‹ L'Écho de la jeune France (volume 3)Chapitre 89 sur 99 · SAINT-PIERRE A CAEN. — LA MADELEINE A PARIS · texte numérisé non relu

SAINT-PIERRE A CAEN. — LA MADELEINE A PARIS

Nous donnons aujourd'hui , dans l'édition à l 'i francs , deux lithographies représentant deux des plus beaux monumeos de France.

1° L'église de Saint-Pierre à Caenj

2° L'église de la Madeleine à Paris.

Nous attendions une notice sur la première; elle nous a manqué. Voici la description du fronton de la Madeleine.

On se souvient du concours ouvert il y a quelques années pour la décoration réalisée aujourd'hui. Plusieurs des artistes qui se présentèrent dans cette lutte restèrent tout-à-fait au-dessous du sujet j le projet de M. Lenaaire l'emporta, et l'exécution en grand lui fut confiée. Il s'est peu écarté de son esquisse, et plusieurs des changemens de détails qu'jl y a introduits sont d'un heureux effet. Voici le programme qu'il devait traiter : « A l'heure du jugement deniier, le Fils de Dieu sépare les bons d'avec les méchans ; les vertus sont récompensées , les vices plongés dans la réprobation éternelle. » M. Lemaire a donné au principal personnage de son bas-relief une attitude calme et décente; le Christ, tel qu'il l'a conçu et exécuté, est inaccessible à la pitié, mais aussi à la colère; il ne veut ni aggraver ni adoucir l'arrêt qu'il a prononcé. Sa physionomie impassible est belle et parfaitement noble ; les plis larges et bien motivés de sa robe complètent l'effet simple et giand de cette figure, qui est toutà-fait réussie.

A droite du Christ est un ange qui vient, aux sons de sa trompette, de faire sortir les morts de leurs tombeaux; à côté de lui, la Foi et l'Espérance accompagnées d'une troisième figure jeune et gracieuse que nous supposons représenter allégoriquement la martyre des vierges chrétiennes, s'avancent vers le Sauveur avec une assurance modeste. Plus loin la Charité, sans se laisser distraire sur ce solennel événement, continue de donner des soins maternels à de jeunes enfans qui jouent dans ses bras ; enfin à l'extrémité de ce côté une sainte, réveillée par un ange, qui lui montre le Sauveur, se lève à moitié en se débarrassant de son linceul. Sur un socle auquel elle est adossée, on lit : Ecce dies salutis.

Voilà pour la portion du bas-relief qui est à la droite du fils de Dieu. A sa gauche sont sept figures représentant les sept péchés capitaux. Un ange les repousse avec son épée; son geste est la traduction de l'inscription qui se lit à l'angle de cette paitie : Fœ impio!

La douce Madeleine, toujours aimante et facile à attendrir, se jette aux pieds du Christ pour implorer en faveur des damnés un pardon qui u'a pas été refusé à ses propres fautes; Jésus ne la repousse pas; mais si le mouvement de sa main oiivcrlo et étendue est bienveillant pour rlic.

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il n'indique pas moins une rc'sointion inflexible. Son impassibilité même donne à la sentence qu'il a prononcée le caractère d'une irrévocable destinée. Le groupe assez éparpille des Vices est moins satisfaisant pour l'œil que celui des Vertus; il était d'ailleurs difficile de nous rendre bien reconnaissabks les diverses catégories des Poches ; et plus d'un spectateur se méprendra probablement sur telle ou telle intention de l'artiste. Nous avons cru voir l'Orgueil dans la figure très-developpc'e qui s'éloigne de l'ange exterminateur, et dont les traits expriment une sorte de jactance et de défi.

L'envie est sans doute cette tête amaigrie, placée sur le second plan, qui jette un triste regard sur l'Espérance et la Foi; l'avarice est reconnaissablc à ses deux sacs d'où l'argent s'échappe. La Luxure, qu'on n'a pas voulu nous montrer sous un aspect repoussant , est figurée par une jeune fille aux formes arrondies et aux membres délicats; clic se présente de dos, et nous ne voyons que sa taille svelte et ses belles épaules. L'effroi a troublé sa pauvre ame, et elle s'est prosternée à genoux; mais cherchant encore des consolations dans ce moment suprême , et toujours préoccupée par les tentations qui ont fait sa perte, elle jette un furtif coup d'œil sur l'ange resplendissant de beauté et de jeunesse qiii la menace de son glaive.

Les autres figures qui complètent cette partie du bas-i'elief n'ont pas un caractèie bien décidé; on peut reconnaître, si l'on veut , le péché de la colère, dans le vieillard aux ailes déployées et aux longues oreilles, qui accable de coups de poing une femme nichée dans l'angle extrême du fronton.

Les premiers fondemens de la Madeleine ont été jetés par Napoléon, qui avait dédié ce monument à la gloire; les Bourbons l'ont consacré à la religion.

11 sera l'objet d'une critique dans un article sur les monumcns de Paris.

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