SCIENCES. — HISTOIRE
Les Ruines. — U^ Méditation.
Avcz-vous vu dans les hautes eaux de l'Océan, après une de ces effroyables nuits où les éle'mens déchaînés se sont livre' la guerre, avez- vous vu, do la pouppc d'un navire long-temps battu par les flots, fouetté par les vents en fureur, et dont les mats, à demi fendus , conservent les traces de la foudre, noires comme les blessures d'un cadavre ; avez-vous vu les vagues tourbillonnantes et lancées en trombes par des volcans souterrains s'apaiser peu à peu ; l'Océan, qui se levait vers le ciel en ondoyantes colonnes , se recoucher dans son lit de sable comme un Titan fatigué de sa journée; une brise fraîche et légère balayer vers l'occident les monceaux. de nuages qui encombrent les airs, et tandis que l'extrémité du ciel e.st sombre encore , le soleil se levant à l'orient dans sa gloire et inondant des flots de sa vive lumière ce trône immense d'oii il vient de chasser à la fois la tempête et la nuit?
II se passait à mes yeux quelque chose de pareil.
Les derniers briiissemens du siècle de Luther retentissaient encore à raes oreilles; mais le vent de l'éternité soufflait sur ce peuple des morts, et ils allaient , ils allaient s'enfonçant peu à peu dans les ténèbres de la nuit. Tout ce monde aux brillantes couleurs, avec ses novateurs à la puissante parole, ses hardis guerriers, ses hommes d'état à la vaste tête, ses femmes illustres, ce monde, qui m'entourait tout à l'heure encore de ses mille replis et de ses mugissemens confus , ne m'apparaissait plus que comme un point noir dans un lointain obscur. Vu de près , il semblait remplir la scène. A mesure qu'il marchait ce n'était plus qu'un épisode dans la grande histoire, un flot de plus sur l'océan des âges. La tête pleine de ces images innombrables qui venaient d'occuper ma pensée, j'écoutais, le front appuyé sur raes mains, les derniers murmures qui m'arrivaient à travers les espaces, comme un voyageur écoute, l'oreille contre terre , le 1. I j
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pas sourd d'imc armc'c lointaine qui dépasse la frontière, peut-être pour n'y plus rentrer» j'écoutais, comme du haut d'un rivage tout à l'heure peuple et bruyant, actuellement désert et morne, on regarde fuir les mille vaisseaux qui emportent les destinées d'un empiie. Toutes ces passions, dont le tumulte remplissait les airs, allaient se reposer dans la paix de la mort. Le silence plaçait sou redoutable sceau sur ce siècle échappe' de la tombe, et l'on n'entendait plus que quelques bruits inarticule's, des sons vagues et incertains , lorstpi'il me sembla que, des profondeurs de l'e'ternite', oîi ils allaient s'engloutir avec leur siècle, Luther et Calvin me criaient de cette voix perçante qui brise les barrières du cercueil. « Au » revoir! Nous nous rencontrerons encore; mais cette fois Calvin et Lu- » ther se nommeront Voltaire et Rousseau. »
Je méditais sur le sens cache de cette parole prophe'tique, au milieu des nuages de poussière et de fumée que le protestantisme avait soulevés sous ses pas; le siècle qui s'en allait, je ne le voyais plus; celui qui venait, je ne l'apercevais point encore. J'étais à l'une de ces phases douteuses e' équivoques qui tiennent de la nuit, sans être la nuit ; du jour, sans être le jour . Me'lange e'trange de lumière et d'oi)Scurite, espèce de crépuscule moral jeté comme une transition entre deux principes et deux systèmes; qui couvreà demi d'un Aoile officieux et de chastes te'nèbres l'action des causes créatrices, et les mystères de la génération de l'histoire. La tempête de la re'forme était tombée, mais elle grondait sourdement dans le lointain ; ce n'était j)lus l'orage, mais ce n'était pas le calme encore. Je devinais par un instinct secret que quelque chose de grand s'avançait derrière le rideau de nues que mon regard ne pouvait percer; je sentais le soleil que je ne voyais pas, il y avait lutte entre les ombres et le jour, entre le mal et le bien , entre la paix et la guerre. Les ruines que le protestantisme avait faites ne se levaient point; mais elles s'agitaient, comme si une force secrète les eût soulevées, comme si une ciéation eût été prête à percer les langes de ce chaos. Et j'avais l'ame toute préoccupée de ce grand travail qui préparait un monde , et je baissais avec respect la tête devant une société qui, sur son lit de douleur, enfantait laborieusement son avenir; et il me semblait que l'écho