LE JOUR DES MORTS
La cloche balancée,
Mêlant un son lugubre aux sifflcmens du nord, Annourait dans les airs la fête de la mort.
Font A -NES.
On a beaucoup écrit sur cette fétc du 2 novembre , cette fêle qui prend pour chacun de nous plus d'intérêt, à mesure que nous avançons
(Jans la vie j il serait difficile de dire quelque chose dq neuf sur cette coinméaioration de nos amis perdus. Aussi , je n'enverrai à la iîev'i^e Catliolique^ sur le jour des morts, que des réflexions qui ne sont pas de moi ; je redirai des idées des traditions populaires que j'ai recueillies dans les campagnes du INIorbihan. Je suis vieux, et mes souvenirs remontent assez haut. C'était pendant les premières guerres de la Bretagne et de la Vendée, que j'étais allé dans une de ces provinces pour iicy soigner la santé d'un de mes frères , blessé en combattant sous les ordres de Georges.
Le soir de la Toussaint, un ami de mon frère me dit de le suivre ; il voulait me prouver que, parmi nos paysans, il existait des hommes
nés poètes Tous les deux nous primes \x\io route solitane. Au
bout d'une demi-heure de marche, nous arrivâmes à un grand espace vide ; là , nous crûmes entendre quelque bruit. ]Mon guide mit un doiçf t sur sa bouche et me lit un si«nc de silence : nous nous assîmes sur un tronc d'arbre renversé, et nous écoutâmes. !t Dans le calme qui nous entourait, nous distinguions une voix d'homme ; elle disait :
Père Guillaume, vous avez tort de pleurer autant Allez, les
morts sont plus heureux que nous Ils ontfmi leurs journées de
travail Le dimanche qui ne finim pas est venu peureux Ils se
reposent Et nous! quand nous reposerons nous?...
Votre fils, tué dans la bataille, en sait plus que nous au jour d'aujourd'hui. Nous ne voyons rien de par delà les nuages, nous! et lui voit tout. — -^ .
Et puis, père Guillaume, c'est un grand l)onhcur de mourir comme
lui , à l'approche de la fête des morts Ce jour-là, on dit tant de
prières pour les trépassés, qu'ils ne restent pas long-temps dans le purgatoire. De la terre oii nous sommes, nous les élevons au ciel en priant peureux.
On m'a assuré que dans la nuit qui suit celle de la Toussaint, les hommes qui sont en état de grâce, et qui vont veiller dans les cimetières, voient des choses qui feraient bien peur à bien des gens, mais que je voudrais bien voir On dit que les saints qui sont en paradis descendent pour chercher leurs parens et leurs amis morts — • C'est dans la nuit des trépassés qu'ils viennent les délivrer 3 alors on entend des voix bien douces ati-dcssus des cimetières ; ces voix sont
celles des pcres, des mères qui appellent leurs enfans.., et quelquefois des fîls qui appellent leurs pères, et qui leur disent : Venezj vous êtes purs aujourd'hui ; venez j nous vous attendons bien par- dessus les nuages !
Et alors ceux que Dieu favorise de ces visions voient la terre des fosses remuer, et, du gazon qui s'entr'ouvre, des figures blanches comme la neige s'élever en emportant au ciel les croix qui avaient protégé
leurs tombes Mais il y a des tombes qui ne s'ouvrent pas; ce sont
celles des hommes qui n'ont point encore été pardonnes, et pour lesquels on n'a pas encore assez prié.
Je l'avoue, ces idées sûr les morts, dites par un jeune paysan dans la moindre recherche de mots et de phrases, me frappèrent. Je descendis du tertre où nous étions restes cachés, assis derrière les broussailles, et m'approchant du jeune homme de campagne, je lui dis : (( Vous venez de consoler un peu ce brave homme qui s'en va... Où avez vous appris toutes les choses que vous lui avez dites.
— Ohî monsieur, ce sont les croyances de chez nous; je les tiens de ma mère, et ma mère les avait apprises de la sienne.
Je n'ai voulu joindre aucune phrases de moi à cette poésie religieuse de la sauvage Bretagne. La Revue Catholique voudra- t-cl le redire les paroles du jeune paysan. Je ne sais. Mais je l'espère un peu, car elles m'ont paru touchantes.
L'abbé du IjOUi\do?î>et.