‹ L'Écho de la jeune France (volume 3)Chapitre 15 sur 99 · VISION · texte numérisé non relu

VISION

Je vis les sept anjes qui sont devant la face de Dieu.

(SAI^T Jf.an , Apocalypse).

Loin, bien loin, quels anges de flamme ,

Couronne du divin séjour,

Enlèvent mon ame à mon anic ,

Qui se rép.ind eu flots d'amour;*

A leurs splendeurs surnaturelles

L'extase allume son transport;

De leurs éblouissantes ailes

Jaillit le fleuve d'étincelles

Oii Thérèse puisait la mort.

Ivst-ce siu" la sainte collmc , L'échelle ardente d'Israël?

Est-ce cncor sous la main divine, La naissance d'un nouveau ciel?

Où Jérusalem , jeune et fière , Qui se parc por.r son ('poux ,

l'écho de la jlum: frange. ïi^

El SCS rois, cnfans de lumière, Portant dans leurs mains la priÎTc , El l'adorant à deux, genoux.

Ab I tout mon cœur vers eux s'clcvc ; Car ils sont beaux les sc'rapbins, Plus beaux que les piemicrs fils d'Eve, Dont leurs pas foulaient les chemins, Quand leurs familles cloilces Abaissaient leur vol gracieux ; Et que leurs formes dévoilées Laissaient à travers nos vallées Ud rayon prolongé des cieux.

A notre terre , veuve encore De leurs baisers , de leurs amours , Viennent-ils annoncer l'aurore D'un jour ressemblant à leurs jours?

Viennent-ils semer sur la rive L'epi dans un champ dévaste?

Ou, comme aux pleurs d'Agar captive, Rendre à quelque mère plaintive Son jeune enfant ressuscité

0 terreur! mystères sinistres I

Ils ont franchi l'immensité.

Dieu I... ce sont les brùlans minislrcs

Du juge de l'éternité.

Leur coupe nous verse la guerre ;

Et leur formidable clarté ,

Puisée aux sources du tonnerre ,

Rend chaque crime de la terre

Visible à l'œil épouvanté !

Ils ont rompu le sceau suprême , Posé leurs pieds sur nos deux meis.

Déjà le vivant anathème Vole, respiré dans les airs.

Babylonel... prête l'oreille A la dévorante leçon :

Malheur à l'arae qui soraracille Quand le trois fois saint se rc vci.lc , Et vient glaner à sa moisson 1 1 î

If4. l'écho de la jeune FRANCE.

Ramené par les tristes heures, Le soleil voit sur chaque seuil De les lamentables demeures Un moit aUcndant son cercueil.

Ton sein n'a plus de lombes vides; L'cspc'rance te dit adieu ; La science , aux regards avides , Se penchant sur des corps livides, N'y voit que la foudre de Dieu.

La foi seule attend... 6 Lutccel Tourne tes yeux vers l'Oiicnt.

N'as-tu pas , vierge et prophetesse, Ta patrone toujours priant? Regarde , la voilà , c'est elle , Son voile blanc , sa pauvre croix, Sainte Geneviève si belle, Arme'e encor du roseau frêle , Houlette qui gardait les rois.

« Grâce , esprits du Très-Haut j sous mes berceau^ de lierre, » Dans l'ile des pasteurs, autrefois à genoux,

» J'apprenais de vous la prière ,

» Et je viens l'essayer sur vous.

» Vous m'étiez alors si fidèles » Que je cachais ma ville avec vos blanches ailes

» Lorsqu'elle implorait ma ferveur.

» Faudra-t-il maintenant à sa voix go'missante

» Repondre que je suis absente?

» Absente, si près du Sauveur I » Mon peuple du Seigneur méprisa la parole ;

» Vous clicrche/, en vain ma croix d*or

» Sur l'c-blouissante coupole ; » La croix a disparu , mais moi j'y suis encor.

)> Mais dans l'cglise de Nanterre » J'ai des vœux oit les cœurs attachent leur mystère ,

» Des aulels de fleurs , d'humbles chants ,

» Et des mères que je console ,

» Venant me faire une auréole

» Des blanches couronnes des champs.

