KCHO DK LA JF.llNK FRANCK. y.Tj
de tousser ; l'enl'ant tousse ; le docteur prend la main du colonel et lui dir : Je réponds de l'enfant! Il couchera dans ma chambre. Uo antre docteur que le docteur Be'nalie aurait fait coucher l'enfant dans la vacherie j mais le docteur Be'nalie est un très-grand docteur I
Alors le colonel va rejoindre son régiment. M. Be'nalie reste dans son village, toujours occupe' d'anie'liorafions de tous genres. Il sème, il laboure il instruit, il construit, il enterre, il vient de faire établir un cimetière tout neuf loin du village ; il est partout. Et puis comme il l'a promis, il veille sur l'e'ducatiun et sur la sanlé du petit jeune homme confie à ses soins ! Mais 6 douleur! un soir comme le bon docteur rentrait chez lui e'puisc de fatigue, on lui remet une lettre. Une lettre de femme ! Il onV^re ?a Itcttrc,! il tombe e'vanoui dans les bras de son élève, il meurt de mort subite. Tout son village le pleure. Il est enterre' le premier dans le cimetière qu'il a dispose'; on lui élève, par reconnaissance, une pyrailiide eri ^azon, haute de soixante pieds , avec une e'pitaphr composc'e par M. de Balzac. '
Tel est ce livre, qui est sans iucidens, sans pe'ripétie, sans inte'rct',' sans plan et sans but ; on a beau chercher, on ne voit pas ce qu'a voidn faire l'auteur. Son Médecin de campagne est la contrefaçon de toutes les utopies connues, depuis l'utopie de Thomas Morus jusqu'à la Cuisinière bourgeoise et la Maison rustique inclusivement. Il n'y a dans ce livre ni esprit, ni stvle , ni inte'rêt, ni bon sens, ni ve'rite'.
Par une bizarrerie singulière et qui n'appartient qu'aux esprits inge'-' nieux, M. de Balzac a rejeté' dans le second volume tous les e'pisodcs qui devaient entremêler sa narration du premier volume. Ainsi, quand M. Be'nalie est mort, vous trouvez dans ce second vohifie l'histoire de M. Be'nalie. Puis vient l'histoire de la Fosseuse. Puis vient l'histoire de Napole'on , racontée en style populaire, comme ferait Odry sur son théâtre. Puis une infinité d'autres histoires que nous n'avons pas lues, puisqu'auss'i bien noTis pouvions nous en dispenser, ce second volume ne tenant au premier volume par aucun lien.
Que M. de Balzac fasse des contes, qu'il ait soin de les finir aussi' bien qn'il les commence, sa place e^t assurée à la tète des conteurs de notre temps; cela vaut bien mieux que d'être un romancier de IhifofcC 3e M. Ricard.
Cop.nF.spoNnANCE d'Orient EN i83n-i83i , par M. jMu.wai:d df. V ÂcÂ-
DEMIE FRANÇAiSE ET M.Ï*OUJOULAT.
J'allais vous parler de M. Michaud , quand la Quotidienne m'est tombée sous la main ; elle contient un compte si bien rendu de la Corrcs-
5i^(> l'ÉCIJIO de la jeune FRANCE.
pQ/tdfinci^ d'Orient, i|uc je craindrais de vous faire tort en ne le mettant pas ,spiis vo,s yeux.
«C'est quelque chose qui fait du bien au cœur et qui repose raiia,«,qiie d'avoir à s'occuper de M. Michaud, dans 1^ siècle çù nous somme^. Sq;^ style ressemble à sa vie. H y a autant de pureté dans l'un que dans l'autre. Cette existence aux. lif;ncs droites qui a traverse des temps si difli - (^j|,iç^ ,et des époques si divci"ses sans avoir fléchi ; ce talent d'écrire qui , conservant le cachet d'une élégance antique au milieu de la corruption moderne, semble être un anneau d'or qui rattache notre littérature à celle du, grand siècle; c'est là une de ces douces harmonies qui frappent au premier coup d'œil.
