INSTRUCTION PRIMAIRE, ENFANS TROUVÉS ET PRISONS
La religion n'a pas seule à faire entendre sa voix au sein des assemblées qui discutent les intérêts des peuples ; la morale et l'humanité ont aussi des droits qu'il n'est pas permis de méconnaître, et qui, bien que d'un ordre secondaire^ ne doivent jamais être oubliés. Notre résumé des votes des conseils-généraux de départemens serait donc incomplet et insuffisant pour faire juger de l'esprit qui les anime, si nous le bornions aux objets purement religieux dont il a été question dans un précédent article. Du point de vue catholique, tout ce qui est religion, morale, humanité, progrès, est uni par un lien trop indissoluble pour ne pas appeler également la sollicitude des hommes de bien. L'instruction primaire, les enfans trouvés et les prisons, sont trois objets tellement importans , ils excitent, surtout à cette époque, une si active sollicitude, que nos lecteurs nous sauront peut-être quelque gré de terminer^ par un coup-d'ceil sur ces trois institutions , le travail que nous avons conmiencé dans notre précédent numéro.
L^STRUCTION PRIMAIRE. — Elle a occupé un grand nombre de conseils, et l'éducation des filles a été, surtout, spécialement examinée. On a reconnu que, malgré les efforts et les sacrifices faits pendant les dernières années, une foule de communes manquent encore d'écoles, une foule d'autres en ont d'insuffisantes, quelques-unes sont dirigées par des maîtres admis trop facilement, et incapables d'obtenir la confiance des parens. — La dépense moyenne, par élève, varie suivant les localités : elle s'élève, dans quelques départemens, jusqu'à 16 francs par an ; elle descend, dans quelques autres, jusqu'à 8 francs. Ces variations dépendent du nombre des élèves qui fréquentent chaque école, la moyenne, par tète, diminuant à mesure que le nombre des élèves augmente. Parmi les départemens qui se sont spécialement occupés de cet objet, les uns ont voté, pour 1837, une inqiosition extraordinaire, les autres une somme fixe sur le budget. Ainsi l'Ain a voté 5 centhnes , la JJordogne et les Vosges 1 centime et demi, la Gi-'
ronde 2 ccntiines(Ie double de rannée précédente), TOrne 1 centime six dixièmes, et de plus cinq bourses pour l'éducation des sourds-muets ; le Finistère a porté à 39,000 francs, dont 10,000 seront affectés à la construction des écoles , la somme de 36,610 francs votée en 1835 ; la Nièvre a fondé vingt-cinq demibourses au collège de Ne vers, c'est-à-dire une demi-bourse par canton ; TOise a voté 90,000 francs, la Seine-Tiiférieure 49,000 francs et 41,733 pour l'école normale, la Haute-Marne 76,000 francs ; enfin les départcmens de l'Indre , de la Mayenne, de la Moselle, du Pas-de-Calais, du Puy-de-Dôme et du Rhône ont conservé à peu près les mêmes allocations que pour 1836.
Enfans trouvés. — Des trois points de vue différens, sous lesquels peut être envisagée cette importante question , les conseils-généraux ne se sont attachés qu'à celle de la dépense, et ont paru ne pas songer que la législature peut être éclairée par leurs vœux, cpie les mœurs peuvent être améliorées et protégées. Depuis quelque temps, on s'est beaucoup occupé des enfans trouvés ; le nombre toujours croissant de cesiiialheureuses créatures, qui, pendant les vingt-cinq der nières années, se sont multipliées dans une proportion plus forte que celle de Ja population, a appelé l'attention des économistes, et dans beaucoup de départemens, on n'a pas trouvé de meilleur moyen de diminuer ime dépense qui devenait excessive, que de supprimer une partie des tours des hospices, et d'établir, entre diverses localités, des transmutations d'enfans, propres à faire perdre leurs traces à leurs parens. Ces déplorables modifications à la sublime institution de saint Vincent de Paul ont eu déjà des résultats ; sans doute, un grand nombre d'enfans ont été retirés, les expositions ont été moins fréquentes, et par suite une économie a été obtenue ; mais doit-on se féliciter, comme d'un progrès, de ce qui n'a fait peut-être que d'aggraver le mal, et sait-on de quel prix on a payé les quelques mille Irancs enlevés à la charité ? Quels désespoirs on a fait naître en fermant une partie de ces asiles , ouverts non-seulement aux fruits du crime, mais qui venaient en aide à la plus touchante comme à la plus cruelle de toutes les misères, à celle d'une mère qui n'a pas de pain pour son enfant ? Le nombre plus grand des infanticides n'accuserait-il pas l'administration d'une fatale imprévoyance , celui des crimes que le secret enveloppe