REVUE LITTERAIRE
— La Vigie de Koatven. — Etudes sur iVIirabeau. — Histoire et Roman. — Autour di Monde. — Encore deux années. — Tallcmcnt des Réaux. — La inanjuiiie de Créqui. — La reine Honensc.
Notre ami Fieldiog , au commencement de son immortel ouvrage , conseille aux écrivains de donner au lecteur le menu du banquet littéraire auquel ils l'invitent, afin qu'après avoir parcouru la carte du repas, il sache à quoi s'en tenir et ne soit pas en droit de quereller l'infortuné Vatel , en lui disant que les entrées lui déplaisent et que les rôtis n'e sont pas de son goût. Nous avons en tout point suivi le précepte de Fielding. Le lecteur sait maintenant de quels mets délicats ou indigestes sa table est chargée. A lui de s'asseoir si le festin lui plaît, d'aller dîner ailleurs s'il ne lui convient pas. Quant à nous, nous sommes ici pour remplir
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l'office de ce cruel médecin, qui, touchant de sa baguette presque toii.s les plats do la table, à mesure que Sanclio, l'ecuyer vice-roi, les attaquait de la pointe de la fourchette après les avoir couvés des yeux, criait à la livrée d'emporter tous ces mets nuisibles à la sauté de monseigneur , et dans la crainte qu'il ne mourût d'indigestion , le faisait prudemment mourir de faim.
Mais que le lecteur se rassure , nos prescriptions ne seront point toulà-fait aussi rigoureuses; parmi les livres dont nous lui avons offert la listi-, il en est qu'il serait injuste de proscrire, et nous ne lui avons pas pins promis injustice qu'indulgence. Nous lui avons promis une équité affranchie de toutes les considérations de la camaraderie littéraire, une sévérité impartiale, en un mot une critique qui , si elle avait à prendre; une devise, ne choisirait pas celle-ci, qu'on devi'ait lire gravée sur le frontispice de la plupart des journaux , véritables Périn-Dandin de la presse.
— Monsieur, je suis bâtard de voîre apothicaire.
— Monsieur, père Gordon vous dira mon affaire.
La Vigie de Koatven, roman de M. E. Sue, est un de ces livres qui permettent à la critique de montrer que pour être sévère elle n'est pas devenue insensible au mérite des bons ouvrages. Nous n'entendons point dire par là que ce roman soit un livre sans défaut. Nous lui en connaissons au contraire un fort grand et fort long, c'est son dernier volume. Mais l'ouvrage est conçu sur une donnée pleine de moralité , et exécuté avec un talent supérieur dans ses premières parties. L'écrivain a entrepris de peindre les misères d'une société d'où la croyance s'est retirée , et qui n'a plus pour enfler ses voiles au milieu d'une mer semée d'écueils que l'cgoïsme et les passions humaines. Le cadre où il a placé ce vaste tableau est choisi avec beaucoup de bonheur, c'est l'époque où la momarchJe achève de mourir, et celle où l'ère révolutionnaire commence. De sorte que M. E. Sue, renfermant son action dans les quarante années qui s'écoulèrent si pleines d'événemens, si riches de catastrophes, peut suivre les caractères qu'il dessine à travers toutes ces phases si diverses et si variées.