Si je ne cji;aignais de rencontrer le mauvais goût en cherchant la vç'rite' , je 4irais qu'il y q d,e la sérénité dans le style de M. Michaud. Sou caracH tère aimable et sa conscience sans reproche s'y trouvent avec leur doux éclat, et l'on croirait que cette belle vie se reflète dans ce beau talent, comme une de ces cites orientales que 1 auteur nous point lui-même, se mirant dans les vagues limpides qui baignent leur rivage. Ces qualités de réçrivaJLp çî^crcent une séduction d'autant plus irrésistible , qu'elles forment un agréable contraste avec les défauts de notre littérature, Dansi l'époque où nous vivons, il y a de l'émeute dans le style. Ces passions désordonnées, m,obiles , furieuses qui se succèdent, s'enchevêtrent, se combattent, ont aussi action sur la forme de la pensée. Ce q'^^t, p)us (|u'un cliquetis de mots, une discorde de sons, un choc, une mêlée. La phrase va, vient, bondit, pétille, tombe, se relève, échevelée,çom(nÇ> unp bacchante , aux rudes allures de la place publique , à la lo^rpl^ej^é-n réglée. Le style hurle plutôt qu'il ne parle. C'est une fatigue que d'ouvri<', uq livre : les oreilles a'ous tintent j les yeux, assiégés par tant de cçnulcurs» disparates, finissent par ne plus rien voir, et l'on rapporte comme uç^ei coqrbature d'esprit de tout commerce avec les muses de notre nouvelle' littérature. M. Michaud, au contraire , est doux à lire : lorsqu'on échappe à ce briilsseracnt importun et à ce fracas étourdissant des lettres conte*iporaines, oq éprouve je ne sais quelle vobipteuse satisfaction à s'euf6ncçi,"( d^ms ses périodes harmonieuses qui , se dç'veloppaut avec majesté , vou^ semblent une de ces fraîches avenues qui, dans les temps homériques.y conduisaient n la grotte des nymphes ou au temple des dieux. On aime à se reposer de ce style hérissé de mille pointes, heurté, saccadé, brisé, en voyant la pensée de l'auteur s'élever d'un seul jet, pure, et avec se.s proportions sveltes et élégantes , comme une de ce^ belles colonnes du temple de Jupiter restées debout , et dominant les ruines qui les entourent. Disons-le d'une ])hrasc : notre langue, à qui tant d'auteurs travaillent à Itire perdre ses titres de parenté avec la langue de Louis XIV, les retrquYCi:i<it au besoin dans le sljlc de M. Midiaud. . ,j„.,n ,,[ ^.^y,, .;.^^\^^^,,',
l'écho DK la JKUNE FRANfL. IJtS^
Nous ne faisons ici que rc'pclcr le juj^cmcnt dn piit'lit: ; cir H Va' loni'temps que l'hislorién des Croisades est cllassë comme ecfivâiti, CômWi'e voyageur , il reunissait toutes les conditions nécessaires pour attachci" un inle'rêt tout particulier à ses obsenations , parce qu'il re'sumait daiis sa personne tontes les qualite's qui, se'pafees, deviénnciit des défauti».- '"
Il y a au monde bien des espèces de voyageurs. Les titTs , comme bewcoup d'Anglais , voyagent pour A'oyagei' , parcourent la tei-re à toI d'bisfau, sans s'écarter ni à droite , ni à ganche , sanà visit'er (ï'^tttres lôcalite's que les grandes villes /Voulant avant toiU arriver , et silivant éii Cela le conseil que les papes donnaient aux croises à leur départ poUrJa Terre-Sainte. Cette première classe de pèlerins ffliériterail plutôt le tltri» de coureurs que de voyageurs. Leurs relations sont empreintes d'iuv^ merveilleuse érudition d'auberge, et leur itioéràii-e a toutes Ics'giraCts d'un livre de poste. \e Mn «I.oJm m, , :iir^;>nUo J-hî.'.I
Une seconde classe est celle dès antiquaires , qui , pleins d'un superbe dédain pour tout ce qui ne compte pas par vingtaine de siècles , s''iDquiètent fort peu des mœurs des peuples , de leur situation présentlê, de téiii future destinée. Quelques médailles à déterrer , quelques tronçons de colonfte à découATir, une inscription à déchiffrer, voilà l'unique biit d<leurs efforts. Ils laissent de côté la nature vivante pour la nature raortc. Ils se promènent à travers les populations, sans s'apercevoir (ïé leur présence, sans remarquer leurs usages, sansjelcr un regard sur leurs fois. Ambassadeurs auprès du passé, il n'y a de palpable pour eux que les ombres. '■ -' ' -'^^ -• i • -'^'i ■ •-; -^i-^' -«("j
