‹ L'Écho de la jeune France (volume 3)Chapitre 44 sur 99 · V.^G l/ÉCHO DK LA JKLNK FIUNCK · texte numérisé non relu

V.^G l/ÉCHO DK LA JKLNK FIUNCK

écoutait dans un profond silence; mais lorsqu'on voulut prendre les noms des jeunes jjens appelés a partir comme volonlaircs, ils répondirent à l'appel par des murmures, et aux menaces par des moqueries. Le (utiïulte auj;incn(a (|uand on vit les {gendarmes recevoir Tordre d'arrêter les mutins. Les cris: « A bas les Patauis! Point de volontaires! n Se firent entendre de tous côtés. Le désordre était an eoml)le , et les voies de fait allaient suivre, quand un homme, s'élaneant de la foule , d'une main arrête le premier p.endarme qui ^'avance, de l'autre impose silence a l'assemblée. « ^ion , non! point de volontaires! s'écrie-t-il ; s'il faut prendre les ar- >> mes pour le roi, nos bras sont a lin, nous marcherons tous, je réponds pour tous; » mais s'il faut partir pour délendre ce que vous appelez la liberté, vous, qui la » voulez , allez combattre pour elle ; (|uant à nous, nous sommes tous an roi, et rien » qu'au roi ! — Et l'assemblée de s'écrier : Oui , tous au roi , et rien (|u'au roi ! » Et bientôt, fjardes-nationaux, gendarmes, ma{^istrats, culbutés et chassés lu)rs de Ténlise, s'enfuient et se dispersent. L'homme qui s'était mis ainsi en avant devait, en effet , au roi cette vie qu'il voulait dévouera sa cause, car c'était Jca// Chotuin, le conlrcbaudier. Dès qu'il eut parle , l'insurrection eut un chef, et les insuriics un nom. Ce chef, on ne le choisit pas; il sembla "a tdus qu'en se mettant en avant, il n'eût fait que prendre sa place. On trouva tout naturel de recevoir ses ordres, comme lui trouva tout simple de les donner.

Ce premier chouan , donna tant qu'il vécut Texcmpls d'une modération que presque tous les héros Vendéens ont conservé(> en présence des excès auxquels se livraient leurs ennemis : il ne fit pas une seule fois passer un prisonnier par les armes (on sait assez que les bleus fusillaient les leurs...) ; ces exécutions n'eurent lieu ([ue lorsqu'il ne put les empêcher, et lui-même pardonna jusqu'à trois fois de .suite au vaincu qui avait autant de fois trahi ses scrmcns , rappelant ainsi par son exemple cette leçon sublime donnée jadis par un autre héros catholique 'a celui qui avait voulu le tuer : « p^otre religion l'ons excite à m' assassiner, la mienne m' ordonne de i>ous faire grâce ! »

lilSTOIRE DE TOUTES LES VILLES DE FRANCE,

PAt\ J.-F. Daniiîlo.

Presque tous les journaux de la province proclament à l'cnvi la propension actuelle aux études liisloriqucs; les guides de l'opinion pid)liqiic ont senti avec raison que les cle'ntens les plus propices à donner au peuple une éducation salutaire se trouvaient principalement dans l'examen approfondi des annales, de la patrie, et que l'iiisloire convenablement étudiée présentait presque toujours aux méditations du pliilosoplie inie .source ine'puisable d'observations utiles ou de rapprochemens ctonnans. Une grande leçon morale résulte ordinairement des laits qui se sont accomplis dans une époque, et le premier emploi du loisir et de la réflexion parmi les liommes a e'te dirige sagement à en scruter sérieusement les cau.ses et les conséquences. Kn effet, depuis les siècles les plus recules, l'Iiistoirc raconte le bien comme le mal, elle fait connaître les faits qui caractérisent les croyances, les mœurs, la disposition des esprits divers; dans tous les temps, ne .s'esl-il pas rencontre des litstoricns tpii ont fouille les archives du passe pour l'enseignement du jireseiit , et qui ont combattu avec constance et désintéressement l'ignorance et re.s])rit de parti des .sociétés avec lesquelles ils vivaient; au.ssi, lorscpie les révolutions ont rendti l'Iiistoire individuelle si urgente et si agrt-able, on ne saurait trop encourager ces études sérieuses qui coûtent tant de peine et rapportent si peu de gloire.

