LE COLLEGE DE FRANCE ET LA SORBONNE
MM. Guizot. — Villemain. — Cousin. — La Romiguière. - L'Herminier. — Andrieux. — SU . Marc-Girardin. — Parallèle. — Les Jésuites réhabilités en Sorbonne.
L'enseignement public mérite toute notre attention et toute notre sollicitude. ., C'est là tout notre espoir à venir 3 pour un grand peuple, l'enseignement public c'est après la crainte de Dieu le commencement de toute sagesse. Notre but est là tout entier, l'instruction publique. Apprendre quelque chose à ceux qui sont jeunes comme nous , les retenir dans la bonne voie, ou les y ramener quand ils j Font perdue , voilà notre œuvre. Depuis que nous avons commencé cette grande^ tâche , nous avons fait bien du chemin , nous avons rallié à nous bien des sym-,» pathies, mais il faut marcher encore , il faut marcher toujours, nous ne sommes', pas arrivés à notre but.
Vous souvient-il de nos paroles il y a déjà six mois. à propos de la distribution i des prix au concours général entre tous les collèges de Paris? Ce jour-là, comme î toujours , nous avons parlé dans toute l'abondance et dans toute la sincérité'! de notre ame. Nous avons prédit à tant de malheureux jeunes gens , à quel) abandon, à quel désespoir ils allaient être livrés eux et leurs familles , pour avoir") trop compté sur des études incomplètes, et par conséquent inutiles. Nous leur avons crié de toutes nos forces : arrêtez-vous , restez à l'ombre du toit paternel; i restez au foyer paternel, faites-vous une existence médiocre mais assurée auprès ' de votre mère et de votre vieux père et de vos jeunes sœurs , veillez sur votre famille comme elle a veillé sur vous! ainsi avons-nous dit : trop heureux si nous avons retenu dans leur pauvre ville de province et dans leur honnête médiocrité quelques pauvres jeunes gens, que Paris, ce gouffre immense , aurait dévorés sans retour ! ,
Est-ce à dire pourtant que nous fermions les portes de Paris à toute intellioence ' active et jeune qui se sent de l'avenir? à Dieu ne plaise! Si Paris est le grand abîme de la jeunesse , il en est aussi la grande ressource. C'est à la fois un grand • maître et un grand pervertisseur, Paris. Nous avons parlé dupervertisseur. par- ' Ions du maître. A Paris l'instruction est partout. Partout des chaires, des musées, des bibliothèques, des cours publics, des professeurs, partout la parole ardente .animée , spirituelle , hardie. Il y a des collèges pour tous les âges. Nous avons parlé des collèges proprement dits , parlons des collèges à l'usage des grands éludians de vingt à vingt-cinq ans, parlons de la Sorbonne et du collège de France.
Autrefois, qui disait la Sorbonne, disait le rendez-vous de toute la théologie et de toute l'orthodoxie gallicanes. La Sorbonne c'était la foi catholique , c'était la philosophie catholique , c'était la politique catholique. En même
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ternies atï collège de France , s'étaient réfugiées les sciences et les lettres profanes,- la philosophie, la poésie . l'éloquence, l'histoire ;or ceci était admirableraent combiné. Cette lutte de la croyance et du progrès . de la foi et de l'étude , de la Sorbonne et du collège de France, profitait merveilleusement à l'éducation publique. Toutnouveau venu dans la carrière philosophique etlittéraire, endoctriné à la foispar le collège de France et par la Sorbonne . profitait admirablement à ces deux enseignemens qui dans le fond n'étaient pas si opposés l'un â l'autre qu'on pourrait le croire. En effet, même dans la théologie, la Sorbonne conservait je ne sais quelle éloquence fleurie et passionnée qui donnait au dogme le charme d'une science littéraire . pendant que le collège de France même dans sa philosophie, conservait intacletoutela raison de l'évangile. Ainsi, pour nous servir d'une expression à la mode . la Sorbonne et le collège de France, c'étafiénft deux poïivoirs qui se contrebalançaient l'un par l'autre, deux enseignemens qui se mitigeaient l'un par l'autre, deux grands maîtres qui . par des voies différentes , poussaient la jeunesse de France à la science et à la vertu.
