‹ L'Écho de la jeune France (volume 5)Chapitre 108 sur 129 · LE PEUPLE · texte numérisé non relu

LE PEUPLE

Le jour n'avait pas encore commencé à blanchir les nuages, que tous les notahles de la grande cité étaient rentrés sans bruit dans leurs demeures ; et Roslopschin content du résultat de l'assemblée , avant de prendre quelques instans de repos, entrevit que si l'aigle de France s'abattait sur Moscou il y aurait un grand bûcher.

Le gouverneur avait dit la veille dans l'église de Saint-Nicolas :

S'il faut abandonner vos demeures , emmener vos familles loin de la cité sainte^ le ferez-vous ?

Et les notables avaient répondu : Nous n'hésiterons pas, nous le jurons. Maintenant le peuple tenait le serment que ses notables avaient fait et pour eux et pour lui.

Dans la ville il y avait alors un bruit solennel ; cent mille voix se parlaient, se lamentaient, s'interrogeaient^ se disaient adieu ; mais ce bruit n'avait rien d'éclatant i au contraire, il était sourd ; on ne se parlait que bas, comme lorsqu'on est auprès d'un lit de mort ou d'un cercueil. .. Ce que l'on entendait le plus, c'était le roulement des chariots emportant les archives , les caisses publiques, le trésor, les richesses des nobles et des principaux marchands, et les mobihersplus humbles de la classe moyenne. En ce jour (1), le 3 septembre, une Française, au risque d'être massacrée par le peuple, se hasarda à sortir de son refuge ; elle errait depuis long-temps dans de vastes quartiers dont la solitude l'étonnait, quand ime lointaine et lugubre clameur la saisit d'efl'roi. C'était comme le chant de mort de cette vaste cité ; immobile, elle regarde et voit s'avancer une multitude ^mmense d'hommes et de femmes désolés, emportant leurs biens , leurs saintes images, et traînant leurs enfans après eux ; leurs prêtres, tous chargés des signes sacrés de la religion, les précédaient ; ils invoquaient le ciel par des hymnes de douleur que tous répétaient en pleurant.

Le peuple capable de cette héroïque émigration ; les Parisiens dans leur stupide orgueil l'appellent barbare !

Oh ! sainte et touchante barbarie que celle-là î

Barbarie qui enseigne à aimer assez la patrie pour lui sacrifier ce que le cœur de l'homme a de plus cher^ le toit natal.

Barbarie qui dit au patriote qui s'exile : Emporte avec toi les images saintes de-' f'ant lesquelles ton père et ta mère ont prié; garde tes croyances ^ la religion cest une autre patrie...

Figurez-vous le peuple, esprit fort de Paris, forcé de s'exiler., oh I je crois le (1) Ségur.

voir, il courrait aux salles de spectacle, pour en emporter quelques débris de décor, ou quelque lambeau d'oripeau pour aller jouer la comédie ailleurs.

A Moscou, le peuple avait fait moins de progrès dans cette civilisation qui rend une nation assez inconstante, assez indifférente, assez apathique pour que tout joug lui soit égal, et qui s'arrange de la lionte comme de la gloire ; à Moscou, alors que l'émigration avait été presque générale, alors qu'elle venait d'entraîner hors de la ville le gouverneur, les nobles, les prêtres, les fonctionnaires, les soldats, les riches, les marcliands et les artisans, alors qu'il n'était resté dans l'immense cité que cette part méprisée de la population , qui vit d'oisiveté. Eh bien, il y avait encore dans cette lie quelque chose de pur, dans cette dernière fraction de populace encore de la noblesse, dans cette bassesse encore de l'élévation.

Son rôle lui a été assigné, elle le remplira, car elle a encore de l'énergie.. . c'est avec désespoir qu'elle a vu fuir ceux qui étaient comme sa fortune, ceux qui la faisaient travailler, ceux qui la nourrissaient..^ Ces dédaignés, ces délaissés du monde se sont dit : Si nous restons c'est que nous n'avons rien à sauver ; notre misère aiuait retardé la marche des familles qui possèdent quelque chose... on nous laisse avec le désespoir^ eh bien, nous en userons... et si Napoléon entre dans la ville sainte... s'il en ressort, il n'en enlèvera aucun trophée, aucune riche dépouille pour en orner les palais et les églises de France ; s'il emporte d'ici quelque chose, ce sera tout au plus quelques poignées de cendres... cendres qui icdirontce que les Russes ont su faire pour empêcher l'ennemi de s'arrêter et de vivre sur la terre de Russie. Beaucoup de portes où les émissaires allaient heurter ne s'ouvraient plus, cardes quartiers entiers, les quartiers les plus riches surtout, n'étaient plus que des déserts de pierres. Dans ces vastes châteaux , dans ces demeures semblables à des palais, plus un seul habitant I