Si l'on veut connaître enliii notre ancienne patrie, il en laut recom-

I, K( MO I)F. LA JEUNK FR/ViNf.F.. Îlî/Jy

poser l*" talilcaii griui.il ;ivif les tahloaux particuliers des provinces, w Gcltc observation de rilluslie aiitenr des titudts hisloritfdcs, a ete méditée avec succès par M. Danic'lo, son élève, qui s'appiaiidissant des |)rop;rès que lait chaque jour en France le |^oût de l'iiistoire des localités, a pense justement que ce genre d'études agrandissait le cercle de l'histoire générale du pays, et que l'examen de chaque vdlc aidait bientôt à remonter avec j>lus de facilite à l'imiuense chaîne des évèncmens j)riucipaux du royaume.

M. Danièlo a rempli dignement ses ])romesses.

Ses explications nécessaires sur le genre s|)ecial de sa gigantesfjuc entreprise sont exposées avec une noble indépendance et un ton |)arfait des convenances à l'égard d'une composition rivale. Son histoire de toutes les villes de France est imuns archéologique, que })olitiquc , religieuse , municipale, commerciale, sociale en un mot; non que l'auteur néglige en rien ni l'art, ni ses monumens ; mais dans sa nouvelle description de notre belle France, il recherche avec une attention scriipiileusc tous hs souvenirs précieux à conserver, soit des monumens qui disparaissent tour à tour de notre sol, soit des franchises municipales qui formaient jadis la base de la liberté et de la félicité de nos aïeux; après la narration des faits, vient la mention exacte de toutes les notabilités cpii ont droit, n'importe à quel titre, à la reconnaissance de la cité; et certes il est beau de' voir ainsi chaque ville de nos provinces s'interroger en quelque sorte ellemême et recueillir toutes ses gloires et ses traditions avantageuses.

L'œuvre de M. D.niiélo appartient à la pure et libérale école du ç^énie du christianisme ; on y lit parfois des doléances sur l'art qui tombe et la poésie qui s'en va ; mais l'on est convaincu que loin de s'en aller de plus en plus en décadence, les idées religieuses reviennent et se relèvent avec une paisible majesté.

« C'est en province surtout que la religion est encore vivante, s'écrie avec conviction M. Daniélo , et peut bien se vanter d'avoir quelques partisans et quelque puissance. Mais en supposant ce qui n'est pas, que la religion parût muette et immobile aujourd'hui , qu'en pourrait-on conclure? Elle sommeille peut-cire comme la jeune fille de 1 lilvangile, mais elle n'est pas morte ; car ne sait-on pas que c'est du tombeau que le Christ, son fondateur , est sorti glorieux et triomphant , qu'il a conquis le monde et qu'il a gagné les cieux. »

Cette belle remarque suffira pour faire apprécier les principes de l'auteur.

M. Daniélo commence avec raison par le nord , parce que cette partie de notre histoire est celle qui est la iroins connue, et cependant la plus intéressante; en écrivant l'histoire de Reims, il a dû parler nécessairement de toutes les villes qui composaient jadis la vieille Belgique , parce qu'elles eurent toutes une origine gauloise. La division de la Morinie est exacte et rationnelle. « Quoique les IMorins eussent des étaldissemens et des colonies au-delà du détroit, il n'est pas prouvé qu'ils eussent des villes dans leur patrie Nulle part il n'est parlé du roi de la Morinie. »

Nous partageons entièrement cette opinion, et nous croyons que l'on parviendra diflicilement à nous exposer l'état topographique de Z'o/y;;W///« de l'ancienne cité des Morins avant la domination romaine. Au reste, on l'a répété, la question des origines est le champ des systèmes et des conjectures , et il ne faut pas s'y aventurer trop avant. Les Morins représentés sur le bouclier d'Enée, extremi hominum , ne pouvaient être selon l'auteur que les Morins d'outre-mer, les Morins émigrés ; jusqu'à présent les antiquaires ne l'ont pas tout-à-fait entendu ainsi. Tons ceux (pii ont quelque

24s l'écho de la jeunk fhance.