Les révolutions sont venues , d'autres diraient le progrès est venu. Que ce soit un progrès ou une révolution, toujours est-il que l'éducation suivit le torrent comme tout le reste. La confusion se mit là comme ailleurs. Le premier soin des hommes du progrès fut d'abolir les études tliéologiques et de proscrire la Sorbonne. cette censure infatigable qui avait si bien prévu la philosophie du dixhuitième siècle , ses résultats funestes et qui l'avait tant inquiétée. Ainsi donc la Sorbonne fut proscrite de toutes les études. Chose étrange ! Cette étude de moins ne fit pas faire un pas aux antres sciences. La philosophie chrétienne entraîna dans sa chute la philosophie profane , l'art chrétien condamna sinon à mort du moins à la décadence, l'art profane. La Sorbonne abolie fit grand tort au collège de France; on disait que la jeunesse perdait son temps à la Sarbonne, et la jeunesse le perdit au collège de France dès que la Sorhonne J fut fermée. C'est que. voyez-vous , il y avait partout du christianisme. Dans l'éloquence, il y avait le chistianisme de St. Jean Chrisostôme et de Bossuet. Dans la phiosophie il y avait la philosophie de St. Grégoire et de Pascal ; dans la poésie, il y avait la foi des saintes écritures et la poésie de Racine : dans les beaux arts , il y avait le Christianisme de Raphaël ; l'art chrétien était partout, la poésie chrétienne était par-tout . elle était aussi bien au collège de France qu'à la Sorbonne, ils n'ont pas compris cela . ceux qui ont ruiné la Sorbonne , qu'ils ruinaient en même temps le collège de France, et que toutes les études fondéesjsur la foi chrétienne se tenaient par la main et qu'elles étaient indivisibles , et qu'en proscrire une seule, c'était proscrire toutes les autres . et ainsi sont morts le même jour , la vieille Sorbonne et le vieux collège de France, le vieux dogme et la vieille philosophie. 0 les imprudens philosophes qui s'imaginent qu'on peut impunément arracher une pierre d'un monument, et qui ne voyentpas que eette pierre de moins, tout le monument va crouler! ♦
Quand tout a été bien défait parmi nous, on a voulu tout refaire. L'histoire de nos quarante dernières années , qu'est-ce autre chose que l'histoire d'une reconstruction incomplète . maladroite . misérable , et qui a entraîné presqu'autant de ruines que le premier renversement social? On a donc refait les lois, on a refait la royauté, on a refait le dogme, on a refait l'éducation publique. Même . on a refait la Sorbonne et le Collège de France. Une Sorbonne sans croyance, un . collège de. France sans conviction. Autrefois quand la sorbonne était la vraie Sorbonne, quand le collège de France était le vrai collège de France , il ne s'a- i gissait que d'une seule et même direction donnée à l'esprit humain. La Sorbonne. et le collège de France c'étaient deux grands maîtres toujours les mêmes , professant les mêmes opinions , enseignant les mêmes doctrines. Il n'y avait là dedans qu'un professeur unique, ce professeur c'étaittous les professeurs. Lepro-. fesseur pouvait mourir dans sa chaire, mais les élèves qui l'avaient pleuré , ne'»l s'apercevaient pas de celte mort dans les leçons suivantes. Un autre professeur survenait, qui reprenait la leçon interrompue où elle en était restée , et ainsi ce grand enseignement public ne perdaitjamais ce qui fait la puissance de tout enseignement, l'unité. Depuis ce temps on en a bien refait des Sorbonnes et des
Collèges de Franco . mais riiiiitc de l'enseignement où est-elle? Il n'y a plus d'enseignement . aujourd'hui nulle pari il n'y a plus que des professeurs. Chacun de ces professeurs arrive dans sa chaire avec des opinions purement individuelles, là il se met à professer ce qui lui convient de professer, si bien que l'éducalioii publique . qui autrefois était religieuse à l'ancienne Sorbonne et nationale à l'ancien Collège de France, n'est plus aujourd'hui ni religieuse , ni nationale. Chaque professeur isolé du centre qui faisait sa force, professe au hasard la doctrine qu'il s'est faite la veille . sMnquiétantpeu de la modifier au gré de son auditoire . dont il devient ainsi non pas le maître mais le flatteur. C'est une véritable Babel où se parlent les langues les plus