» Oh I grâce I suspende?, ces amères épreuves , u Vous qui ne connaissez que les pleurs des dus ^

l'écho de la jeune FRANCE. Il5

» Voyez ces femmes deux fois A'cuves

» Parce que leurs fils ne sont plus.

» Vovcz ce paie et long cortège » D'cDfaBs qu'un même jour a faits tous orphelias,

» Et que leur ange seul protège ; ^» Ges eris, ce deuil , des cœurs, ces prières des saÏDt»,

» Ce torrent de chastes aumônes

» Qui vient laver l'iniquilc, » Et ces sœurs, empruntant, si pures et si bonnes,

» Leur doux nom à la charité ; » Cçs sœurs qui sont du monde alors qu'il souffre et prie,

» Et qui , sous leur bandeau Outtant , » Dans l'exil d'ici-bas se font une patrie

» Comme celle qui les attend.

» Si ma ville fut profanée , it Elle est toujours à moi, car Dieu me l'a donne'ç. n Elle est à son pasteur, qui, faible, et n'ayant rien, » Est riche pour le pauvre et puissant pour le bien. » Sa vertu de raai'tyr avec moi vous implore. » Regardez à vos pieds ses sublimes revers j » Regardez sur vos fronts, Dieu , ie dieu que j'adore,

» Et ses deux mains teintes encore

* Du prix qui paya l'univers. »

Elle dit j sa voix innocente S'adressait aux anges de feu j Mais plus que nos crimes puissante , Monte lumineuse vers Dieu.

Et la vision de'sastreuse Rend les airs à leur pureté* , S'apaise... et de la bienheureuse Suit l'aure'ole vaporeuse Pour rentrer dans l'cternitë.

Avfil |833,

Gj.BMELtE SOTJMtT.

UEVUE DU MOIS.

Cette semaine, nous avons vu passer, dans une pompe tant soit peu théâtrale, le convoi de IM. Andiicux, auteur dramatique, professeur au collège de France, membre de l'Institut, secrétaire perpétuel de l'académie française; on a porte M. Andricux au Père Lncliaise où il a été enseveli à coté de Picard, non loin de Colin d'Harlevillo et de Talma; ceux qui ont assiste à ce convoi funèbre ont pu juger facilement par eux-mêmes combien cela est une chose usée,.., la douleur liltérairc. Il n'y a pas dix ans, la douleur littéraire avait remplacé la douleur chrétienne , chaque homme célèbre qui moiu-ait était porté à son dernier asile avec un faste lout-à-fait académique, auquel s'associait le peuple en regardant le convoi passer. La mort de Picard et de Talma ont été des événemens; aujourd'hui le deuil académique n'est plus dans nos mœurs; nous nous inquiétons aussi peu de la mort littéraire que de la mort héroïque; le premier cercueil obscur qui passe dans la rue suivi de quelques amis en pleurs, ou seulement d'un chien fidèle, attire plus nos émotions et nos regards que les cercueils précédés d'oraisons funèbres et suivis par la garde nationale. Nous sommes blasés sur toutes ces vaines décorations de la douleur, nous en sommes venus à être tristes et religieux dans nos funérailles : c'est déjà quelque chose. Pour la pompe et l'éclat de son enterrement, M. Andrieux est mort trois ans trop tard, M. Andrieux, de son vivant (il y a de cela cinq à six ans), était un homme éminent dans celte pléiade éclatante, et sans nom aujourd'hui, qui composait la littérature de l'Empire. Parmi les rôles que ces gens-là s'étaient distribués , l'un se faisant le Racine de son siècle, l'autre le Corneille, l'autre le Voltaire, M. Andrieux s'en était fait le Quintilien et le La Harpe ; il s'était attribué la critique , comme M. Arnault s'était attribué la tragédie, et M. Jouy la peinture des mœurs : et de même que ces messieurs s'étaient bâti un petit théâtre à côté du grand théâtre, M. Andrieux s'était bâti une petite critique à côté de la grande critique, une critique sans substance, sans saveur et sans fondement réel ; c'était une conversation qui visait singulièrement à la malice et à l'épigramme, sans oser l'avouer.

Les femmes qui allaient au collège de France aimaient beaucoup cette littérature, qui était tout-à-fait de leur goût et à leur portée.