connaissance de l'histoire de leur pays et qui ont fait de la terre natale , l'objet principal de leurs constantes amours, reliront avec satisfaction et' fruit la description de la Gaule Belgique, le dénombrement des nations qui en faisaient partie, les mœurs et les usages de ses haltitans; ils se j-etrouveront avec un nouveau cliarme sur les bords de l'immortel Port Jtius, et dans l'enceinte instructive de la ])uissante capitale de laMorinie. L'état des Druides après la soumission des Gaules, et le triomphe de la religion chrétienne sur leurs doctrines , est présente sous le véritable point de vue social de l'époque; l'assertion vulgaire par laquelle il est dit que les Gaulois n'écrivaient rien est réputée fausse ; M. Daniélo est le ])remier à proclamer peut-être, et i\ s'en félicite, qu'avant l'arrivée des Romains il n'y avait pas d'esclaves proprement dits dans les Gaules. Les archives du nord de la France sont restées enfouies, dit-il, dans les auteurs anciens et daMS les ouvrages de quelques écrivains modernes de mérite,' mais tout aussi peu connus , aussi peu recherchés que les romans de ses trouvères. Personne encore, il faut en convenir, à l'exception de M. ^4rthur Dinaux , pour le Cambrésis , n'a donné l'histoire des ouvrages de ces infatigables rivaux des troubadours dans le moyen âge , mais les archives du Nord ont déjà répandu des rayons éclatans sur les annales près-* qu'oubliées de cette contrée. Oui, la nation gauloise est la plus ancienne, la plus audacieuse et la plus épique des nations guerrières; et l'ouvrage de M. Daniélo lui rendra sous tous les rapports la justice qu'elle mérite; nous posséderons enfin le résumé des véritables annales de notre patrie. Nous saurons par l'explication développée des franchises municipales quel a été aux divers siècles le sort du peuple , qu'on ne saurait désormais trop prendre en considération. « Le monde est vide depuis les Romains!» s'écriait emphatiquement le frénétique Saint-Just. Nous apprendrons par le récit véridique des faits et gestes de nos aïeux combien est fausse cette assertion d'une cruelle philosophie; rien n'est omis de ce qui peut réchauffer la gloire et l'honneur du nom français. L'auteur se recommande au reste avec la modestie la plus louable à toutes les personnes et à toutes les sociétés savantes qui se trouvent actuellement en si grand nombre dans toutes les villes de France. A une époque où l'on doit savoir gré à chacun de ses efforts particuliers pour l'intérêt général, oii les notions fondamentales de l'histoire se répandent même jusque dans les classes pauvres, plus éclairées et moins dociles aux abus, on tiendra eomj)te à un des principaux disciples du plus grand écrivain de ce siècle de ses fatigues et de ses dépenses? Le pays auquel il consacre les plus belles années de sa vie secondera ses généreux efforts. H. Piehs.

— Deux nouvelles du Berry par un maître d'études. La prose du maître d'études de Ijoiirges peut donner cordialement la main à la poésie deiMM.\ icnnetetGroult dcTourlaville. dont les œuvres complètes setiou- \cnlaux bureau i du CVirtnVrtr/, elle eslaussi richede pensées et aussi noble d'expression. L'auteur, non content de ces premiers essais, nous menace de sa plume, en aononçant deux ou trois nouvelles œuvres compactes de sa façon. Aurestc, il est, ainsi quelesdeuxestimablesécrivainscités ci-dessus, aoti- romantique et pretrophobe.

— Il vient df par.iilrc «liez le libraire Tknon . |il;icc Sl-Andrc-des-Arts , n" M , un nouvel oti\ r.i^e de M. C.m-ihf^ I)i smarais ; il a [)oiir litre : De la Litteralure fr/ifiriiise nu dix- iuui>ii'ini: aiccli-, runsirlc'rcf dans ses rapports a\>ec les proférés de la ciuilisalinn ri de Fespril nalmnal. \ ^ol. in-3". l'rix : (i fr. Nous regrellons de ne pouvoir aiijoiird liui rendre roniple de rc li»rc émiuenimenf nalionalqiie nous recommandons h tous les lecteurs.

Paris, le r' Oclohr,: i83:'.. Jcles FOWF.IJER , Scr".

Cjal'ctie c^c i\\. lacune «j'iaticc

UillEI^^lR]! BE iLAMM'CMESA^QVEh

Octobre i 855.

Décidément on veut nous faire une guerre à mort, en voulant nous assujétir à des formalités dont la loi nous dispense formellement : nous avons encore clé arrêtes. Cependant la septième livraison a dû parvenir en province, ce nouvel acte arbitraire n'ayant pu porter que sur \m numéro. Une consultation délibérée à Paris par les premiers avocats du barreau déclare ces deux saisies illégales et arbitraires , et n'ayant d'autre but que de parai) ser, par la violence , le succès extraordinaire de l'Écho de la Jeune France. » La justice est saisie de l'affaire.

