‹ L'Écho de la jeune France (volume 3)Chapitre 87 sur 99 · MOUVEMENT RELIGIEUX ET SOCIAL · texte numérisé non relu

MOUVEMENT RELIGIEUX ET SOCIAL

Passades du Mandement de Monseigneur l'archevêque de Paris , relatifs à la Jeune France. — Opinion de la presse provinciale.

Nous devons compte à la jeunesse française de toutes les paroles qui s'adressent à elle , de tous les appels qui lui sont faits, de toutes les espérances qui reposent sur sa tête ; et , nous le disons avec joie , la tâche que nous avons entreprise devient chaque jour plus laborieuse. Depuis qu'au milieu de la grande dissolution sociale la jeunesse , se rappelant que l'union fait la force , s'est décidée à se grouper autour d'un drapeau de hante philosophie morale et religieuse, chacun commence à la saluer comme une puissance. Le christianisme, représenté par ses prélats vénérables, vient

(< j Par les Costes aux Esfass du Peuple sur la religion, l'histoire et les révolutioDS de France, qui paraîtront immédiatement après le renouvellement. La Jeune fronce, en tormAnt celle jeune génération à son c'cole, jettera dans son • œur tous les germes des vertus morales et politiques qui font les bons citovcns^ elle posera ainsi l'avenir de la patrie sur une base durable. Cfci indique qu'une grande pensée a présidé a la fondation de la Société de la Jeune France; il s'agit on effet d'une œuvre a laquelle se rattache tout un système social, tout l'avenir de la patrie ; elle touchera aux intérêts de l'enfance, a ceux de la Jeunesse, à ceux de la famille j elle embrassera tous les besoins, les droits cl les devoirs de l'homme aui différens degrés de sa \ie.

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se placer au milieu de cette jeune armc'e qui, laissant l'agonie d'un autre siècle bégayer l'impiété' voltairieuDc , a courageusement relevé la croix , ce symbole de civilisation et de liberté. En même temps les intelligences qui s'occupent des intérêts matérielsde la société, ne voient d'espérance que dans la jeunesse qui, pure de tous les excès, innocente de toutes les ruines, prépare au pays un avenir.

La jeunesse répondra à ce double appel , à cette double confiance. ' On l'a vue se presser dans l'antique enceinte de cette basilique où monseigneur l'archevêque de Paris , fidèle aux promesses de son mandement, a ouvert au milieu d'un concours immense les conférences religieuses qu'il avait annoncées. Toutes les fois qu'on parlera au nom de la religion à la génération actuelle , on sera écouté d'elle ; car avant tout elle est chrétienne, chrétienne par instinct , là où elle ne l'est pas encore par intelligence. L'erreur, quand elle se rencontre dans les jeunes âmes, n'est pas un fruit du sol , mais une plante parasite importée par une éducation mauvaise. L'erreur, la jeunesse sait bien la répudier des qu'on a fait luire à ses yeux le soleil de la vérité dont les rayons ne frappent jamais inutilement ses regards.

Mais si la jeunesse est chrétienne elle a aussi cette susceptibilité de cœur , cette vivacité de sentimens , cette fierté de caractère , qui se mêlent à toutes les vertus de son âge. La voix qui l'instruit sans la blesser est toute-puissaute auprès d'elle , et elle a besoin de croire qu'on Taimc et qu'on l'estime. Les esprits durs et chagrins qui l'insultent et la calomnient ne font que la rebuter; des enscignemens hérissés de rigueurs et flamboyans de colère l'éloignent de ers routes du bien et du beau où son penchant la poussait à entrer. Des leçons | aternelles, où la vérité se montre aimable et douce, trouvent son cœur sans résistance, et jamais elle n'fi- manqué de mériter l'estime qu'on lui a témoignée.

Aussi dans le mandement de monseigneur l'archevêque de Paris, on'' trouve cette sagesse bienveillante , cette vertu pleine de conciliation et de douceur, si puissante sur l'esprit des james gens.

« C'est vous surtout, nous dit-il , jeunes gens, pleins d'ardeur et d'es » pérance, accourus de toutes parts , avec tant de louables motifs, vers » celte ville immense , sc-jour à la fois de tant de vertus et de tant de sé- » ductions, oîi la coupable indifférence et le froid égoïsmc marchent à coté » de la piété sincère et de la plus active charité; où les poisons du doute » et de l'incrédulité sont mêlés aux trésors de science que vous ambi- )) tionnez de conquérir ; où les bons exemples et les scandales se dispu- I) tent tour à tour des cœurs généreux, mais naturellement confians et,, » faciles; c'est vous, jeunesse doublement intéressante et par les maux » sans nombre dont vous clos menacée , et par 'es immenses services que 1) vous devez rendre .1 la patrie, selon (|iic vous demeurez inrrédide ou