Quand sur le seuil de la porte où l'on venait de frapper personne ne se présentait , les émissaires portaient dans les maisons abandonnées le feu encore endormi, mais qui devait bientôt se réveiller terrible ; des fusées glissées et sous les portes et par les soupiraux des caves, avaient ainsi introduit la destruction et la ruine partout.

Quand l'Etna ou le Vésuve doivent lancer leurs flammes vers le ciel et leurs torrens de lave sur les champs, ils font entendre des bruits précurseurs, et le pâtre et le voyageur, l'étranger et l'habitant de la contrée, avertis par la sourde et souterraine rumeur, peuvent fuir... Mais à Moscou il n'en est pas de même ; là, le danger est partout et l'avertissement nulle part : ce grand volcan de mort dort sous toute la cité.

Yoilà cependant l'armée française qui va y entrer... Du haut du Mont dit Sn^ lift Napoléon a écouté, et aucun bruit n'est venu jusqu'à son oreille. — Lui et ses soldats, accoutumés à prendre toutes les capitales du monde, en connaissaient les usap^es ; et le chef et l'armée disaient : Moscou va nous envoyer une députation pour soumettre au vainqueur, ses richesses, sa population, ses grands et son sénat

Les clés d'or de la ville aux coupoles dorées vont être présentées dans un bassin d'or, et par des mains soumises et tremblantes. Mais non , personne ne vint : point de soumission, point de clés offertes I L'homme que les obstacles irritaient, que les lenteurs impatientaient , trouva que les habitans de Moscou étaient bien en retard... déjà, dans sa pensée, il songeait à se venger de ce manque d'égards... quand il acquit la certitude que Moscou était abandonnée.

L'empereur fait venir Daru ; il lui crie du plus loin qu'il l'aperçoit ;

Moscou déserte ! quel éi>cnement iniraiscmblablc y il faut y pénétrer: allez, et amenez-moi les boyards.

Dans son erreur, Napoléon pense que ces hommes, ou raidis d'orgueil, ou pajalysés de terreur, restent immobiles sur leurs foyers ; et il veut provoquer leur confiance, et aller au-devant de leur prière.

Comment, en effet, se persuader que la reine des cités du Nord, que Moscou la sainte, la riche, la fière Moscou, l'amour et ï oracle de toutes les Russies, que tant de palais somptueux, que tant de temples consacrés , que tant de riches comptoirs étaient abandonnés par leurs possesseurs comme ces simples hameaux que l'armée française venait de traverser î

Cependant Daru a échoué : aucun boyard ne se présente, et tous les yeiLX ont beau être fixés, attachés, rivés sur l'immensité de la ville, aucune fumée ne s'élève du moindre foyer, aucun bruit ne sort de la populeuse cité ; on dirait que ses 300,000 habitans ont été subitement frappés d'un immobile et muet enchantement.

Napoléon ne pouvant endurer plus long-temps la torture de l'incertitude, la plus cruelle de toutes, s'écria : Ils ne 'veulent pas venir ii moi, eh bien, j'irai à eux- ; partons !

Et voilà aussitôt l'armée. Murât en tête avec cavalerie serrée, descendant des hauteurs du Mont du Saldt et s'étendant comme un long serpent pour pénétrer dans ce corps gigantesque encore intact mais inanimé ; Murât en montant à cheval a étendu son sabre contre Moscou, et lui a crié : Malheur I

( La fin au numéro prochain, )

Echo naissant de notre ieune France.

Echo des jours qui se lèvent pour nous, Echo d'honneur, de gloire et d'espérance, J'unis mes chants à tes chants les plus doux.

Né comme toi dans le temps des orages,

Près du berceau je murmurai des vers ; Je viens mêler mes airs demi-sauvages, Ma douce voix à tes jeunes concerts.

Comme l'enfant dont la lèvre brûlante, Pressant un front flétri par les douleurs, Ranime encore une mère expirante, Et la réchauffe en l'inondant de pleurs,

Si tu pouvais de ma belle patrie.

Que tant de gloire embellit autrefois, Près du tombeau réveiller le génie.