Dans le comte de Vaudrcy , le héros du livre, il peint ce que le monde appelle un homme d'honneur, un galant homme, qui, sur un regard , sait mettre l'épée à la main , donner ou recevoir la mort le sourire sur les lèvrca. Toutes les qualités d'un gentilhomme, il les réunit au degré le plus élevé; car M. E. Sue n'est point tombé dans la niaiserie de ces auteurs qui, crayonnant de misérables caricatures, représentent la noblesse française slupidc et poltrone , comme si ce n'était point là ne fausseté démentie par tous les champs de bataille de l'Europe. Le comte de Vaudrey est donc un excellent marin qui fait de l'héroïsme eu
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tijibits de velours et en manchettes de dentelle, comme d'aulies en ont pu faire en bloiise et en sabots, un liuiume de cour à Versailles, à l'abordage un lion. Mais cet homme si honnête, suivant le monde, ne se refuse à aucun prix les plaisirs. Faut- il briser le cœur d'une pauvre femme, il le brise; il a les passions vives, il a de l'orgueil, il cède à ses instincts sans les raisonner, et il avance dins la vie en laissant derrière lui, à droite et à gauche, comme le dit l'auteur, deux ou trois tombeaux. I.e comte de \ audiey n'est pas précisément irréligieux, il est quelque chose de pis encore , il est, qu'on me passe ce terme, mécanique. C'est un homme d'instinct qui se sert des facultés que le ciel lui a données à peu près comme il se sert de ses membres, mais qui ne remonte jamais de l'effet à la cause, du bienfait au bienfaiteur. Quand la vieillesse lui arrive, sentant que les plaisirs lui échappent, que le monde le quitte, il se jeMc non dans la religion, mais dans les pratiques de la religion, comme un malade s'étend dans une chaise longue. Il trouve moyen de faire du christianisme une affaire d'égoïsme; c'est pour lui un oreiller sur lequel sa vieillesse repose un peu plus doucement, un calendrier qui lui rappelle qu'à pareil jour son maître-d'hôtel doit prendre, chez Chevet, quelques belles carpes du Rhin ou un magnifique turbot; et s'il se souvient quelquefois des fautes de sa jeunesse, c'est pour en faire faire pénitence à sa femme et à sa fîUe. En face de ce personnage si vrai, si naturel, que vous avezrencontréhier, que vous renconirerez demain, M. Sue en a dessiné un second, qui peut lui servir de contraste et d'antithèse. C'est un homme qui sent l'absence de la croyance, et qui, en même temps, en sent le besoin; un homme qui, en proie à tous les touimens de l'incertitude, subit le martyre d'une incrédulité involontaire à travers les phases d'une vie toute d'intelligence, comme la vie du comte de Vaudrey est toute matérielle et instinctive. Ce caractère, dont l'idée est heureuse, est semé d'exagérations et d'invraisemblances qui se rencontrent surtout dans le quatrième volume où tous les défauts du livre se sont donné rendez-vous. Parmi ces invraisemblances , il en est une surtout que nous ne pouvons passer sous silence, c'est l'idée étrange qu'a eue M. Sue de jeter le rochet et le camail sur l'incrédulité du personnage dont nous venons de parler. Qu'est-ce que la peinture de ce caractère peut gagner à une pareille combinaison? Pourquoi habiller le scepticisme en soutane, et ensuiie le traiter d'éminence? L'auteur a-t-il voulu pousser la peinture de l'absence des croyances jusque sur les marches de l'autel? Mais c'est sacrifier la vérité, c'est manquer l'effet de l'ouvrage en voulant le rendre plus grand. L'abbé incrédule, dans presque toutes les scènes où il paraît, est exagéré, romanesque; preuve irrécusable que l'auteur, dont la main est ordinairement sûre, a placé son caractère dans un cadre où il est impossible de le faire mouvoir. Quelle différence avec la peinture de Thomas, le lieutenant di*
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vaisseau, qui, imbu des idées nourelles, ami de l'ëgalite', parce qu'il n'est point dans les premières classes de la société, croit être un bon citoyen . parce qu'en sa qualité d'officier bleu il déteste le comte de Vaudrey, le capitaine de vaisseau , grand seigneur ! Gomme ce personnage qui , puise une certaine austérité de mœurs , une certaine rectitude de conduite dans des sentimens d'orgueil, d'envie, de liainc contre l'aristocratie; comme ce personnage, dont les vertus même sont des vices, est trace' de main de maître ! comme ce citoyen Thomas, l'homme de la classe moyenne, ou, comme on disait alors, l'homme du tiers, sans croyance, est palpitant de venté.Comme le citoyen Thomas, devenant sous l'empire le baron Thomas, et laissant fondre son austérité et toute la sauvagerie de son civisme au soleil de la fortune et des honneurs, est une nature vivante, saisie sur le fait , prise en flagrant délit. Toutes ces qualités d'apparat , toute cette vertu vide et, qu'on me passe ce terme, soufflée, tout ce caractère guindé sur les échasscs de l'orgueil, disparaît avec la situation dont il était la conséquence et le reflet. Au baron parvenu comme au grand seigneur de naissance, comme à l'abbé de Cillery, c'est la croyance qui manque, et avec la croyance tout leur manque à la fois.
