LES TOURS DE FOIX. — LE CH4TEAU I>E BERXUY
Vn de nos coirespondans du J^anguedoc , le savant M. Alexandre du Mège , secrétaire-général de la société archéologique du midi de la France , vient de nous adresser plusieurs mémoires d'un haut intérêt ; nous mentionnerons particulièrement les tours de Foix et le palais de Bernuy.
La première de ces notices transporte le lecteur du douzième au quinzième siècle ; la seconde , du quinzième au dix- septième.
Plusieurs dynasties de comtes souverains ont possédé les tours de Foix. La plus ancienne commence à Pioger P% fils de Bernard Roger , comte de Carcassonne , en 1050. Le douzième descendant de ce prince , Matthieu de Foix , mourut , en 1398 , sans enfans , et le comté devint la propriété d'Isabelle , sa sœur , mariée à Archambaud de Gradly , captai de Buch ; le comté passa ainsi dans la maison de Grailly, qui forma la seconde dynastie. En 1432, Gaston III , par son mariage avec Eléonore de Navarre , héritière de cette couronne , unit le titre de comte à celui de voi. François Phœbus mourut sans postérité, et laissa le comté à Catherine de Foix, sa sœur. Elle épousa Jean d'Albret , en 1484 , et ainsi commença la troisième dynastie. Jeanne d'Albret , fille de Henri de Navarre , fut mariée à Antoine de Bourbon , et la quatrième dynastie , commencée à Antoine , finit à Louis XIII , qui , en octobre 1620 , réunit le comté de Foix à la couronne.
On se rappelle encore dans ce pays de son ancienne indépendance ; on y parle du comté de Foix comme s'il existait encore avec son souverain particulier ^ ses franchises et ses vieilles libertés. Alors même que , cédant à l'usage , on nomme le département de l'Arriège , on a bien soin de le distinguer du reste du royaume.
Le château est situé au bas du roche?- de Foix ; les tours en formaient le donjon, le dernier refuge ; défiguré aujourd'hui par de nouvelles constructions , ce château sert de Palais-de-Justice ; les tours sont les prisons du département.
Des prisons'.... ainsi finit le dix-huitième siècle ; tout ce que son vandahsme avait épargné reçut l'empreinte de sa tyrannie I Que de nobles chevaliers ont combattu dans ces soutiers étroits tant de fois parcourus depuis par des geôliers et des bourreaux. En 1272 , tandis que sur la haute tour du château flottait la bannière blanche où brillait, en champ d'or, les pals de gueules des comtes , les troupes de Philippe-1( -Hardi montèrent à l'assaut et tentèrent une escalade héroïque; jamais siège ne fut plus téméraire et plus glorieux. Ce même rocher, arioséde tant de généreux sang, ce célèbre rock de Fouis, que les anciens habitaus du midi avaient pris pour l'end^lème do la force et de la stabilité , a dû être tracé de nos jours; le génie s'en est emparé et des pionniers l'ont taillé; d'énormes édats, détachés par la mine , ont roulé sur les bords de l'Arget , au milieu des
aulnes el des peupliers ; ce sont là les débris de l'antique maison de Foix ; c'est à peu près tout ce qu'il en reste.
Les souvenirs de l'histoire veillent au pied de ces tours dégradées ; en les contemplant, on se rappelle, avec Froissard, cette longue suite de nobles comtes dont les noms rayonnent autour de celui du magnifique Gaston-Phœbus , de ce modèle de courtoisie et de valeur , qui fut le François I^"^ du Béarn , et qui mérite , par sa gloire encore plus que par sa naissance , de se placer comme un frère à côté d'Henri IV. Bolbone , suivant l'heureuse expression de M. du Mège , était le Saint-Denis de ces rois-chevaliers; mais ce Saint-Denis des Pyrénées a été violé comme celui des bords de la Seine ; le repos des lits de marbre n*a pas été plus respecté que celui des tombes de plomb , et les fiers châtelains de la forteresse aux trois tours élancées, les puissans comtes de Foix , qui ont embelli leur terre natale de tant de riches domaines , n'ont pas même gardé une pierre pour abriter leurs ossemens.
Le palais de Bernuy , dont les jésuites ont fait un collège , eût pu devenir l'hôtel de Cluny de Toulouse , si un autre du Somnierard s'en était fait le conservateur.
