‹ L'Écho de la jeune France (volume 2)Chapitre 79 sur 82 · POÉSIE · texte numérisé non relu

POÉSIE

Les lecteurs de la Revue CatJwlique verront avec plaisir que M le comte de Marcellus a bien voulu devenir un de nos collaborateurs : ce zélé chrétien a compris notre œuvre, et il s'y est joint. Les vers qui suivent nous viennent de lui ; on y retrouve la foi et le talent du poète qui a voué sa lyre à la religion et à la fidélité.

La Revue Catholique aura de temps en temps dans ses pages des ïiorceaux de poésie. Dans son prochain numéro, elle donnera des îtances de Tabbé Michon , qui prouveront aux poètes de Paris qu'il y X des harpes en provhice, dignes d'être écoutées.

TiiiÉE DU PSAUME CXLVH* i Laudu , Jérusalem , etc.

Jérusalem, que tes louanges (1; Chantent le Roi de l'univers, Le Dieu des hommes et des anges, Qu'adorent même les enfers (2).

Il te nomme sa ville sainte ; Sa gloire éclate en ton enceinte :

Ailleurs on n'en voit qu'un rayon.

Chante sa bonté, sa justice, Et que son saint nom retentisse Dans les portiques de Sien.

C'est lui qui raffermit tes portes :

C'est lui qui soutient tes enfans Contre les nombreuses cohortes De tes ennemis triomphans.

Sans lui , ta stérile vaillance Opposerait à leur puissance Des efforts vains et superflus.

Mais au plus fort de tes alarmes, Dieu se montre ; il bénit tes armes : Oii sont-ils ?... Je ne les vois plus...J'

A l'abri des feux de la guerre, La main propice du Seigneur, Au loin, sur ton heureuse terre, Fait régner l'ordre et le bonheur.

Ton peuple est sa race choisie; Le pain dont il le rassasie L'enivre d'amour et de paix.

Ce pain, objet de tant d'oracles, Est le plus grand de ses miracles.

Et le plus doux de ses bienfaits (3).

Il parle : soudain sa parole Crée un monde, embrase les airs.

S'insinue, et pénètre, et vole, Parcourt et change l'univers, x\ sa voix, la nature émue

(1) On sait que dans les psaumes, Sion, Jérusalem, Jacob, Israël représentent l'Eglise, (^oyez Bib. de Yeiicc : Discussion sur l'objet des psaumes. Saint Augustin, dans !on beau commentaire, applique aussi ce ps:iumc à l.i Jérusalem céleste.

(2) lu nomiiicJesu omnc ^ etc. (Philip, ii. 10.) « Les puissances du ciel , de la ternet » des infc.rs sont obligées de fléchir le genou et de lui rendre un souverain hommage » (Abelly. Méd. S' dim. ap. \a Pentec.)

(3) Saint Augustin applique ce texte à Iji sainte Eucharistie. L'Église l'a adopté danssi liturgie pour la fête du Saint-Sacremcnl. ..tw^.M i-^ 4N^^«i>f-4*,

Se trouble : la Icric éperdue S'cbianlc avec un saint elVroi.

Dans SCS voûtes les plus prorontlcs, L'Océan soulève ses ondes, Et loue, en mugissant, son roi.

Par son ordre, sur nos campagnes La neige voltige en flocons.

On dirait les flancs des montagnes Couverts de brillantes toisons.

Tels que des nuages de cendre, On voit les frimats se répandre, Et du jour ternir le fanal. Roi des mers et de la tempête, Il dit : L'eau qui coule s'arrête (1) Sous ime digue de cristal.

Veut-il faire tomber ses cbaînes, Un doux zépbyre va souffler.

Le ciel s'épure, et dans nos plaines L'onde reconimence à couler.

Tout renaît, tout vit, tout respire :

Le soleil reprend son empire ; Les fleurs émaillent nos vallons.

Le printemps règne ; l'biver cède ; Et le chant des oiseaux succède Au sifflement des aquilons.

C'est ce Dieu dont la providence, Qui cache aux autres ses décrets, Met Jacob dans la confidence De ses plus augustes secrets.

De ses justices ineffables.

De ses jugemens immuables Il lui montre la profondeur :

Et de ses vérités sublimes Découvrant pour lui les abîmes, Il l'enivre de sa splendeur.

Que sa grâce en dons est féconde Pour toi, peuple heureux de Sion !

Quand les autres peuples du monde Ignorent même son saint nom !

Il bannit loin de toi la crainte, Et fait couler dans ton enceinte Des torrens de joie et de paix.

Que ta juste reconnaissance Réponde à sa magnificence.

Et ton amour à ses bienfaits.

Le comte de Marcellus.

(i) SlctU undajluens. (Exod. xv. 8.)

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LADBÉ Cil AXEL.

Nous emprunlons au Journal du Bourbotuials , qui se fait remarquer par le talent et la variété de sa rédaction , quelques détails historiques sur la vie de Vabhé Cliatel.

L'abbé François Ghaleî est né àGannat, en Bourbonnais, le lo janvier 1795.