En mettant en saillie les trois principaux caractères de la Figie de Koatuen, nous avons voulu faire concevoir la manière dramatique dont M, Eugène Sue avait développé une pensée féconde. Pour compléter cette appréciation, il faudrait grouper autour de ces figures tous les personnages secondaires, Rumphidius, l'astronome, qui perd la raison à force d'étudier dans ce grand livre du ciel les astres sans nombre qu'il renferme, sans élever jamais sa pensée jusqu'à l'éternel auteur qui a écrit son nom dans les espaces, avec les lettres rayonnantes de cet alphabet de feuj Ritta, celte belle Espagnole, qui a perdu sa croyance dans le commerce de l'impiété française, et qui, indignement rouée par le comte de Vaudrey, se défigure pour se venger; vengeance que tout le jury féminin, nous devons le dire à M. Sue, a trouvée invraisemblable, attendu qu'il n'est point habituel aux soldats de se préparer au combat en jetant leurs armes derrière eux. Puis, après avoir retracé cette variété de caractères, ^ il faudrait encore y ajouter le charme de ces peintures de mer dans lesquelles l'auteur de la Figie de Koai'ten excelle; ces bons et robustes matelots, qui sentent le goudron et l'odeur peu académique, mais pour le coup locale, du tabac et de l'eau-dc-vie.Un type du canonnicr bourgeois, véritable médaille; en un mot, tout ce monde du tribord et du sabord, si brusque, si pittoresque, si original , si accentué, si à part de tout, si lui-même, retrace avec une telle franchise de couleurs, une telle perfection d'ensemble, une telle fidélité de détails, qu'il vous semble quclquc- JMg, en lisant, sentir les bouffées d'une brise de mer.
l'écho de la JEUiNK FJiANCE. 4' 7
Etudes sur Mirabeau.
En passant de M. Sue à M. Victor Hugo, nous sautons du monde de convention dans le monde réel, et c'est le cas de dire, avec M. de Martignac, qu'il y a toujours beaucoup de roman dans l'histoire, et un peu d'histoire dans le roman. En effet, M. E. Sue a décrit les symptômes et les conséquences du mal qui ronge le siècle dans le cadre d'une fiction. M. Hugo, avec un titre plus se'vère, a compose une iliade sur Mirabeau.
En gênerai, c'est chose assez peu utile qu'un panégyrique. La religion s'entendseuleà louer les morts, et à faire sortir d'un tombeau des enseignemens pour la poste'ritc. Pour composer une e'tude utile sur Mirabeau, ce n'est point de l'enthousiasme qu'il fallait, c'est de la justice; et, au lieu de monter sur le tre'pied de la pytonisse , il aurait fallu se placer sur le tribunal de l'histoiie. Sans doute, dans plusieurs parties de cette e'tude M. Victor Hugo a développé les richesses de son imagination et une grande originalité de style. Mais des beautés mêlées de défauts, des expressions pittoresques suivies d'expressions bizarres, le beau coudoyé par l'absurde, sont-ce là des avantages assez vastes pour compenser l'immoralité d'un c'ioge qui veut qu'on se prosterne devant une intelligence placée dans une nature souillée, devant un soleil qui rayonne dans la boue? Et puis il y a, dans la manière de M. Hugo, une tension continuelle qui à la longue finit par fatiguer. Sa phrase veut être concise, mais sa pensée ne l'est point. H emprisonne la même idée dans une suite de maximes brisées, rompues qui semblent autant de petites cellules contenant le même ameublement. Sou style est toujours sous les armes, il lui crie sans cesse, en montrant le public, de viser au cœur j si bien que le public se lasse de voir toujours la même manœuvre, et quand le coup part, oublie de se laisser tomber. Joignez à cela qu'on rencontre dans toutes les phrases de M. Hugo l'empreinte de cette vénération profonde qu'il a conçue pour luimême , ce n'est point un auteur qui parle naturellement , qui exprime sa pensée comme elle lui vient; c'est l'oracle de Delphes qui laisse échapper ses arrêts , et il semble que l'écrivain s'arrête de temps en temps pour saluer ses phrases. A côté de ce portrait prétentieux de Mirabeau, de cette composition à facettes, de celte définition où tout mot tourne à la sentence de cet immoral panégyrique qui déifie le vice quand il est de haute stature; placez le large , le magnifique, l'admirable tableau de Cromwell , peint à grands traits par la puissante main de Bossuet, et alors vous vous souviendrez de la distance qu'il y a entre la vérité et le mensonge , entre le talent d'un sophiste et le génie d'un historien, entre un orateur qui, siJjlimc sans effort, toujours simple et toujours cloquent, atteint en trois pas les limites du beau, et un lillératcur qui, piétinant sur la roule où
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le premier marche, semble, la lanteiiiu à la main, chercher laborieusement son génie, comme Diogène cherchait un homme. Nous le répétons, le principal résultat d'une étude sur Mirabeau devrait être de le faire connaître tel qu'il était avec ses parties lumineuses et ses parties ombrées. M. Victor Hugo a mieux aimé composer une iliade ; il a pris son Achille par le pied et l'a bravement trempé dans les eaux du Styx; encore Homère, moins partial que M. Hugo, voulut-il bien consentir à rendre son Achille vulnérable au talon.
