‹ L'Écho de la jeune France (volume 3)Chapitre 6 sur 99 · L'ALBUM · texte numérisé non relu

L'ALBUM

Le magnifique album où , d'une main discrète , D'intimes sentimens sont tracés a demi, Où chaque nom qu'on lit est un nom de poète , Où le nom d'un poète est le nom d'un ami,

l'écho de la jp:u>e frange. 4*

L'album que tout l'éclat héraldique environne , Et qui porte en relie!" son chiffre et sa couronne , Sous la lampe d'albâtre et sur le tapis vert A tous les jugemens, le soir, était ouvert.

C'était le rendez-vous où les muses fidèles Accouraient et portaient chacune des modèles. L'ai'tiste , l'écrivain , la plume et le crayon , De leur gloire en passant y laissaient un rayon. Feuille a feuille on lisait la légende écossaise , L'élégie allemande , ou la chanson française , La fraîche barcarolle , amour du gondolier , Ou les vers fabuleux des contes du foyer , Le joveux boléro que la fille d'Espagne Harmonieusement de ses doigts accompagne, Ou la molle ballade, au rhythme gracieux, Ou l'ode s'élançant , brûlante , dans les cieux.

Mais sur une humble page , une simple pensée Avec mdifférence était toujours passée ; Car aucun souvenir encor ne s'attachait A ce nom ignoré qu'elle seule cherchait. Son cœur ingénieux , sa tendresse de femme , Livrait , sans le trahir , le secret de son ame. Gardant comme un sultan son amoureux trésor , Elle ne le montrait que sous un voile d'or.

Cette page modeste , et de tous oubliée , De ses larmes souvent avait été mouillée. Ces mots qu'elle cachait dans le luxe des arts Faisait battre son cœur et charmait ses regards , Plus que tous les tableaux , plus que tous les symboles , Plus que l'enchantement des plus douces paroles ; Car ce rêve enivrant , dont l'homme est si charmé , La gloire et l'avenir, qu'est-ce auprès d'être aimé?

Et tandis que tout haut , et tout près d'elle , on vante Sur l'élégant vélin l'aquarelle vivante ,

L'écriture célèbre ou le nom immortel , Les cliefs-d'œuvre divers du pinceau , de la lyre , Seule elle lit les mots incomius , et croit lire Une page d'amour dans le livre du ciel.

Comte Jules de Rességuier.

VARIETES

V Epoque sans nom, ou Esquisses de Paris, par M, Bazin, obtient un beau succès. Ces tableaux de genre, où la finesse des détails est animée d'un style pur et e'ie'gant , se feront remarquer au milieu des productions où la bizarrerie de la forme ne cache point le dénuement des pensées. L'auteur de l'Epoque sans nom n'a pas voulu creuser profondément dans l'étude des caractères qui s'offrent tous les jours au pinceau du moralist<?; mais les nuances légères , le ridicule, les vices rapetisses à la taille de notre époque, toutes les folies , les erreurs dont le siècle abonde y sont saisis au vol. Ces croquis de la capitale forment un panorama vivant. L'auteur montre une prédilection de critique contre les ennuis de la garde nationale, qui se trahit à tout moment par des traits spirituels et moidans. Les deux chapitres qu'on remarquera sans doute dans ce recueil sont Majrcux et le Flâneur. L'un est une ])iographie de ce bon peuple de Paris, de cette race choisie, qui, depuis quarante ans, se rue sous le feu du canon , sous les pieds des gendarmes, ou l'épéc des sergens de ville , et qu'on distrait de sa misère avec des spectacles gratis , des chartes , des feux d'artifice et des changemens de dynastie. L'autre est le portrait d'un promeneur spirituel et paresseux , aimant ses aises et la liberté des rues et des boulevards , prélevant un impôt de bons mots , d'observations ingénieuses et de dessins délicats sur tout Paris. Ce chapitre est charmant; M. Bazin n'a pas nommé le héros; mais ceux qui liront son livre le devineront facilement : il est écrit sur toutes les pages.

Les plus nouvelles capotes se font en bois blanc, dit paille de riz. La passe est évasée et cintrée contre la (igiiic , et monte jns(|u'au haut de la tète , dont le derrière est rempli par un fond en gros de Naplcs , froncé et

j)Iissé sur deux tresses de paille. Une branche de groseiller avec fruit sert d'ornement à ces capotes.

