MOIS DE SEPTEMBRE
A Angoulêine, un sacrilège officiel, une croix insultée, abattue, brisée, brûlée.
A Coiiipiègne, de grandes manœuvres , la petite guerre et des fêtes.
A Constantine, du sang prêta couler, une revanche à prendre.
A rOpéra-Comique, un succès légitimiste.
Aux Tuileries , des apprêts pour un nouveau mariage luthérien.
Au Luxembourg , les portes entr'ou vertes pour recevoir les pairs d'une nouvelle fournée.
Au Casino de la rue du Mont-Blanc , d'immenses apprêts pour les soirées de Paganini.
Aux ministères, des allées et des venues pour la dissolution de la chambre.
Au palais des Beaux- Arts , affluence devant la belle copie du Jugement dernier, par le pauvre Sigalon.
Au parquet, de nouveaux interrogatoires pour découvrir toutes les ramifications du grand complot légitimiste.
A la salle des concerts Musard, redoublement d'efforts harmonieux pour conjurer Torage qui menace du côté du grand Casino.
A Marseille , le choléra se lassant de frapper et Tespérance revenant aux populations.
A Nantes et à Angers, terreur et effroi causés par l'affreux accident du bateau à vapeur , accidens qui deviennent communs dans tous les pays.
A Bruxelles , émerveillement devant le grand remorqueur et les nouvelles voitures de M. Dietz père.
Au chemin de fer de Paris à Saint-Germain , diminution de foule et de recelte.
A Madrid , peur, perturbation , désordre.
Au camp de Charles V, ordre, courage, espoir.
A Worsnessenk , une immense armée s'agenouillant avec son empereur et remerciant l'Eternel de l'abondance et de l'union qu'il a répandues sur la Russie.
A Gratz , du bonheur chez les exilés ; toute la royale famille réunie chez Madame , les enfans dans les bras de leur mère.
A Londres , la jeune reine Victoria ramenant la mode des paniers , des manches et du rouge.
A Rome , des prières et des morts , le choléra et les consolations de la i-eligion.
A Palernie, l'ordre se rétablissant parmi les tombeaux.
A Bordeaux , l'ancien favori de Louis XVIII , le nouvel ami deLouis-Philippc^ le giand référendaire de la chambre des Pairs , charivarisé, hué et sitllé.
Aux chefs-lieux des dépariemens, les rovalistes s'apprèlant à aller aux élections.
V oilà , si notre mémouc est fidèle, ce qu'a vu le mois de septembre : nu»lange
de bien et de mal, de joie et de douleur, de réjouissances et de morts ; mais qui a eu la même allure que tous ceux que nous voyons venir et s*en aller depuis long-temps
Le temps de Tannée dernière faisait craindre pour les mois d'automne de cette année ; il est vrai que les premiers jours du mois dernier avaient été si mauvais , si gris, si pluvieux, que l'on pouvait croire que l'hiver avait passé par-dessus l'automne , comme l'été avait enjambé par-dessus le printemps ; mais non , voici que le ciel est redevenu serein et bleu , et que la campagne, toute verte encore , va garder ses habitans ; on ne parle plus autant de retourner à Paris ; Paris n'a d'attraits que lorsque les champs n'en ont plus.
A Enghien, d'où j'écris ces pages , est arrivée une recrudescence de bains et de beau monde I Encore toute une saison pour regagner la santé que l'on avait perdue , encore un mois d'animation à l'entour de ce beau lac qui a appartenu à Catinat; encore un mois de joyeuses cavalcades, de courses, de coups de fusil et de temps de galop pour les ânes et les petits chevaux de Montmorency ; encore des promenades en bateau, en canot, en pirogue ; encore des voiles de toutes les formes , des pavillons , des flammes , des banderolles de toutes les couleurs , animant les eaux endormies du lac ;
Encore d'agréables soirées au salon de l'établissement des bains , encore des guérisons et des cures , des joies et des plaisirs , du mouvement et du bruit entre la royale abbaye de Saint-Denis avec ses morts couronnés , et Montmorency et Saint-Leu avec leurs nobles et tristes souvenirs.