m'apportait le son de voix lointaines qui mêlaient des t;hanls de triomphe et des fanfares de gloire aux derniers frémissemensdes catastrophes de la réforme et des discordes civiles. Et à mesure que le temps marchait, les voix de ce concert de joie et de gloire devenaient i)lus éclatantes et plus proches, cl les cris de ce concert de deuil s'éloignaient de plus en plus et s'éteignaient peu à peu. Enfin il se fil un silence solennel dans les ])Iaines de l'histoire. Un rayon fendit la nue dans son immensité, et le grand siècle m'apparut inondé de flots de liunière conduit par S(in je une roi couronne de la double auréole du génie des lettres et du trénie de la guerre, tel cpi'il se montra à la France étonnée, voyant mourir
aux picils de son trône les «[citations rt les tempêtes qui avaient gronde autonrde son berceau, et dont les grandes eaux avaient passé et repasse' sur le trône des rois ses aïeux, étendant son sceptre entre deux époques, disant au passé? « Tu n'iias pas plus loin. » A l'avenir: « Tu vas cnrninoncer! »
5^ Méditation.
De même que le voyageur aux ruines égyptiennes, lorsqu'il voit tout à coiîp se dresser devant lui une de ces pyramides quiont fièrement soutenu le faix des siècles sans incliner leur front, n'a plus d'yeux que pour l'impérissable colosse, et ne prend plus garde aux débris qui l'entourent, de même je n'apercevais plus que le grand siècle et le grand roi; les ruines avaient disparu. Dieu! quel faisceau de rayons, quel amas de gloire I Ce n'était plus comme naguère des images de désolation et des débris qui jonchaient !e sol. Une puissante main reposait toutes les bornes qui avaient été ou déplacées, ou mises à terre. Tly avait quelque chose de si arrêté dans cette pensée , de si immuable dans cette volonté , qu'on eût dit qu'elles allaient non-seulement régler le monde, mais le fixer; et , certes, si l'esprit d'un homme était capable de mouler les destinées du monde, c'était l'esprit de Louis-le-Grand. Je voyais autour de lui tous les acteurs de nos mille et une gloire; Condé, qui avait deviné la victoire; Turenne. qui l'avait apprise; Gatinat, Villars , Luxembourg , et toute cette suite de grands capitaines; Vauban , qui , rival de la nature, mit son génie devant cette frontière de la France , sur laquelle la nature n'avait mis ni Alpes , ni Pyrénées; Colbert le ministres aux vastes conceptions et aux vues élevées; Bossuet, Fénélon, Bourdaloue, et derrière eux Fléchier, chargés de représenter la grandeur chrétienne auprès de ce trône autour duquel tout était grandeur.
Et j'entendais comme un mélodieux concert formé par les voix de tous ces hommes illustres , devant lesquels l'Europe se taisait pour écouter. Le grand Corneille composait ses derniers chefs-d'œuvre pendant que le grand Condé remportait ses dernières victoires.
Tout se fondait à la fois ; Racine arrêtait la langue poétique, de concert avecBoileau; Molière créait la comédie; La Fontaine, l'apologue et la fable, et la création était du premier coup si complète que la nature brisa le moule qui depuis n'a plus été retrouvé. En même temps, la colonnade du Louvre s'élevait majestueuse et élégante sous le compas de Ferrant, au signal de Louis XIV dont la grandeur se trouvait à l'étroit dans les anciennes demeures de la royauté; Versailles, avec ses eaux royales, son peuple de statues, ses jardins magnifiques, sortait comme par enilian-
icmcnt d'un dcsert aiiJc; Laroolicfoucaut ocrivail ses Maximes ;'M"^'^ do Sc'vignc SCS lettres; Pascal, ses Pensées; on eût dit que tous les grands cœurs , tontes les vastes tètes, tous les esprits ingénieux, tous les talcns comme toutes les gloires, se pressaient d'accourir pour assister à la plus helle époque de nos annales , et pour s'asseoir au bantpict du grand siècle qui avait le ^cnie,la beauté et la victoire pour convives. Savans illustres, suldimes poètes, profonds écrivains, généraux incomparables, femmes brillantes, babiles ministres, ils arrivaient des ([uatrc coins de l'horizon comme au rendez-vous solennel de toutes les gloires; et, derrière ces bauls personnages, apparaissait l'imposante figure de lîossuet, qui, sublime pasteur de ce troupeau de grands hommes, suivait le dix-septième siècle, ensevelissant ses renommées , jetant la poussière de la tombe sur ses grandeurs, et plantant la croix du Christ sur les plus éclatantes vanités et sur le plus magnifique néant dont se soit jamais enorgueilli le monde!