s'élèverait encore contre cette mesure. Tant qu'on ne remontera pas aux deux causes qui multiplient les enfans trouvés, la misère et surtout l'immoralité, on pourra bien repousser des hospices ceux qu'on y présentera, mais on n'en diminuera pas le nombre; on les dévouera seulement à une mort prompte, suite inévitable de la négligence ou de la pauvreté, et voilà tout. — H y a, en France, environ cent trente mille cnfims trouvés dans les établissemens publics : ce nombre s'accroit, chaque année, de trois mille à peu près ; c'est du moins la progression qui a eu lieu de 1830 à 1835. La Seine et le Rhône sont les deux départcmens qui en ont le plus grand nombre ; à Paris, seulement, la dépense annuelle pour cet objet est de 1,700,000 francs ; le département du Rhône compte |)his de dix mille de ces infortunés. Les allocations votées ])ar les conseils-généraux ont été : pour la Seine-Inférieure de 170,000 francs (100,000 parle déparleuicnt, 70,000 par les villes), pour laDordogne de 60,000 frdncs , poiii le Finistère de 40,000 francs (diminution sur 1835, 60,000 francs) ; pour la llanie-Garonne de 100,000 francs (sur deux mille trois cent cinquante enlans, cinq cents ont été retires depuis que le
déplacement a c?té commencé) ; pour la IMoselle de 30,000 francs (réduction sur 1835, 60,000 francs; le déplacement a fait retirer sept cent quatre-vingt-cinq enfans sur treize cent quatre vingt-quatorze). Dans les autres départemens, les allocations ont eu lieu, en général, comme dans les précédentes années ; dans quelques-uns, seulement, on a dû les augmenter.
Prisons. Il ne suffit pas de punir le criminel en l'isolant pour un temps de la société c[ui le repousse, il faut encore le rendre meilleur pour le moment où il lui sera permis d'y rentrer. Si le condamné sort, après sa peine, non-seulement plus endurci, mais aussi plus Labile , s'il a trouvé des maîtres dans ses compagnons de captivité , le châtiment n'aura servi qu'à lui apprendre comment il peut, en retombant dans les mêmes crimes, l'éviter à l'avenir par plus d'adresse ou par plus d'audace. Sans doute, c'est là un problème difficile à résoudre ; aussi tous les essais tentés jusqu'à ce jour n'ont paru servir qu'à en faire mieux comprendre, tout à la fois, et l'importance et les difficultés. On paraît cependant avoir décidé l'adoption du système d'isolement de chaque condamné dans une cellule particulière ; ainsi, le département de la Seine a fait construire et disposer dans ce but les prisons de la Dette, du Dépôt, des Jeunes-Détenus, du JSouveau-Bicêtre, de Saint-Lazare et de Sainte-Pélagie ; on va remplacer la Force, que son état de vétusté et son insuffisance obligent à délaisser, par mie maison de prévention pour les hommes : on la construira sur le boulevard de l'Hôpital, près de la Saljîètrière. Nous avons dit que la dépense est évaluée à plus de 3,0005000. Le système cellulaire va être également établi dans la prison de Gadaillac ; dans la Haute-Garonne on a résolu aussi quelques améliorations de ce genre, et voté 5,500 francs pour l'achèvement de la maison d'arrêt de Toulouse ; le Finistère consacre 46,000 francs aux détenus ; la Dordogne vote deux centimes au principal des cjuatre contributions pour l'achèvement des prisons de Riberac , do . Bergerac et de Sarlat ; l'Aisne 10,000 francs. Les autres conseils ont, à peu près * tous, voté d'assez fortes sommes pour le même objet, et exprimé des vœux de réforme auxquels on ne peut qu'applaudir. Mais il est urgent qu'on ne se fasse pas illusion sur l'absolue impossibilité de ramener les condamnés à des sentimeus honnêtes, si !a religion n'est pas appelée à les leur inspirer. Qu'on introduise dans les cellules quelques prêtres d'un zèle plein de charité ; qu'on leur permette d'user sur les condamnés de l'influence de leur ministère; qu'on ne mette pas à leurs efforts des entraves qui les paralysent, et l'on obtiendra ce qu'on espérait en vain de l'isolement et des verroux : le remords du crime, l'instruction morale et le retour des malheureux, souvent plus à plaindre que coupables, à des sentijnens de vertu qui sont la meilleure sauve-garde de la société. D,
CHRONIQUE RELIGIEUSE
Exercices religieux dans les collèges royaux de Paris. — Progrès des écoles chrétiennes; leurs distributions de prix. — Trait remarquable d'un étudiant en médecine. — Prédications et exercices religieux. — Plantations de croix. — Bénédictions d'églises. — Inauguration du monastère de Mattaincourt. — Bénédiction d'une fontaine à Périgueux. — , Retraites pastorales.