Joignez à ces variétés la classe dés 'i^V^^è^'yntîiotfifaktés'fimîi' k^ii l'admiration est un parti pris quand il s'agit de la Grèce, et qui traversent cette antique contrée un bandeau sur les yeux et des hymnes sur les lèvrëà.' Aujourd'hui, cette épidémie philheliéniquc est un peu tombée; mais dit tem[is où M. Michaud partit pour l'Orient, elle régnait encore, alors il ne manquait point de ces fanatiques qui , rêvant tout éveillés du siècle de Périclès et de celui de Léoridas , apportaient avec eux ime Grèce toute faite , Cl prétendaient reconstruire une nation avec des regrets et des sonvcnirs. ' ^"" ^-i - --' i -«^ - "'^' •' ^i'^^'*'"'^'-
Ld grand avantage de l'auleur dé la Côrrlesp6f}dâncà'^â^'OHênt,''6'est qu'il n'appartient à auame des classes de vovageurs que nous venons de définir, et qu'il a pris à chacune d'elle ce qu'elle a de bôii. Versé dans l'clàde de l'antiquité, et en même temps au courant de toutes lèè affaires du siècle, doué d'une ame d'artiste pour admirer les anciennes beautés de la' Grëte, d'une raison de philosophe pour juger son état actuel':' homfiie'du monde , homme de politique, homme de savoir . poète , lihtSricn , il avait au moins un sens de plus (pic chacun de ses prédécesseurs' pour apprécier d'une manière à la fois JT<5tc , ^iqiiatrte et origindlc'ïes
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mille tableaux (jui allaiontsc dérouler sous ses yeux. Puis, comme M. Micliaud le dit lui-même dans sa préface, ce n'était point la première lois qu'il voyageait en Orient ; sa pensée avait déjà explore toutes ces roules en suivant les croisés dans leurs lointaines entreprises. Le voyage matériel, qui succédait à ses courses intellectuelles à tiavers ce pays, n'était donc que la seconde croisade de IM. Micliaud. Pèlerin de la science^ il allait reconnaître par lui-même les étapes des grandes armées chrétiennes, il allait com])léter par de consciencieuses rccLcrclics Ja précieuse conquête qu'il venait de faire faire à la muse historique sur les ténèbres du passé, il allait raconter l'histoire des croisades à la terre qui les avait vues et lui demander en échange tous ses souvenirs.
0{i comprend facilement ce qu'un si beau talent,,si admirablement pose, a, dû jeter d'intérêt dans la correspondance de l'Orient. L'auteur arrive à l'esprit et au cœur par toutes les routes. Tantôt c'est l'homme du monde dont la spirituelle causerie vous enchante en vous advenant datée des ruines d'Argos aussi fraîche et aussi vive dans l'intérieur d'un salon. Peut-être même vaut-il encore mieux lire M. Michaud que l'écouter; quand il écrit, il cause tout seul , n'ayant persQnpe pour répondre , et tout le monde y gagne vraiment. Tantôt c'est le savant qui recherche les lieux oii fut Troie, marquant la place du Simoïs et celle du Scamandre : et à côté du savant, le poè:e relisant les adieux d'Hector et d'Andromaque à la porte de Scée. Puis c'est le moraliste ([ui, suivant son expression pittoresque , consulte dans les tristes héritiers d'une race héroïque les médailles vivantes du pays. Quelques pages plus loin, vous trouvez le politique conférant avec Capo-d'Istria sur les destinées de la Grèce, prévoyant des obstacles là où les aveugles vpyéient des ressources, écartant tous les voiles dont un enthousiasme de bas e'iage avait couvert la véritable situation du pays, et jetant sur les révolutions quelques-unes de ces paroles hautes et graves qui sont comme un retentissement de l'avcnir^j
Et à côté de ces considératiqns élevées viennent se placer des rêveries pleines d'une délicieuse sensibilité. Tantôt l'auteur, se laissant aller de toutes les puissances de son ame à l'admiration de ce doux climat, de celle admirable nature , se plaît « par une belle nuit, du haut d'un navire im- )> mobile sur une mer .sans vague, à regarder le ciel que l'avarice, l'am- » bition , l'égoïsme n'ont jamais regardé, tandis que la charité, l'amitié, >> l'amour , les plus douces vertus de l'homme ir' perdent jamais de vue » celle vpûte céleste d'où çUes sont descendues! » Tantôt comparant avec une religieuse mélancolie les superbes cités dont s'enorgueillissait autrefois celle terre aux débnspresquecffacés,qui achèveuldedisparaître sous les ronces, rapprochant dans la pensée la civilisation de l'ancienuc Grèce de la barbarie de la Grèce nouvelle, le voyageur , l'ame serrée de douleur à la vue de la desli iitliou des viUe>, de la pouasièi-c des chcfs-d'œv^-
