CONCLUSION
A ceux qui à la fin de cette revue littéraire de l'anne'c i833, nous demanderaient si quelques exceptions ne sont pas venues interrompre cette monotonie d'ouvrages immoraux ou de mauvais ouvrages , nous nous empresserions de répondre qu'effectivement ces exceptions existent. Mais la critique ne raisonne que sur l'ensemble, elle laisse de côte l'exception, et va droit à la généralité', au lieu de s'arrêter à peindre quelques courans particuliers • c'est le mouvement de la mer qu'elle essaie de saisir et de signaler. Or, ce mouvement gc'nc'ral est tel que nous l'avons dit; l'industrialisme coule à plein bord dans la littérature, c'touffant les talens dans leurs germes , demandant des fruits hâtifs, et par conséquent sans sucs et sans couleur ; répandant sur toute la surface du pays des lettres une végétation naine, impuissante et rabougrie j escomptant les gloires en scandales et changeant les arbres de hautes-futaies en arbustes de serres-chaudes. Dieu merci, il est impossible qu'un pareil état de choses se prolonge. La monomanie de bâtir a passé, la monomanie d'écrire passera de même. Le christianisme ! voilà l'avenir de la littérature comme l'avenir de la société , parce qu'à l'une comme à l'autre , il donnera l'ame qui leur manque. Le devoir de la véritable critique, c'est de hâter ce moment , en flagellant sans pitié tout ce qui n'est que conmierce et industrie, comme tout ce qui est immoralité et scandale. Sans cela, la critique elle-même devient un métier et le plus triste de tous les métiers , car flatter ceux qui font le mal , c'est quelque chose de pire que de le faire soi-même; et sur l'échelle de la honte, Narcisse est un degré plus bas que Néron. C'est pour cela que nous avons condamné avec tant de sévérité les auteurs qui, par leurs ouvrages popularisent, si l'on peut s'exprimer ainsi, les vices ou les crimes, entretiennent les mauvaises passions et les provoquent pour lever ensuite un tribut sur tous les sentimcns haineux ou corrompus de notre nature. Ces gens-là ressemblent merveilleusement à ces marchands grecs qui, venus dans les Gaules avec des cargaisons de boissons spiritueuscs, les donnèrent gratuitement à nos pères , afin de leur apprendre l'ivrognerie , pensant bien que ce vice une fois répandu leur rendrait avec usure les intérêts de leur fatal prcsçnt.
l'écho de la JEUiNE FilANCE. 333