SUITE
Ud mot étrange est venu effrayer les clients , mot Je la langue patricienne , dont ils ne comprennent pas le sens, et qui semble contenir une menace. Ce mot mystérieux est impunité. Il exprime lui seul un ordre d'idées où la protection légale n'existe que pour quelques-uns, et qui livre à ceux-là les personnes et les biens des autres. Néanmoins , tant qu'il servit seulement à designer la faculté' cminente du patricien , soumis , pour toute peine infligée à ses fautes , pour toute ictribution de ses actes mauvais , à se voir appliquer la sentence improbe factum , ce mot fut innocent j mais il cessa de l'èlrc des que la condition patricienne fut diminuée dans son essence , dès que les plcbe'iens se furent introduits dans la plus petite sphère de conscience libre et spontanée. Alors à la signification absolue se joignit une signification relative qui devait tuer l'impunité.
Tout à coup un événement terrible , en révélant cette situation nouvelle , évolutive et passagère , amène la solution du problème pose par le conseil du mystère profond. Les choses elles-mêmes , dans ces jours de crise sociale , prennent un langage, langage quelquefois effroyable; et toujours l'épreuve doit précéder l'initiation j ou plutôt l'initiation est le prix de l'épreuve.
Il est certain qu'ici l'histoire se trouble : elle recule devant les témoignages qu'elle-même avait rassemblés ; elle méconnaît le fait abstrait caché sous le fait concret ; c'est ce qui ne peut manquer d'arriver dans le moment où la prose vient s'emparer du domaine de la poésie, dans le moment où une muse raconte ce qu'une autre muse avait chanté , dans le moment enfin où l'homme veut dire la voix ancienne. Tite-Live avoue que la tradition lui paraît absurde j il n'ose l'envisager en face. Il a péniblement cherché la vraisemblance , lorsqu'il avait à s'enquérir de la vérité. C'est au philosophe et au jurisconsulte à reconstruire la tradition primitive j c'est à eux à lui rendre toute sa pureté j c'est à eux à démêler la véridique poésie enfouie sous les vêtemens habilement tissus d'un récit harmonieux et mensonger.
Une jeune fille sans nom , d'une rare beauté , avait attiré les regards d'un des décemvirs , au moment où elle se rendait aux écoles , accompagnée d'une femme, qui était sa nourrice. On a lu, dans le regard irrité du décemvir, de funestes projets. La nourrice a frémi de crainte ; la jeune
Mi\ L Kt.HO I)K LA. JKUMi MlANCE.
fille a senti une secrète tcrnur. On savait que ces ccolcs nouvelles excitaient toute l'aniniadvcrsion d'une magistrature ombrageuse. Mille divers sujets d'effroi agitaient les plébéiens; et toutes les démarches, tous les signes étaient interprétés dans un sens redoutable. La pudeur va-t-elle se trouver sans protection ? et où pourrait se trouver la protection pour la pudeur plébéienne ? Quel asile peut-il y avoir pour la vierge qui n'est pas destinée , lorscjirellc deviendra épouse , à se réfugier sous le voile sacre du counubiuiu ? La première sécession n'a produit que la liberté personnelle, c'est-à-dire le sentiment de soi, la conscience; et quelle garantie peut avoir la liberté personnelle, lorsque la liberté civile n'existe pas? Telles éLiient les pensées confuses de la multitude. De plus , on venait d'apprendre qu'un vaillant soldat, Siccius , avait péri sans jugement, par l'ordre de Fabius, général délesté. « Nous savons à présent, s'écric- » t-on de toutes parts, jusqu'où le monstre de l'impunité peut enfoncer » sa griffe odieuse ; il égalise le client à l'esclave. Périsse un tel droit! » périsse l'impunité! »
Écoulez le cri patricien : « La jeune fille est née dans la maison d'un )) maître. Qu'elle rentre sous la garde des dieux domestiques! Le seuil » du patron doit être pour elle les confins de la patrie. Là elle doit » connaître toute la doctrine qui lui convient I