Aux sons heureux enfantés par ta voix ;

Tu lui rendrais celte grâce immortelle.

Ce front serein, cette aimable pudeur, Ces. saints amours qui voltigeaient près d'elle Quand de l'enfance elle avait la candeur.

Nous la verrions, vierge modeste et pure. Grandir sans fard, sans éclat emprunté, Aux fleurs des champs demander sa parure, • Et de son âge attendre sa beauté.

puis, tour-à-tour, par nos mains couronnée Du vert laurier, du lierre inspirateur.

Prenant la lyre ou maniant l'épée.

Chanter la gloire ou défendre l'iiouiirnr.

Aimable Echo, fais briller devant elle Les doux objets de son antique foi ; Présente-lui l'espérance immortelle, En lui criant : k France, réveille-toi I

î> De l'avenir les riantes images )) A ton passé mêleront leur splendeur, » Et tu pourras, dans le déclin des âges, n Régner encor par ta propre grandeur, m

L'iBBÉ R. G. MiCHON,

Directeur do l'élablissemcnt des Thîbaudi^res /'Charente^

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FRAGME^^T D*UN VOYAGE PHILOSOPHIQUE EN ANGLETERRE,' Par M. Victor Hennequin.

Entre les bancs de la philosophie et les études de l'école de Droit, M. Yictor ïlennequin , le fils de notre illustre député, a parcouru rapidement l'Angleterre et l'Ecosse. Il va pubher, sous le titre de Voyage philosophique, les réflexions que lui a inspirées la Grande-Bretagne. Nous sommes heureux de donner à nos lecteurs quelques fragmens d'un ouvrage où la pensée sérieuse vient se placer près e la riante imagination, et qui, sans nul doute, excitera l'intérêt à plus d'un titre (1).

Le même jour nous remarquâmes un grand mouvement dans les rues de Portsmoutli ; la joie des enfans, le bruit des tambours, les stridulations du litre et les cris enroués de la trompette semblaient annoncer un lapin savant ou une danse de corde , c'était un bataillon qui défilait au son de cette déplorable fanfare. Soudain , au milieu d'une mesure, le commandant imposa silence aux six artistes, la plupart grosses caisses, et nous devons lui en savoir gré. A n'écouter que le fil're, on eut pensé qu'il s'agissait de la Jf aise du clac de Reichstadt, mais le cor de chasse et le trombonne ne démordaient pas du Galop de Gustave. Le soir, à Belu post hôtel, récréation du même genre : des mousses s'étaient réunis pour chanter sous nos fenêtres, je ne sais, quelle vieille ballade. Certes, le Menteur lui-même n'aurait pas dit :

« Et tour à tour, dans l'air, poussaient des harmonies « Dont on eut pu nommer les douceurs infinies. »

Ces chants n'étaient pas sans rapport avec le hurlement rythme que font entendre les matelots en tirant un cordage ; mais ces enfans avaient une heureuse idée de chercher un délassement dans la musique, après les fatigues de leur journée. Le goût, s'il n'est pas spontané, peut se développer par le travail, l'habitude. J'avoue que je ne renoncerais pas sans chagrin à l'espérance de voir un jour l'Angleterre musicienne. La Grande-Bretagne, sans les arts, c'est un guerrier dont l'armure est d'or ; mais il manque à son casque un panache.

J'aurai souvent l'occasion de faire remarquer le défaut de goût des Anglais ; mais je ne voudrais pas qu'on prît ces observations pour l'effet d'un jaloux et exclusif patriotisme. Chaque nation a sa mission sur la terre, comme chaque homme a la sienne, et nous ne connaissons pas de peuple ni d'individu qui puissent se vanter d'être complets. L'Italie et l'Espagne, c'est la religion ; l'Autriche, la vénération du passé ; la Prusse, la science ; la Belgique, l'imitation; la France, l'amour du nouveau. C'est ainsi que l'Europe forme une ame immense dont chaque faculté, chaque passion est représentée par une capitale. Toutes ces nations qui, livrées k elles-mêmes, n'agiraient que dans un sens, ne seraient accessibles qu'à un certain genre d'idées, et dessécheraient bientôt, par une production constante, le peu de sève qui est en elles, ss renouvellent par des échanges réciproques, s'haraioniscnt par leurs inégalités mômes, et s'appuient les unes sur les autres pour marcher à de communes destinées.

Séparée du continent par les mers , renfermée dans son île, l'Angleterre ne fait pas partie de ce grand ensemble; elle a son ame, elle a sa vie en dehors des autres peuples.