De toutes les saisons , la plus inspirante c'est l'automne ; on travaille mieux quand on est grave que lorsqu'on rit ; or, le printemps avec toutes ses fleurs est trop jeune et trop gai ; l'été avec ses ardeurs est trop accablant ; mais quand les arbres commencent à jaunir, quand avec de beaux jours on a de longues soirées à la li^mpe, c'est le bon temps pour les travaux de l'esprit : le jour on regarde, on voit, et le soir on écrit ce que l'on a vu. . . Déjà le monde littéraire a ses bruits et ses rumeurs , et Ton peut annoncer que les Keepsakes , les Album , les Souvenirs ne manqueront pas au premier de janvier 1838. Le Tableau poétique des fêtes chrétiennes va avoir son édition de luxe avec des gravures anglaises. Paris et Londres^ charmant recueil qui a eu tant de succès en 1837, va faire paraître son second volume. Les Tableaux bibliques sont prêts à être exposés aux regards. Les Souvenirs d' Allemagne , avec de précieux dessins, ne tarderont pas à voir le jour et feront sensation dans le monde royaliste , car tous ceux que nous aimons et regrettons ont fourni des dessins à cet album de souvenance.
Le mois qui vient de s'en aller a vu les Soirées de Jonathan, par l'auteur de Picciola. Des livres de M. Saintine , on peut parler parce qu'ils resteront.
Après avoir fait un résumé de ce que nous venons de voir par le monde depuis trente jours , il nous faut faire une rapide analyse des vers qui ont été adressés à Y Echo de France et qui méritent mention honorable.
M. Bataille de Pontacq nous a envoyé tout un petit poème intitulé le Deuil. Nous avions déjà eu Joies et larmes , de M. F. Girault , volume où nous avons trouvé quelques jolis vers au milieu de pages souvent remplies d'une versification sans couleur ; les Pleurs ^ les Soupirs , les Élans d'une amc triste ^ et en rendant compte de ces œuvres , nous avions dit que la jiocsie se faisait par trop lar-
jnoyante. Mais le Deuil de M. Bataille n'est point de cette école vague , lui sait pourquoi il pleure , c'est son père qui vient de mourir , c'est sur son cercueil que s'étend le deuil.
Oh ! combien je l'aimais !... Avant que les années Efifacent mes regrets , les pics des Pyrénëes ,
Ces pics hérissés de glaçons , Par lesquels nous voyons nos frontières bornées ,
Seront au niveau des sillons.
O mon père ! daigne m'en croire , Avant que ton enfant puisse se consoler , Qu'il cesse de chérir, de pleurer ta mémoire , Le Gave béarnais cessera de couler !
Mon père , fallait-il , lorsque la poésie M'ofTrait en souriant sa coupe d'ambroisie ,
31e quitter pour toujours ':' Ta présence chassait la triste inquiétude : Non moins purs que. les eaux de cette solitude ,
S'écoulaient mes beaux jours.
Au bord de ce torrent qui sous mes pieds s'élance , Dans la sombre forêt j'attendais en silence
Le souffle inspirateur ; Et bientôt j'éprouvais l'impression divine , Et je sentais bondir au fond de ma poitrine
Mon indomptable cœur ! )
Avec cette onde qui bouillonne Roulaient mes chants tumultueux ; Et sur le vent qui tourbillonne Ils s'élançaient impétueux :
Porté sur le flanc des nuages , Mon esprit suivait des orages Le vol affreux et solennel ; Et parmi ces tableaux sublimes , Planant au-dessus des abîmes , Je glorifiais l'Eternel.
M. Pierre Brard a pris un sujet trop usé, le barde mourant. Mais sa diction est pure et rappelle le /aire de Millevoyc.
Pâle soleil , au sein de l'onde auierc ,
Tu disparais .- les rayons languissans
Viennent à peine etllcurer ma paupière
Sous les rameauv des cyprès gémissans.
Tu meurs... mais non , tout radieux encore ,
Demain , lidele à la voix du 'iiatiu ,
Tu sortiras des voiles de l'aurore ,
Tu renaîtras... moi , jr mourrai demain î.
Le vent du nord déchire les nuages
Et tristement souffle dans les déserts;
Sourd, il musait ; aux concerts des orages
Il vient mêler ses lugubres concerts. •
Je vois les flots , aux coups de la tempête. Bondir, gronder, bouillonner et périr (l). Comme les flots , les vents battent ma tête ^ Mes jours, comme eux , las ! vont s'évanouir î...
Les Poésies religieuses de M. Nauzeil , de Toulouse , nous sont remises à Finstant ; comme nous voulons en parler avec conscience , nous les remettons à un autre jour ; il vaut mieux attendre et être bien jugé que de passer dans un moment de presse ; nous avons encore bien des vers à lire et à apprécier : nous les renvoyons au prochain numéro. La poésie nous déborde.
Vicomte Walsh.
(Ij On ne dit pas que les flots périssent ^ ils s^ apaisent) mais le poète avait besoin d'une rime en ir. O malheureuse rime !
l^cvuc hc0 ${icâti;e0.