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IsAir.
Le mont Valéricn gnrdjiit encore ses fourhantes solennités, la eloclie de la liante maison de Dien appelait au loin les humbles tidèles el les cclios du saint Calvaire prolongeaient Tapjiel religieux, et l'on voyait se peupler tie supplions toute la solitude bénite: on eût dit, pendant les douloureuses fêtes, une ville agenouillée, une ville du céleste rovaunie ; car les pauvres en ouvraient les portes et ils étaient en grand nombre , fendant la main à ceux d'entre leurs frères qui faisaient le pieux chemin pour invoquer Dieu. Les pèlerins s'avançaient lentement entre les deux haies protectrices, et nue illustre princesse suivait comme une simple femme la sainte procession , ne se laissant reconnaître qu^à ses aumônes, tant cette lille sublime du grand martyr abaissait sous la prière la double couronne de son front royal.
On était alors au mois de septembre. La fête de Texallation de la sainte Croix, le sermon d'un célèbre missionnaire arrivé de Jérusalem . et peut-être aussi quelques causes moins célestes , attiraient la foule ce jour-là sur le coteau chrétien.
D''après le témoignage des pèlerins venus de Jérusalem , le véritable Calvaire où J.-C. fut crucifié est repro<hiil sur le mont Valérien ; trois croix sont plantées à la cime de la montagne, et la plus élevée est celle du Sauveur i!es hommes. Les historiens sacrés rapportent que sainte lîelène , é|)Ouse de remperetir Constantin, reconnut la vraie Croix aux signes miraculeux qui se manifestèrent, lorstpi'on exhuma ce signe du ciirétien de la profondeur de la terre ou il avait été englouti.
L'église est bâtie sur le jdateau; sa porte princii)ale est située vis-à-vis les croix, de chaque côté de Téglise sont des bâtimens occupés par des prêtres dont les fonctions charitables rappellent celles des religieux du mont Saint-Bernard; tous les fidèles qui s'y présentent reçoivent l'hospitalité, el les indigens peuvent s'asseoir durant plusieurs jo'irs à la table chargée des amnônes du rieh'.'.
Le jour se levait à [)eine, lorsque deux jeunes amies, Marie et Thérèse, se réunirent pour gravir le sentier étroit et tortueux de la montagne; elles s'arrêtèrent plusieurs fois pour admirer le spectacle imposant des monumens que renferme la première ville du monde, et que, du milieu de la colline, on peut ajjercevoir de loin dominant avec orgueil le vaste horizon : ce magnifique dôme d'or des Invalides , les tours de Notre-Dame d'une architecture si religieuse que l'ame, en les comtemplani, éprouve de calmes et célestes ins[)irations; Sainte-Geneviève , dont les premier.s rayons du jour faisaient étinceler la croix; le portique élevé de Saint-Sulpice, si élégamment ciselé, et cet amas de demeures si diverses! ! ! Riches palais, hôtels somptueux, asiles modestes, humbles retraites où Tiiifortune attend des secours. Qui |)Ourrait énumerer les immenses populations que vous avez vu se -succéder; hélas! nous ne serons plus bientôt nous-nu'mes qu'un souvenir jeté au gouffre du passé, qui doit engloutir encore tant de générations futures!
Les deux amies se plaisaient à rappioclier le [ilus saint îles sentimens, la religion, de tout léclat de cet orgueil humain. Il .semble que sur les hauteurs, l'ame ait plus de ^ie , plus d'extension ; on dirait qu'il y a .sympathie entre la pureté de 1 ame el celle de l'air.
Le ciel brillait en ce moment de toute la splendeur d'un beau soleil qui, s'éfendant sur la montagne, lui donnait l'a-ipect luminiiu d'une vision céleste. — Ku vérité, disait Thérèse à Marie , c'est expier ses pt-ehes et mériter bu'u aisc'-ment des indulgences ! — Quand elles furent sur le sommet de la montagne, dans l'enceinte des bàlimens, la nouvelle Bahylonc; disparut à leurs legards, les insignes d'un culte édifiant remplaçaient en ce s.iint lieu les objets profanes, sous une allée d'arbres verts, on voyait des niarcliands étaler des deux côtés de p:euses offrandes.
Les dilferentes stations r|ue fit J.-C. au jardin (les Oliviers, sont représentées de ilislan<'e en distance autour de la colline; les fidèles s's rendaient pour prier dans un grand re( iieiilement. I.ii.on oubliait l'aris, el le monde, car il était im-
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possible de ne pas éprouver une émotion profondément religieuse. Les beaux yeux bleus de Marie semblaient faire un appel au ciel, sa pensée. était un mélange de pieuses craintes et de saintes espérâmes, elle soupirait, le cœur embrasé d'amour divin , et chantait en actions de {>,ràces.
l ne petite ciiapelle mystérieuse et sombre comme l'intérieur d'un tombeau et attenante à l'église, sert de passage au\ fidèles qui désirent aller visiter le saint Sépulcre , représenté par une voûte imitant le roc creusé , dans lequel le Sauveur fut déposé, après avoir été descendu de la croix. Aucun chrétien n'ignore que la pierre mise par les juifs, pour en scclhr rentrée, se fendit en (lfu\ le troisième jour de la résurrection; les saintes femmes pénétrèrent par celte issue dans le divin Sépulcre, et ne trouvant pas celui qu'elles cherchaient, elles s en retoiuuerent à la ville de Jérusalem , célèbrent avec une foi vive la puissance de Dieu.