A mesure que ce merveilleux tableau se déroulait devant mes regards , mon étonnement devenait plus vif et mon ame pouvait à peine suffire à l'admiration et aux émotions qui la remplissaient. Représentez-vous un voyageur venu pour peser dans ses mains la poussière de Babylone, et devant lequel cette grande cité se lèverait tout à coup dans l'éclat de ses magnificences, avec ses innombrables habifans , ses monumens superbes, ses hautes murailles, ses gigantesques palais, et toutes les splendeurs orientales dont la reine des temps antiques était couronnée ; telle était la sublime vision qui occupait mon ame. Je pesais dans mes mains des ruines, et la grande figuredu dix-septième siècle m'était apparue. Là où, quelques instans auparavant, je voyais encore le trouble et l'anarchie , la confusion sociale, le chaos, un édifice régulier, majestueux, aux lignes infinies, aux proportions immenses, s'étendait devant moi et remplissait l'étendue. Ce n'était plus ce temps où Richelieu, prenant le bourreau pour second dans sa politique, raccourcissait la féodalité jusqu'aux épaules, afin que personne sur terre ne se crût aussi grand compagnon que le roi de France. Le siècle de Louis XIV n'avait pas le front taché de sang. Désormais sans rivale , la royauté n'avait plus à combattre, elle régnait. Au temps de Richelieu, le cadavre de la féodalité palpitait encore sur les marches du trône et saignait sous le pied lourd et implacable du rude cardinal ; au temps de Louis XIV, on avait rendu le cadavre à la terre ; tout était fini et la bataille et les supplices; l'époque de transition étant écoulée, le testament du passé était ouvert, et la royauté se trouvait l'héritière universelle de toutes les puissances de la France.
En pi-ésence de ce merveilleux spectacle, je me demandais comment avait eu lieu un si bnisipie changement; comment, à cette Fronde aux bonds capricieux et à la marche désordonnée , avait succédé une époque SI haute et si grave, au p.is si droit et si ferme; comment, après tant d'o.s-
L ECHO DE LA JEUNE FRANCE. ;i2 l
cillations, les destinées publiques venant à se fixer, on avait vu sortir le soleil du dix-septième siècle des brouillards qui épaississaient l'atmosphère, l'unité de la division, l'ordre du desordre, la France des factions ; comment, après la folle journée de la Fronde, avait paru la grande journée de Louis XIV ? Et il me sembla alors que le mystère que j'étudiais se révélait à mes yeux, et qu'une voix secrète m'indiquait les ressorts qui avaient produit tous ces miracles. Je voyais la Fronde comme une avant-scène, où les plus grands caractères sont petits , parce qu'ils ne sont point à leurs places; je voyais la Fronde comme mi atelier où les plus hautes statues échappent à l'œil, parce qu'au lieu d'être diessécs sur leurs piédestaux , elles sont étendues la face contre terre, en attendant que l'artiste les relève et les pose d'une manière digne d'elles; je voyais la Fronde comme une grande armée, mais comme une armée qui n'a point encore prisses rangs, et qui fourrage dans la plaine, se dépêchant de profiter des dernières heures de la licence et de faire ses adieux a l'indiscipline et aux folies de garnison, mêlant ensemble cavaliers et fantassins, ne suivant ni bannière, ni cornettes, et cependant l'œil aux aguets pour découvrir à temps le blanc panache du général, l'oreille attentive pour distinguer le premier roulement du tambour. Et Louis XIV paraissait ta mes yeux comme l'homme nécessaire qui ouvrait l'avenir au grand siècle , fatigué d'attendre sous le vestibule de la Fronde ; comme l'artiste au signal duquel les statues se lèvent et vont se placer sur leurs piédestaux vides; comme le général qui, d'un coup d'œil, rassemblant la grande armée, place les drapeaux en tête, l'infanterie au centre , la cavalerie aux ailes , et d'un seul geste fait ébranler ces masses guerrières et les lance vers leurs destinées de conquête et de gloire.
