UNE DÉCEPTION
Au mois d'avril i83o, un jeune homme se promenait seul au jardin des Tuileries. L'expression contractée de sa physionomie révélait l'extrême agitation de son ame , on eût dit que quelque grand malheur venait de le frapper. Tout-à-coup il s'assied sur un banc de pierre, porte sa main à son front brûlant, puis se lève et s'éloigne en gesticulant. Il allait quitter le jardin quand il rencontra un de ses camarades de collège qui l'aborda de la foçon la plus amicale. Ils ne s'étaient pas vus depuis plus d'une année. Edouard , en retrouvant son ami , parut un peu calmé; mais lorsque celui-ci lui demanda la cause de l'état où il le voyait,
Malédiction, répondit-il, je ne suis pas nommé! Cependant après tant de recommandations et de démarches , on ne pouvait , on ne devait pas m'oublier...
— Ton ancienneté me semble un peu impatiente, reprit avec douceur Gustave qui crut en badinant apaiser Edouard, je ne te croyais pas l'ambition d'être placé si vite. Depuis six mois à peine tu es avocat...
— Qu'importe l'ancienneté! n'est-il pas d'autres titres? et puis le bonheur de ma vie est atlaché à ma réussite , mon mariage va manquer...
— Je me bornerai à te répondre, lui dit Gustave, que le pouvoir n'est pas obligé de faire un passe-droit choquant pour servir tes projets, que d'ailleurs il ignore...
— Trêve d'observations, mon ami , je n'admets aucune explication; il 'ai Heurs , je ne puis douter que mon libéralisme seul ait empêché ma nomination... ces Bourbons...
— INla foi , dit Gustave en riant de bon cœur, je ne comptais pas voir les Bourbons figurer en cette affaire. Tu te llattes trop , et ta prétendue opinion que, pour la première fois, tu mets en avant, n'est absolument pour rien dans la mesure prise à ton égard ; le mot de ton énigme , c est que tu veux parvenir sans efforts et chercher un pré-
texte pour faire de l'oppositiori. Celui que tu as choisi est maurais sous tous les rapports, et je le combattrais si vivement que notre liaison pourrait y perdre sans que tu y gagnasses. J'aime mieux renoncer à la lutte que d'y compromettre inutilement ce qui est bien précieux au monde, l'amitid de collège...
Là dessus , ils se séparèrent , ou plutôt Gustave quitta brusquement Edouard, dont le dépit, augmenté encore par cet entretien , se manifesta dans un monologue véhément.
C'était le mardi , 28 juillet, à six heures du soir. Gustave parcourait les rues de Paris, il ne portait pas l'uniforme de la garde royale ni celui de la ligne; aucun signe ne le faisait reconnaître et cependant il servait puissamment la cause menacée. Chacun sait quels moyens furent mis en œuvre par l'insurrection. Les barricadesqui obstruèrent tout Paris en quelques minutes amenèrent avec elles les lâchetés du guet-apens. C'est principalement sur les hommes isolés, envoyés en ordonnances, que les coups étaient dirigés; ajustés par derrière, dès qu'ils avaient franchi un obstacle, ils étaient tués à bout portant ; un gamin retranché en lieu sûr devenait ainsi un héros et pouvait se couvrir fièrement de la dépouille d'un lancier ou d'un grenadier. Le service de l'état-major-général se trouvait donc arrêté à chaque moment , et les troupes détachées sur différens points ne savaient plus comment leurs mouvemens devaient se lier ; c'est sur ces entrefaites que plus de vingt jeunes gens se présentèrent ensemble au quartier-général du duc de Raguse en demandant, par une lettre revêtue de leurs signatures , qu'on employât leur dévouement à tout ce qu'on jugerait utile. Conduits devant le maréchal, ils montrèrent tant de zèle, qu'on leur confia le soin de remplacer les cavaliers que l'on tuait ça et là et dont on enlevait les dépêches. Grâces à l'habit bourgeois dont ils étaient revêtus, leur mission était assez facile à remplir et présentait l'immense avantage de rétablir les communications entre les différens postes. Ils partirent donc, chacun de leur coté, avec celte ardeur que donnent les convictions sincères. Gustave fut envoyé vers la place de Grève , où le feu était très-vif. Les petites rues qui avoisinent cette place étaient encombrées par des conibattans en haillons, armés de toutes pièces,
et ivres de vin et de sang. Un régiment tout entier était là dans l'inaction. Gustave, muni du mot d'ordre^ put fendre les rangs et s'approcher d'un des chefs auquel il remit secrèment un petit billet : « Mon
Dieu ! fit celui-ci en versant d'abondantes larmes il le faut bien...