Au mont Valt-rien , l'ouverture du tombeau est également formée par une pierre séparée en deux, à travers laquelle on peut à peine se glisser. Ccptudant tout le monde se presse autour de la pierre brisée, tous dt'sirent pénétrer dans le saint Sépulcre, afin d'aller recevoir humblement les indulgences attachées à cet acte de dévotion.
Malheureusement . à côté même de ce qu'il v a de plus grand, se montre toujours la faiblesse de notre himianité; la réalité ne suffit pas pour satisfaire l'avidité qu'ont les hommes de tout ce qui est merveilleux , It ur imagination s'égare dans le surnaturel et se plait à se créer des fictions de prodiges. A l'instant où les deux amies se pré.smtèrenl pour aller méditer dans celte tumbe , berceau d'une vie céleste, une bonne dame à qui sou âge et l'air de ferveur qui animait ses discours, donnait une sorte de supériorité sur les pieux assistans, exhortait à s'élcigner ceux qui n'avaient pas la conscience pure; car, ajoutait-elle, les deux fragmens de la pierre en se rejoignant, feraient sur-le-cliamp justice d'une coupable présomption.
Ces paroles , lintluence du lieu où elles e!a eut prononcées, parurent troubler quelques esprits timides, plus d'un jeune front se colora, et l'on vit deiiX jeunes 0116.1, le cœur gonflé de soupirs , quitter la chapelle et aller se prosterner humlilemcnt , sous le portique du temple du Seigneur : la foi craintive est compagne de l'innocence.
— Eh bien! dit Thérèse à Marie, qui depuis un instant restait debout immobile près de l'issue miraculeuse : — Eh bien ! est-ce donc que tu res.sens quelques craintes à tenter la pieuse épreuve? A ces mots, ^Marie silencieuse et recueillie .se baissa et pénétra dans la grotte religieuse où Thérèse la suivit !
Le saint Sépulcre qu'elles visitaient est peu spacieux et d'une forme carrée; une innombrable quantité de lampes, qui brûlent nuit et jour, y entretiennent une pâle clarté; ces lampes disposées avec une svmboliqiie symétrie, sont une imitation parfaite de celles qui éclairent à Jérusalem le vrai Sépulcre, et que la pieuse munificence des souverains de la terre a offertes en boramage au roi des rois.
Vers les trois heures du soir, heure solennelle pour les chrétiens , le vieux prêtre revenu de Jéru.salem , se plaçant au pied de la croix nouvelle comme pour recevoir appui et forces du bois sauveur , commença à distribuer au peuple attentif le pain de la parole éternelle. I.e mystère de la Rédemption , ce miracle de l'amour divin fut le sujet de l'exhortation ; l'onction céleste ne manqua point à sa voix , car il parlait du jardin des Oliviers que lui-même avait parcouru ; et lorsque le missionnaire .se jettant à genoux , eut fait descendre la bénédiction du ciel sur tous les fronts inclinés qui l'entouraient . Thérèse et Marie se relevèrent fortes d'innocence et de foi . et redescendirent la montagne en répandant les consolations et les offrandes de la charité.
14 septembre i833.
Quatre ans se sont écoulés, les croix du mont Valtrien n'existent plus; mais les deux amies se sont retrouvées sur la colline de Montmartre, v.u milieu des mêmes solennités.
Les montagne^ se répondent : livrez donc une guerre à mort à la croix , mettez la coignée à la racine de l'arbre vieilli ; mais tentz-vous loin , bien lein ; car dans sa chute le grand arbre vous écraserait votre univers, iiisei;sés ! Ne vovez-vous pas que cette racine a été jetée dans les fondemens du ciel, ne lisiz-vous pas sur ce signe, monument funèbre du crucilié : concession à perpétuité, concession de liberté, de vie, de jeunesse , de fécondité, de puis.sance , de niisericorile , de rédemption? insensés! ÎSe savez-vous pas que si vos enfans taisaient ses louanges, les pierres ellesmêmes les raconteraient? Oui certes , les montagnes se lèvent à sa gloire et se ren voient de l'une à l'.uilre l'hosanna suprême, le salut au fils de David ! ! !...
M""^ DK SAl^T-SuRl^.
2 îu l'f.cho ue la jeunk fuance.