L'Université qui , lors du concours des collèges royaux de Paris , avait donné ^e si bizarres sujets à ses élèves , et dont nous signalions , dans notre avant-derjiier numéro, la singulière tendance à occuper les jeunes imaginations d'objets trop souvent capables de les porter à cette vie toute matérielle qui distingue malheureusement une partie de la jeunesse formée à ses écoles , l'Université paraît sentir enfin le besoin de revenir à d'antiques usages qu'on n'abandonne jamais sans se préparer d'amères douleurs. Nous avons dit que la rentrée des classes a été signalée cette année , à Paris , par la célébration d'une messe du Saint-Esprit ; nous devons ajouter que , dans chaque maison , les principaux fonctionnaires attachés à l'établissement ont assisté à cette cérémonie avec une rehgieuse attention. Quel que soit le motif qui ait dicté cette détermination , nous nesamions qu'y applaudir. L'Université doit comprendre que la force relative des études fut-elle incontestablement à son avantage (ce que nous sommes loin d'accorder), il est d'autres raisons capables de déterminer des parens chrétiens qui veulent moins faire des savans que des hommes sincèrement rehgieux des enfans que la Providence leur a confiés. Nous ne parlerons pas ici de la concurrence des petits séminaires si redoutés, et par cela seul, en butte à tant d'exigences ; nous ferons seulement remarquer l'immense développement pris depuis quelques années par l'institution àes frères de l'école chrétienne. On se rappelle les attaques dont ils étaient naguères l'objet; l'humihté même d'un surnom , que la plupart d'entre eux sont loin de jnériter , inspirait d'ignobles plaisanteries contre Itsfrères ignorantins. Dans plus d'une ville encore, d'étroites préventions les poursuivent, et obhgent les habitans à s'imposer des sacrifices pour conserver des maîtres qu'ils ont pu apprécier. Tandis que l'autorité locale y soutient, par une forte subvention, l'mstituteur primaire dont l'école est à peu près déserte, il n'est pas rare de voir tout à côté l'école chrétienne , à laquelle aucun fonds municipal n'est accordé , obligée de refuser, faute de place , une partie des élèves dont on demande l'admission. Ces faits parlent haut , sans doute , et montrent trop clairement les vœux des populations , pour que l'Université n'en comprenne pas la portée. On a vu naguères d'ailleurs, à l'occasion de la distribution des prix , combien l'institut des frères est apprécié par les faaniiles , même dans les villes où l'autorité n'a pour lui aucune sympathie. Nous ne ferons pas remarquer que dans celles où les magistrats le soutiennent , les évêques , les vicaires-généraux , les curés , ont présidé à ces exercices; on ne tiouverait là rien que de fort naturel ; mais nous signalerons , comme im évé-
nement cligne d'observation , que les maires et les préfets ont voulu y assister dans un assez grand nombre de communes , qu'ils y ont pris la parole , et qu'ils se sont attachés à montrer les avantages d'une éducation basée sur des principes religieux. Jamais ces solennités de familles n'avaient eu , comme cette année , l'espèce de sanction que leur donne la présence des administrateurs de la cité» C'est sans doute un hommage , mais c'est aussi l'éclatante reconnaissance de l'immense supériorité de l'éducation donnée par les frères de la Doctrine Chrétienne, humbles instituteurs , dont les services , déjà nombreux , peuvent devenir incalculables du moment où l'autorité les seconde, ou du moins laisse aux habitans la liberté du choix. Qu'on nous permette de citer un fait arrivé récemment dans un des premiers hôpitaux de Paris. Nous nous abstiendrons de nommer le jeune étudiant qui a fait , dans cette circonstance , une profession publique de sa foi ; nous dirons seulement que ce n'est ni dans un collège ni chez un instituteur primaire qu'il a puisé la conviction religieuse à l'inspiration de laquelle il a cédé avec ime simplicité qui , dans la circonstance où il se trouvait j a quelque chose d'héroïque. "^