M. Andrieux avait encore écrit quelques comédies peu amusantes, d'un intérêt tout-à-fait nul. La Comédienne , longue comédie dans laquelle il s'amusait à prouver qu'il faut absolument monter sur le théâtre pour être honnêle fcnune. Les Etourdis, où il plaisantait longuement sur un neveu qui n'est pas mort et (pn fait payfr son enterrement. Il a lait jouer aussi une tragédie , très-belle tragédie de l'empire, dernier échantillon de cette muse décolorée. En un mot on pourrait très-facilement résumer M. Andrieux en deux ou tiois feuilles d'impression, qui contiendraient deux ou

trois jolis contes écrits avec beaucoup d'esprit , de ç;râcc et de Ic'gèrete'. Voilà pourtant un des hommes littéraires les plus e'raincns de l'époque passée; il n'en reste plus guère à présent, ils sont tous ensevelis, les uns dans la tombe , et les autres dans l'oubli. Notre affaire à nous, jeunes gens, c'est de remplacer ceux qui s'en vont, et de faire en sorte de vivre après notre mort plus long-temps qu'ils n'ont vécu. — Toutefois, à voir le chemin que prend la liftc'rature moderne; à la suivre, cclievele'e , sanglante et folle qu'elle est, dans ses soubresauts et ses vagabondages , il est peu probable qu'elle parvienne à remplacer même la lilte'rature de l'empire, dont elle s'est moquée si fort; nous avons donne' dans notre dernier numéro un échantillon assez significatif de cette littérature mauvaise et sans cœur; nous n'avons pas recule devant quelques citations très-hardies, il faut le dire; mais nous avions besoin de ces citations mêmes pour justifier toute notre haine et tout notre mépris pour les livres nouveaux. Eh bien î cette fois encore , il nous tombe sous la main des livres inouïs et dont le style est aussi incroyable que le cynisme. En voici un, par exemple , qui a e'te' annonce par tous les journaux, et qui s'appelle Trialpii, c'est-à-dire , gâchis en danois, etymologie que nous ne contesterons pas. Ce Trialph est une espèce d'idiot qui ne sa't pas un mot de français, et qui écrit avec une assurance imperturbable; il est saisi, n'ayant plus d'argent pour payer sa portière, et , fatigue par sa Walter- Scotterie^ il s'en va pour se noyer dans la mer j avant de se noyer, Trialph veut faire un livre , et c'est là le malheur, car il est impossible d'entasser plus de sottises et de laisser derrière soi plus de phrases vides de sens ; Trialph, qui ne paie pas sa portière, a connu beaucoup de comte* et de marquis, et de petites marchandes, dont il raconte les histoires. Trialph, qui lia pas de souliers , est admis dans plus d'un boudoir, il raconte ces histoires de boudoir et de salon , mêlées à des histoires de charretier: te'moin lejour où il achète unt tête de mort , non lavée à la chaux, mais jaune encore d'une espèce de rouille... Un aulre jour, Trialph, qui n'est pas content de sa tête de mort, veut tuer un homme, et , ne pouvant tuer cet homme, s'en va arroser ses fleurs. C'est la folie la plus complète cl la plus caractérisée qui puisse se rencontrer dans un livre. V oyezvous, quand une fois la littérature a perdu son point de départ, quand elle a laissé là toute étude et tous les modèles pour se livi-cr au dévergondage le p!us impudique, il est impossible qu'elle fasse autre chose que des livres comme Trialph. Trialph, c'est-à-dire le gâchis, est tout-à-fait l'image de cette littérature des sens et de la déraison. Il commence par l'athéisme, il passe par le vice, il finit [ar le suicide. Voilà Trialph, voilà le roman moderne, voilà la littérature du jour; après cela nous serions bien raal-venus à ne pas jeter des fleurs sur la tombe de M. Andrieux.

U8 l'écho de la jeune FRANCE.