étranges. Que de professeurs nous avons vus sesuccéder les uns les autres au Collège de France et à la Sorbonne seulement depuis quinze ans ! A'^ous rappelez-vous la grande trinité de notre première jeunesse , Messieurs Guizot . Villemain et Cousin? C'était là. j'espère, un enseignement divisé et subdivisé s'il en fut. Chacun d'eux avait une opinion publique , une opinion littéraire . une opinion philosophique , une opinion religieuse et chacun d'eux enseignait son opinion à ses élèves comme il l'entendait. AL Villemain , cet élégant rhéteur, s'attachait au 17^ siècle français ;, proclamant de toutes ses forces la rhétorique de Boileau et d'Aristote et la beauté du règne de Louis XIV; AL Cousin . allemand du temps de Kent . prêchait de toutes les forces de son esprit, les nébuleuses doctrines de l'école allemande, s'étudiant chaque jour à élever de fantastiques palais sur les brouillards du Rhin philosophique. Cependant M. Guizot . intrépide protestant . (un protestant en Sorbonne! Que dirait son restaurateur le cardinal de Richelieu ! ) mettait en œuvre toutes les doctrines de Luther, et cela en présence même de la statue de Bossuet l'inflexible auteur de f Histoire des variations . A ces trois professeurs pouvait se réduire tout l'enseignement public pendant la restauration. C'étaient comme vous voyez trois esprits bien étrangers l'un à l'autre et trois opinions bien différentes. L'un représentait le doute A'oltak'ien modifié par l'admiration des classiques , l'autre représentait ce vague fanatisme allemand qui ressemble si fort à la croyance, mais qui n'est pas la croyance : le troisième enfin . c'était le protestantisme incarné ;• et cependant ni à la Sorbonne, ni au collège de France . pas un professeur pour défendre les saintes et puissantes et littéraires doctrines du catholicisme ! et autour des trois illustres professeurs c'était parmi les autres professeurs. à qui arrangerait son doute ; le doute était professé partout, chez M. la Romiguière , spirituel et fin disciple de la sensation: chez AL Burnouf, qui expliquait Tacite comme l'expliquerait un Turc qui saurait le latin , sous le point de vue du fatalisme oriental : chez AL Andrieux , ce vieux sceptique du dix-huitième siècle, railleur, froid, méthodique, sensé, raisonneur, causeur, ne croyant à rien pas même à Fart; voilà la phalange enseignante des hommes de la restauration. Pas un professeur jeune ou vieux n'avait ose se poser comme catholique dans sa chaire ^ c'est que les vieux étaient trop vieux pour changer d'opinions à leur âge , c'est que les jeunes . en se disant catholiques, auraient eu peur de flatter le pouvoir par la plus honteuse et la plus perfide des flatteries , la dissimulation religieuse. Et l'on dit que la restauration a été un pouvoir despotique ! Elle n'a pas eu assez de puissance pour faire parler de l'Évangile en Sorbonne !
Or la chute de l'ancienne maison de Bourbon , emportée par un orage , a produit dans l'enseignement public une de ces réactions inévitables dans un noble pays comme est la France. A la révolution de juillet, on croyait le doute voltairien remis en honneur pour jamais. Déjà la populace avait porté ses mains impies sur l'église de Saint-Gemiain-l'xVuxerrois et sur l'archevêché : la vieille et sainte bibliothèque de l'archevêque arrachée avec tant de s'oins . de peines et de périls aux fureurs ignorantes de 93 , avait été jetée pêle-mêle dans les eaux de la Seine, le vieux libéralisme hurlait de joie, et le Co/i.ç^//i'//o;z«f/ triomphant saluait le retour complet de ses doctrines. Que ceux là connaisseut bien mal l'esprit humain! Jamais la foi catholique ainsi horriblement persécutée, écrasée, anéantie, jetée à l'eau, n'avait été plus voisine du triomplie . La France s'indigna de cette lâche persécution. A présent que le pouvoir,à présent que la royauté, n'étaient