ajouta- t-il... » puis le chef de bataillon donna à ses soldats^ assaillis de toutes parts, Vordre de tirer en Vair /... Un quart-d'heure après^ un colonel était massacré dans la rue voisine...
Gustave rentra dans la foule et songeait à retourner à l'état-major, lorsque tout-à-coup une main pressa la sienne. A l'aspect d'un jeune homme armé d^un fusil de chasse, à sa figure toute noire de poudre . il ne reconnut d'abord pas Edouard.
- — Te voilà aussi ; c'est bien , mon cher, s'écria le héros ; nous venons de tuer deux gendarmes et nous allons fondre sur ce poste... La rougeur monta au front de Gustave, sa langue se glaça dans sa bouche, car sa main avait été serrée par une main teinte du sang de ses amis. Mais ce n'était pas le moment de montrer son indignation. D'ailleurs, il ne s'appartenait plus ; il se hâta donc de fuir cette horrible scène.
On concevra sans peine qu'après les fatales journées, Gustave^ dont le dévouement avait accompagné les princes malheureux jusqu'au chemin de l'exil, ne chercha point à revoir Edouard , qui, non content de la guerre des rues , avait été un des voyageurs de Rambouillet.
Chaque matin , Gustave , en lisant les journaux , s'attendait à voir le nom d'Edouard figurer dans les nombreuses fournées de magistrats et de fonctionnaires qui remplissaient alors avec tant de profusion les colonnes officielles. Rien ne lui annonçait que son ami eût profité de cette révolution pour laquelle il avait sacrifié les convictions de son enfance et qui l'avait vu si acharné au combat. Trois ans s'écoulèrent; Gustave fit un voyage à Paris , où il rencontra dans le jardin du Luxembourg un jeune homme mal vêtu , au visage pâle et assombri. — C'était Edouard! — Il y avait tant de malheur dans sa physionomie, tant de changement dans toute sa personne^ que tout d'abord Gustave en eut peur et pitié. Edouard était en quelque sorte absous à ses yeux par le misérable état où il le voyait; il s'approcha donc de lui et lui parla du Ion le plus affectueux. Le malheureux Edouard resta comme
anéanti à l'aspect de son camarade de collège (ju'il avait ai cruellement affligé. Mon ami , lui dit-il, j'ai grand besoin de ton assistance et de ta vieille affection; car, à cette heure, je n'ai plus à choisir quo le genre de mon suicide. . .
Gustave recula de quatre pas, comme si une main vigoureuse l'avait repoussé. Que puis-je faire , reprit-il , et comment en es-tu venu à ce point ?
