LE CONSEIL
C'était la nuit ; la neige tombait épaisse et le vent soufflait froid, cependant la vieille et vaste église s'était vite remplie des notables de Moscou. Un grand nombre d'entre eux avaient reçu ordre de s'y rendre avant minuit, et d'y venir
secrètement, isaléuK&nt, pour que le peuple effrayé ne vînt pas troubler les délibérations.
Délibérations de vie et de mort I Ùre ou ne pas ctre^ c'était la question ou'on allait agiter.
Celui qui avait convoqué cette assemblée, le gouverneur de la ville sainte, le comte Rostopschin , était arrivé le premier, et dès son entrée chez le vieux prêtre, qui depuis quarante ans dirigeait la paroisse de Saint-Nicolas hors la ville, s'était excusé de prendre une église pour y tenir un conseil où peu de paroles de paix seraient prononcées... Mais, ajouta le comte, il était urgent de mettre nos délibérations hors de la vue et du contact du peuple, et puis , c'est une chose sainte, une chose agréable au Seigneur que de s'occuper du salut et de l'honneur de la patrie.
Oui , avait répondu le prêtre, je le sens comme si j'étais soldat, et avant que vos délibérations commencent , je dirai devant l'autel du grand saint Nicolas l'hymne du Saint-Esprit : les saints doivent nous écouter quand nous les invoquons contre les Français, les Français ne sont -ils pas les soldats de l'antechrist ?
Comme l'avait dit le prêtre, quand tous les hommes qui devaient prendre place au conseil furent arrivés , il vint s'agenouiller devant la statue du patron de la Russie, et d'une voix émue entonna les prières.
Oh I ce n'était pas alors qu'il y avait des cœurs et des esprits distraits sous les voûtes du temple; non, une même pensée maîtrisait, dominait tous ces hommes ,