la foi.
Voilà, je l'avance, les pensées qui me sont venues quand j'ai cherché à me rendre compte de tout le bruit que certain monde faisait en criant : à la grande et mers^eilleuse ^réaction catholique.
Et puis , selon nous , il y a encore eu une autre raison pour faire croire que le monde revenait aux pensées religieuses, et c'est une raison d'art.
On nous avait forcés d'admirer, depuis tant d'années en France, les genres grec et romain que nous nous sommes ennuyés des lignes droites et sévères , des volutes et des feuillca d'acanthe , des colonnes et des frontons, et que nous échappant des temples antiques, comme des écoliers qui se révoltent contre un vieux professeur , nous nous sommes mis à regarder les vieilles églises, bâties par nos pères, et que l'on ne nous avait jamais dit d'admirer.
Regarder , étudier ces merveilles du génie et de la patience, ces poèmes en pierre, c'est s'exposer à les aimer. Or, quand on aime, on revient souvent voir l'objet aimé. Nos artistes, qui voulaient aussi (et cette fois à bon droit) faire leur révolution, ont les premiers donné l'exemple dans leurs explorations, ils ne sont plus allés dessiner, d'après la maison carrée, ou d'après les cirques romains, mais ils se sont inspirés de la
— Î33 — Vieille France catholique. La littérature, qui est la peinture écrite, est allée à la même source pour y chercher des idées qui sembleraient nouvelles, tant il y avait long-temps qu'on ne les avait évoquées. Alors la toile, alors le papier se couvrirent de sujets moyen-age, et comme la religion occupait une grande place dans ces temps politiques, des ressouvenirs de catholicisme vinrent au bout du pinceau et de la plume.
Pour cette réaction^ je la reconnais complète, oui, Vart s^estfait catholique.,,. Mais le catholicisme a-t-il dans ces derniers temps vu
s'augmenter beaucoup le nombre des croyans? Je voudrais en
être convaincu Si je dis toute ma pensée, et pourquoi ne la diraîs-je
pas? je répéterai ce mot d'un vieillard, la conversion du siècle s''est arrêtée à F épidémie.
Espérons que cette goutte de rosée, tombée du ciel, ira plus avant et qu'elle finira par pénétrer jusqu'au cœur.
Oh! pour que le siècle devienne vraiment chrétien, il a bien d'autres raisons que celles de l'art et de la littérature. N'a-t-il donc pas assez souffert, assez pleuré pour croire? Quand de plus grands enseignemens ont ils été donnés au monde que de nos jours? Aujourd'hui, qui peut croire à la sagesse des peuples , à la solidité de la gloire , à la durée de l'amour, à la constance de la fortune, et à ïa prospérité assurée? De toute maison, de toute ville, de tout royaume ne s'élève-t-il pas des voix pour nous crier : (( Ne vous attachez pas aux choses d' ici-bas^ )) voyez comme elles croulent et s^' anéantissent l Mettez- donc votre » confiance plus haut , et en meilleures mains que dans celles des )l hommes )) (i).
Tant de tempêtes ont fait voir les écueils, ont fait soupirer après le port, mais nos désirs ne sont-ils pas encore vagues et incertains ? Et dans nos âmes, n'y-a-t-il pas plus de désenchantement du passé, plus de découragement pour le présent qu'un ardent et chaleureux élan vers l'avenir ?
La foi qui n'agit pas, est-ce une foi sincère ? *
A présent que j'ai écrit ces pages sur ce qu'on appelle la réaction catholique.^ réaction que je ne crois pas aussi profonde que voudraient le faire penser les optimistes du moment, je me demande ce qui în'a fait choisir ce sujet , et je me souviens que c'est presque Tin-
(1) Imitation 4e Jésus-Clirîst.
dignation qui m'a mis la plume à la main. Dans un journal , qui parle d'art et d'artistes , j'ai lu en tête du recueil : réaction catholique à r opéra !
Ces mots si étOnnans à trouver ensemble m'ont commandé de lire, et j'ai lu : un homme d'esprit s'est amusé à dépeindre ce qu'il nomme une chambre catholique à Vopéra , cette chambre est celle de M. Duponchel, directeur de ce théâtre. Après avoir décrit le lit à colonnes et a baldaquin , la haute cheminée à écusson sur sa plaque , les fauteuils à dos pointus, la croisée à petits vitraux, le cabinet sculpté , le bahut de chêne , le prie-dieu , Pécrivain minutieux nous fait voir des reliquaires et même c?î ostensoir sur la table à pieds tors du directeur de l'Opéra ! ^ '
Des gens , après avoir lu cette description , se seront écrié : voyez comme la réaction religieuse s'étertd ! nous, nous dirons profanation! le siècle joue à la chapelle. Vicomte Walsii.
2l£0 ^a&kxis hi ^amt^