Dans un ordre d'idées moins exactes et plus raisonnables , nous trou- Tons un jeune homme qui , avec deux romans d'un mysticisme asscx plat^ mais iiOnncîe et raisonne , sinon raisonnable , s'est fait une espèce de renommée pour quelqucsjours. Ce jeune homme, c'est M.Gu«:taveDrouinoau j son système est le système nco-chrctien , comme il l'appelle ; carà M. Drouineau notre vieux christianisme ne suffit pas ; il ne se contente pas de CM admirables leçons de sagesse, de patience et de politique , qui se rencontrent dans l'Évangile; cela est tn;p simple, trop grand et trop beau pour lui. Il traite la religion de nos pères comme une religion epuise'e, pendant qu'au contraire c'est encore sur la foi calholiqiie que roulent toutM les destinées du monde à venir. Sous ce rapport , M. Drouineau est une espèce de saint-simonien littéraire , un véritable Châtel romantique. Il ne sait où il va ni d'où il vient.

Vous dire en quoi consiste ce néo-chrislianisrtie , je serais aussi ethbarrasse' que l'auteur. C'est une espèce de trialpherie philosophique, comme l'autre trialpherie est une trialpherie sensuelle. Dans le livre nou veau que publie M. Drouineaii , les Ombrages, il s'agit de prouver qu'on a ôté de la société l'Orne, Vidée, la religion, la morale, et que lui j M. Drouineau, a trouvé le moyen de sauver la socic'lc perdue, non pas-, comme vous pourriez le croire, en ramenant au jour le principe chrélieiï, mais bien en donnant au christianisme Vextension de V application de ses doctrines; car, selon lui , le chrislianisme , après avoir tra^'ersé les époques morales , catholiques et critiques, est arrivé à Y époque orgd' nique ou de réalisation. Comprenne qui pourra.

Quoi qu'il en soit, c'est dans notre époque à'organisme et de f'éàti' sation que se remuent les héros de M. Drouineau.

Voilà comment M. Drouineau a fait une religion nouvelle, intitulcfè le néo-christianisme. Les premières pierres de ce néo-christianis'tflè sont en un roman en cinq volumes intitulé Ernest, que vous n'avez lu, vous ni personne. Un roman intitulé le Manuscrit vert , dans lequel on fait jouer à un manuscrit le rôle d'un homme; un roman intitulé Résignée , espèce de chaos où sont jetés pèlc-mcle toutes les idées bonnes ou mauvaises ; enfin un rom m intitulé les Ombrnges; car M. Drouineaii tïi lih grand-prétre qui f.iit à force de rornans ce que les autres ont fait A forcé de miracles ; et si les romans néo-chrétiens de M. Drouineau ne suffisent pas à son néo-christianisme , tenez-vous en paix : il a en réserve des poésies néo-chrétiennes ; et si elles ne suffisent pas , il fera jouer des tragédies néo-chrétiennes , comme il le dit lul-mcme , le tout dans un style nco-franç;iis.

Les Ombrages forment , dit l'auteur une trilogie spiritnaliste, qui s'agite dans cette époque organique et de réalisation. Dans les Ombrages vous voyez d'abord uu vieux maître aveugle, qui possède un parc

magnifique, lequel parc prête ses ombrages au néo-christianisme de M. Dl-ouincau. Vient ensuite M. INIaxiinilien , un de ces esprits forts qui demandent au plaisir de leur galvaniser tontes les heures die la Vie; vient après M"* Nelli, de dix-huit ans : idée peu faite , caractère indécis et demoiselle de compagnie , par-dessus le iiiarclie. Ces trois personnages écoutent , sous les ombrages , des histoires racontées par le vieux ne'o-chrctien , le comte de Bargevilliers.

Le comte de Bargevilliers s'est mis à prouver à Maximilicn , neveu dû général, à la demoiselle de compagnie, Vdlililé de l'éclectisme dans les arts et l'inutilité du fortuitisme. Ce sont les mots néo-francais inféDtds par M. Drouineau.

Il suit de là que M, de Bargevilliers raconte trois histoires; la première a pour objet de démontrer que l'amc prédomine souvent la matière, et elle s'appelle Nellie. Nellie est une petite fille muette, qui se met à parler dans un grand danger; c'est une vieille histoire de l'antiqtiité et un drame de M. Scribe. La deuxième histoire a polir but de prouver que l'ame est libre; c'est l'histoire de M. de la Torvicre, qui se tire un coup de pistolet pour s'être aperçuque sa femme a une ame faible. Enfin la troisième histoire n'esta autre fin que de nous dcmontier co/nme/il on peut ne pas donner son ame à Dieu. Vous me permettrez de ne pas TOUS en faire l'analysej car dans toutes ces nouveautés religieuses, philosophiques et littéraires, il est impossible, d'être moins neuf que ne l'est M. Gustave Drouineau.

