‹ L'Écho de la jeune France (volume 3)Chapitre 5 sur 99 · REVUE MUSICALE · texte numérisé non relu

REVUE MUSICALE

Le mois qui vient de s'écouler a été d'une effroyable fécondité en musique. Si cela continuait encore quelque temps, il faudrait abandonner le métier et attendre courageusement la fin de ce débordement musical. Heureusement les beaux jours renaissent; chacun va se hâter de regagner les champs , et Paris abandonne ne verra bientôt plus circider dans ses rues sales que des députés du juste milieu, des agens d'affaires , des gardes nationaux et des sergens de ville. Tous ces gens-là ne vont guère au concert j aussi ne prend-on pas la peine de leur en donner. Les députés se réseivent exclusivement pour le charivari qui les attend à leur retour dans leurs foyers.

Quoique la révolution de juillet ait nivelé, dit-on, toutes les positions sociales, je me permettrai de conserver les formes aristocratiques; je m'obstine à ne pas me prosterner devant la souveraineté du peuple. A tout seigneur j tout honneur , selon le vieux proverbe, L'Académie royale de Musique doit donc tenir le haut bout dans la revue musicale de l'Echo (le la Jeune France

Gusiaic m est jugé; le sucées n'en appartient pas à M. Auber; l'art

l'écho de la JEU.NE FRANCE. 3f)

musical même y scm])Ic prendre une marche rétrograde ; mais enfin la re'ussitc est positive. A tort ou à raison , la salle se reraj)lit cliaquo soir. Le but est donc atteint ; car un entrepieneur ne songe qu'au succès de son entreprise. Or, comme VEclio de la Jeune France ne peut accorder que peu de lignes à chaque théâtre, c'est un compte rendu des succès ou des chutes, plutôt qu'une polémique musicale, qui doit trouver place dans ses colonnes. D'après ce principe, Gustave III a parfaitement réussi ; l'éclat des décorations, la richesse des costumes, la mise en scène bien entendue , ont suffi aux Parisiens , plus exacts appréciateurs des accessoires que de l'art lui-même.

Tulathe-Italiex. — Ici, l'activité est à l'ordre du jour; c'est sur elle et les premiers talens du monde que se fonde la prospérité de l'entreprise. Jamais théâtre du boulevard ne déploya tant de zèle j les pièces nouvelles , les opéras repris se sont succédé sans interruption. Sans rivaux sous le rapport de l'art, les Italiens l'ont emporté cette année sur tous les théâtres (le Paris par lesbrillans résultats de leurs études constantes. Près de vingt ouvrages nouveaux ou remontés avec soiii attestent de h sollicitude de l'administration pour les plaisirs du public. Des débuts nombreux se sont succédés avec rapidité et nous ont mis à même d'apprécier tout ce que l'Europe possède , dans ce moment, de talens distingués. Nous avons fait connaissance avec M'"'^* Judith et Julie Grisi , Boccabadati , Douls , Eckerlin, Kinterland, et avec Tamburini et Giacomo Rubini. C'est avec cette brillante armée, augmentée des auxiliaires que nous avons applaudis l'année dernière , que le Théàtre-Iîalien a su neutraliser les effets cnvahissans de la politique. Le mois qui vient de s'écouler a été pour les italiens le plus brillant qu'il se puisse voir. La Donna del Lago , mieux rendue qu'elle ne fut jamais à Paris , a mis le comble ta l'admiration générale , et la prospérité du théâtre est assurée pour l'année prochaine avec de tels ouvrages et de semblables acteurs.

TnEATP.E DE l'Opera-Comique. — Lcs cxtrêmcs se touchent , dit-on; c'est à l'appui de cet axiome que j'abandonne les Italiens pour m'occuper de l'Opéra-Comique. Celui-ci chaque soir ouvre ses portes auxpassans, qui détournent la tête et semblent doubler le pas, comme pour éviter une rencontre fâcheuse. Cependant l'affiche s'allonge complaisarament , portant au front le titre pompeux de tuÉatre royal, et plus bas l'annonce entraînante de Maison à vendre, du Souper du mari, des Chasseurs et la Laitière. Résistez à cela , si vous le pouvez.

Ce pauvre Opéra-Comique est drôlement dirigé. Jamais la stupidité

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administrative ne brilla d'un plus vif éclat } M. d'ArgoiU ne s'y lait pas; M. Thicrs ne saurait lutter avec avantage , et M. de Monlalivet est un petit garçon, comparativement.

De faillite en faillite, ce théâtre, national dit-on , marche du même jias que le gouvernement, que l'on prétend aussi êti-e national; il paraît que la nationalité , telle qu'on l'entend aujourd'hui , n'est pas favorable U tout le monde; cependant quelques personnes en ont su tirer un immense parti. Le théâtre delà Bourse n'est pas de ce nombre.

Se traînant péniblement à l'aide du Pré-aux-Clercs , l'administration doit son reste de vie à cet ouvrage qu'elle repoussait dans l'origine , nouvelle preuve de son admirable discernement. C'est avec des peines inouies qu'elle est parvenue à jouer, dans le courant du mois de mars, un tout petit opéra en un acte , bluette insignifiante , que le chant décrépit de Martin ne saurait raviver. Ruisselant de sueur, haletant, couvert de poussière, l'Opéra-Comique a lancé au public les Soiwenirs de Lajleur , et il est retombé ensuite, pâle et blême, succomljant sous l'effort qu'il venait de faire. Là se sont bornés ses travaux. Il n'est pas encore remis de cette derrière campagne.

Concerts. — Les concerts pleuvent de tous côtés; c'est un débordement général, un déluge universel. Tous ces concerts sont en général fort mauvais.

Mais ceux qui se donnent au Conservatoire et les concerts historiques de M. Fétis sont bien loin d'être de ce nombre. Rien au monde de plus attrayant j les premiers par leur exécution inimaginable , les seconds par les recherches savantes dont M. Fétis fait connaître le résultat , et les exemples palpitans d'intérêt qui viennent à l'appui. Z. Z.

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