Histoire et Roman.
Cette qualité, que nous avons vainement cherchée dans l'étude sur Mirabeau , nous la rencontrons dans une étude sur un homme qui , dans sa sphère élevée, obtint cette popularité de renommée dontjouitletribundeSg. Nous voulons parler des dialogues de Talma à Brunoy, qui font partie de l'ouvrage publié par M. Audibert,sous le titre d^ Histoire et Roman.
Sans doute, il y a dans cet ouvrage plusieurs morceaux fort remarquablesjet, par exemple, les pages que l'auteur a consacrées à développer les bienfaits sociaux du christianisme dans une espèce d'épopée intitulée Clovis, sont pleines d'éloquence et de philosophie, et l'on peut dire sans exagération que l'écrivain est à la hauteur de son admirable sujet. Une belle composition sur Napoléon, et quelques nouvelles où l'on désirerait cependant trouver une verve un peu moins acre et un style qui eût moins d'élégance peut-être avec plus de laisser-aller , varient agréablement le recueil. Eh bien ! parmi tous ces morceaux, ce sont surtout les dialogues de Brunoy qui ont attiré l'attention. D'où vient cela? c'est que les siècles sont comme les hommes j ils sont égoïstes; ils se renferment chez eux à double tour pour vivre en famille j ils aiment par-dessus tout à s'occuper de leur entourage. On a vu Talma ; on est bien content de savoir que s'il disait si bien le rôle d'Otello , c'est qu'il croyait lui-même être More, que ce grand tragédien avait la même maladie que Pascal , le grand philosophe , et qu'il voyait à côté de lui des abîmes ; et puis on assiste à ces conversations mystérieuses qu'il avait avec Bonaparte, et la question de vanité contemporaine se complique ainsi d'une question de curiosité en même temps que d'une question d'art.
Autour du Monde.
Nous voyons bien pourquoi M. Audibert a intitulé son ouvrage Roman
et Histoire, mais nous voudrions pouvoir deviner pourquoi les auteurs
du livre intitule Autour du Monde, ont choisi ce titre. iMM. Paul de
^.lulvecour et Jules de Saint-Félix ont l'attention consciencituse d'avertir
par leur préface qu'on ue trouvera dans leur prodiutioii ni méthode nou~
LF.CHO UB' LA JELlNE ^KA^(;fc:. 4 ' <)
i'elle ffoiir faire rôtir le café, ni recette de savon à dégraisser. C'est ([iielque cliose sans doute, et, sans discuter l'cldgance et le J)on goût de cet avertissement, nous devons à la justice de déclarer que l'engagement par eux contracte a été fidMeraent tenu. IMais si nous sommes d'accord sur ce qu'on ne trouve pas dans leur ouvrage , nous voudrions bien savoir aussi ce qu'on y trouve. Dans la première nouvelle, un Français épouse une Italienne , et l'empoisonne par jalousie : ce de'noùment ne serait-il point un quiproquo? L'empoisonneur est Français, l'Italienne est l'empoisonne'e; n'est-ce point là un singulier changement de rôle? Dans une autre pièce appelée, on ne sait pourquoi, Versailles, un page meurt d'amour pour Mlle de Lavallière, à qui Louis XIV envoie des messages par l'entremise de ses valets, qu't7 appelle d'une voix insensée. L'expression est heureuse, comme aussi le choix du sujet. Intituler F^ersailles l'histoire d'un billet-doux î autant vaudrait appeler une miniature du nom pompeux des fresque du Vatican. Joignez à cela que les auteurs font sourire agréablement Louis XIV, le grand roi, à Bossuet, le père de l'Église. Comme cette réception est dans les habitudes graves de l'e'tiquette du grand siècle ! comme elle est à la hauteur des deux personnages ! Que ne disait-on plutôt que Louis XIV riait au nez de l'évêque de Meaux? En général, les deux auteurs font bien preuve de quelque imagination dans leur livre; mais le goût, la vérité locale, l'utilité morale, la fidélité historique leur manquent; leurs causeries intimes, comme ils disent, auraient gagné à rester des causeries; et, faut-il en convenir? on apprend deux fois plus de choses dans un voyage beaucoup plus court, beaucoup moins ambitieux, beaucoup moins bruyant; on apprend deux fois plus de choses dans le Voyage autour de ma Chaml^re, que dans le Voyage Autour du Monde.