Après un accouchement difficile, on cherchait à rappeler à la vie le nouveau-né chez lequel se manifestait des symptômes d'asphyxie. On s'occupait beaucoup de remédier au mal physique sans songer au danger bien plus grave qui menaçait ce pauvre enfant, quand un étudiant s'informe tout haut si l'on a donné le baptême. Sourire sardonique du professeur, qui croit faire une réponse péreraptoire en demandant à l'élève s'il connait les intentions de cet enfant? s'il a deviné qu'il voulut être catholique plutôt que mahométan ? et qui ajoute , en continuant à plaisanter, que, plongé à plusieurs reprises et par lui dans une baignoire, il est suffisamment baptisé. Le jeune homme réplique vivement ; il fait sentir avec force au professeur tout ce que le sarcasme et l'ironie ont de déplacé dans une telle circonstance , puis il baptise lui-même le jeune enfant sans s'inquiéter davantage de l'inconcevable impiété du professeur qui lui demande encore avec amertume s'il prétend , par ce peu d'eau répandue sur sa tête , l'empêcher de mourir. Dieu bénira sans doute les pas d'un jeune jnédecin qui débute ainsi dans la carrière si délicate qu'il embrasse : c'est là , dans la vie , une noble et belle action. Il est assez remarquable du reste que les autres élèves, présens à cette discussion , n'ont appuyé ni leur camarade ni leur professeur. On doit présumer, sans doute , que leur estime est acquise au premier ; et ne peut-on pas ajouter qu'il y a cinq ou six ans , leur silence n'eût peut-être pas ainsi accueilli cette généreuse profession de foi ? qu'un concert de railleries l'eût plutôt accompagnée ? f
Au reste , ce n'est pas seulement dans les écoles et parmi les jeunes gens qu'on éprouve ce besoin , trop vague encore en général , il est vrai, mais réel cependant , d'un retour sincère à la religion. Dans plus d'une ville, des exercices pieux ont été assidûment suivis. Nous avons parlé de ceux donnés à Tonneins , diocèse d'Agen; à Saint-Brieac, quatre ecclésiastiques de Vannes ont fait, pendant quinze jours, trois sermons chaque jour, et ont vu la population toute entière accourir autour de leur chaire ; à Nîmes , dans l'église Sainte-Perpétue , et à Fougères , diocèse de Rennes, deux retraites ont attiré le même concours; à Vandœuvre^ près de Falaise , diocèse de Bayeux ; à Hénin-Liétard , diocèse d'Arras ; à Pri-
ïïiecombe , diocèse de Nîmes , et à la Houlloye , diocèse d'Amiens , des croix ont été plantées au milieu d'une immense affluence de fidèles; — à Courrières, dans le même diocèse d' Auras , l'érection d'un calvaire s'est faite avec une pompe touchante ; des églises ou des chapelles reconstruites ont été successivement bénites à Terre-Noire, diocèse de Lyon ; — à Saint-Méen, près de Saint-Malo, diocèse de Rennes ; — à Genestet , près de Bergerac , diocèse de Périgueux; — à Aubais , diocèse de Nîmes ; — à Bressoles , diocèse de Moulins ; — à Saint-Benin-d'Azy , diocèse de Nevers ; — à Ensuès , diocèse d'Aix; — à Buillé-sur-Loir , diocèse du Mans ; — à AUanch , près de Marseille ; et presque partout , le zèle des habitans est venu en aide aux efforts des pasteurs , par des offrandes en nature ou en argent , dans quelques lieux même , par une coopération plus active au travail des ouvriers ; à Belley , la première pierre de la cathédrale a été solennellement bénite par l'évêque , en présence du préfet qui a prononcé un discours fort remarquable , des principales autorités et d'un clergé nombreux ; à Mattaincourt, diocèse de Saint-Diez, l'ouverture d'un nouveau monastère a été faite avec pompe, et les reliques du bienheureux fondateur Pierre Fourrier y ont été exposées à la vénération des fidèles ; — enfin , à Périgueux, des fontaines d'eau jaillissante ayant été obtenues , la ville a voulu , pour en témoigner la reconnaissance , les faire bénir par le premier pasteur. La cérémonie , qui a eu lieu en présence des autorités civiles et militaires, a été terminée par un discours dans lequel le prélat a fait ressortir, avec beaucoup de convenance et d'à-propos , le service rendu à la ville par le maire.