Oh! mon ami, c'est vraiment aujourd'hui que je puis m'écrier : Malédiction!! Tu te souviens de notre entretien en i83o, des actes qui l'ont suivi et que je ne veux pas te rappeler, car je sais quelle a été ta conduite. Je laissai passer les premiers jours de notre victoire sans réclamer le prix de mes services, qui avaient eu de nombreux témoins. Toutefois, à l'aspect de la multitude qui envahissait toutes les places, je songeai à faire valoir mes droits. Tous mes efforts pour pénétrer dans la magistrature ou l'administration restèrent inutiles. J'insistai par tous moyens et me vis tour à tour éconduit, dédaigné, méprisé. J'osai , te l'avouerai-je , me vanter de l'abandon de mes anciennes opinions , et d'api'és cela je croyais être sûr de ma réussite; mais, par exception, je n'obtins rien que des promesses qu'on ne m'a faites que pour me tromper davantage. J'ai d'abord concentré en moimême ma colère que je n'essaierai pas de te définir; j'ai lutté contre lessentimens de vengeance qui me rongeaient le cœur; enfin je leur ai donné un libre cours. J'ai participé à maintes émeutes, j'étais au cloître Saint-Méry et ailleurs encore; j'ai voulu (aire une révolution nouvelle et n'ai échappé que par miracle à la mort ou à la captivité. J'ai vu mes compagnons d'infortune jetés dans les cachots et traités comme de vils assassins , pour s'être servis des mêmes armes qu'en i83o. Dés ce jour, j'ai en quelque sorte cessé de vivre; j'ai perdu le goût de l'étude et jusqu'au souvenir des travaux de notre jeunesse ; après avoir passé bien des nuits dans les convulsions , le délire , la rage^ en présence de ma misère et de mes espérances déchues, je me suis un jour endormi ; que dis-je ? je suis tombé dans un spasme qui m'a procuré un instant l'oubli , mais non le repos... Au sortir de cet étal, j'étais épuisé, abruti , j'ai recherché en vain mes anciennes (acuités, je n'ai retrouvé que le désespoir. — Ton amitié providentielle m'a seule pu donner la force de te parler ainsi. Je ne t'en dirai pas davantage; je suis sans ressource , le moindre en)ploi me conviendrait . ol si,
pour l'intéresser à mon sort, il faut te prier d'oublier mon passé, reçois ici mes excuses et mes regrets et crois que désormais. . .
— Une telle protestation est inutile , reprit vivement Gustave , et il me suffit de savoir ce que tu souffres pour que toute mon amitié se ravive pour toi...
H fallut se séparer. Gustave, n'hésitant pas à croire Edouard sur parole , lui remit tout l'argent qu'il avait à sa disposition , et le surlendemain il était assez heureux pour le conduire lui-même dans un bureau où il devait recevoir un traitement de douze cents francs par an. Ce pauvre Edouard en témoigna à son ami plus de reconnaissance qu'il n'en eût montrée deux ans plutôt pour une place de préfet ou de procureur du roi.
Gustave quitta Paris,
Ldouard retrouva pour quelque temps un peu de calme , et les lettres qu'il écrivait à Gustave prouvaient que son ame était moins agitée. Chose étrange! ce jeune homme, que des talens distinguaient, que l'ambition avait stimulé de bonne heure, qui avait foi dans sa capacité personnelle au point de se croire appelé à passer avant les autres, aujourd'hui il se contentait volontiers d'une place de copiste, et il ne se permettait pas d'autre désir que celui de la conserver. C'est que le chagrin et la colère avaient traversé son esprit et son cœur et les avaient émoussés tous les deux; et puis la misère , hideuse et obstinée, avait achevé de le ruiner au moral en même temps qu'elle l'avait forcé de vendre ses effets et de ne vivre souvent que de pain de munition . . .
A mesure que son travail lui fournit des ressources^ Edouard s'empressa d'effacer , une à une, les traces de sa longue pauvreté. Une nourriture plus saine et moins restreinte remplaça ses habitudes de privation et sa santé s'améliorait visiblement. Hélas! il ne prévoyait pas que le bien-être qu'il reconquérait peu à peu devait lui devenir fatal ! avec les l'orces physiques revinrent les forces morales, el Edouard , se replongeant dans ses souvenirs , se livra de nouveau à ses réflexions, à ses comparaisons... Sa position lui parut mesquine d'abord , puis indigne de lui , enfin il l'a trouva honteuse... Chaque jour il rencontrait dans les rues de Paris des hommes comblés de faveurs, surchargés de places , de décorations, et il savait que ceux-là
s'étaient cachés pendant qu'il exposait sa vie , et , en dernier résultai , il les voyait profiter de sa victoire. La fureur et la jalousie se réveillèrent chez lui terribles et implacables; il ne put supporter plus longtemps la vue de son bureau , il l'abandonna et on ne sut pas ce qu'il élait devenu.