Encore deux années (i).
Une revue est comme un panorama mouvant. Elle fait passer sous les yeux du lecteur, après un site aride, une perspective pleine de vie et de fraîcheur. Nous sommes ainsi naturellement amenés à parler du nouvel ouvrage de M. H. de Jailly. Le titre expliquelc livre. Encore deux années! tel est le simple et modeste intitulé sous lequel l'écrivain présente une suite de tableaux pleins de vérité et de charmes, dans lesquels viennent semireiles temps accomplis, avec leurs incidens variés , leur caractère triste ou bouffon, leur physionomie sévère ou ridicule. Tourà tour peintre gracieux et moraliste élevé , critique plein d'atticismc , ou satirique plein de hardiesse et de verve, M. de Jailly sait rendre les plus longues années courtes
(1) Un vol. in-S", dans les bureaux de la Jeune France, rt clirz tous Icgcorret.pondant. {Kojez aux annonces.)
4*20 l'É€HO de la JEUINK FRANCE.
comme de beaux jours. Dans l'impossibilité' de refaire avec lui l'histoire universelle des impressions de ces vingt-quatre derniers mois , nous nous bornons à indiquer un cloquent morceau sur M. de Chateaubriand , un chapitre plein d'originalité' sur le dey d'Alger , et nous nous empressons d'arriver à un petit chef-d'œuvre qui a pour titre : Les Deux Fictimes.Le sujet de ce dramatique tableau est malheureusement trop réel ; c'est la mort prématurée de ce jeune Escousse , qui, à vingt ans , auteur d'an ouvrage qui contenait le germe d'un beau talent, trouva la gloire trop lente à venir et se dégoûta de la vie dans laquelle il était à peine entré. M. de Jailly a développé ce caractère et celui de l'ami de ce jeune homme , ami jusqu'à la mort, on peut le dire , puisque tout fut en commun entre eux , tout, jusqu'au suicide I M. de Jailly a représenté ces deux caractères avec une vérité si poignante, il a si bien rais en relief tous les sentimens dont cette ame Gère et ardente a dû être dévorée , il a jeté sur cette vie l'attrait d'un amour de jeune lille si chaste et si tendre , il a peint avec tant de bonheur cette candeur d'amitié et de dévouement qui va jusqu'à l'héroïsme, qui trouve la vie amère, par cela seul que la bouche du frère de son choix lui a dit : « la vie est amère ! » qui , lorsque Escousse s'écrie : « Je n'ai plus qu'à mourir! a répond tranquillement : «Mourons î » M. de Jailly a rendu cette histoire si palpitante d'intérêt , si touchante , qu'on oublie presque de condamner la faute de ces deux jeunes hommes pour pleurer sur leur mort. Mais l'écrivain n'oublie point les intérêts de la morale, et il montre la grande figure du christianisme se dressant devant ce lit funèbre chargé de deux mourans de vingt ans , pour réveiller dans leur cœur le remords assoupi, et la croyance que le vice d'une éducation mauvaise y avait étouffée. Espérons que l'auteur, qui a su si bien lire le secret de ces deux jeunes hommes , aura bien deviné jusqu'au bout. Le repentir ne se sera-t-il pas assis à ce chevet sur lequel se débattaient ces deux intelligences sœurs unissant dans un dernier embrassemcnt leurs inséparables agonies? Derrière cette frêle cloison , où l'on solennissait une fête de mort , la conscience n'aura-t-elle point fait un dernier effort pour retrouver ses luraières et briser les liens de l'incrédulité, triste héritage des doctrines de ce dix-huitième siècle, large et dévorant ulcère quia gagné jusqu'à notre âge.' Ces pauvres cnfans, victimes des poisons qu'une coupable philosophie avait versés dans leur cœur , dont l'intelligence était morte sous le coup d'une asphyxie morale au milieu de ces miasmes d'indifférence , d'atliéisme et d'immoralité qui s'élèvent de mille ouvrages , ces pauvres enfans n'auront-ils point trouvé grâce devant la justice étemelle? — Silence ! c'est le secret de Dieu.