l'écho de la JÉUMi FRANCE. ."^9~

» chrétienne; c'est vous surtout que nous voulons spécialement c'vaiigé- » liser. Nous vous disons : Croyez à l'Ev^angile , si vous ne voulez pas » vous perdre dans le dédale, dans les obscurite's , dans les te'nèbres où » vous mèneront infailliblement, sans ce flambeau divin qui e'clairera » vos pas , sans ce fil conducteur qui les dirigera , la recherche et la pas- » sion même de la science. Croyez à l'Evangile , si vous ne voulez pas » marcher sans frein et sans règle au gre' de tous les systèmes ; si vous » voulez vous pre'server des fautes et des illusions, ne pas tomber dans » une de'sespe'rante fureur, et si vous voulez vous ménager une res- » source au temps des remords et à l'heure du repentir. Croyf z à l'Évau- » gile , si vous voulez triompher de A^ous-mêmes , devenir maîtres de vos » penchans, fixer voire inconstance et recueillir des lauriers victorieux, » vous préparer dans le séjour de l'éternité une couronne plus éclatante w et plus belle que celle des conquérans. Croyez à l'Evangile, si vous » aspirez à dicter un jour des lois sages , à commander par l'ascendant » de votre génie, la fermeté de votre caractère, la gravité de vos mœurs, » la sûreté de vos jugemcns et le poids de votre autorité. Croyez enfin à » l'Évangile , si vous désirez véritablement devenir atiis du genre hu- » main , bienfaiteurs de vos semblables, bénis des pauvres à votre heure » dernière , et célébrés de génération en génération par les accens d'une » immortelle reconnaissance. »

Le vénérable prélat a bien jugé la jeunesse française en lui tenant un si digne langage, en lui montrant, suivant la belle idée de Montesquieu, le christianisme faisant le bonheurdeshommes dans cette vie et l'assurant au-delà du tombeau. La jeunesse française recevra avec reconnaissance ces hauts enseignemens qui honorent ceux qui les écoutent coiome celui qiii les adresse; elle retrempera la société moderne dans l'Évangile qui a déjà donné au monde tant de civilisation et de libertés, et c'est en s'apj)uyant sur le christianisme qu'elle entrera dans les voies de l'avenir.

Tandis que les temples de la religion retentissent de ces nobles appels à la génération nouvelle, la presse, cette autre puissance de l'époque, sent aussi le besoin de se rattacher à notre armée qui, à mesure qu'elle avance, reçoit toutes les forces sociales dans ses rangs.

De toutej paits, dans les provinces, les organes de l'opinion proclament la nécessité de renouveler la société par la jeunesse, et ils la justifient en réduisant au néant toutes les calomnies dont elle a été chargée.

La Gazette de Normandie a la première élevé la voix; puis sont venus l'Orléanais, la Gazette de Metz, le Mémorial ^génois, les Blélanges Occitaniques , le Journal de la Gujenne , le Journal du Bourbonnais ; aujourd'hui c'est le tour de la Gazette du Midi.

« Non , dit-elle , celte génération n'e.st pas demeurée sourde ou inal- » tentivc à la voix de rexpcricncc , à ces graves lei-ons qui jaillissent à

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» chaque page de l'histoire contemporaine. A l'aspect des maux qui dé- » solèrcnl la France quand le fils de saint Louis fut monte' aux cieux , la V génération nouvelle a compris que le principe monarchique était essen- » tiel à l'existence même delà patrie. Robespierre, en élevant les écha- » fauds, lui montre quelle ligne sanglante sépare la liberté de la licence; » le sang des Girondins lui atteste que rien ne peut contenir le flot popu- » laire quand une imprudente main a brisé la digue primitive ; et les » champs de bataille de l'empire lui crient que la gloire ne console pas » les mères et les épouses , et ne supplée point dans un état à l'industrie » qui meurt et au commerce qui s'éteint. Et maintenant , dans ce spec- » tacle qui se passe sous nos yeux , que de leçons qu'il faut taire, mais » sur lesquelles elle médite et dont elle se souviendra quand le temps sera » venti î . . .

« Riche de cette expérience des jours passés , guidée par de si hauts » enseigneraens, la Jeune France a acquis la conviction que le problème » d'organisation sociale trouve sa solution dans l'alliance des élc'mens de » liberté et d'autorité.

» La voilà donc cette génération nouvelle, avec ses inclinations géné- » reuses qui la portent vers tout ce qui est grand et beau, avec une puis- » sance déraison qui l'appelle à ce qui est vrai et stable, avec ses heu- » reu.^es dispositions fécondées à l'école des malheurs de la France et par » les leçons des anciens qui s'étaient crus destinés à pleurer sur le tora- » beau de la société finie. Ces leçons fructifient par les études fortes et » sévères auxquelles la Jeune France se livre , par les méditations où » l'entraîne la conscience de la noble mission qu'elle doit remplir et des » destinées qui l'attendent. Que ceux qui s'opposent à sa marche cessent » un impuissant effort; elle ira vers le but qu'elle doit atteindre, avec » toute l'impétuosité de son âge, avec toute la chaleur de la conviction et » du dévouement. Que ceux qui sympathisent avec elle ouvrent leurs » cœurs à l'espérance; qu'ils tournent leurs regards vers l'horizon où déjà » s'annoncent les jours de la régénération sociale. Hommes généreux, amis » sincères de la patrie, marchez avec la jeune France, car l'avenir lui » appartient!

Nous avons pensé que ce grand mouvement de régénération sociale par la Jeune France, signalé et accueilli à la fois par les voix du sanctuaire et par celles de la politique, était chose grave, sérieuse, et qu'il importait de le faire remarquera nos amis comme à nos ennemis. Quoi qu'on dise et (|u'on fasse, l'œuvre de religion et de patriotisme, de civilisation et de liberté, que nous avons eu la gloire de proclamer les premiers, estenmarche; il n'est plus au pouvoir de personne de l'arrêlcr.

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