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plus du côté de l'église. la grande majorité des Français passa à l'église. Et cette fois, il faut le dire, les enfans donnèrent l'exemple à leurs pères. La jeune France entraîna la vieille France. De toutes parts des voix éloquentes et convaincues, proclamèrent le retour des doctrines catholiques, et leur acceptation loyale et franche. On trouva qu'il était plus beau de se réfugier h Fombre de la loi de J.-C. qu'à l'ombre des doctrines de Kent ou de l'encyclopédie, cette autre tour de Babel ; et une fois que les esj)rits se furent rafraîchis à cette source salutaire . ils comprirent que là seulement était l'ombre durable . là seulement était le doux repos . là seulement l'espérance sans désespoir. Le Christianisme bien mieux que le doute est un oreiller à reposer une tcle bien faite. Le doute flétrit, le Christianisme vivifie , et une fois rendue à saliberté, une fois dégagée de la puissance terrestre , une fois proscrite dans la rue et battue dans les carrefours, la croyance releva son front immortel. Elle était reine alors, parce qu'elle triomphait toute seule et par elle-même. Depuis ce temps le triomphe du catholicisme a toujours été grandissant parmi nous les plus jeunes, les plus courageux et les plus forts. ])epuis ce temps, déjeunes orateurs se sont élevésde toutes parts qui ont pris fait et cause pour le Catholicisme, dans les journaux, dans les livres, dans les chaires, dans les écoles etdansles cathédrales, le Christ a été proclamé le Sauveur, le Sauveur du présent et de l'avenir, le Sauveur de Fart, de l'éloquence, de la poésie, de la société, le Sauveur de la jeunesse surtout^ donc, gloire à Dieu qui sauve la France au milieu même des ruines qui la devaient anéantir! gloire à Dieu qui tire de pareils résultats d'une pareille révolution !
Vous me direz : Puisqu'il en est aimé . pourquoi donc l'élément chrétien qui déjà est entré si avant dans l'ame de la jeunesse, n'a-t-il pas encore pénétre dans l'éducation publique? Un peu de patience, s'il vous plaît. Il faut plus de liberté que vous ne pensez, même pour être Chrétien. Si l'instruction publique n'est pas encore fondée tout entière t?ur la croyance, au moins fait-elle de nouveaux progrès tous les jours. Les trois grands professurs dont je parlaistoutà-l'heure.^L Yillemain.M. Cousin et M.Guizot:tous trois, dans trois genres différens. ont laissé leurs chaires à de ]j1us jeunes, et de l'enseignement ilsont passé M. Guizot au ministère, et ]\1. Yillemain et M. ( ousin à la chambre des pairs. Ils ont compris eux hommes habiles, que leur opposition systématique sous la restauration n'était j)lus possible aujourd'hui qu'ils étaient au pouvoir, et à présent ils ont grande peine à combattre les doctrines qu'ils ont professées. Les doctrines du professeur condamnent le ministre ou le pair de France, et c'est pour eux un achoppement de chaque jour. Il leur arrive ce qui arrive à M. Thiers l'auteur de V Histoire de la révolution française. M. Thiers devenu ministre est arrêté à chaque pas par les doctrines qu'il a célébrées , qu'il a exaltées dans son livre, et chaque fois qu'une émeute agite la ville, M. Thiers se peut dire à lui-même : allons tirer des coups de fusil contre les opinions de mY7yej//?t\v.ve.' Ces trois professeurs de moins dans l'enseignement public, ont singulièrement débarrcssé la voie. Depuis ce temps enfin, plusieurs professeurs sont morts qui s'étaient arrêtés à la politique , à la morale et à la philosophie de Voltaire. Alors le collège de France et la Sorbonne se sont ouverts à un enseignement de gens convaincus. C'est déjà beaucoup de croire à son œuvre, or les professeurs dont j ai parlé ne croyaient pas à la leur, pendant que les jeunes professeurs dont je parle, ont au moins pour excuse de leurs égaremens. la bonne foi de la conviction. Certes je ne veux pas faire ici Féloge des doctrines professées par ]\I. l'IIerminicr dans sa chaire au collège de France. C'est du Babœuf tout pur. c'est de la mauvaise et turbulente république, ce sont les doctrines de 92 et même d'un an de plus, violemment renouvelées, c'est tout l'ordre social remis en question une seconde fois , c'est tout-à-fait une émeute si on peut le dire. Certes, il y a daus les paroles ardentes de ce jeune homme . jetées à Fimproviste sur de jeunes esprits comme autant de torches sur des gerbes de blé. un danger imminent, manifeste, incalculable.^ Eh bien ! pourtant, pour ce qui est de la moralité de l'action , je préfère eu-^ core l'enseignement: républicain de ]M. l'Henninier à la leçon insignifiante de.