(l) L'ouvrage paraîtra vers le 20 Novembre, chez Denlu, au Palais-Royal, elchezPihau de Laforest, rue des iNoyers, ïiP 35.

Dieu a voulu qu'elle pût se sufl5re à elle-même , que les élémens épandus sur la surface de l'Europe fussent rapprochés et fondus eu elle ; puis, comme il s'était trouvé resserré par ce petit espace et par ce petit nombre d'hommes, il ne lui a pas donné l'art, l'art superflu pour la mission qu'avait à remplir ce peuple ; car l'Ang^leterre n'est pas destinée à s'endormir au soleil sur les marches des temples napolitains, ou Lien à se promener rêveuse dans les forêts épaisses du Tyrol, la Providence attend d'elle un travail ardent et perpétuel ; il faut que la Grande-Bretagne soit une messagère infatigable de civilisation pour l'univers entier; que ses vaisseaux aillent porter nos idées aux noirs de l'Afrique, que le spiritualisme aborde sous pavillon rouge à l'ile des Amisj qu'un peuple européen tout entier soit déposé dans le nord de l'Amérique ; que la civilisation anglaise embrasse les Indes; que, d'une main, elle refoule la barbarie turque, déjà pressée de toutes parts par l'Europe continentale, et que, de l'autre, elle aille frapper aux portes de la vieille stupidité chinoise. Yoilà ce que l'Angleterre avait à faire, et des flottes se sont élevées dans ses chantiers ; noble personnification de son pays, Cooke est parti pour une mort glorieuse, et Mungo Park est allé s'enterrer dans les sables de la JXifjritie. Maintenant, demandez à ce peuple pourquoi il ne prend pas une lyre, pourquoi on voit plus souvent dans ses mains la hache et le marteau que les pinceaux de Raphaël ; pourquoi, quand il veut faire une église, il prend au hasard le dôme de Saint-Pierre , et coiffe du casque d'Achille la statue de Wellington ; pourquoi il se courbe sans relâche sur la matière? Ah ! c'est qu'il ne s'adresse pas, comme nous, à une Europe éclairée, c'est qu'il n'a pas, comme la France, de l'esprit à faire ; ses disciples, à lui, ce sont le noir crépu, l'Outafjamis peint en rouge, le Malais armé du kriss empoisonné, l'habit; nt anthropophage de la Polynésie, tous encore trop accablés par la douleur physique pour que les hauts enseignemens soient faits pour eux ; hommes qui ne s'inclineront pas devant la nation qui discute, mais devant celle qui sait construire une cabane, et que vous n'aborderez pas avec le nom de liberté, mais avec un collier de verre bleu.

Voyez, au printemps, ces mille races d'insectes dont se couvrent les prairies ; les uns, qui ne semblent nés que pour orner la nature, déploient au soleil des ailes d'or ou de nacre; ils sont beaux comme les fleurs dont ils doivent se nourrir et avec lesquelles ils se confondent. Les autres, faits pour creuser la terre ou pour percer l'écorce des chênes , portent , au lieu d'ailes , une cuirasse noire et luisante ; au lieu de panache , des pinces ou des scies dures comme le fer. L'Angleterre aussi, parce qu'elle était destinée à agir sur le bois, sur l'acier et sur des crânes plus durs encore, a été couverte d'une épaisse et rude armure. Chez ce peuple, tout est solide et persévérant; sa philosophie n'est pas systématique comme la nôtre, profonde et mystique comme celle de cette Allemagne qui, jioélique jusque dans le raisonnement , s'en va quelquefois si loin de la vérité et de la nature; la philosophie anglaise est essentiellement logicienne ; jamais elle ne se sépare de l'expérience, de l'expérience consciencieuse. Tandis que nous composons ici des théories plus ou moins brillantes, Locke , Thomas Reid et Dugald Steward enrichissent de faits et de démonstrations, la plus élevée comme la plus utile des sciences. L'éloquence de la (irande-Bretagne est toute positive ; sa religion , veuve d'ornemens, ne consiste qu'à prier Dieu ; son courage guerrier est tout de fermeté , de résistance; et dans cet âge oii toutes les terres buvaient du sang, où Rome et l'Espagne défendaient l'unité de croyance par le feu, oii, dans la France, protestans et catholiques rivalisaient d'horreurs, nulle part la cruauté ne fut plus réfléchie, plus entière, plus substantielle, pour ainsi dire qu'en Angleterre. Lisez Shakespeare , Shakespeare qui , cependant , était un homme doux ; voyez si l'on peut attribuer à ses âpres personnages la sensibilité harmonieuse de l'Autriche, ou les chants de rossignol de l'Italie.