« Parmi les monumens que la renaissance a semés avec tant de profusion sur le sol des provinces méridionales , aucun ne montrait mieux le goût délicat , le charme , l'élégance, la féerie de l'architecture à cette grande époque artistique ; les restes à demi renversés de ce vaste palais sont encore admirables. Jean de Bernuy, qui fit construire cet édifice , était natif de Burgos ; il descendait d'un gouverneur de cette capitale de la Yieille-Castille. Ses grandes richesses,- dit l'historien Lafaille , lui enflaient le courage, joint qu'il était gentilhomme; et j'ai remarqué qu'on le distinguait fort dajis les rôles ; car, où les plus forts après lui ne sont imposés qu'à 300 livres , sa cote-part est de mille écus , et il ne s'accommodait pas de cette distinction. » Mais alors qu'il pouvait montrer, sans y être force , son amour pour le roi , il offrait sa fortune tout entière. Serviteur dévoué de François I", qui l'aimait , Jean de Bernuy se rendit caution pour la délivrance de ce monarque après la funeste journée de Pavie , et sa fortune fut jugée suffisante pour répondre de cette rançon. De notre temps , on a vu aussi ime grande fortune s'engager pour un trône , et se perdre ; mais cet engagement là n'avait rien de généreux ; ce n'était qu'une félonie que l'ambition exploita et qui fut payée par l'ingratitude. Les choses se passèrent autrement sous François P'; ce roi, qui n'avait jamais reçu que d'honorables services, ne pouvait que s'honorer en s'en souvenant. On le vit , le 4 août 1533 , dîner avec la reine et cent dames de sa cour chez son féal Bernuy , et le fouquet toulousain , qui n'avait jamais tiré un denier du trésor, put donner une fête de Grand- Vaux sanj avoir à craindre le sort du surintendant de Louis XIV.
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UNE AME DE BOURBON; Lettres écrites en 1786 et 1787, publiées par M. Ballanche {i).
Ce n'est pas nous qui aurions livré ces deux petits volumes à la publicité ; nous aurions craint que son souffle impur ne vînt ternir la pureté naïve de lettres si chastes , si intimes ; nous aurions peut-être aussi voulu jouir seuls et sans partage de toutes ces lignes écrites pour nous, et que la foule est au moins inhabile à comprendre ; mais parce que nous aurions cru notre égoisme uue réserve juste et sainte , nous ne tiendrons pas le langage de ceux qui voient comme une infamie dans la publication que nous annonçons aujourd'hui.
Tandis que le génie ou l'ambition des hommes dictent à l'histoire des peuples des pages sinistres ou glorieuses ; le cœur aussi a son histoire , histoire secrète d'enivremens et d'angoisses , de douces illusions et d'amers désenchantemens ; mais rarement il livre ses confidences. Aussi considère-t-on comme une étrangeté et presque comme un scandale l'histoire simple , touchante et morale d'un noble cœur. Pour que nous en soyons venus à en agir ainsi , il faut que nous ayons bien peu d'hommes de cœur, bien peu de livres écrits avec le cœur. Depuis quand , mon Dieu ! l'amitié est-elle devenue un contrat illicite ? dans quel texte de morale a-t-on trouvé qu'épancher son ame était un crime ? que révéler de tendres sentimens était dangereux ? Si nous flétrissons toujours , comme pernicieux à la société, les livres où les égaremens les plus coupables semblent vouloir trouver leur excuse dans la fougue des passions, si nous condamnons toute pensée qui ne vient pas d'une ame chrétienne , si nous condamnons tout lien contracté au mépris de la morale et de la religion , nous ne savons que nous réjouir quand nous apercevons qu'au milieu d'une société froide , égoïste et impie , il y a des âmes ardentes , dévouées et religieuses ; quand nous apercevons qu'à côté de toutes les misérables pensées d'intérêt qui unissent les sociétés il y a des êtres qu'unit une mutuelle pensée de dévouement.
A ceux qui n'ont pas dans l'ame la corde qui vibre les nobles et tendres sentimens, nous ne dirons point de lire ces lettres , ils n'y verraient peut-être que la grâce élégante et simple du style. Mais qu'ils les lisent ceux qui , long-temps préoccupés des intérêts positifs de la vie , en ont un peu oublié la douce poésie , qu'ils les lisent, et ils se sentiront comme rajeunis. Refermant le livre, ils diront en retenant une larme venue à leur paupière : Dieu I que ce qui vient du cœur est beau et fait de bien ! L. de J.