M. Andrieux. M. rHerminier croit à quelque chose, M. Andricux ne croyait à rien.
Et puis voyez ce que c'est que la liberté et ses heureux effets? Pendant que M. l'Herminier professe dans sa chaire les doctrines sanglantes de Saint-Just , d'autres professeurs s'élèvent, qui professentsans crainte les doctrines opposées. Qui dit liberté , dit effort dans tous les sens , efforts de toutes les opinions et pour toutes les opinions! Quand il n'y a pas de liberté on professe le doute. Laissez-donc M. l'Herminier infecter le collège de France des doctrines républicaines , d'autres que lui non moins jeunes, non moins passionnés professeront la croyance. Si M. l'Herminier incendie le collège de France, M. Saint-Marc Girardin. calme et modère la Sorbonne. Si la parole de celui-ci est une torche, laparole de celuilà est un flambeau. L'un bouleverse, l'autre modère. L'un est audacieux, mais l'autre a du courage. M. l'Herminier s'adresse aux passions de son auditoire , M. St-Marc Girardin s'adresse à sa raison. Celui-ci est fougueux et emporté, celuilà est de sang froid et sait tout prévoir j celni-ci détruit et renverse, celui-là fonde et reconstruit: nous devons en effet cette justice à M. St-Marc Girardin, c'est que depuis qu'il professe en Sorbonne, il n'a jamais reculé devant unevé-. rite politique oulittéraire. C'est qu'il ne s'est jamais fait le flatteur ou le com-;., plaisant de son auditoire , c'est qu'il rougirait des applaudissemens qu'il n'aurait pas mérités: c'est qu'en tout état de cause, il est inflexible, inexorable et que plus d'une fois il s'est exposé aux murmures et aux mécontentemens de sou auditoire . quand il lui aurait été si facile de s'attirer son enthousiasme et ses éloges. Sans nul doute M. St-Marc Girardin a choisi dans l'enseignement la tâche la plus difficile , comme M. l'Herminier a choisi la tâche la plus facile. Mais aussi combien de temps durera M. l'Herminier? Mais aussi combien dureront ces folles passions amoncelées par de folles paroles ? Ces imprudcns professeurs qui se font d'office les flatteurs de la jeunesse, ne songent pas que bientôt l'auditeur qu'ils ont sous la main . attentif de toute l'attention de ses dix-lmit ans. deviendra tout à fait un homme . et que pour peu que cet homme soit bien né, il se demandera en lui-même s'il est venu en ce monde pour établir . disposer ,^'' arranger, combiner des théories? Il se demandera si l'homme sage n'a pas autre chose à faire, qu'à disputer sur la place publique pour des problêmesque Dieu seul peut résoudre au gré de sa bonté ou de sa colère ? Alors vous verrez le disciple de M. l'Herminier un instant égaré par l'éloquence de son maître . rentrer dans la bonne voie . devenir un citoyen utile . occupé . honorable . honoré. Ou bien si son maître l'a tout à fait perdu, malheur au maître ! Mais d'abord malheur au pauvre jeune homme égaré par ces théories! Malheur! La société le repousse comme elle repousse tous les hommes exaltés et dangereux ! I\ fait peur à sa propre famille. H va, il vient, il s'arrête au hasard. 1\ ne sait ni ce qu'il veut ni ce qu'il peut. H n'est rien , il ne peut rien et par conséquent il est l'ennemi né de tous ceux qui ont quelque chose ou qui peuvent quelque chose : il est le plus malheureux des hommes. Il cherche envain ce monde tel que le lui a fait son maître et il ne reconnaît pas ce monde. C'est un homme égaré , perdu, anéanti, inutile . malheureux, misérable, honteux de lui-même, et tout cela parce qu'il a manqué d'un guide raisonnable et sûr. parce qu'il a pris pour autant de vérités incontestables, les raisonnemens à perle de vue d'un esprit plus brillant," que solide. Et mine inteUigite : et maintenant comprenez ce guei'ous faites, vous ' qui instruisez la jeunesse de notre temps!