C'est pourtant là le meilleur livre qui ait paru ce mois-ci, tout le resté »,^ appartient à la littérature galvanique. Dalilah^Av exemple, espèce de trialpherie insupportable (car ce mot nous convient), dans laquelle vous trouvez billonnë , depuis la première page jusqu'à la dernière^ un mauvais Ménage , qui se termine par tou es sortes d'égorgomens j une Fantaisie de Louis XIP^, par IM. Bignan , e'crivaiu éle'gatit et correct, manquant de verve et de feu; les Légendes rouges, dont on ne peut dire ni bien ni mal : tous livres de la même force, de la même valeur. Nous avons dislingue' dans la fouie deux productions qui méritent un éloge à part: un Enfant, par Ernest Desprez, petit drame très-simple et IrèstoUcbant, histoire d'une» pauvre fille à qui son enfant est enlevé, et qui se met à la poursuite de son enfant avec toute l'ardeui de l'amour maternel. Le livre de M. Loève Weymar, savant et spirituel critique, intitulé : Népenthés , est un excellent recueil rempli de faits, de recherches, de science, de bonne et saine littérature qu'on lira avec plaisir.

Ici s'arrête notre rapport littéraire pour ce qui tient aux livres imprimés.

Le thédtre, cette autre partie importante de la littérature contemporaine, n'a pas été sans mouvement depuis un mois; outre le bagage ac-

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coutume de vaudevilles et de mélodrames, nous avons eu deux ou trois grands drames qui sont dignes d'attention. — Un llic'àtrc de boulevard a fait l'histoire de la eaptivitc du peuple juif sous le roi lîaltliazard j nous avons vu à r Ambigu-Comique Daniel, le prince des prophètes; nous avons assiste' à ce repas célèbre de la Bible, quand le doigt venu d'en haut a tracé en caractères de feu , sur la muraille , les trois mots mystci-ieux. Celte entreprise de nous rappeler les livres saints, ces lambeaux de phrases déchirées dans la Bible, le grand nom, le nom tout-puissant de Daniel, le triomphe du peuple fidèle à son dieu et la chute des méchans, tout cela joint à une belle décoration, n'a pas laissé que de nous émouvoir ; nous nous sommes reposé quelque peu ce soir-là des monstruosités et des héros de bagne et d'échafi.ud qui encombrent nos théâtres. Mon Dieul dès qu'un homme de talent voudra s'en donner la peine, dès qu'il voudra être simple et remonter aux grandes époques cl aux grands noms , rien ne sera facile comme un succès dramatique.

Nous l'avons vu l'autre jour au Thcatre-Français, à une tragédie de M. Casimir Delavigne , tragédie très-simple, dont deux cnfans et une mère sont les seuls héros; cesenfans sont les enfans d'Edouard, roi d'Angleterre ; ces enians sont sous la tutelle de leur oncle, Richard III; ces enfans n'ont dans toute celte tragédie autre chose à faire qu'à prier et mourir. Rien ne saurait se comparer à l'efl'et tout puissant de ce petit drame sur l'ame de l'auditeur; on a été surpris, enchanté, ravi à outrance. Cette belle et honorable poésie qui nous surprenait tout à coup, cette action si touchante et si simple , ce drame si limpide et si net, ces pauvres enfans qui meurent , c( tte noble mère qui les défend , tout cela peut vous donner une idée de l'enthousiasme et des larmes du parterre. C'est un très-noble succès, même en mettant à part la pitié que nous avons tous ressentie pour les malheurs d'un autre Edouard , simple, jeune et charmant enfant, qui est , lui aussi, sous la main de son tuteur, et qui n'a pour défense, lui aussi, que le cœur et les larmes de sa mère. Pauvre enfant 1

On a aussi joué à la Porte-Saint-Martin une tragédie de M. de Custinc, Béatrix Cenci, dans laquelle l'adultère joue un grand rôle; cette tragédie malencontreuse, dans laquelle l'auteur s'est permis de faire paraître le souverain pontife en persoime , a été mal accueillie cl devait l'ctre ; cela n'est guère mieux pense et mieux écrit que la Conspiration de Cellamare , jouée ce même mois au Théàlre-Franrais.