Dès son enfance, il manifesta les senlimens d'une piété touchante; doué d'un physique agréable et des plus heureuses dispositions, il attira sur lui l'attention, l'intérêt et la bienveillance des personnes les plus considérables de sa ville natale. Son père, honnête paysan, laborieux journalier, n'ayant pas les moyens de subvenir à l'éducation de son enfant unique , des personnes charitables s'associèrent pour le prendre sous leur protection , et se chargèrent, en se cotisant, de pourvoir à tous les frais de son entretien et de son éducation. Il fut d'abord placé, par leurs soins, au petit séminaire de Clermont-Ferrand, puis au grand séminaire de Montferrand. Après son ordination, il fut nommé vicaire de l'église de Notre-Dame de IMoulins, où il exerça son ministère avec assez de zèle ; une année après, il fut nommé desservant d'une petite commune du département de l'Allier, près des bords de la Loire, où il resta quelques années, supportant avec dégoût la médiocrité de sa position. Ghatel, né avec une imagination ardente, inconstant dans ses goûts, dans ses idées, aimant les aventures et les vovages , pour satisfaire ses penchans , conçut bientôt la pensée de se faire nommer aumônier d'un régiment. Pour y parvenir, il intéressa en sa faveur M. le baron Rabusson , son compatriote, alors lieutenant-colonel du ^'^ régiment des grenadiers à cheval de la garde rovale, et dans peu de temps, il fut nommé aumônier du So*" régiment d'infanterie de ligne, en garnison à Lyon. Quelques années après, M. Rabusson ayant été élevé au grade de colonel de son régiment, en remplacement de M. de Talouet, Ghatel fit de pressantes démarches auprès de lui, afin d'être nommé aumônier de ce régiment, et ayant obtenu cette faveur, son ambition resta u\\ moment en i^3pos. Pendant qu'il remplissait de telles fonctions, il prêcha à Meau\ , à Versailles, à Paris: mais partout ses sermons furent froidement accueillis, parce

que cet homme, qui devait être un jour un renégat, n'avait pas l'ame assez convaincue pour exprimer avec une éloquence entraînante et persuasive les doctrines qu'il proclamait alors ; et d'ailleurs, sa voix rauque et voilée ne favorisait guère l'apprct de ses longues périodes.

'Quelques mois avant juillet i83o, il sollicita un canonicat h la cathédrale de Paris, mais cette dignité lui fut refusée. Avide de renommée, il publia un journal \nûiu\c le Réformateur ^ ou. V Echo de la Religion et du Siècle , ayant cette épigraphe : (( Je suis prêtre , mais )) tolérant, )) a laquelle un homme du monde répondait : Je vous cher'chais. Ce journal hebdomadaire, organe de doctrines religieuses défigurées, obscènes même, et contraires en tous points aux doctrines de rÉglise gallicane, reçut, à son apparition, la réprobation de tous les hommes. éclairés, et au bout de quelques mois d'existence , il tomba, n'ayant pu produire le retentissement que son créateur en attendait. Mais il fut le précurseur significatif de l'apostasie de Chatel.

Apres les journées de juillet , il s'efforça de se faire nommer aumônier de la reine des Français ou de mademoiselle d'Orléans. Mais n'ayant pu réussir, il se sépara, ouvertement du clergé, et vint établir son nouveau culte rue Saint-Honoré. Ce n'est pas tout : il institua , de sa propre autorité, rue Saint-Martin , dans un local qui avait servi de tannière à des ours, une Église catholiquefrançaisej c^ est là qu'il prit le titre d'évêque, malgré le bref du pape qui l'avait interdit de toutes fonctions ecclésiastiques, et qui l'avait qualifié de l'épithète expressive de scelestus. Mais ce nouveau titre ne suffisait }>as à sa folle • ambition ; il fallait en prendre un autre plus pompeux et plus approprié à la métamorphose de son caractère sacerdotal. C'est ce qu'il fit en s'imposant spontanément celui de Coadjuteur, du patriarche des Gaules^ et alors il apparut dans son temple avec un costume grotesque, badigeonné de signes maçonniques, sans prévoir qu'il se livrerait h toutes les railleries, à tous les sarcasmes des spectateurs qui allaient là par curiosité ou pour rire comme au Vaudeville ou aux , Yariétés. Dès qu'il eut adopté le titre de Coadjuteur du patriarche des Gaules , on se demanda qui était le patriarche? On crut d'abord que c'était Tabbé Grégoire , ex-conventionncl^ ancien évoque constitutionnel de Blois, mais on fut détrompé lorsque les journaux publièrent, que Chatel, étant allé lui faire une visite., l'abbé Grégoire le reçut dédaigneu-

sèment, et lui dit d'un ton rudement moqueur ; (c Oh! l'abbé Chatcl^ je ne m'attendais pas à celle-là!... )) Cliatel fut confus d'une réception si brusque, si étourdissante. On ne sait pas encore qui est le patriarche des Gaules, c'est-à-dire, le chef auquel Chatel obéit. Attendons j peutêtre nous apprendra-t-il lui-même qu'il s'est baptisé de cette dignité imaginaire, quoiqu'elle ne puisse s'accorder avec le scandale de ses parodies et l'abjection dont il a souillé son caractère sacerdotal.

^'Pg

VOTES DES COXSEILS-GÉIXÉRAUX DE DEPARTEMENS.

(2e article.)

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