Gustave apprit cet événement , et écrivit à Edouard dans des termes de douceur et d'affection. Il reçut le lendemain la courte réponse qui suit : (( Mon ami, ta lettre m'a louché au cœur ; mais elle n'est pas » assez puissante pour me faire renoncer ?u parti que j'ai pris irrévoca- » blement. J'ai perdu mon temps ^ ma jeunesse , ma santé à demander, » ce qu'on me refuse , et que, depuis hier, je sollicite de nouveau en » rappelant tous mes droits. J'ai usé tous les sentimens et toutes les » passions , l'amour n'est plus rien pour moi , et l'amitié , même celle » que je te porte, ne saurait me retenir. C'est assez te dire où j'en » suis. Si la semaine prochaine je n'ai pas obtenu ce que je mérite à » tous égards et dont je vois tant d'autres en possession , la mort seule » deviendra l'objet de mon ambition , et tu apprendras que celle-là au )) moins ne m'aura pas failli. Adieu, pardonnes-moi la peine que je te )) ferai. »
Le premier soin de Gustave en arrivant à Paris, quelques jours après la réception de la lettre d'Edouard , fut d'aller visiter son malheureux ami. Il le trouva au lit très-malade et sans secours. Gustave se chargea de tout; il lui envoya un médecin, et comme une crise violente donna les plus vives inquiétudes pour la vie '^u malade, il avoua nettement à son ami le danger de sa position et le pria de recevoir un prêtre. Edouard accepta, et, une heure après, Gustave était accompagné d'un de ces hommes qui savent si bien faire aimer la religion au lit des mourans, auxquels ils apportent de ces consolations ineffables que Dieu leur inspire comme pour adoucir par avance la voie de son tribunal.
Dans la nuit, un mieux sensible se manifesta; Edouard avait trouvé dans cet acte religieux un véritable bienfait, et il en remercia Gustave à plusieurs reprises dès qu'il put parler librement, et déclara vouloir renoncer pour toujours à toutes les pensées qui avaient fait son malheur depuis trop long- temps. Gustave se réjouissait de voir son ma-
lade dans de si bonnes dispositions, lorsqu'un jour, en montant chez Edouard, il fut averti que celui-ci était sorti très-précipitamment enveloppé dans un manteau. Il prit quelques informations , et sut qu'Edouard avait reçu le matin une lettre après laquelle on l'avait vu partir.
Gustave courut au plus vite chez tous les amis d'Edouard ^ que personne n'avait vu ; il passa à la Morgue , où ses soupçons ne furent pas réalisés ; enfin il retourna chez lui. Avant d'arriver à sa porte , il aperçut un brancard porté par quatre hommes et entouré par plusieurs autres qui luttaient contre le malade... H s'approche et reconnaît Edouard dans un état impossible à décrire. Ses yeux étaient hagards, sa bouche écumait, et il poussait des cris navrans. Gustave apprit bientôt qu'Edouard avait été trouvé en cet état dans la rue , et qu'une lettre à son adresse , déchirée en plusieurs morceaux , avait donné l'indication de sa demeure, où on le ramenait. Un médecin fut appelé, il déclara tout de suite que le malheureux Edouard, était atteint de la folie la plus compliquée...
Au bout de quelques jours , il fut transporté dans une maison de santé, où tous les premiers soins furent complètement inutiles. D'incessantes attaques et des accablemens prolongés avaient épuisé le cerveau et jusqu'aux moindres facultés d'Edouard, qui ne reconnut pas même Gustave, son fidèle gardien.
Trois mois s'écoulèrent ainsi sans que la folie eût diminué, seulement elle avait changé de forme ; au lieu de ces mouvemens violens et de ce mutisme perpétuel , Edouard se livrait à des monologues effrayans. Il se drc3sait sur son lit, se mordait les bras, laissait échapper un rire convulsif, puis il vomissait des mots entrecoupés, des phrases sans suite; on l'entendait dire d'une voix déjà sépulcrale : «Je veux être dans l'administration... n'est-ce pas que je me suis bien battu... je dois être procureur du roi... j'ai prouvé que j'étais un des premiers aux barricades... ils ont tous des places et la croix... je devrais être préfet aujourd'hui. .. Oh ! les misérables , les ingrats! !... j'ai faim ! ! Gustave, Gustave!!... je ne veux pas être copiste dans un bureau... Oh! la lettre , la lettre ! . . . quelle horreur. . . ils m'ont tué ! »
Puis il pleurait, il se donnait des coups de poings, et toute la vigueur de ses gardiens ne suffisait pas à le retenir.