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Vie, de la dégradation morale d'une race jadis si glorieuse, s'écrie avec le sentiinciit d'une inelTabIc tristesse : « Fn vérité', en vciite, je vous le » dis , il ne nous vient plus de l'Orient d'autre lumière que celle du » soleil ! »
Dans cette esquisse bien incomplt'te, nous avons essaye de donner une idée de la variété des tableaux et de la diversité des couleurs dont les nuances changeantes viennent successivement éveiller les sensations les plus opposées sans nous laisser le temps de nous apesantir sur aucune , si vive est l'imagination de l'écrivain , si rapide est sa plume, si habile est son expérience à faire vibrer les touches mystérieuses qui mettent en mouvement toutes les jjuissances et toutes les facultés de l'arac. Dès qu'on a ouvert celte correspondance, on ne s'appartient plus. On dirait que la tristesse, la gaieté, l'admiration, la moquerie, l'enthousiasme, la raison, la curiosité, échelonnés d'espace en espace , comme les heures autour du char du soleil , se passent votre cœur de mam en main pour ne vous le rendre qu'à la fin de l'ouvrage.
Pour faire bien apprécier tout ce qu'il v a d'attachant dans la succès sion de ces émotions variées , il faudrait tracer l'itinéraire de l'auteur quittant la rade de Toulon, le lendemain du jour où notre flotte en était partie pour aller chercher sur la rive Algérienne la grande victoire du drapeau blanc : quittant la rade de Toulon, plein d'espoir pour le trioin-
j)he de nos armes
confiant dans le rendez-vous de
M. de Bourmont , qiii l'avait invité à diner dans la Casauba , pour le lo
juillet
Alors viendrait sa route
sur les rives de la Corse, de la Sardaigne, de la Sicile, de la Calabre , INavarin, Modène, Nauplie, cette grande route d'Athènes. C'est là qu'on verrait les désenchantemens de l'auteur exprimés avec un atticisme de paroles auquel l'Athènes du Disdar musulman n'est plus accoutumée depuis bien des siècles. Un tribunal de cassation à Sparte, le chef des eunuques noirs, propriétaire d'Athènes; que dites-vous de ces jeux de la fortune et de ces caprices de la destinée? Puis, viendrait Srayrne, la fleur de l'Orient , à la population bigarrée ; Smvrnc barrioléc de tant de couleurs dans ses religions, dans ses mœurs, dans ses salons, dans ses fêtes. Et après quelques jours de navigation le voyageur vous entrainerait aux plaines de la Troade; le 'JtQ juillet i83o, M. Michaud méditait sur les (-ham])s où fut Troie , et sur la chute de l'empire du vieux Priam !
Quel date, quel souvenir, (juel lieu et quel jour jiour méditer sur les monarchies qui tombent et sur les rois qi;i s'en vont I
C'est au milieu de toutes ces images que le pèlerin avance vers Constanlinoplc, premier but de sa course, et il vous fait voy.iger non-seule-
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ment à travers le présent mais à travers le passe', car le passe', car Homère, Muso'e, Eschyle, Pausanias à la main , il reconstruit les cités antiques , vous trace leur histoire , et suivant le fil de leurs destinées dans des temps plus modernes , il demande aux chroniqueurs du moyen âge ce qu'il advint de la Grèce, écrasée sous cette nuée de chevaliers bourguignons et champenois, les Guillaume de Champlite, les Geoffroi de Villardoin , hommes aux noms peu euphoniques il est vrai, mais dont les épées françaises valaient bien celles de Milliade et de Léonidas. Telle est la gradation que l'auteur a adoptée dans toute la suite de ses lettres. Il vous montre la Grèce antique d'abord , la Grèce du raoyer. âge ensuite . enfin , la Grèce des ruines ; réunissant ainsi dans le même tableau toutes les extrémités des choses humaines , l'éclat de la vie et le silence de la désolation , le berceau et la tombe, la barbarie présente et la civilisation passée. De sorte que le flambeau de l'ancienne gloire de la Grèce ne se rallume un instant que pour rendre visibles , suivant la belle expression de Milton , les profondes ténèbres dans lesquelles elle est aujourd'hui plongée I N"*