Alors mes yeux furent témoins du plus admirable spectacle qui ait étonné l'Europe et réjoui la France : du moment où Louis XIV s'asseyait à sa place, chacun prenait la sienne. En même temps que le grand loi montait sur le trône, Bossuet montait à la chaire; Turenne et Condé rompaient avec les intrigues, et ne voulaient plus d'autre place que le champ de bataille; la muse de Racine apparaissait sur le théâtre; le règne des Sévigné succédait , éclatant et paisilile, au règne orageux des Chevreuscs ; toutes les merveilles commençaient leur cours à la fois , et le frondeur la Rochefoucault pouvait encoie s'écrier en écrivant ses Maximes au milieu des douceurs de l'amitié : Tout arrwe en Francel C'était bien l'armée de la Fronde, juais une armée qui aA'ait pris ses rangs. Les rayons éparpillés dans l'espace étaient venus se rattacher au soleil. Un homme de ])lus avait produit ce miracle ; mais cet homme , c'était le roi. c'est-à-dire l'anie delà société, le pivot siu' Icipiel tout roule, le centre auquel tout alxiuiii , la plus haute cxpressiou de l'unité nationale, riiomme-priiicipe, rhoiumeloi, l'hommc-France. Et cpiand la place du roi était vide, quand la des-
line'e royale n'était point remplie, et qu'elle avait en face d'elle une minorité' errante et fugitive et l'exil d'un enfant, il e'tait naturel que chacun aussi laissât sa destinée vacante; il e'tait naturel que le siècle courût les aventures et vécût à la débandade jusqu'au jour où, sur le seuil de l'avenir , apparaîtrait dans sa majesté le drapeau du grciud siècle. Et dès (jue.ce drapeau se déployait à l'horizon, tout devait être ditj sur toute la ligne à la fois , chacun devait re[»rendrc son poste, poste de génie et de gloire , poste où brillaient Bossuet avec sa haute parole, Conde', Turennc, Villars avec leurs e'pees, Racine avec sa lyre, Sévigne' avec le sceptre du goût. La présence de Louis XIV était nécessaire à toutes ces gloires , le grand roi était ne'cessaireà la grande époque. Sans lui, il en eût étédu dix-septième siècle comme du seizième, qui, avec tant dcfiers caractères et de beaux génies, ne put débrouiller le faisceau de sesdestinées, et ne forma sur les avenues de l'histoire qu'une brillante cohue, une tainultueusc mêlée, dominée par quelques hautes têtes. Les ducs de Guise, Mayenne et les autres n'étaient que la monnaie du roi de France; le génie lui-même ne put imiter la légimité, il la parodia. Aussi le jour ou Louis XIV monta sur le trône, toutes les gloires de la France durent battre des mains ; car cette restauration royale était une restauration publique , tous les hommes de talent et d'avenir durent saluer ce beau jour avec allégresse; car c'était aussi leur règne qui commençait dans le règne de Louis-le-Grand.
Ce n'était plus là pour moi une spéculation de l'intelligence, une vérité de raisonnement; je voyais, je touchais le ressort de toute cette époque. Elle vivait devant moi , et les lois qui régissent l'histoire se déroulaient à mes yeux, si claires et si manifestes, que le regard d'un enfant n'aurait pu s'y méprendre.
Je comprenais que, par une loi providentielle, chaque société porte en elle un instinct secret , une force mystérieuse qui l'arrête sur le penchant de l'abîme, quand il en est temps. Lorsque toutes les bornes ont été renversées, lorsque toutes les bases de la société ont été méconnues et outragées, après les siècles de désordre et de destruction, viennent les siècles réparateurs qui reposent les grandes bornes sociales et remettent les empires sur leurs bases. C'est la loi de l'humanité, l'éternel principe qui domine l'histoire. On le vit une fois d'une manière si éclatante , que la terre en resta comme éblouie : ce fut lorsque après les prodigieuses corruptions de l'antiquité, le christianisme, recevant ilans ses bras la société mourante, l'élcva un moment vers le ciel pour la consacrera Dieu, et la reposa sur la terre pleine de force et d'immortalité. Cette grande loi des sociétés, qui ramène toujours le bien après le mal , l'ordre après l'anarchie, c'était elle qui avait marqué la place du grand siècle. Il fallait que la France se reposât et prît haleine avant de rentrer dans la carrière des épreuves. Il f.dlait que les vérités so-
i/é(;ho dk t,a jkum: iuamik. -j/Ï.]