El à présent que noussonuncs au courant de la littérature moderne; nous désirons que cette histoire simple de l'art, toujours écrite avec la m£me vérité et dans le même esprit , soit favorablement accueillie de nos lecteurs. 31. F.

FORFELIER, gérant.

Aiu/^

CHATEAUBRIAND. ui

Places au tei:iie du noble et beau niouvemint (jui picnil cliaquc jour une extension nouvelle , c'est pour nous un devoir d'avertir nos amis de nos communs succès. Nous l'avons ilit et nous le repetons , c'est sur un chamj) de bataille (jue nous sommes campes , et le prix de noire victoire, ce n'est pas une ville, ime province , c'est la rëge'ne'ration de la socie'té française tout entière ; car, à cette socicte' maintenant posée en l'air, à cette socie'té bâtie sur pilotis, nous vouions retrouver ses bases naturelles dans les vertus ge'ne'reuses de la jeunesse qui s'avance vers l'avenir , exentpte de préjuges et pure de corruption. Mais, loin d'être finie, la bataille commence. Les grands principes de liberté, d'auloiité, de religion , par qui vivent les sociétés, par qui s'inspirent les arts , et sans lesquels il n'y a point d'ame pour la littérature , ces grands principes sontà terre. L'afiain; est engagée sur tous les points, car dans toutes les provinces de nobles cœurs et de clairvoyans esprits continuent à se lever à notre appel et à se rallier au drapeau de la jeune France.

Or, l'on sait ce que peut, pendant le combat, une de ces paroles qui reposent des fatigues , et relèvent les com-ages ; nous ne perdrons donc jamais l'occasion de l'aire retentir aux oreilles de nos amis, nos consolations et nos espérances. Entre eux et nous il y a communauté de travaux, de pensée, d'avenir. A eux comme à nous ces mots précurseurs de la victoire.

Ce que nous avons à leur annoncer aujourd'hui, c'est une de ces grandes et puissantes nouvelles qui doivent retentir haut et loin dans nos rangs. Quand Napoléon, le matin d'une bataille, paraissait au milieu de ses valeureuses phalanges , une voix formée de cent mille voix retentissait sur toute la ligne, et la grande armée disait : Foici l'Empereur I comme elle aurait dit : Foici la Victoire!

Eh bien I nous avons à dire, et nos amis ont à répéter quelque chose de pareil. L'homme qui tient le sceptre des intelligences, comme Napoléon tint celui des courages. Roi par la pensée, comme Napoléon le fut par l'épée , l'ami de toutes les libertés , le champion de toutes les gloires, Chateaubriand , voilà la magnifique recrue dont peut s'enorgueillir notre drapeau I

Sa place était marquée parmi nous, car son génie n'a point d'âge , car son ame rajeunit avec les années, car tout jeunes que nous sovons. Chateaubriand est encore le plus jeune de nous. L'enthousiasme du beau, l'amour du vrai , la haine de l'hypocrisie, le culte de la pafrie , la croyance religieuse et la croyance politique, la foi , le droit et la liberté, voilà sa jeunesse : il y a des gens qui naissent vieux, il y en a d'autres qui ne le deviennent jamais. Chateaubriand est un de ces illustres exemples. A mesure qu'il avance dans la carrière , il ne vieillit pas , il grandit. Suivons-le, car l'œil de l'aigle sait où est le soleil ; suivons-le, quand ce

1 y-i L F.CHO l)K LA JEUNE FRANCE.

(icr génie maiclie, c'est de ce lôle là cin'est l'avenir, et en inaroliant avec lui nous dirons à tous ceux qui nous écoutent : l'rères, rejouissons-nous, car nous avons avec nous un de ces liommcs dont les habiles ont dit qu'ils valent toute une armée.

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