Quelque touchantes que soient ces solennités où le catholicisme déploie toutes les pompes de son culte , elles le sont moins encore que celles dont plusieurs villes ont été déjà témoins depuis quelques mois , et dont trois fois déjà nous avons entretenu nos lecteurs ; nous voulons parler des retraites pastorales qui sont en ce moment à peu près terminées. Celle de Nancy a été prêchée par M. l'abbé Boyer, directeur du séminaire de Saint-Sulpice, qui en a encore donné deux à Saint-Diez ; à Nancy, ]M. le co-adjuteur s'était chargé des conférences ; celle de Marseille a été prêchée par M. l'abbé Boue ; celle de Langres , par MM. les vicaires-généraux et les directeurs du grand séminaire ; celle de \alence, par M. l'abbé Frère, chanoine de Paris; celle d'Agen, par M. labbé Dufctre; celles de Lyon, d'Aix et de Yiviers, par M. l'abbé Gondelin ; celle de Carcassonne, par M. l'abbé Déplace , et celle de Clermont , par M. l'abbé Debussi. On ne fait , en général , pas assez d'attention à cet exemple que le clergé donne à toutes les classes de la société : certes , il connaît ses devoirs et d est appliqué à les remplir ; son zèle, son dévouement, sa charité ne sont guères contestables et sont rarement contestés. Et cependant , il vient chaque année , à des époques fixes , scruter, peser sa vie, y rechercher, pour les corriger, jusqu'aux imperfections qui échappent à sa vigilance de chaque jour , se les reprocher amèrement et s^ appliquer à mieux faire encore à l'avenir. Mais le clergé n'est pas le seul corps qui ait des obligations envers la société; et ne serait-il pas beau de voir tous ceux qui ont entre les mains une partie des intérêts publics ou privés se réunir sous leurs chefs , consacrer quelques jours à examiner sévèrement leurs devoirs et la fidélité qu'ils ont mise à les remplir ? Quelque intègres que soient nos magistrats, quelque zélés cpic soient nos administrateurs , quelque probes que soient ceux
qui disposent des deniers publics , ils n'auraient qu'à gagner en estime et en cou sidération. Il est vrai que la religion peut seule inspirer un tel dévouement au devoir , et que malheureusement sa voix arrive d'autant plus difficilement an cœur qu'il est plus préoccupé des intérêts temporels.
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BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
La congrégation deï Index a prononcé dernièrement plusieurs condamnations contre des ouvrages qu'il est important de signaler dès le moment que la cour de Rome a défendu de les imprimer, de les lire et même de les retenir en quelque langue et en quelque lieu que ce soit. Nous les indiquerons donc sommairement; Un décret du 25 juillet met à V index : Philosophie des réi^élations, par M, A. ChaLo | Au-delà du Rhin , par M. Lerminier ; La maçonnerie considérée comme le résultat des religions égyptienne, juwe et chrétienne, par le F. M. R. de S. | Examen du mosaïsme et du christianisme, par M. Regliellini de Scio; Paroles d'un homme, dédiées au croyant de La Mennais, par Harroliarring ; Annales du monde, ou fastes unii^ei'sels de tous les temps et de tous les lieux de la terre ; Code de la fortune ; Des bénéfices ecclésiastiques , laïques et mixtes , par le docteur en lois Isidore Carli J VoUe lei'é sur les tristes at'cntures du P. Jean de Capistran; Poésies IjTiques, pat François de Borja Garçao Stoklcr ; yic scandaleuse des papes; Histoire de Rome, par IMaurice j^lonti ; plusieurs petits traités répandus sous divers titres, et entre autres : Différences principales entre la religion protestante et la catholique romaincl la p^alesanc ; la y oie du salut ; Bref et clair examen de deux pactes ; Réflexions sérieuses; Progrès du péché ; Abrégé de la Bible , qui montre ce qiHelle contient et té quelle enseigne.
Un autre décret, du 22 septembre, a mis encore au rang des livres défendus avec toutes les notes les plus sévères : OEut^res de Henri Heine ; Tableaux de 'Voyage, par ^I. Rcisebildcr ; De la France, De V Allemagne, par le même; Christ et peuple, par M. Auguste Siguier ; Histoire des progrès et de V extinction de la réforme en Italie, par Thomas IMacerie; Destinée sociale, par M. Victor Considérant; Noui^elles transactions sociales, religieuses et scientifiques, par Virtunlnius (Just Muiron ) ; Parole de prowidence , par mademoiselle Clarisse Vigoureux ; Couri d études, par l'abbé de Condillac; Instructions secrètes de la compagnie de Jésusj (ouvrage apocryphe imprimé avec un faux nom de ville); Lettres de Pétrarque^ traduites en italien par François Ranalli; Som'enirs, impressions, pensées et paysages, pendant un voyage en Orient, on notes d'un voyageur , par M. A. de La-< mavtine ; Jocclyn, épisode trowé chez un curé y par le même»
PIiSTOiRE DU Vavu Pie \U, par j¥. le citcmller yirtaud , ancien cliargô d'afTalres (le France à Rome , à \ icnne , etc. (1).