(iules fussent proclamées d'une ruanure écliilaiitc, qu'un grand phare fût allume afin de projeter son immense lumière sur les nouvelles ombres qu'on allait parcourir. Tout ce que les passions humaines avaient dénaturé, tout ce que la confusion d'une e'poque de désordre avait avili, tout ce que les sophismes et les glaives protcstans avaient clnanlé, devait reprendre 5a forme, sa stabilité, sa noblesse. Le grand siècleétait le jour de la trêve de Dieu entre les longues guerres civiles de la reforme, les séditions , les massacres, les nvolulions delà Ligue qui venaient de finir, et le dix-huitième siècle qui allait commencer.
Et il arriva à celte époque ce qui était déjà arrivé à diverses époques de l'hisloire. L'institution la plus outragée jifndant celte longue anarchie, c'était la royauté; le principe le plus méconnu, c'était l'autorité, le pouvoir. Eh bien I les institutions ont leurs représailles , les principes se relèvent de terre avec d'autant plus de puissance qu'ils ont été plus longtemps comprimés. Si le siècle de Louis XIV fut un siècle d'autorité, un siècle de pouvoir , n'en cherchez point la raison autre part que dans les fureurs de la Ligue et dans les licences de la Fronde. Ce ne furent ni Richelieu ni Mazarin qui contribuèrent le plus à la toute puissance de Louis XIV. Les Guise , Mayenne, les Seize, Retz, Beaufort , voilà les véritables ouvriers de cette autorité si haute qui disposa souverainement des destinées publiques. Le ressort que ces sujets orgueilleux avaient courbé jusqu'à le faire disparaître sous leur pied insolent se redressa avec une incroyable énergie • la royauté avait besoin d'être vengée d'un long outrage, elle le fut; sa gloire surpassa ses humiliations; tout un LÏècle vécut à genoux devant elle ; et ce n'était là ni bassesse ni servitude , car la société ne faisait point amende honoraljle à un homme, mais il un principe. La faiblesse et les misères des prédécesseurs de Louis XIV firent la meillei re partie de sa force : la royauté n'est pas loin de tout pouvoir quand on a tout pu et tout osé contre elle.
Ces réflexions se présentaient à mon esprit à mesure que je voyais passer tout ce cortège de grands hommes, toute cette suite de grands événemcDS. Et je me disais qu'au moins la royauté s'était noblement vengée ; que si le principe de l'aulorité avait dominé à son tour tous les autres principes , que s'il avait mis le siècle à sa marque, il avait emprunté le scpau de la gloire. Et je me disais que c'était une halte adjnirable au milieu des tempêtes, que cette époque où toutes les puissances sociales vinrent s'abriter sous le royal pavois avant de reprendre leur course à travers les ruines. Et je me disais qu'il y a là une espérance pour les mauvais jours des peuples, une promesse pour ces temps misérables, où les empires roulent plutôt qu'ils ne marchent à travers les ténèbres de l'anarchie. Et je me disais que le doigt de Dieu est à chaque page de l'histoire des hommes ; qu'une grande et invisible main soutient d'en haut
•Jt'j4 l'écho de la jeune FRANCE,
les royaumes par les lisières, et empêche les sociétés haletantes de mourir à la peine, et d'expirer sous le faix de leurs destinées. Et je me disais que ceux qui de'sespèrent du genre humain , qui ne croient plus au retour de la lumière , parce que la nuit les entoure ; qui crient aux ténèbres sociales : «Vous êtes immortelles j » au soleil de la monarchie : « Tu ne te lèveras pas j » je me disais, en voyant Louis XIV sortir rayonnant de gloire et d'immortalité des nuages de la Fronde, je me disais, instruit par le passé à juger le présent , que ces prophètes de désespoir ne savent ni le secret de la nue , ni le secret de Dieu ! N.