Le déremvir, le législateur , (pii va se trouver aux prises avec la loi à laquelle il a coopéré, est jeune encore ; mais il saura trouver, daos la rigueur du devoir, toute l'austéi'ité d'un autre âge. Brûlant d'un zèle sans frein pour la cause patricienne , dont il veut laisser la gloire intacte; décidé à ne jamais fléchir dans sa haine contre la race plébéienne , il ne reculera point devant l'orage. Ce décemvir est Appuis Claudius , neveu du vieillard auguste qui , dans le sénat et dans le sein du conseil secret , a manifesté une si parfaite connaissance des mœurs et des changeiiiens introduits dans les mœurs. Bien différent du généreux vieillard , l'inexoiable décemvir ne croit aucune transaction possible entre le pa.ssé et l'avenir, entre le fait et le droit. Il faut que la cité romaine périsse, ou qu'elle reste pure de toute profanation. La jeune ilUe (pi'il avait aperçue se rendant à une école publique, l'avait singulièrement étonné par je ne sais quelle noblesse répandue dans tous ses traits , dans tt)utc son attitude. L'clïioi qu'il lui avait causé par son reganl avait ajouté à la puissance de r.ittrait. Il n'ignorait pas ([.l'un plébéien, centurion dans l'armée de (".ornélius, pa.ssait pour son père. Nepouvaritsupportcr une telle infraction .iiix mœurs antiques : « Quelle loi, dil-il , autorise les plébéiens à faire » iiisti uin- leurs enfaiis hors de l'enceinte domestique où règne le patron? » Une telle condescendance mène droit à la promiscuité! Nous envoyons » les nôtres dans les collèges oscpies et étrusques , pour rcinserver en eu\ )) Il pinelé de l.i doctrine ; et les plébéiens forment libieiiunt des écoles
L I CIIO OK LA JKUNK lUANCC 3.1")
» jK)ur !a pci vcitir I Quelle indigoitc ciicoie d'elcver an giatlc tic ccnlurioii » celui qui ne devrait jan:ais avoir que des ordres à recevoir I Lui , sans » doute, il se croit affranchi de tout lien I II fait accompagner son enfant » par une nourrice; ne dii'ait-on pas une filJe qui a des aïeux? Que le )) làclie patron du soldat soit note d'infamie , s'il ne se hâte de revendiquer >> toute la plénitude du droit, s'il ne i établit aussitôt chez lui toute l'aus » terite' de la discipline I »
Cependant l'amc de l'orgueilleux magistrat , de l'inûexihle le'gislaleiu-, a c'te' atteinte au-delà de ce qu'il croit lui-même. Plus il le sent , plus il s'indigne d'être subjugué par cette puissance d'un attrait qui est venu le saisir à son insu. Il éprouve comme de la colère de ce qu'une jeune fille sans nom possède le charme et la grâce qui égalent une femme à une déesse. En vain il a été ému d'une douce et irrésistible admiration; il l'étouffera pour ne pas être faible lorsqu'il s'agit des intérêts sacres du patriciat. Celte école ) formée pour instruire les cnfans d'une race qui devait rester 0 jamais exclue de toute science et de toute doctrine , était un signe trop caractéristique d'une funeste tendance»à l'émancipation ; il fallait se hâter de lui rendre impossible toute voie initiative, la maintenir dans l'abrutissement , afin qu'elle ne fût pas tentée de sortir d'un état passif, nécessaire à l'harmonie civile. Pour elle-même enfin il fallait la garantir d'un clément de progrès , contraire à sa nature^nfîme , et qui ne pouvait que lui rendre sa condition douloureuse.
Le patron qui a mérité le blâme du décemvir est loin d'avoir les mêmes jicnsées ; mais ne vonlant pas être accusé de laisser périr entre ses mains la gloire attachée à la royauté de la famille , il vient déclarer, ainsi qu'il lui est prescrit, que la barrière du droit a été franchie par la fille d'un de ses cliens.
La jeune fille , citée devant le tribunal du juge sévère, comparaît , accompagnée de sa nourrice et de quelques femmes timides , plébéiennes comme l'accusée. Toutes sont éplorées , toutes ont un maintien suppliant. La foule rassemblée verse des larmes abondantes.
Appius Claudius , renfermant sa propre émotion , se montre plus inflexible, plus inexorable qu'il ne l'est en effet. Un nuage de tristesse et ifcnnui couvre son front , et tempère le feu de son regard.
Le patricien qui a été obligé de réclamer son autorité méconnue , rigide à regret , explique avec une soite d'hésitation le mal dont il se plaint, et qii! , dans ce moment , est le mal de ia cité romaine tout entière. Il parle tt) ces termes : « Je dois commencer par dire que cette jeune fille est irré- » prochable. C'est une douce et pacifique créature , qui répand le calme » autour d'elle , qui est le «haime du foyer domestique. Elle a cru (\ue » reconnaissant pour père im centurion de l'armée , elle pouvait s'avancer » dans la hiérnrrliip de rintclligcncc, à l'égal du grade obtenu par son
336 l'écho de la jeuwe frange.