Le pontificat de Pie YII se rattache d'une manière si intime aux troubles qui ont agité la France au commencement de ce siècle ; il y a eu malheureusement entre le chef de l'Église et le chef de l'empire une lutte si inégale , lutte où la force a bien pu triompher un instant, mais où la victoire est en définitive restée à la faiblesse apparente du pontife romain ; tant de personnes se rappelleront long-temps encore la présence du vénérable père des fidèles , ses deux voyages a travers la France étonnée , sa dure captivité , son inestimable patience , qu annoncer une histoire de cette belle et sainte vie , c'est appeler à la lire non-seulement tous les chrétiens attachés aux intérêts de l'Église, mais tous les hommes qui veulent connaître les motifs secrets des événemens singuliers qui arrachèrent à la ville éternelle le vicaire de Jésus-Christ. Si quelques centaines d'années nous séparaient de l'époque où la papauté était traînée sur les chemins de l'Europe , au gré des caprices d'un soldat , nous éprouverions quelque hésitation peut-être à ajouter foi à cette multitude de calamités qui affligèrent alors l'Eglise ; mais au milieu des témoins de tous ces faits contemporains, on ne trouve que de nouveaux motifs d'admirer les vues cachées de la Providence, qui permet au vieillard de mourir libre dans son palais, et d'envoyer un prêtre au prince découronné pour adoucir les rigueurs de sa mort dans l'exil. Il nous faudrait plus d'espace que nous ne pouvons en consacrer à un bulletin bibliographique pour dire toute notre pensée sur l'ouvrage de M. Artaud ; il nous faudrait le citer presqu'en entier pour justifier nos éloges. Quand on le commence , on éprouve, dès les premières pages , un tel attrait , on y découvre dans l'auteur tant de bonne foi , une connaissance si parfaite de tout ce qu'il raconte , un si tendre attachement pour la mémoire du pontife qu'il a eu le bonheur d'approcher si souvent ; on est tellement frappé de la candeur, de la naïveté de ses récits , la vérité s'y montre avec si peu d'apprêts, au milieu des éclaircissemens donnés par l'habile diplomate et des pièces curieuses qu'il réunit , qu'on ne peut quitter ce livre , un des plus remarquables de tous ceux qui ont été publiés depuis longtemps. Une des plus grandes fautes de Bonaparte fut, sans contredit, sa conduite envers Pie A II ; cependant, on l'avait si diversement jugée , qu'il est heureux de voir enfin le voile entièrement levé par la publication des pièces authentiques dont est accompagné l'ouvrage de M. Artaud. Nous voudrions , pour donner une idée de la manière de l'auteur , pouvoir citer en entier le récit plein de vivacité du conclave où Pie YII fut élu à Yenise ; ce passage étant trop étendu pour notre cadre, nous nous bornerons à une circonstance que le saint pontife raconta, en parlant de l'accueil qu'il avait reçu en France quand il la traversa pour retourner à Rome .
» A Chalons-sur-Saône , dit-il à M. Artaud, dans la première audience qu'il « lui accorda à son retour, à Châlons-sur-Saône, nous allions sortir d'une mai- « son que nous avions habitée pendant plusieurs jours ; nous partions pour
(1) 2 forts volumes in-S» , prix : IS fr., et 19 fr. par la poslc. — Chez Ad. Lecîcrc cl comp., quai des Augustins, 35.