(1) Chez Delloye, éditeur, place de la Bourse, S.
A H* le Directeur de VJEcho de i^'i^ance.
Monsieur ,
Si l'excellent ouvrage (1) qui vient de paraître sur la captivité de François I**^ devait avoir du retentissement dans tous les lieux de France où l'on aime l'histoire nationale, il appelait plus particulièrement encore l'attention des habitans de Chambord ; pour nous, le règne de l'auguste chevalier n'aura pas de fin ; environnés de ses souvenirs , nous les cultivons avec un respect religieux, et tous les hommages rendus à sa mémoire reçoivent de notr# part un accueil aussi reconnaissant que si , au lieu d'être les gardiens soUtaire de son héritage , nous faisions partie de sa maison ; permettez-moi donc de remercier, dans VEcho de France^ le modeste savant qui vient d'enrichir notra bibliothèque d'un des plus beaux monumens dont elle puisse s'enorgueillir.
M. Rey s'est lait comme Bayard le champion du prisonnier de Pavie ; il a vu dans les calomnies historiques de M. Rœderer l'arme traîtresse d'un autre jTotomajor y et c'est avec une arme mieux trempée et plus courtoise qu'il en a fait justice : il ne s'est servi que de la vérité.
Le traité de Madrid imposé par la violence était-il exécutable?
Y avait-il engagement d'honneur de la part de François P"^ dans l'acception chevaleresque du mot au seizième siècle ?
Le roi de France pouvait-il , pour se racheter , céder de son propre mouvement une partie de la France , et devait-il, après avoir laissé ses fils en otage et payé une rançon , aller reprendre ses fers ?
Telles sont les graves questions que Tauteur a examinées avec toutes les autorités du temps; historiens de France et d'Espagne, amis et ennemis , il a tout consulté , et les lumières qu'il a répandues sur les faits , les ont mis dans un tel jour qu'il est impossible de conclure autrement que lui.
D'abord si l'on se transporte avec M. Rey dans les idées de l'éfwque , on n'oubliera pas qu'un chevalier pris sur le champ de bataille ne regardait sa captivité comme inviolable que lorsqu'il avait donné sa parole de ne pas cliercher à s y soustraire ; or , jamais François I*""" ne voulut contracter cet engagement , et un traité quel qu'il fût ne pouvait pas suppléer au refus de s'engager ainsi suivant l'usage consacré par les lois de la guerre Evidemment , Iç traité de Madrid n'était et ne pouvait être exécutable dans la pensée de François I", que jusqu'à concurrence de son droit , et de celui de la nation implicitement appelée à ratifier ce traité, puisqu'il s'agissait de la cession d'une province dont il ne pouvait disposer sans son concours.
Charles-Quint, comptant sur la légèreté qu'il attribuait à son rival, s'elfoi ça
;') Histoire de la Capiù'ite de François I^\ par M. He}, nitiubre de la Sociélc des Antiquaires de France, rlc. etc. (]licz techner, place du l'ouvre, cl Dolloye, place de U bourse.
de lui tendre un piège en l'engageant au-delà de son pouvoir ; mais le piège était si grossier et la mauvaise foi si flagrante que son chancelier même Gallinara qui en pressentait l'inutilité refusa d'apposer sa signature au traité.
Suivez François P"^ à son retour d'Espagne. Son premier cri en franchissant la frontière fut celui-ci : Je suis encore Roi. Il entendait par-là que Charles- Quint n'avait pu le dépouiller du titre qu'il tenait de Dieu et de son droit ; mais cette couronne qu'il avait portée si haut dans les fers il venait la déposer sur l'autel de la patrie, et il était décidé, s'il fallait retourner à Madrid, à l'abdiquer avant , pour ne pas la livrer à la merci de Charles-Quint.
Voici l'assemblée des notables convoquée à Cognac en présence de deux envoyés du monarque Espagnol et des députés de la Bourgogne ; voici encore les trois ordres réunis à Paris dans un lit de justice en novembre 1527 , et quel langage le roi tient-il , si ce n'est celui d'un homme prêt à se dévouer , mais qui ne veut sacrifier que lui-même.