En effet, les branches de cerisier , de groseiller ou de vigne avec leurs fruits , ont remplace les fleurs. On porte aussi beaucoup de chardons en fleurs. Les capotes en gros de Naples, uni ou imprime', sont garnies de larges tresses de paille , placées en long et espacées de trois doigts. Cette nouvelle forme de capote n'est pas gracieuse , mais elle est presque générale. Sur les chapeaux de moire ou de reps, on met un bouquet de jacinthes doubles ou de narcisses. Ces fleurs sont entourées du bas par un ruban qui s'enroule deux fois , tant aux fleurs qui s'élèvent au-dessus de la forme , qu'à celles qui, placées bout à bout, s'avancent sur la passe.

Les robes les plus nouvelles sont en gros de Naples à reflet ou prismatisé appelés autrefois gorge de pigeon ; il y en a aussi de vert, de lilas à reflet blanc ou rose. De grandes pèlerines garnies de blonde noire couvrent le corsage , et si c'est une redingote , elle est également bordée par devant d'une grande dentelle noire.

Un changement très-remarquable s'est opéré dans les fichus et les pèlerines; maintenant ils sont doublés en gros de Naples rose, bleu, vert ou lilas , et ferment au moyen de trois grosses rosettes en rubans.

On fait des raantelets en mousseline brodée et doublés en soie • on en porte aussi dont le fond est en filet de soie noire et qui sont bordés d'une dentelle noire: la doublure est en satin vert, rose ou bleu. Ces raantelets sont à longs bouts carrés par devant, ils se mettent par-dessus la ceinture et souvent avec des corsages à pointe. Ils descendent jusqu'aux hanches et ferment comme les fichus par trois grosses rosettes en rubans.

( Extrait du Journal des Femmes. )

MONUMENT ELEVE A LA MEMOIRE DE M. DE BONNECHOSE , PAR MADE- MOISELLE DE FA U VEAU.

M * de Fauveau a consacré à la mort funeste de M. de Bonnechosc une œuvre d'un style hardi , qui allie une pensée religieuse aux formes les plus débcates de l'art gothique. Le dessin pubbé par M. Boblct , quai des Augustins , rend fidèlement le projet que M"' de Fauveau avait tracé sur les murs de sa prison , à Fontenay-le-Comte (Vendée). Les armoiries qui décorent les deux côtés du tombeau ainsi que le manteau de l'archange Michel, qui représente la justice divine, tenant la balance oîi une goutte du sang innocent a [)lus de poids que les efforts de ses ennemis ;

44 l'f.cho m: la jkunk ihanck.

l'armure du quinzième siècle dont l'archange est revêtu , le monstre qu'il foule à SCS pieds , les c'cussons de France et des grandes familles qui ornent le frontispice, l'ange qui, les ailes repliées, pleure sur les armes de M. de Bonnechose , tous ces détails pleins de grâce et de poésie donnent à cette composition un enseraJjle original et pittoresque.

^ MEDAILLE EN l'hONNEUR D£ M. D£ CHAT£AUBUIAND.

Cette médaille, dont M. Durand est l'éditeur, représente sur le type le l)uste de M. de Chateaubriand, et sur le revers , dans une couronne de laurier, cette inscription : Le génie fidèle au malheur. Prix en bronze 5 francs. On souscrit au bureau de l'Echo de la Jeune France.

On sera étonné d'apprendre que le gouvernement a refusé de frapper cette médaille à la Monnaie royale. M. Flayol , avocat, a présenté une requête au conseil d'état pour être autorisé à mettre en cause le rainisti-e du commerce et des travaux publics. Les lois qui régissent la publication des médailles étant les mêmes que les lois sur la liberté de la presse , le ministère exerce une véritable censure en empêchant la publication des médailles qui sont la manifestation de l'admiration , de la reconnaissance des concitoyens.

Un jeune artiste vient de terminer avec un grand succès le buste de notre grand orateur M. Berryer , député de la Haute-Loire. Il sera tiré cent exemplaires en plâtre , que l'artiste retouchera. Le prix sera de 50 francs. Le produit de la vente est consacré à l'exécution en marbre de ce même buste. S'adresser au bureau de l'Echo de la Jeune France.

— La publication d'une Biographie vraiment universelle, après les fléaux de tout genre qui viennent de moissonner tant de célébrités , est un événement en littérature. L'ouvrage, commencé par Feller, complété par M. Henrion, et publié par M. Paul Méquignon, l'emporte sur toutes les Biographies qui ont paru jusqu'à ce jour, soit à Paris, soit en province; car aucune illustration n'y est omise. Nous le recommandons avec instance à nos lecteurs, bien sûrs qu'ils nous sauront gré de leur avoir indique le dictionnaire historique le plus impartial , le plus complet et le moins cher qu'ils puissent se procurer.

Les onze premières livraisons sont en vente; la dernière paraîtra le

51 décembre prochain.

FORFELIKR , gérant.

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