BIOGRAPHIE
JEAN COTTEREAU. Lrf^:^'
Les premiers chotia:is qui prirent les armes avaient été pour la plupart des conirebaudiersj delà peui-ètre la l'acilité avec laquelle ont été accueillies Itrs calomnies lancées contre ces intrépides défenseurs de la religion et de la royauté. La Brelap;ne, pays de IVanclùse, riViait pas sounnse aTimpôl de la Gabelle. Le commerce du sel n'y éproiivaii aucune entrave; il s'y vendait au plus un sou la livre, tandis que, tout à côté, sur la lisière, le paysan du Bas-Maine devait le payer treize sous. Mais comment faire comprendre à un paysan qu'une limite qui lui semblait imaginaire donnât le droit de décupler le prix d'une denrée indispensable ? Et quand il voyait le Bre^ ton, sur sa frontière, offrant impunément sa marcliandise à vil urix , pouvait-il résister à la tentation ? ha faux-sauniers (^c'esi ainsi qu'on appelait ceux qui faisaient le commerce du sel acheté en fraude, ou faux sel] étaient donc nombreux et trèsbien vus dans la provmce du Bas-^Iaine : Mais il leur fallait tromper la surveillance et souvent souffrirles violences des grt6f/o«x, véritables douaniers delà Grtèe/Ze. Ces violences passaient pour d'injustes persécutions aux yeux des |>ay sans, qui ne croyaient pas faire tort au roi en fraudant la gabelle , et qui s'écriaieni même souvent diins la simplicité de leur foi monarchique : yih! si le roi le savait!
La mère d'un jeune et \\dsA[ faux-saunier n'hésita pas à mettre "a Tépreuve la réalité de cette opinion populaire. Son fils , blessé dans «ne rixe qu'il avait soutenue contre les gabeleurs, avait été arrêté , et pouvait payer de sa tète la résistance coupable qu'il avait opposée aux employés delà gabelle. Veuve et mère de cinq autres cnfans, celte femme ne prend conseil que de son désespoir, et, soutenue par sa confiance en son roi et en son dieu, elle quitte tout , fait a pied soixante-dix lieues en cinq jours, arrive 'a Versailles, se jette au pieds de Louis XVI : « Grâce! (.s'érrie-t-elle) , « Grâce pour mon enfant! Il est faux-saunier j mais c'est pour » ilonner clu pain à sa mère,- j'ai six en/ans,- les gaheloux nous ont ruines , à » présent, ils feulent la inart de mon /ils. Grâce pour mon enfant! ... » Le roi pardonna... Et cet enfant, c'était Jean CnorAN qui depuis fut le premier chef de l'insurrection du Bas-Maine.
Ce nom, si redoutable aux républicains, qui essayèrent en vain d'en faire une injure , était tin sobriquet donné au grand-père de Jean (dont le nom de famille était Cotlereau), à cause de son caractère taciturne et de son amour pour la solitude (chouan de Chat-Huant). Ce sobriquet devint le surnom de tous ceux qui se réunirent pour combattre sous les ordres de Jean-Chouan , et plus tard celui de tous les royali»tfs qui s'armèrent contre les oppiesseuri de la patrie.
Voici, d'ailleurs, dans quelles circonstances ce hardi paysan commença le premier la guerre...
Le tSaotit 1792, au village de Saint-Oucn-dcs-Tois , a deux lieues de Laval , vers la frontière de Bretagne, la population des paroisses environnantes s'était rass^'mbléc dans l'église , déjà profaiiée , comme elles le furent toutes à cette époque. Il s'a<^is«ait de former les gardcj- naliouales, et surtout de déterminer i\vs jeunes gens à partir volontairement pour 1 année. Des membres du directoire du district, de.s «hcfs de la garde nationale du <antO:i, venus le matin en grande pom|)e, éiaient montés sur une espèce d'estrade , élevée au milieu de l'église, pour dominer la foule , et une troupe de gendarmes et de garde.s-nationatix les entourait. T'n orateur, parlant au nom île la liberté et de l'égalité, menaçait de la prison, et même de la mort , quicOHqtic s'opposerait aux mesures civiques qu'on allait prendre, et l'asseinblé»;