M. St-Marc-Girardin n'a pas à redouter ces cruels remords. Son enseignement est grave, mesuré, sensé. Le jeune professeur s'étudie surtout à montrer à son auditoire la vie réelle sous son véritable jour. II ne veut pas »e pousser à force d'éloquence dans cet abîme sans fond, qui faitles suicides ouïes criminels d'étalfi il lui montre la société telle qu'elle est régie : par des intérêts , gouvernée par des besoins . froide . morne . tout d'une pièce et ne s'inquiétant guère de tout ce qui n'est pas elle. Le cours de M. St-Marc-Girardin peut bien manquer d'ame et de cœur, mais il ne manque ni de bon sens, ni de courage. A propos de la poésie, au 18*^ siècle, M. St-Marc-Girardin a pris Voltaire corps à corps , et eu, présence de ces jeunes gens enthousiastes il a jugé Voltaire avec un merveilleui^^'
sang froid q'urfèît grand honneur à la raison et au goût de l'orateur . Pliis d'une fois l'auditoire a voulu protester par ses murmures • mais à chaque tentative nouvelle, le professeur a parlé avec tant d'autorité que force a bien été de le laisser parler. Nous avons suivi ce cours avec tout l'intérêt et toute l'attention que mérite un si rare esprit, et plus M. St-Marc-Girardina avancé dans ses lettons , plus H a été au-devant de l'élément chrétien. Il comprend déjà que la foi est la base de tout enseignement et il jette ses fondations d'une main ferme. Même nous ne croyons pas trop hasarder en affirmant qup dans un an M. St-Marc-Girardin sera tout à fait le professeur tel que nous le comprenons. En voulezvous un exemple ? Nous le prenons dans une des dernières leçons. Le professeur avait à parler de cet ordre célèbre qui fut si long-temps chargé de l'enseignement en France et qui avait élevé Voltaire lui-même. Or. U y a quatre ans encore,, pour tout professeur parisien , qu'il fût de la sorbonneou du collège de France, c'était un devoir, c'était un besoin quand il parlait des jésuites , de jeter sa malédiction ouverte ou cachée sur cet illustre corps. Que d'injures on leur a dites ! Et de combien de crimes on les a accusés! Eh bien ! Yoici en pleine sorbonne . en 1835 . après la révolution de JuiJlet et devant un auditoire de jeuaes républicains , qu'Un jeune homme élève la voix pour parler des Jésuites , pour en parler non pas seulement avec circonspection . mais pour en parler avec respect, avec honneur ! Grand courage ! Le nom de Loyola , réhabilité pleinement, entièrement dans un cours public ! Mais nous donnons ici ce passage , du jeune professeur qui en dira plus que nous n'en saurions dire, seulement nous avons peur que cette citation ne soit bien incomplète et bien tronquée.
« Après nous être occupés de la religion protestante , c'est iitaintenaDt à la reli^on catholique, ou plutôt à l'un des ordres auxquels elle a doiiué naissance , que nous altonâ eu venir. Je veux paHer de l'ordre des jésuites. On a be;iucoup dit pour et contre l'ordre des jésuites. Mais aujourd'hui que le temps de sa faveur est passé , le temps de l'histoire est arrivé pour lui. C'est avec impartialité que je veux faire la sienne. Je ne veux ni accusations haineuses , ni justifications paradoxales ; je dis ce que j'ai vu , ce que je sais , voilà tout. Je fournis les pièces du procès , c'est à vous de voir comment vous devez prononcer.
» En lô2I, au sic'ge de Pampelune , un jeune officier jusque-là d'une vie assez mondaine , fut blessé. Pendant son inaction forcée, deux livres pieux lui tombèrent entre les mains : c'étaient la Légende des sniuts et la Vie de notre Sauveur. 11 les lut, et , dès-lors , comme touché p.ir la grâce, il promit aussitôt guéri de vouer toute sa vie au service du Christ. 11 tint parole. Le lô août lj9/2, après avoir, selon les usages de Taucienne chevalerie, fait pendant une nuit la veillée des armes , il se consacra chevalier de la Vierge. Ce jeune homme , c'était Ignace de Loyola.