La Société de la Jeune France ne considérant pas son œuvre comme complétée par la publication d'un journal qui ne paraît qii'une fois par mois, le comité de Paris a formé une commission de cinq de ses membres , chargés de préparer im travail qui doit jeter l'éclat de toutes les lumières sur les quarante années qui viennent de s'écouler. Ce travail , fait dans l'intérêt de la France chrétienne, est destiné au peuple, il paraîtra par livraison au prix de six liards pour Paris, deux sous pour les provinces. Les sociétaires qui se chargeront de recevoir et placer à leurs frais cinquante exemplaires ne paieront que le prix de Paris.

Cet ouvrage, qui sera orné de plus de quarante gravures, représentant les sujets les plus propres à faire impression sur l'esprit des populations, atteicdra le double but que doivent se proposer les vrais philosophes et les bons législateurs.

Tous les catholiques sont appelés à concourir à sa propagation j il faut qu'il pénètre dans les châteaux comme dans toutes les chaumièresdeFrance. Il s'agit d'élever un monument impérissable à la gloire des héros morts pour la religion, la monarchie et la liberté.

Nos amis comprendront l'irapoitance de cette publication, à une époque dont l'esprit tend à dégénérer l'espèce humaine et à nous ramener à l'état primitif des barbares civilisés parle christianisme.

Le Prospectus sera tiré à i5o,ooo, et la première livraison à 4o,ooo exemplaires.

A rSOS FRERES.

Nous ne savons comment exprimer nos remerciemens aux témoignages de sympathie que nous recevons continuellement, de tous les points du pays des jeunes France qui ont eu avis des saisies dont nous avons été frappés ; d'autres nous font part de leur enthousiasme pour l'entreprise de la Société. Ceux-ci , jaloux de partager nos travaux , nous adressent une foule d'essais , qui révèlent autant de jeunes talens ; ceux-là rivalisent d'ardeur , et recrutent avec un zèle infatigable de nouveaux membres ; chacun enfin apporte dans la balance le tribut de sa coopération.

^'otre nombre étant trop grand pour pouvoir nous adresser à chacun en particulier , nous nous adressons à tous : à vous , jeune et savant clergé , l'espoir de la religion ; à vous , jeunes camarad:es , l'espoir de la patrie ; à vous tous qui portez dans vos âmes le principe de toutes les gloires de la France à venir.

■jCiO h ECHO DE LA JIÎLNE FRANCE.

Merci, frères, merci ; vos paroles , l'expression de vos sentimens nous ont pe'nélrc's , et nous en garderons un e'ternel souvenir.

Le retentissement de votre tribune a déjà dépasse les limites de la France; il s'étendra l)icntôt , il faut l'espeVer , d'un bout du monde catlioliquc à l'autre. Si nous parvenions à rallier toute la jeune Europe sous la bannière du Clii ist , quelle serait notre félicite' ! Et si nous étions im jour à la tète de la régénération clirétieunc , quelle belle destinée! que de gloire pour nous tous !

Courage I à l'œuvre donc ; et au moment où chacun de nous va reprendre ses travaux, qu'il se rappelle que «le plus noble usage qu'il puisse faire de ses vertus , c'est de les consacrer au gouvernement des peuples ; c'est la représentation (idèle , non jias en paroles, mais en actions, de toutes ces merveilles qui retentissent dans l'ombre des écoles. En effet , parmi les dogmes philosophiques , parmi ceux du moins que l'honneur de la justice avoue, il n'en est aucun qui n'ait été produit au grand jour; qui n'ait été réalisé par les législateurs des nations. D'oii viennent tous ces exemples de piété filiale, de religion? D'où viennent et le droit des gens, et ce qu'on nomme le droit civil ? et la justice , la foi , l'équité ? et la pudeur, la continence , la crainte de la honte , le désir de la gloire et de l'honneur? et cette force d'ame qui se déploie dans les travaux et les dangers ? nous les devons à ceux qui , trouvant ces vertus ébauchées par les leçons des sages , ont fait passer les unes dans les mœurs , et sanctionné les autres par les lois. »

Qu'il se rappelle « que si la plus noble ambition de l'homme est d'accroître l'héritage de l'homme; que si toutes ses pensées et toutes ses veilles ont pour but de rendre cette vie plus sûre et plus brillante ; que si c'est là l'inspiration, le vœu, le cri de la nature, il doit suivre cette route que les plus grands hommes lui ont tracée , et n'écouter point le signal qui voudrait même le faire revenir sur ses pas (i). »

Pour le Comilô, J. F. , s''*.

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