PAR M. DE LAMENNAIS
Il y a deux ans qu'à pareille époque , nous consacrions un long article à un ouvrage nouveau de M. de Lamennais; bien que l'avenir nous apparût sombre , nous espérions encore ! nous n'espérons plus aujourd'hui. Aussi serons-nous court, et nous bornerons-nous au simple rôle de bibliographe; l'analyse de ce dernier livre en dira plus que toutes nos réflexions.
L'auteur a pris la route de l'Italie , il se rend à Rome, pour soumettre au pape son système. Chemin faisant, il voit à Lyon , en pleine victoire, ces pampres ouK'j'iers qui ont pris les armes contre leurs oppresseurs , et il les admire , et il comprend ce que c'est qu'un peuple libre. Plus loin, il trouve des malheureux que les sbires du pape emmènent enchaînés, et il déplore le sort des brigands, et il maudit le despotisme. Il arrive enfin à Rome, et la misère déguenillée trctnble sur les degrés du Vatican, tandis que le pouvoir, vêtu de pourpre, s'y prélasse superbement.
Et cependant, ses doctrines sont examinées et conda;miées. le Saint-
Siège pense, avec les apôtres, qu'on doit obéissance à toute autorité constituée, et ordonne la soumission aux princes; M. de Lamennais, lui, appelle cela, lâcheté, ou peur ^ et affirme que la cause de la monarchie étant perdue, c'est au peuple , au peuple seul qu'il faut obéir. De là, après sa rétractation de 1833, la division qu'il établit plus tard entre le temporel et le spirituel , et enfin sa brusque rupture dans les paroles d^un croyant ^ dont les affaires de Piome sont la prose.
\ient ensuite un long fragment , ou commencement d'ouvrage , qui a pour titre, des Mauœ de PÉglise, composé en i83i . Il y envisage successivement l'état de l'Italie , de l'Espagne et de la France. Partout il ne trouve que des tyrans et des esclaves , des oppresseurs et des opprimés, dans les rois et le peuple; et dans le clergé, un valet que l'on achète avec de l'or.
La conclusion , comme on peut le croire , est d'accord avec les prémisses. La papauté , s'opiniâtrant à s'appuyer sur un passé qui fuit, et à croire dans les princes qui vont tomber plutôt que dans le peuple auquel appartient l'avenir; d'une autre part, n'ayant désormais aucune action , ni sur les catholiques pratiquans et éclairés , qui déclinent son autorité, ni sur les catholiques indilférens, qui l'envient, ni sur les membres des communions dissidentes , ni enfin sur personne dans le monde ; la papauté a fini son rôle, et n a plus qu'à creuser sa tombe avec les tronçons de sa crosse brisée, A l'avenir, les peuples seront leurs seuls souverains temporels et spirituels
Arrêtons-nous ici, il est inutile d'en dire davantage; nous ne pouvons que déplorer les vertiges du talent qu'a perdu le catholicisme.