Clifl'ord a fait prisonnier Rutland; c'est un enfant qui lui demande la vie. Voici la réponse de ClilYord :

« Eussé-je ici tous tes frères , leur vie et la tienne ne suffiraient pas à ma vengeance ! » IVon, si je creusais encore les tombeaux de les pères, si je suspendais à des chaînes leurs

» cercueils pourris , ma fureur n'en serait pas ralenlie ni mon cœur soulagé. La vue de » tout ce qui appartient à la maison d'York est une furie qui tourmente mon arae, et M jusqu'à ce que j'aie extirpé leur race maudite, sans en laisser un seul au monde, je vis >j dans l'enfer. »

La reine Marguerite , pour essuyer les pleurs de York , père de Rutland , lui présente un mouchoir trempé dans la sang^ de sou fils ; Cornouailles lie les mains au comte de Glocester et lui arrache les yeux sur la scène ; Tamora, reine des Golhs, mange ses enfans dans un pâté. Ne semhie-t-il pas que si l'on voulait faire chanter ces hommes et ces femmes a ne sortirait de leurs poitrines que des hurlemcns d'hyène?

Heureusement, le caractère distinctif des nations tend constamment à s'eftacer. Il y a deux Ages dans l'histoire : le premier, celui où les peuples posent leurs fondcmens , établissent , pour ainsi dire leur domicile ; alors ils agissent sans se voir ; ce sont des ateliers éloignés les uns des autres, oii se coulent les diverses parties d'une colonne de bronze. Le travail fini , vient le jour de l'inauguration ; on rapproche les pièces , on les unit étroitement, l'échafaudage tombe, le monument superbe se montre au jour avec ses aigles au piédestal et son empereur sur le faîte. Ces deux phases, diversité, union, sont faciles a saisir dans l'antiquité. Les races et les empires croissent de toutes parts, sans ensemble, sans but apparent. L' Egypte arrive avec sa religion, le fétichisme, son art, une massive architecture ; puis la Grèce apporte une autre croyance, l'adoration de la forme humaine, un autre art, la statuaire. Ailleurs, vous verrez un petit pays dont la couleur tranche sur toutes les autres; la Judée proclame la première l'unité, l'immatérialité de Dieu, pensée qu'elle ne comprend pas, contre laquelle elle se révolte sans cesse, mais que ses prêtres conservent depuis Moyse avec une fidélité invincible. Enhn paraissent les Romains, dont la conquête embrasse le monde. Rome, c'est un fronton qui unit par la tête toutes ces colonnes, dressées les unes à côté des autres ; toutes les vanités des nations s'absorbent dans le titre de citoyen romain, comme toutes les croyances locales s'abîment dans la religion de Rome, le christianisme. Sur ce plancher qu'a fait Constantin, de nouveaux peuples surgissent, d'abord, aussi isolément que la première fois; ici la France, plus loin 1 Angleterre, là bas l'empire d'Allemagne ; mais, de nouveau, le besoin d'unité se fera sentir ; cette unité ne marchera plus à la suite d'un Scipion ou d'un Marius , on ne l'imposera plus par le fer ; l'univers est un enfant qui a grandi et qui entend la raison : c'est d'euxmêmes que les peuples demandent à quitter leurs vieux vêtemens. L'Anglais est arrive la, il s'est regardé, il s'est enorgueilli de ce qu'il avait fait seul, mais en même-temps il a senti que pour aller plus loin il avait besoin d'un secours étranger : voilà qu'il est allé demander ce qui lui manquait au beau ciel de l'Italie ; de Londres à Palerme ce n'est plus qu une longue caravane. Symbole éclatant de cette ère nouvelle, lord Byron a brisé les traditions de sa terre natale ; on a entendu sortir de la bouche d'un Anglais des chants que le monde entier a répétés avec enthousiasme. Applaudissons à ce nouvel essor d'une grande nation, secondons de tous nos etîorts des tentatives musicales que le succès couronnera sans doute, car si l'Angleterre est belle entre ses deux Indes , appuyée sur son ancre, les yeux baisses sur les trésors de h terre, elle serait plus belle encore serrant sur son cœur la harpe d'Qssian, et regardant le ciel. Victor Hf.nnkqi in.

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