PHILOSOPHIE. — HISTOIRE
Panthéon littéraire, Introduction, par M. Aimé Martin.
Nous nous arrêterons peu sur le but du Panthéon littéraire , car MM. les honorables en ont parlé du haut de la tribune : ils ont dit à la France quels étaient les heureux résultats que les écrivains doctrinaires en avaient obtenus. Mais voici venir M. Aimé Martin qui s'est fait l'apologiste de cette entreprise mercantile. C'est le jongleur qui attire les passans aux sons de la trompette , et qui , une baguette à la main, leur montre les richesses du Panthéon , en leur criant : Achetez I
M. Aimé Martin déclare formellement que le but du Panthéon littéraire est de faire descendre l'instruction religieuse dans les masses. Et voyez quels sont les livres qu'il leur propose d'étudier? Voici Spinosa , voici Locke, voici Hume, voici Diderot, voici Helvétius , voici Voltaire, voici Rousseau. N'admirez-vous pas les beaux modèles qu'il jette au visage du peuple? Il met bien à côté de ces hommes-là liossuct, Mallebranche, Leibnitz et Fénelon ; mais il a soin d'excuser Bossuet d'avoir introduit la fatalité dans l'histoire : l'auriez- vous jamais cru? Bossuet, un historien de la façon de MM. Thiers et Mignet! î En revanche, Voltaire doit être nécessairement un historien très-religieux; voyez plutôt son Essai sur les Mœurs des nations?
Par l'introduction du Panthéon littéraire, jugez de l'esprit qui a présidé à cette publication. — M. Aimé Martin est un homme religieux, très-religieux sans
cloute; mais il est atteint de cette espèce de fièvre philosophique qui pousse à 1.^ prctrophobic. Il lit tous les jours l.i Bible , il va à la messe , assiste au prône et à vêpres souvent ; mais il admire Rousseau , le grand prêtre de la religion sublime dr la nature cl du devoir, sensualisme chamarré des livrées chrétiermes ; il est caiholique fervent, mais il est enthousiaste do Locke qu'il oppose à Fénelon, et puisqu'il est en train d^offrir des cassolettes pleines d'encens à la mémoire des philosophes du siècle dernier , il ne s'arrête pas en aussi bon chemin ; il court embrasser Voltaire. C'est que Voltaire , pour M. Aimé Martin , n'est plus ce démolisseur stupide qui n'a que l'instinct des ruines , c'est le grand architecte de la société moderne ; il aurait même , pense l'auteur, attaché son nom à la publication du Panthéon littéraire : il a fait de si [jrandes choses pour Tinstructioii du peuple I
La Courtisane et le Martyr ; par M, Edouard Féal.
L'auteur de cet ouvrage interroge les vieux rudimens de Toulouse, sa patrie, en évoquant l'ombre sublime des « fougueux Tectosages, vainqueurs des Grecs, » de Rome et de l'Asie, et celle des rois goths et des comtes du Languedoc, ces )» premiers législateurs de la France. » Saint Sernin, saint Exupère, Eudes, Didier, Egfrid, qui luttèrent avec tant d'efforts et d'héroïsme contre Clovis, Charlemagne, Pépin et Martel ; voilà les héros que son patriotisme s'est choisis tout d'abord. Il a vu les faits d'armes de ses ancêtres méprisés ou méconnus, et son ame enthousiaste a voulu relever les pages héroïques de ces temps « où les » grands noms viennent se combiner dans les secrets desseins de la Providence, )» avec les brusques apparitions des Huns, des Normands et des Sarrasins, avec »» le travail civilisateur du catholicisme, du génie communal, avec la révolution » des croisades et les agrandissemens successifs de cette grande monarchie de » France, la plus belle de l'univers. »
Nous avons lu la Courtisane et le Martyr avec tout l'intérêt d'un enfant du midi qui aime à relire les gestes de ses aïeux. On y voit la civilisation romaine étendre ses faibles lambeaux sur le druidisme des Gaules , et entraîner après elle le luxe et la corruption qui vont l'ensevelir dans sa ruine. Les fils de Tolose, la puissante et l'antique, rêvent à l'indépendance ; un envoyé du Christ, saint Sernin, arrive et apporte à ces adorateurs de Malasit les merveilles de sa parole évangélique. Mais déjà, les peuples aventureux du nord et les Goths à leur tête débordent dans les vallées du Languedoc, et de leurs débris va surgir le royaume des Visigotlis. Ce volume est le début d'un grand ouvrage. On y trouvera une description large et savante de la civilisation romaine et de ses mille prostitutions. Il y a bien des pages où le talent se déclare, mais l'affectation et la redondance du style se font jour à chaque phrase. Que M. Féal soit plus sage dans ses compositions, qu'il persévère dans les idées religieuses dont il a parsemé son ouvrage, et nous lui présidons des succès pour l'avenir.
