‹ L'Écho de la jeune France (volume 3)Chapitre 55 sur 99 · DE LA FORMULE GENERALE DE L'HISTOIRE DE TOUS LES PEUPLES · texte numérisé non relu

DE LA FORMULE GENERALE DE L'HISTOIRE DE TOUS LES PEUPLES

APPLIQUÉE A L'HISTOIRE DU PEUPLE ROMAIN (i).

Les veux de la multitude étaient continuellement fixés sur la loi des Douze-Tables. Ce monument auguste de la sagesse humaine se portant l'héritière des générations passées et l'interprète des décrets divins , était

(i) Cet ouvrage de M. Ballandir pourra êlrc tonsidcré comme une psycliolo;;i<de l'humaniic, a|)pli<iuéc a l liistoiro.

L'auteur ne prend , d'après l'iiisloire romaine, r|ue trois f ails, tes trots sc'cession.t plSciennes.

La première a paru successivement dans la Rvviie de Paris, il y a environ cinq

ans. . , • 1

La seconde , «luc, nous nous proposons de donner a nos lecteurs, est encore inedif saul (iiieirpies fraî'.mens isoit^s (|ni ont il(^ iiisi r<'s dans divers recueils.

Ainsi ce sera l:< iirrmierc fois que cet épisode imporl;int de \:t formule (•e'nc'rulc formera un tout complet. ( ^- 'lu /{■ )

l'écho de la JKUPili kka>(;e. 285

expose au Capitolc , où il avait excite d'abord une admiration vive et soumise. Bientôt les textes vénérables, accessibles à tous, euient à subir les interprétations d'une science incomplète, fruit tardif d'une Irop longue ij^norancc. Pour la première fois , les oracles qui gouvernent les sociétés humaines étaient écrits; pour la première lois , ils sortaient de cette mystérieuse obscurité qui commande une obéissance aveugle. A force de cher cher, avec plus ou moins de témérité , à en pénétrer le sens intime , à force même de vouloir justiGer ses respects et éclairer ses devoirs , l'assentiment, qui avait été unanime, s'affaiblit par les efforts que l'on faisait pour s'en rendre compte. Si l'on reconnaissait dans les i)ou7.e-Tables l'imposante expression de ces grandes lois qui précèdent la promulgation de toute loi , on y trouvait , en même temps, la confirmation de ces autres lois traditionnelles, ouvrage lentement séculaire de mœurs, (|ui furent mythologiques avant d'être héroïques , restes sacrés et caducs des temj)S cyciopiens qui avaient cessé. La lettre nouvelle était donc, en plusieurs points, dépouillée de la croyance antique. Ainsi une inquiétude sourde agitait les esprits : d'ailleurs il était évident que les Douze-Tables avaient été l'œuvre successive de deux inspirations différentes ; celle qui résulte d'un pouvoir légitime , et celle qui est produite par un pouvoir j|légitime et usurpé. En effet , les décemvirs de la seconde année , qui «laient les auteurs de la onzième et de la douzième Table , avaient puisé leur mission dans le mensonge et la violence. Outre le vice de leur origine, ces deux dernières Tables portaient beaucoup plus que les autres 1 empreinte d'un droit, sinon absolu, du moins en partie , frappé de désuétude. Ce qui en ébranlait encore l'autorité , c'était la conduite et toute la vie des législateurs illustres et magnanimes , dont un pouvoir sans limite avait perverti les nobles cœurs. Les décemvirs imitaient trop ia tyrannie de Tarquin. Le joug pesait également sur les patrons et sur les cliens , par la même raison qui avait entrainclc dernier roi hors de la roule tracée par la juste Némésis. Ils avaient ignoré, comme lui, que les cliens étaient devenus des personnes distinctes de leurs patrons ; qu'ils étaient dépendans et non confondus , soumis et non identiques. Le sénat existait encore , mais condamné au sommeil , et le tribunal n'existait plus. Le tribunal restera-t-il aboli ? le génie de la progression est-il arrêté dès son premier pas ? le Proraéthée plébéien va-t-il reprendre ses entraves , non sur les sommets du Caucase , mais sur les escarpemens du roc Tarpéien ? Tel est le problème qui s'agite dans l'Olympe du Capitolc : l'énigme est proposée , et la réponse à l'énigme sera un sacriiice sanglant. Le sage d'Ephèse , Hermodore , et Camérinus, un de ceux qui étaient allés interroger la sybille dorienne et la sybiUe ionienne , décemvirs de la première année , déploraient amèrement que l'ambition égarât à ce point de grands hommes , qu'elle les portât ainsi à Hiire rétrograder rinitiation. Néanmoins ils cherchaient par leurs discours à inspirer quelque calme aux esprits émus. « i^a sagesse et la raison, di-^aient-ils. » l'un et l'autre , n'ont pas en Aain parlé, ce n'est pas en vain que leurs » oracles sont écrits sur la pierre. .Maintenant confions-les à votre mé- » moire, afin qu'ils subsisfi^nt éternellement. Ayez vos lois dans votre » cœur, et nulle puissance humaine ne pourra les anéantir. »