» Aussitôt consacré, il alla s'étnblir à l'hôpital de Manrèsa, soignant les malades et se soumettant lui-niéuie aux austérités les plus incroyables , méaic pour ce temps d^au&térités. Cependant il trouvait sans doute ce genre de vie trop doux encore , car bientôt il se retira dans une caverne îellemeni saunage , qu'il faillit y périr de besoins et de maladie bientôt changeant son existence d'anachorète pour l'existence de pèlerin , il part pour Jérusalem , revient à Alcala , et essaie, avec trois prosélytes qu'il était parvenu à se faire, de fonder un institut. Mais sa manière de vi-vre , son costume négligé , ses austérités , tout cela avait attiré sur lui l'attention de l'inquisition. Il fut emprisonné, puis relâché, passa en France pour faire ses études , et , à l'âge de trente-trois ans, entra au collège Saïute- Rarbe. Là , toujours ferme dans ses résoliitions , il tenta de répandre ses doctt mes et de former son institut. Il y subit un châtinaent moins cruel sans doute mais plus humiliant que tous ceux dont ravait menacé l'inquisition : il reçut le fouet. Pourtant cette punition ne l'empêcha pas de s'attirer quelques disciples. Ce fat d'abord Pierre-Sarre , son précepteur» puis François-Xavier, Lagnez Salmeron , Bobadillas Rodriguez.
» Tels sont les fondateurs de l'instilut des jésuites.
M Le 15 août 1534, douzième anniversaire de la consécration de Loyola , ils se réunirent tous dans un souterrain à Montmartre , afin d'y entendre la messe , et se séparèrent dans le l)ut de prêcher l'Evangile en Palestine , et de se mettre au service du pape. Ils se doiinèrent rendez-vous en J53G.>;i Venise. Chose singulière! pas un ne manqua au rendez-vous. Il s'y trouva au contraire trois adeptes de plus. De Venise ils se rendirent à Rome, où le pape Paul ni approuva leur institut , mais pour soixante membres seulement.
» Arrêtons-nous un instant ici , messieurs , et avant de continuer rhi^toire de l'ordre des jésuites , jetons un coup-d'œil sur leurs institutions. 'i m i»ir
» Remarquons d'abord en général les services rendus à la religîon par les ordres religieux. Quel que soit le mal (|ui tourmente une époque , ils ont toujours admirablement su y apporter le remède convenable : à la débauche , ils opposent la chasteté ; à l'avarice , à l'ambition , la pauvreté ; à l'insubordination , robéissancc. Partout et toujours ils ont pris pour la combattre le con trépied de Hdée dominante. Ainsi , l'institution des jésuites n'est
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que le résultat de ce travail continuel. C'est au seizième siècle, au moment où Luther vient, les pamphlets hérétiques à la main , criant à toute voix : « révoltez-vous ! » qu'arrive l'ordre des jésuites disant aux hommes : «obéissez! » car ce ne fut pas un léger mérite à Loyola que d'avoir si parfaitement approprié son institut aux besoins de son siècle. A ses sectaires il n'impose ni jeûnes ni austérités ; il ne s'agit ni de flagellations ni de tortures. C'est la vie ordinaire qu'il faut mener; mais il y faut ajouter l'enthousiasme. Point d'austérité de cloître ; de cette façon, toute Téncrgie se disperse au-dedans : chez les jésuites , tout au coutraire , c'est dans le monde qu'elle doit se disperser. Voilà par quel principe Loyola a su répandre au dehors toute l'activité de scn ordre. l
M Quant àleurs movens d'exécution, quels sont-ils? la prédication, les missions, l'éduf a-'' tion ; les missions surtout, c'est là leur gloire. Les missions ont changé le monde, civilisé une partie de la terre, et sauvé du protestantisme plus de la moitié dr l'Europe. Voyez avec quelle intelligence se développe la première mission. L'Italie septentrionale e^st la plus menacée , car l'Allemagne est proche. On porte là les plus prompts secours ; on soutient les fois chancelantes , on rassure les conscience» timorées. On court de là. au pied des*' Alpes; puis, la victoire les suivant, on traverse les Alpes, on va à Vienne, puis en Flandre , puis eu Espagne , puis en France , en Sicile , et , gracxi à eux, toutes ces cou- i trées échappent à la contagion du protestantisme. Pour le caractère de 1( iir éloquence , il change selon les temps et les lieux où ils prêchent. Mais on peut dire qu'il est toujours de la nature la plus grande et la plus magnifif(ue. On cite plus d'une conversion subitement née de l'analbème ou de IVxhortation d'un jésuite. A Messine , il y eut un homme que le sermon d'un jésuite fit renoncer à sa vengeance , la vengeance d'un Italien 1 I .