Nous nous sommes laisse entraîner par le déplorable souvenir de deux jeunes hommes dont la place était marquée parmi nous , et que le souffle empesté du dix-huitième siècle a ravi à nos rangs en deuil. Qu'on ne s'c-
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tonne plus après cela de notre juste scveritc pour la liltcVature suliversivc qui prc'parede pareilles trajje'dies.La folie en action succède à la démence écrite. Des imaginations égarées traduisent en suicides les caucliemars de cette littérature frénétique qui , à force déjouer aux cadavres sur la scène, aboutit dans l'alcôvede quelque jeuneétudiant,dequelque écrivain à peine sorti de l'enfance, au coup de poignard ou à l'asphyxie. C'est là la moralité de la tiagique nouvelle si bien narrée par M. H. de Jailly dans Les Deux Années.
Puisque nous sommes entrés dans le cercle des productions qui se rattachent à l'histoire, disons que l'épidémie des mémoires a ou une recrudescence. Les Historiettes de Tallement des Réaux sont venues ressusciter les scandales du passé pour le présent, qui a bien assez des siens. C'est un hardi chroniqueur que ce Tallement, et l'époque effrontée qui précéda le siècle de Louis XIV revit dans ses pages, qu'on ne peut lire que derrière l'éventail. Autant aurait valu les laisser ensevelies sous la poussière du temps I S'il est beau de découvrir des Herculanum et des Pompéia, ce ne sont point les Herculanum et les Pompéia du vice.
Les Souvenirs de la mar(/uise de Créquy reprennent à peu près la cliaînedes temps où les Historiettes de Tallement la laissent. Sont-ce des souvenirs authentiques? Nous avouerons que l'industrialisme dusièclenous inspire des doutes à ce sujet. Cependant si ces souvenirs ne sont pas ceux de la marquise de Créquy, ils annoncent un écrivain profondément versé dans la connaissance des temps qu'il décrit , des mœurs qu'il retrace, des événemens qu'il raconte. Il y a dans cet ouvrage une science de détails, un caquetage spirituel à faire illusion à des personnes qui ne sauraient point que, dans notre temps, on improvise tout , même des antiques.
Nous terminerons cette revue des productions nouvelles en disant un mot d'une publication un peu plus moderne que celle de Tallement, le chroniqueur du dix-septième siècle, que celle de madame de Créquy , dont les indiscrétions datent du dix-huitième siècle, nous voulons parler du livre qui a pour titre ces simples mots qui rappellent tant de souvenirs : La Reine Horlense. Malheureusement la simplicité est restée dans le titre et n'est point descendue dans l'ouvrage. Nous aurions voulu voir une infortune moins fastueusement portée. Nous aurions voulu trouver un peu moins de regrets pour les titres de princesse et de reine, un peu moins de ces prétentions dynastiques qui ont le tort d'être ridicules, car pour être héritier des droits de Napoléon , le glorieux parvenu du trône, il faudrait établir non la parenté du sang , mais celle du génie. Cependant les pages où la reine Hortense raconte les angoisses de sa tendresse maternelle pendant l'insurrection italienne à laquelle ses deux fils prirent part , sont curieuses et attachantes , aussi bien que la relation du vovage qu'elle fit incognito à
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Paris, à l'époque même du 'xo mars , mémorable anniversaire du dernier acte de celte grande fortune napoléonienne , qui comme un flambeau près de s'e'teindre, jeta encore «ne vive lueur avant de s'éclipser.
Telleestla fidèle analyse des principales productions qui ont paru dans !e mois de fe'vrier de l'an de grâce i834.Quant aux ouvrages secondaires, ils ont été' innombrables comme de coutume , faux comme de coutume , immoraux comme de coutume, et comme de coutume ils sont déjà morts. Dans le calendrier , le mois de février n'a que vingt-huit jours ; dans la littérature il en a eu au moins trente-deux. N.