» pcn*. soldat si vaillant. Le mal donc est d'avoir souffert nnc (Toîe » plobc'iennc au milieu de nous.
» Le mal sera arrêté à sa source, dit le dcccmvir ; que chaque patron fa.sse rentrer ses cliens soas le joug de l'antique discipline I »
Le maître reprend son accusation : « Je ne me suis pas oppose jusqu'à » présent à ce que cette jeune fille allât avec décence dans les écoles- » qui auraient dû ne pas exister; mais où d'ailleurs , je m'en suis assuré, » nulle maxime irrévérencieuse n'a été dite. J'avouerai même que les » progrès de la fille de mon client flattaient ma vainitc de patron, et que » j'aimais à la considérer comme une parure de mon foyer domestique. » Mais puisque nous vivons dans un temps où tous les droits sont mena- » ces , je ne veux pas laisser périr celui qui repose sur ma tête. Je suis » ex-lex-optinius, c'est-à-dire au-dessus de toute loi dans l'intérieur de » ma famille. Je suis roi , par cette faculté éminente de dire toute la loi » à mes cliens. Celle-ci , née dans l'enceinte du conturbernium , ne doit » recevoir d'instruction que dans la maison de son roi. Au reste , j'au- » torise le magistrat à interrugcr'la jeune fille sur ce qui lui était en- )) seigné.
» Je n'ai pas besoin de l'interroger, dit le décemvir, je le sais , elle » a appris à jouer sur la lyre à sept cordes. Un de ces vieillards qui n nous arrivent quelquefois de l'Ionie , en mendiant leur pain , est venu » enseigner ici celte lyre consonnanle à l'harraonic des sphères célestes, » .ladis ce noble instrument n'était point ainsi prostitué. Il fut arraché » des mains d'un chantre fameux , Thamyris , pour l'empcclicr de livrer » la doctrine sublime à ceux qui ne devaient pas la connaître. Telle doit " être notre conduite. Nous chasserons tous ces racndians qui osent ap- » porter dans nos clientelles une science au-dessus de natures infimes et » nécessiteuses. »
Puis, s'adressant à la jeune fille , il lui dit : « Je ne veux point t'cf- » frayer, je veux seulement l'apprendre ton devoir, et le l'apprendre )> devant tous , afin que tous profitent d'une leçon qui pourrait devenir » un ordre rigoureux. Ecoute , ma fille , car en ce moment je tiens la » place de ton patron , ton nom même t'enseigne ta condition obscure , » subordonnée, sans droit. Ton nom, dis-moi, n'est-il pas dérivé de )» celui de ton patron ? Tu liens tout de lui , cl ton nom et le pain dont » tu le nourris. »
Suffoquée de sanglots , la jcimc fille répond : « Ai-jc donc jamais /> manqué au respect que je dois à mon vénérable patron :' Mais le père » (pie les dieux m'oul donné est un vaillaut soldat j vous le savez, il a i> reçu le prix de la valeur. Ne dois-je pas aussi honorer mon père? )> Apprendre a louer les dieu s. en paroles harmonieuses pounait-ce être * un eiimc pour sa fille i'
l'écho de la ,IKUNE rJU.NC.K. S,"-}'-
» .lounc hllc , reprend le décenivir, celui que tu dis ton pi-io, sans » doute est le père que t'a donne la nature; chose insuffisante, puisque i> lui-inciue n'a pu te revêtir d'un nom. Mais voici le père que t'ont » donne les saintes lois de Rome ; c'est lui qui t'a nomme'e. Non, ce n'est » pas un crime d'apprendre à louer les dieux immortels ; toutefois il » faut bien que tu le saches , tu appartiens à une race sans culte et sans » dieux, car elle est inhabile à toute reli^^ion qui lui soit propre. »
A ces mots un long murmure éclate comme un orage lointain.