M Lyon : il nous fut impossible de traverser la foule ; plus de deux mille fem- « mes , enfans , vieillards , garçons nous séparaient de la voiture qu'on n'avait « jamais pu faire avancer. Deux des dragons chargés de nous escorter nous con- « duisirent à pied jusqu'à notre voiture , en nous faisant marcher entre leurs « chevaux bien serrés ; les dragons paraissaient se féliciter de leur manœuvre, et « fiers d'avoir plus d'invention que le peuple. Arrivé à la voiture, à moitié « étouffé, nous allions nous y élancnr avec le plus d'adresse et de dextérité « possible, car c'était une bataille où il fallait employer la malice , lorsqu'une « jeune fille , c[ui , à elle seule eut plus d'esprit que nous et les deux dragons, « se glissa sous les jambes des chevaux , saisit notre pied pour le baiser, et ne «( voulait pas le rendre , parce qu'elle avait à le passer à sa mère qui arrivait par « le même chemin. Prêt à perdre l'équilibre, nous appuyâmes nos deux mains • sur un des dragons , celui dont la figure n'était pas la plus sainte , en le priant « de nous soutenir; nous lui disions Signor dragone , avez pitié de nous. Yoilà «< que le bon soldat (fions-nous donc à la mine), au lieu de prendre part à notre H peine , s'empara à son tour de nos mains pour les baiser à plusieurs reprises. M Ainsi , entre la jeune fille et votre soldat , nous fûmes comme suspendu pen- « dant plus d'un demi-quart de mimite. Alil que nous avons été content de « votre peuple I »
Le Célibat ecclésiastique dans ses rapports religieux et politiques , par M. Vahhé
Jager, deuxième édition. (1)
M. l'abbé Jager a publié , il y a un peu plus d'un an , un traité fort remarquable sur la question si souvent agitée du célibat ecclésiastique. Cet ouvrage, qu'il avait extrait de sa controverse avec les ministres anglicans de l'université d'Oxford , et dont il vient de donner une seconde édition à laquelle il a ajouté des considérations de la plus haute portée sur V étude des sciences ecclésiastiques , est le résumé de la doctrine , non-seulement de l'Eglise catholique, mais de tous les peuples et de tous les pays, sur la viduité et le célibat. L'auteur forme comme un faisceau du témoignage des païens d'abord, puis des canons des conciles , des ouvrages des pères , et quand il a établi que dans tous les siècles, chez toutes les nations le célibat religieux a été ou prescrit ou honoré , il attaque directement les protestans , il s'empare des faits nombreux qu'ils ne peuvent contredire, des calculs officiels publiés par les journaux anglais , il groupe les chiffres donnés par eux , et montre quelles sommes énormes dévorent chaque année les familles de quelques membres du clergé anglican. Il est impossible de réunir dans un cadre fort modeste un plus grand nombre de preuves concluantes, de raisonnemens pleins de force et de logique. Du reste, un fait qui dira plus que tous nos éloges et dont nous pouvons garantir rauthcnticité , c'est qu'un ministre anglais, antagoniste prononcé de M. l'abbé .lagcr, après avoir attentivement médité l'ouvrage dont nous nous occupons, a reconnu qu'il est impossible d'y répondre , et avoue que sur ce point il se déclare vaincu. C'est là une belle vie-
(t) hi-S^, clscz Caum? frères, !,, nie •lu Pot dc-Fcr.
toire et qui en présage d'autres encore à M. l'abbé Jager : nous serons heureux de le suivre dans la carrière qu'il a embrassée, et d'applaudir des premiers à ses efforts et à ses triomphes.
Histoire de sainte Elisabeth de Hongrie , duchesse de Thuringe , par M. le comte de Montaîembert, pair de France (1).
Nous avons annoncé , il y a quelques mois , à nos lecteurs l'apparition de cet ouvrage de M. de Montalembert, en signalant à leur attention le beau travail historique qui lui sert d'introchiction.
Nous promîmes à cette époque aux lecteurs de la Recrue Catholique de les entretenir plus au long de V histoire de sainte Elisabeth , lorsqu'elle aurait paru en entier. Nous avons trop différé à remplir cette promesse ; et si nous fûmes des premiers à saluer ce beau début de l'un des plus brillans écrivains de l'école cathohque , nous venons mi peu tard pour lui rendre pleine justice : condamnés à n'être que les échos de toute la presse religieuse qui a été si unanime sur le mérite de cet ouvrage. Cette unanimité est trop honorable pour M. de I\Iontalembert, pour que nous ne l'en félicitions pas, aujourd'hui surtout qu'il existe, parnu les organes de la pubhcité , une telle divergence et même un antagonisme si prononcé.
On n'a pourtant pas, que nous sachions , assigné au juste à cet ouvrage la place qui lui convient , ni même marqué la catégorie de laquelle il ressort. C'est qu'en efïet, V histoire de sainte Elisabeth ressemble fort aux ouvrages avec lesquels elle est en conformité de titre et de sujet. Ce n'est ni une vie de sainte , ni mie légende , ni une histoire édifiante comme il y en a tant, et même comme elles le sont toutes. Cet ouvrage est à part, sous bien des rapports.
