‹ L'Écho de la jeune France (volume 3)Chapitre 31 sur 99 · D'UN ESSAI SUR LE CHRISTIANISME AU MOYEN AGE · texte numérisé non relu

D'UN ESSAI SUR LE CHRISTIANISME AU MOYEN AGE

Qu'est-ce qui prépare et produit de l'occident à l'orient ce vaste mouvement civilisateur des croisades, puis des voyages? Pourquoi de tous côtés ces foyers de science et de législation, qui s'appellent des conciles? D'où provient l'apparition de tous les chefs-d'œuvre de l'antiquité jusquelà enfouis? Quel est le moteur de ce profond travail des nations qui s'organisent, des pensées qui jaillissent en poèmes, en églises, en statues, en tableaux, en musique? tout ce produit européen , toute cette fermentation humaine dans une fournaise de plusieurs siècles, aussi prodigieuse que celle des volcans dans les entrailles du globe j tout cela enfin c'est l'enfantement du génie religieux, qui a conçu et s'efforce de réaliser sa forme colossale, que nous appelons le vaisseau catholique.

Hommes dont l'horizon politique ne s'étend pas au-delà de cinquante ansj vous qui, à l'instar de vos présomptueux maîtres, ces sophistes d'un âge évanoui comme eux , prétendez que l'émancipation des peuples , que les élections plébéiennes, le jury , tout le système du gouvernement représentatif est votre création ; oh I vous n'oseriez ainsi parler , si vous aviez, étudié les siècles passésj si , ayant eu la patience chiélienuc de plonger dans l'érudition religieuse , ce labyrinthe occulte de la science , vous y eussiez suivi , avec le zèle de la foi et de la vérité, le iil presque inextricable qui mène au travers les vieilles coulumes de rranre.

les vieilles chartes anglaises, les anciennes constitutions germaniques, les cortès espagnoles, et fait aboutir toutes ces ramifications du moyen âge à la souche primordiale des canons de l'église.

Après ces e'tudes , vous eussiez reconnu que vos égoïstes projets sont bien pâles, bien chëtifs , compares à cette idée catholique méditant et réalisant le système cffrayamment sublime de sa communion sociale universelle?

Prétendus créateurs de ce gouvernement représentatif, dont la venue jMirmi nous avait été pressentie par Montesquieu, ce grand génie j ignorezvous donc que, dès le commencement de l'église, le peuple élisait ses magistrats, ses députés, c'est-à-dire ses évêques? que ces représentansdu peuple balançaient dans leurs états-généraux, nommés conciles œcuméniques , nationaux , provinciaux , le pouvoir du monarque , ou , si vous j)référez, du dictateur à vie, qui sous le nom de pape tenait son siège au ^ aticanj que, pour balancera son tour la puissance rivale de ces parlemens religieux, ce chef suprême électif eut un collège ou sénat pondérateur, compose de pairs qu'il choisissait lui-même , et qui s'appelaient cardinaux.

Y a-t-il rien de plus étonnant, de plus admirable que la fraternité générale qui lie peu à peu entre elles, malgré la sauvagerie de leurs mdiurs, malgré le ressentiment héréditaire des races rivales, et la différence des idiomes et des dialectes, les nouvelles nations de l'Europe? Cette fraternité qui prépare sourdement la civilisation , d'où provient-elle? De la parenté de croyance qui se propage de peuple en peuple , du midi au nord; et cet élément de la sociabilité européenne future, où prend-il son origine? Est-ce dans la tradition des brillantes académies de la Grèce, du déisme ou de l'athéisme? Non, mais dans la doctrine évangéliquc que les apôtres de l'église ont inoculée à l'ame des premières générations barbares.

Les peuples issus de ces générations suspendent par intervalles leurs batailles privées , leurs guerres intestines, pour former tout à coup comme une seule nation croisée sous une seule bannière. Qui opère ce prodige? Le labarum chrétien, l'esprit religieux de la catholicité.