Le de'ceravir , pour étouffer le murmure , s'écrie en s'adresssnt à tous : « Ceci n'est-il pas la vérité même? Les patriciens ont-ils jamais ac- 1) cordé aux plébéiens la participation à la chose sacrée ? Dès-lors les » plébéiens en sont prives , puisqu'ils ne peuA'ent l'avoir par leur propre » vertu. »
La jeune fille avait mis sa tête dans ses mains, pour cacher ses îarmes : « Race sans culte et sans dieux I disait-elle à voix basse. Fils » et fille sans père ! ajoutait-elle , toujours à voix basse. Est-ce ainsi » qu'est la condition plébéienne dans sa cruelle réalité ? Et cependant )) ne sais-je pas admirer et aimer? Il y a là un terrible mystère , disait- » elle encore. »
Pendant qu'elle restait muette devant le juge, lui demeurait immobile , gardant un farouche silence , et promenant de funestes regards sur l'assemblée.
Enfin la jeune fille prend quelque courage , et les jcues coloixfes d'une vive rougeur, elle dit : « Je supplie le juge de permettre que mon père " vienne me défendre. S'il croit que j'aie trop voulu m'élever , j'obéirai » à ses ordres. Non , je ne veux pas m'élever au-dessus de la triste con- » dition de mon père , plébéien et soldat vaillant. »
Appius Claudius , profondément ému , mais qui ne veut pas laisser paraître son émotion, dit : « Où se ttouve le patron , le client n'a nul » besoin de se trouver. Jeune fille, encore une fois, ton père légal est » présent.
» Je croyais , dit la jeune fille , que les Douze Tables avaient affrancli )) les cliens !
» On ne conteste point, reprend le jvigc, que tu ne sois de condition » libre j ton patron , et non pas moi , te protégerait , et ce serait son de- » voir, si quelqu'un voulait te réduire à l'esclavage; mais les droits de » celui que tu appelles ton père dépendent d'une volonté supérieure à la » sienne. »
L'assemblée gémissait. Appius Claudius s'écriant de nouveau , pouiêtre entendu de plus loin , dit : « A qui appartient la glèbe , arroscx- » par les sueurs de celui que l'on dit père de la jeune fille î Ti'uniou » obscure qu'il a contractée avec une plébéienne, comme lui sans aïeux ,
338 l'é<:h() de la jeune france.
» et qui lui a donne un enfant, cette union a-t-elle eu d'antre e'clat que » l'cclat emprunte du patron ? a-t-elle eu d'autre sanction que les paroles » consacrées à un tel usage , prononcées par le patron , et re'pe'te'es à » mesure , une à une , par le client ? La renommée a-t-elle publié hors » de l'enceinte domestique un mariage , c'est à -dire la communication » des choses divines et humaines ? Enfin celui que l'on dit père de la » jeune fille est-il père en vertu de justes noces contractées sous les au- « spices de Jupiter Initiateur, qui préside aux noces solennelles? L'é- » pouse, mère de la jeune fille, a-t-elle invoque Junon Pronuba , sous » le voile du connubium , emblème de la pudeur des épouses nommées » justes. »
La multitude garde un morne silence.
La jeune fille répond doucement : « Je ne connais pas toute la subli- » mité de ces questions. » Elle pensait, en ce moment , à Icilius , son époux désigné, mais elle renfermait cette pensée dans son sein. Le sentiment de la pudeur, outragée jusque dans son sanctuaire le plus intime , ne put se manifester que par des larmes. Pourtant elle ajouta : « Je sais » une seule chose ; j'ai toujours donné le nom de père à celui auquel » vous contestez ce titre , et la femme qui fut ma mère est raorte en me » donnant le jour. Je n'ai jamais eu le bonheur de la connaître. »
» Jeune fille , dit le magistrat , je ne t'interdis pas la faculté de » nommer ton père celui que tu as toujours salué de ce nom , mais il ne » peut rien sur ta destinée , c'est du maître de la glèbe qu'elle dépend. » Licteurs, saisissez la jeune fille, et livrez-là à son maître, qui est son '■ père légal. »
La jeune fille tombe évanouie sur le sein de sa nourrice. Le réseau qui retenait sa belle chevelure se détache ; et les flots de sa belle chevelure , on inondant son visage, le cachent à moitié.
Un cri d'effroi se fait entendre. Les femmes poussent de plaintives clameurs.
Les licteurs s'approchent avec respect pour saisir la jeune fille. La multitude les écfirtc sans violence ; elle entraîne la vierge innocente en l'encourageant, et surtout en prenant garde de ne pas froisser ses pudiques vêteluens.
« Que le père de la jeune fille soit appelé! qu'il vienne disposer du sort » de son enfant , ou , du moins , qu'on n'en dispose pas hors de sa pré- » sencel » Ainsi crie la multitude.