VOYAGES
Alpes et Danlbe, ou Voitage en Suisse, Styrie, Hongrie et Transylvanie ;
par M, le baron d^ Haussez.
Ce nous est une bonne fortune que d'avoir à parler du nouvel ouvrage de M. le baron d'Haussez. L'auteur ne foule-t-il pas à présent le même sol que nous? n'est-il pas revenu s'asseoir à son foyer domestique? ]N'est-il pas là, ce voyageur plein d'esprit et de charme , avec les souvenirs de l'exil et les regrets de son cœur, nous rappelant encore ses promenades en Bohême , où trois générations de rois l'attendaient dans un château d'emprunt , où une tombe devait s'entr'ouvrir quelques semaines après, pour se refermer sur les restes de Charles X?
Dans tout son ouvrage, M. le baron d'Haussez s'est montré tour à tour homme d'esprit, écrivain élégant. Il a parcouru les régions du nord qui furent le berceau des empires modernes, avec l'observation du voyageur éclairé, du philosophe chrétien, de l'administrateur attentif et savant. Nous avons lu surtout avec ravissement le portrait du filsduduc deBerry, où il nous montre Tame ardente et généreuse du jeune prince s'ouvrant avec grandeur à toutes les sciences et à tous les travaux, a Qu'adviendra-t-il , dit l'auteur, de tant et de si heureuses dispo- »> sitions ? personne ne saurait le prévoir. Ce que l'on peut dire avec confiance, » c'est que, sous quelque forme que se présente l'avenir, qu'il soit rigoureux ou 4» favorable, Henri ne lui fera pas faute. »
Un An sur les Chemins, etc. ; par M. Lottin de Laval.
Paris est triste comme un bonnet de nuit : le beau monde est parti ; il ne rentrera dans la capitale qu'après bien des courses, de longs voyages en Russie, en Suisse , en Savoie , en Italie , ou bien encore , après les bains de mer, ceux de Dieppe, de Vichy , de Cauterets , de Saint-Sauveur, etc. Comme une armée fatiguée qui revient prendre ses quartiers d'hiver : la littérature a dû voyagera son tour, pour nous offrir aussi les mille impressions de ses voyages.
Nous croyons franchement qu'il est impossible de rien dire de neuf sur l'Italie. Cette terre a été foulée depuis cinquante ans par tous les hommes d'éclat, par les généraux, par les écrivains, par les poètes, voir même par les Carbonaro. Bonaparte , et plus tard Napoléon , car dans ces deux noms qui signifient le même personnage, il y a je ne sais combien de révolutions, Chateaubriand , lord Byron , Goethe et Lamartine , y ont laissé des traces durables de leur passage. Tous ont publié leurs inspirations , celui-ci par les Te Deuni de ses victoires, et ceux-là par les pages éloquentes que tout l;^ monde connaît, et que nos descendans reliront encore lorsque nous n'aurons plus même un souvenir dans la mémoire des hommes.
M. Lottin de Laval a parcouru l'Italie la tête pleine de savoir et d'études. Il a reconnu tous les lieux qu'il a visités , comme les ayant vus déjà dans Virgile, dans Cicéron, dans Horace, dans Ovide, dans Pline, dans le Dante, dans le Tasse,
dans l'Arioste, etc.; il en résulte beaucoup de détails ciiarnianspour les lecteurs. L'écrivain a voulu s'inspirer du {jénie des anciens et des modernes, afin de comparer les différences de la civilisation antique et de la civilisation actuelle. Arrivé à Florence, il y parle de l'origine des factions des guelfes et des gibelins : mais nous aurions désiré qu'il eût fait passer devant nous les scènes folles et tumultueuses de la démocratie florentine. Une étude semblable eût été féconde en nobles enseignemens, pour nous Français, qui avons traversé tant de jours désastreux , et qui interrogeons l'avenir avec des veux avides.