« Si vous jugez, dit-il, que l'état ne puisse subvenir à la rançon exigée pour » mes enfans , il faut ou vendre la Bourgogne ou trouver bon que je retourne » me constituer prisonnier à Madrid; car de croire que les choses puissent » rester dans l'état où elles sont , et que j'achète ma liberté au prix de celle » de mes enfans , qui sont ceux de la chose publique , ce serait me faire outrage. » D'ailleurs quel serait le fruit de cette barbare politique ? Je puis mourir de- » main , et au lieu d'un roi , vous en auriez deux à racheter. Si , par les arran- » gemensqui peuvent être pris, ma présence cesse d'être nécessaire, je pars pour )) Madrid. Écartez de vos délibérations tout ce qui me touche personnellement , » et ne consultez que l'intérêt de notre commune patrie , à qui nous devons » tou^ également , lorsque ses besoins l'exigent , le sacrifice de notre vie et de )) notre liberté. »
Le clergé est entendu. Il répond par l'organe du cardinal de Bourbon qu'il conseillera le roi selon sa conscience et l'aidera selon son pouvoir.
La noblesse, représentée par le duc de Vendôme, déclare qu'elle est prête à sacrifier corps et biens ; et le premier président de Selve fait au roi les offres les plus généreuses tant au nom de sa compagnie qu'en celui des auti'es compagnies souveraines , le corps de ville et le tiers-état.
La délibération de chacun des ordres séparés dure quatre jours , et le 16 décembre 1529 , les Trois Ordres réunis reconnaissent d'un commun accord que le roi de France excéderait son pouvoir en abdiquant , parce qu'appartenant à ses sujets comme ils lui appartiennent , il n'aurait pas le droit de disposer de sa personne sans leur aveu ; que les promesses arrachées par la force et les violences étant de leur nature invalides et nulles ^ il n'était tenu en aucune manière de faire la cession de la Bourgogne ; que père de la chose publique qui par son absence demeurait orpheline , il était supplié de rejeter toute pensée de retour à Madrid , et que l'empereur se contentant d'une somme de 2,000,000 d'écus d'or poui' la rançon des fils de France, ce nom indiquait les obligations du pays. »>
Cette décision était conforme au principe de notre ancien droit public : Lcx ronsensupopuli fit et constitutionc régis. La patrie et le roi étaient inséparables; aucun divorce n'était admissible entre l'oint de Dieu et le peuple. Le roi, pre-
inier gentilhomme du royaume [genlis homo) , ne pouvait pas plus abdiquer que céder une portion quelconque de la France sans le consentement de la nation.
Citant l'exemple de Henri , gendre du marquis de Montferrat, devant Salonique en 1207; de Clisson , retenu traîtreusement par le duc de Bretagne, et de beaucoup d'autres illustres prisonniers , M. Rey démontre la nullité radicale du traité de Madrid.
Pufïendorf opine dans le même sens. <( Charles-Quint , dit-il , n'avait aucun recours contre la parole du roi qui ne lui avait, jamais été donnée , et c'est pourquoi, reconnaissant lui-même l'inutilité d'un traité qui n'était qu'insidieux, il retint en otage les fils de France.
Mais le monarque espagnol fit plus encore : il signa le traité de Cambrai et proclama ainsi de la manière la moins équivoque la bonne foi de François I*' , bonne foi qu'il avait du reste assez hautement reconnue en venant s'exposer lui-même aux représailles de son ancien prisonnier.
« Si François P"^ fut parjure, s'écrie M. Lacretelle, tous les Français furent ses complices. »
On aime à voir M. Rey s'animer de la même indignation pour repousser une attaque dont le but est de flétrir l'honneur chevaleresque de l'ancienne France dans sa plus haute personnification ; ce sont là de ces colères généreuses qui honorent le cœur et qui font d'un écrivain quelque chosede mieux qu'un homme qui écrit , je veux dire , un homme qui sent et qui pense , et dont la plume ne sait comme la vôtre , M. le Directeur , exprimer que les convictions.
J'ai l'honneur, etc.
Chambord, le 22 juin 1837.
Le Comte Adrien de Calonne , Conservateur de Chambord , membre de la Société archéologique de la Somme, etc., etc.
CHRONIQUE DE PARIS