Ces paroles s'adressaient également aux patriciens et aux plébéiens; mais il apparaissait aux uns et aux autres qu'il y avait disharmonie entre les tables légitimes et les tables illégitimes, que deux droits différens y étaient contenus.

Hermodore, en outre, entretenait quchpies jeunes patriciens de la phi-

losophie d'Heraclite , cette philosophie (fui fait Je combat père de toutes choses. Ainsi c'était le luoiiient où le système de l'antat^onisme , qui était déjà dans le monde de la pensée , allait se réaliser dans le monde civil.

La guerre extérieiu'e vient faire diversion à des inquiétudes qui commençaient à être menaçantes , car le trouble des esprits ne peut jamais tarder de se manifester par des aclcs.

Les décemvirs s'empressent de faire des dispositions militaires. Ils lèvent dix lé'^ions. Cinq, sous la conduite de Cornélius, sont envoyées contre les Kques ; trois , sous la conduite de Fabius, sont envoyées contre les Sabins. l)cu\ restent à Rome, sous le commandement d'Appius et d'Oppius , pour protéger la tyrannie décemvirale.

Les deux armées romaines sont balluc-s. Lescliensont refusé de défendre la patrie, qui n'est plus même la patrie patricienne, mais qui est devenue l'empire despotique des déceraA'irs.

Le sénat s'assemble, convoqué par l'imminence du péril bien plus que par les pressantes prières des tyrans implorant l'appui d'une autorité légitime.

Les décemvirs font de vains efforts pour borner la discussion aux mesures que nécessitent les malheureux événemens de la guerre; le sénat, qui fut trop long-temps réduit au silence, veut, avant toutes choses , s'occuper des troubles domestiques. Il sait bien que les Eques et les Sabins seront repoussés sitôt que l'harmonie régnera dans Rome.

Trois partis divisent la noble assemblée, et cette division , elle seule, est le signe le plus funeste.

Valérius et Horatius se sont ouvertement déclarés pour la cause plébéienne.

Lucrctius et les deux frères Quintius Cincinnatus et Qiiintius Capitolinus sont à !a tète de ceux qui, sans méconnaître le fait nouveau , veulent lui opposer une digue.

Appius Claudius, oncle du plus jeune des décemvirs, le même qui avait décime l'armée de l'Algide , poiu' cause d'indiscipline, et dont l'indomptable fermeté était unie à une grande modération , s'était aussi déclaré pour l'initiation graduelle.

Appius, décemvir, Lucius Cornélius, frère d'un autre décemvir, n'entendaient à aucun accommodement.

Les jeunes patriciens manifestent le plus de disposition à la violence. Nourris de doctrines imployables , dans les écoles étrusques et osques , ils ont im souverain mépris pour les plébéiens, lis racontent avec orgueil les républiques sévères de l'Ktrurie et celles qui, dans la Carapanie, ont été soustraites à la contagion de la promiscuité. Ils font une peinture affreuse de celles au contraire qui ont laissé mollir la discipline antique ; ils ne parlent que de religion et d'anathèmes.

Malgré tant d'élémcns de discorde , en présence du péril commun , la discussion fut grave et solennelle.

Appius , le premier , s'exprime en ces mots : « Sénateurs , c'est donc » toujours en vain que nous nous sonunes affranchis des rois! 1/espril de » Tarquin survit à Tarquin lui-même et à m race odieuse!... Je com- » prends vos uuinnures... La tyrannie décemvirale, pour vous, est scni- » blabicàcclle du vieux larlhe cpie vous ave/, ignominieusement chassée. » Combien ma pensée est dil'lérente I La tyrannie décemvirale n'est autre » chose qu'un pouvoir lorl et puissant, luûessaire |)our reconstruire la » cité romaine... Vous le voyez, l'enneuii (Inmesticiue ouvre les portes h » l'ennemi du deluirs . bien moins lednulahlc. .. Oui . il en est temps

Page 1