» I-e crime de cette jeune fille, disait-on de toutes parts, c'est son émi- » nente beauté. Croyaient-ils donc, ces praticiens si fiers, que tous les » dons de la nature dussent leur être réserves? Les monades qui suivent » le char de Fiacchus brillent par l'éclat de la beaiité, aussi bien que les u muses dont se composent les chœurs d'Apollon. »
l'écho de la jeune FKANCE. .Î3<)
Une VOIX soit du milieu de la foule : « Dc'cemvir, l'araoui f si fiilie dans » ton farouche cœur I Le serpent de la séduction n'y $erait-il point entré » en même temps? ne t'inspirerait-il pas quelque mauvais dessein P »
Une autre voix sort également du milieu de la foule : « L'honneur obs- ') cur des plébéiens pourrait-il être plus en sûreté que leur vie? Siccius a » été tué sans jugement. »
« Juste ciell dit ledécemvir, qui frémit d'être réduit à se justifier, » juste cielî qui oserait ici m'accuser? Ne suis- je pas législateur? n'ai-jc » pas dit moi-même la loi sévère qui interdit aux patrons toute embûche » contre leurs propres cliensl Cette jeune fille ne m'appartient à aucun ^) droit^ je ne puis rien sur elle. Je veux la rendre à son patron qui est » son père légal , et c'est à son patron à la protéger. La jeune fille aurait- » elle à se plaindre de celui que les lois chargcntdc la protéger? Me voici »> sur mon tribunal pour lui rendre justice. »
Mille entretiens confus, mille paroles heurtées, retentissent et grondent avec menace :. « Périsse l'impunité ! périsse l'impunité ! « Toutes les autres paroles, expressions lamentables ou terribles, se perdent au milieu d'un bruit devenu de plus en plus sinistre. Et cependant, malgré l'agitation de la multitude, un cercle qu'on eût dit tracé par une puissance invisible laisse toujours isolées la jeune fille et sa nourrice. Elles sont là comme un groupe merveilleux que tous admirent, que nul n'ose approcher. La jeune fille se réveille de son évanouissement. Elle lève la tête de dessus le sein de sa nourrice. Ses regards errent timidement autour d'elle, et semblent interroger la multitude tout à coup apaisée. Tous contemplent avec une sorte de calme religieux le pudique ctonnement de la jeune fille appuyée sur sa nourrice.
Appius ne se trompe point sur ce calme d'un instant. Il voit que le tumulte va s'en accroître, et que la sédition est imminente. Il se lève subitement de son siège, et convoque l'assemblée pour le lendemain.
Lellrc (le M. Rainneville aa Comité de Paris.
Je ne sais à quoi attribuer la proposition que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser. Inconnu dans le monde littéraire , je ne devais point attirer l'attention des jeunes amis des lettres et des sciences, qui comptent déjà dans leur conseil les hommes qui font l'ornement des uns et des autres.
11 est à présumer qu'un autre motif a dû vous porter à désirer de m'associer à un conseil où il semble que je n'aie aucun tribut à porter.
Je vois , à la fin de la neuvième livraison de votre recueil , que dans votre société iJ se trouve un comité de défense gratuite des veuves, des
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oiphclins et des pauvres , et un comité de secours pour la repartition d'une portion des bénéfices que produit votre recueil; je comprends alors quel genre de coopération vous attendez de moi.
J'ai fait un appel à l'activité généreuse de la jeunesse française , afin de l'engager à porter son concours partout où il existe des associations qui ont pour l)ut spc'cia* la bienfaisance et la cliarité. Regardant votre proposition comme une réponse à cet appel, j'accepte avec un vif cmpress:-mcnt le titre que vous me proposez. J'aurais refusé ce qui n'aur,iiî flaltique la vanité, en associant mon nom à des noms illustres; j'accepte ce qu; m'offre un moyen de réaliser des projets dont l'amour de l'humanité m'a inspiré la pensée : nous travaillerons de concert à sécher quelques larmes de plus , et à pratuper le plus doux des préceptes avec plus de dévouement et d'intelligence.
Peut-être ne serai-jc pas tout-à-fait inutile dans votre Conseil ; j'y développerai quelques vues sur l'avenir qui attend la jeunesse , pourvu qu'en prenant une part active aux œuvres qui ont pour objet principal le bien-èlrc moral et physi(pie des pauvres , elle sache s'initier ainsi à la science administrative.
Agréez , Monsieur, etc. , etc. Dé Rainneville.
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