Jusqu'à ce jour , on n'a guère connu que deux manières d'écrire la vie d'un saint ; et ces deux manières dépendaient des dispositions personnelles de l'historien. Ou il était croyant, et alors il écrivait avec son cœur et sa foi pieuse ; ou il était faible dans la foi, croyant à demi , et alors il raisonnait les faits qui devaient lui servir de matériaux, rejetant ou couvrant d'un voile les miracles et événemens surhumains ; cherchant à chaque page à se faire pardonner ce qu'il croyait par ce qu'il rejetait , timide et confus , suant le respect-humain à chaque ligne. Chez les écrivains de la première catégorie , il y a en général peu de critique ; chez ceux de la seconde , il y a souvent de la critique, mais jamais de l'onction. Leur lecture glace l'ame et la dispose à l'incrédulité par l'ennui. Les uns et les autres restent en arrière du but, ou s'en éloignent; car la réunion de la critique et de l'onction sont les conditions essentielles et premières de toute monographie ascétique.
M. de Montalembert nous paraît Favoir bien compris. Son esprit et son cœur reunis ont fait les frais de la composition de son ouvrage. Franchement et toujours croyant , il n'a jamais balbutié en racontant les choses surhumaines dont la vie de la bienheureuse Elisabeth est parsemée ; on ne l'a pas vu, à genoux devant l'incrédulité soiuiante , lui demander grâce pour les miracles qu'il était
(1) Cliez Debécourl, C9, rue des Sainls-Pères.
obligé de mentioimer. Ou voit en le lisant que c'est uii hooîine qui a par devers lui fait sa foi, après l'avoir soumise à l'épreuve d'une raison sévère et éclairée , et qui ne s'en départ plus. Sous ce rapport , sa manière est ronde et ne trahit aucune hésitation intérieure.
La critique ne perd pourtant rien à cette foi. M. de Montalembert reconnaît ses droits et se soumet à ses lois. Les recherches nombreuses et minutieuses auxquelles il s'est livré pour rassembler les matériaux de son travail nous sont un sûr garant de son exactitude. Foi et piété d'une part , reclierches consciencieuses et appréciation éclairée de l'autre , telles sont les deux qualités que nous retrouvons éminemment dans toutes les parties de ce livre. Ce sont elles qui, jointes à cette onction suave qui parfume le style du jeune écrivain, assurent à cette histoire une place d'autant plus distinguée dans notre littérature religieuse qu'aucun livre de ce genre ne les réunit au même degré.
De nos jours, on demande à grands cris des sujets et des ouvrages émoui^ans. Surexcitées par les inventions de la littérature contemporaine, les sensibilités sont émoussées et ont besoin d'alimens plus énergiques. Les écrivains qui ont reçu ou qui se sont donné la mission de lui en fournir ont eu recours à une sorte d'empirisme littéraire qui a aggravé le mal. Le remède ne serait-il pas dans un système opposé? Le succès de l'ouvrage que nous exammons, et de quelques autres qu'on pourrait appeler du même style , porterait à le croire.
Un bel avenir littéraire est réservé à M. de Montalembert : ce qu'il a déjà fait en est un sûr garant, et déjà ce ue sont plus de simples espérances. Pour nous , nous le félicitons d'avoir consacré sa plume, en nous racontant les vertus et les grâces de la chère sainte Elisabeth, Un jour, nous en sommes sûr , plein d'années et de gloire, en repassant ses jours écoulés, il retrouvera avec bonheur, au seuil de sa vie, ce monument pieux et élégant , cette fleur gracieuse qu'il y a déposée.
IMoCTTET.
Parmi les livres qui doivent être le plus recommandés, nous citons les Lettres cVnnJrcre à sa sœur, sur la physique. Ce tout petit livre, écrit avec correction, contient assez de science pour les gens du monde. I\L Passot, son auteur, s'est mis à la portée des commençans j ce n'est pas dire que les savans ne puissent encore le lire avec intérêt.
En rendant compte, dans notre dernier numéro, d'un petit livre très-spirituel, ayant pour titre ; Napoléon n a jamais existé, nous oubliâmes de dire que cet ouvrage se trouvait chez M. Pétrus Borel, éditeur, rue ÎNLizarine.
Le Rédacteur en chef. Vicomte ^^ ALSH.
Bureaux de la Kcvue CalhoUque : Rue Sainl-IIonoré, 345.