Voilà pour les nations modernes de notre continent ; elles reçurent les unes après les autres le même baptême, c'est pourquoi elles partageront successivement le bienfait des mêmes lumières.

Et, quant aux individualités qui çà et là dominent ces nations, les iiiaitrisent elles conduisent, dans quelles têtes fermentent les grandes idées, et par quels bras s'exéciilent-elles?

Elles s'exécutent par des bras religieux , elles sont conçues par des

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têtes religieuses, depuis Charlcmagne , ce premier homme e'pique des temps modernes, jusqu'à Napoléon.

A qui devons-nous ces découvertes de terres nouvelles, qui présagent de nouvelles découvertes dans le monde intellectuel? A un Gama, à un Colomb, esprits e'mineraracnt religieux.

Sont-ce des philosophes , des sceptiques, des athées, qui ont l'he'roismc de pe'ne'trer dans ces contrées sauvages, pour en policer les habitans, au risque de leur vie? Non, ce sont des missionnaires.

Les sciences? Nous serions fort embarrassés de choisir pour des citations parmi les milliers d'hommes religieux qui les font fleurir en Europe depuis les premiers siècles de l'ère chrétienne jusqu'à nous. Je me contenterai ici de nommer au hasard quelques-uns de ces célèbres, qui illustrèrent les divers pays de la chrétienté.

Quelle science fut, pour ainsi dire, la souche de toutes les autres dans nos temps modernes ?

La science des langues anciennes ; car c'est par elle que l'on découvrit dans toute son étendue de richesses le vieux trésor des lettres grecques et romaines, et que les premiers penseurs purent s'initier aux secrets ressors des républiques antiques, que beaucoup d'entre eux prirent pour modèles dans leurs théories sociales.

Eh bien I quels ont été les plus fameux érudits dans cette science , et ses principaux propagateurs? Pic de la Mirandol , Sannazar, Lascaris, Sadolet.

Quels sont ensuite les premiers érudits dans la science morale appliquée à la politique? Les moins ignorés et les plus dignes d'être connus sont : Thomas Morus ( i533), Bodin (1096) , Grotius (i645).

Nos plus renommés jurisconsultes venus après n'ont fait que répéter les idées de ces trois araes religieuses.

Nous pouvons ajouter à ces renommées, pour ce qui concerne spécialement la science du droit , les plus doctes esprits qui soient connus, et , pour ne parler que de notre pays , Cujas , Etienne Pasquier , Pithou, etc.

Les beaux-arts ?

Les artistes religieux égalent peut-être en nombre les savans religieux.

Pour la peinture , il suffît de citer quelques-uns de ses plus beaux génies , du quinzième au dix-septième siècle. En Italie, Raphaël , Miclicl- Ange, Léonard de Vinci, le Titien, le Véronèze, le Dominiquin. En France, le Poussin, et le Sueur.

La poésie?

Quels sont les grands auteurs d'épopées modernes ? Dante , Caraoëns , le Tasse, Milton.

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Entre autres illustres hommes religieux, l'Allemagne eut son peintre Albert Durer , et son puits de science , Leïbnitz,

Sans compter Cervantes, l'Espagne est glorieuse de ses deux génies dramatiques, Lopez de Vega et Galderon j le premier, prêtre , le second, chanoine.

L'architecture ?

Nous renvoyons aux cathédrales , ces gigantesques poèmes épiques en pierre, et sans noms d'auteurs, qui, de nos jours projettent leur ombre austère sur toutes les métropoles européennes.

Que dire de la France , notre patrie , pour les lettres , les sciences et les arts , sinon que ses immortels artistes , comme ses immortels écrivains , sont religieux?

La France I sauf quelques exceptions du siècle dernier et de celui qui commence, dans quel temps donc se trouve sa plus riche moisson de grands ouvrages et de grands hommes?

Dans l'àgc religieux du dix-septième siècle.

Leclerc , du Comité de Paris.

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