Gustave, mieux (ju'un autre, hélas! comprenait ces paroles si dés-
ordonnées, et tout cet état où il voyait son ami. La lettre seule dont parlait Edouard lui paraissait inexplicable. En conséquence , il résolut d'aller taire une recherche dans la chambre d'Edouard ; il y trouva, sous 'e lit, une lettre déchirée dont il rapprocha les morceaux. Elle était écrite par un de ceux auxquels ce malheureux jeune homme s'était adressé en dernier lieu , et on y lisait ces mots :
(( Tous les droits que vous invoquez sont au contraire une raison » pour que vous n'obteniez rien. On sait , et vous ne pouvez le nier, » que , depuis juillet iSSo, vous avez conservé les mêmes idées qui, » à cette époque, vous ont mis les armes à la main. Le gouvernement )) doit tout craindre d'une mémoire telle que la votre. Vos services » ont une origine que vous n'auriez pas dû rappeler. Tâchez de )> les faire oublier, et dans quelques années on fera peut-être quelque » chose de vous; mais il faut donner des gages au pouvoir... Jusque-là, )) vous n'aurez ni places ni secours, etc.. »
Gustave comprit l'insistance avec laquelle Edouard rappelait cette lettre; il retourna auprès de lui. Une crise horrible venait de s'emparer de son ami, qui se livrait aux mêmes plaintes, mais d'un air plus abattu. Son œil terni et son teint livide h^appèrent vivement Gustave ; il tendit la main à Edouard, qui la pressa convulsivement, et retomba sur son oreiller. Tout-à-coup sa bouche se ferma ^ ses yeux s'éteignirent , un froid mortel glaça ses membres, il expira. Sa figure resta calme comme celle d'un homme qui a échangé l'infortune pour le bonheur. La seule consolation de Gustave fut de penser que les sentimens religieux étaient les derniers que son ami avait accueillis avant de mourir.
Alglste Joua^et.
F, es Voi.i intérieures, par M. \iclor Hugo. — Panlhéon liltrraire, par I\I. Aimé Marlin. — La Courtisane et le Martyr, par M. Féal. — x\lpes et Danube, par ^\. le baron (l'Haussez. — Un An sur les Chemins , par INI. Lottin de Laval — Le Midshipman Aisé, par le capitaine Marryat. — Le Faubourg Saint-Germain, par M. le comte Horace de Yieil-Castel. — Les IMémoires du Diable, par M. Frédéric Soiilié. — Fables, par M. J. Hue.
Si vous avez vu la riche collection de vases grecs et étrusques , peints en bronze et en couleur de terre , trouvés sous les cendres d'IIerculanum et de Pompéï , que nous devons à madame Vespucci ^ et qui sont confiés aux soins de MM. Ritner et Goupil , une chose vous a frappé sans doute, c'est le petit nombre d'ouvrages d'art qui ont échappé à la lave du volcan. Parmi les riches sculptures que l'antiquité romaine avait transportées dans ces deux villes mortes , étouffées par le Vésuve , quelques-unes à peine ont été jugées dignes d'être recueillies par l'artiste , soit pour l'élégance de leur composition , soit pour l'originahté de leur forme.
Eh bien I un pareil travail de destruction d'une part , et de restauration de l'autre , a lieu aussi dans la littérature , et c'est le temps qui est tour à tour restaurateur et destructeur. — Dans le royaume des lettres , comme dans le royaume des cieux , il y a beaucoup cV appelé s, et peu d'élus l Y oyez? parmi cette quantité d'ouvrages , humides encore par la fraîche date de leur impression , combien d'emportées déjà comme les feuilles sèches d'automne? Que fera le critique au milieu de la mortalité effrayante qui l'entoure ? Il ne peut faire un pas sans heurter contre une tombe : et pourtant , mieux que personne , il doit avoir du respect pour les tombeaux I
Aujourd'hui , grâces à Dieu , le critique est plus à l'aise; il respire enfin. Un génie vigoureux et puissant pose devant lui ; sa tète domine toutes les productions du moment ; il va l'interroger d'abord avec crainte , mais avec courage.