» Les missions, du reste ^ ne se renfermèrent point en I urope. Avec François-Xavier».^ elles ne tardèrent pas à se répandre dans les Indes, en Afrique , en Chine, etc. ; et (comme il n'y a de profit, messieurs , en quelque chose que ce soit , si ces choses ne nous fonf faire un retour sur nous-mêmes) quelle immense et magnifique carrière c'était alors pour la jeunesse que celle des missions ! C'était là une carrière d'aventures ! Si nous étouffons aujourd'hui sous le poids d'une activité comprimée , s'il y a encombrement partout, n'est-ce point , je ne veux pas dire faute de missions, mais faute d'un débouché , d'une car''' rière d'aventures, comme celle-là, propre à écouler le trop plein de la population (i\ JadiS'A il y avait l'armée et l'église. L'armée et l'église , c'était là que se jetait tout ce qui , dans lai| noblesse et dans la bourgeoisie, n'avait de fortune à attendre que de son intelligence et de ses efforts. Aujourd'hui la bourgeoisie regarde l'armée et l'église comme deux carrières indignes délie ; elle les laisse aux classes inférieures : la bourgeoisie vise plus haut. Et puis elle s'é- ! tonnera que le pouvoir lui échappe ; elle se plaindra de se voir dominée , quand elle remet) ainsi aux mains des autres les. deux XQrcç$:S.ur iesqutîWç* touïe la société s'appuiç > la. force morale et la force brutale. I.i ;„„ ,.. ..-^ .^ ..♦..^^ . : , . • i •• - . -. •
» Je ne dirai qu'un mot des missions du Par.aguay. Maïs figurez- vous ce que c'est' pour la gloire des jésuites que d'avoir civilisé tant de peuples sauvages ! Figurez-vous (|ue de peines," que de travaux , quelle puissance de parole , quelles merveilles d'intelligence il leur a fail»^ pour en arriver là ! Ces peuples, savez-vous comment ils les gouvernaient .■' Us les gouver^. naient en les occupant. Car, je l'ai déjà dit, messieurs, occuper c'est gouverner. Ils les occu- . paient par des travaux agricoles , par les cérémonies du culte catholique. Us savaient tous ** les noms de leurs sujets. Et songez quelle influence cela donne sur ses sujets que de pouvoir! tous les appeler par leur nom. Cyrus , dont vous savez les victoires, n'ignorait pas le n(>m,i d'un seul de ses soldats. ,-
» St->Iarc-Gir.\rdix. » ^
Convenez avec nous que voilà un progrès immense! convenez avec nous que l'enseignement entre en6n dans les voies de la justice. Or, de la justice., à la croyance , il n'y a qu'un pas. Les professeurs y entreront-ils après les.., élèves? Déjà bien des élèves ont franchi les premiers ce pas difficile . M. Saint- „ Marc-Girardin les a suivis , honneur à lui ; mais espérons qu'il ne sera pas le seul parmi les jeunes professeurs de notre temps !
Francis BErtoÎT.
Nota. La continuation du cours de M. de Coux nous étant arrivée trop tard j paraîtra dans le numéro prochain.
(1) Ce sont les paroles que nou* avons prononcées il y a déjà long-teu>p$.
60 TTAiW J^UNE FRAÎNCE,î//'T. .,
LA THÉBAIDE. Jî
M. Guiraud, une de ces intelliîîences d'élite dont les sympathies nous furent acquises dès [| les premiers pas de VEclio de la jeune France^ et nous sont depuis toujours restées fidèles, vai> publier, le mois prochain, un ouvraj^e destiné à exciter une vive sensation dans le monde'-» philosophe et littéraire; nous l'apprécierons lorsqu'il aura paru. En attendant, nous'"* nous contentons de communiquer à nos lecteurs une belle page sur la Thébaïde que nous devons à la toute bienveillante amitié de l'auteur (1). ,jj
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'y La Thébaïde!... comme ce nom retentit dans l'ame chrétienne ! que de hautes leçons îIt. fait passer sous les yeux! que de saints exemples il retrace î "j
«C'est un merveilleux spectacle à contempler, de notre époque même, que cette lutte terri-|^ ble, continue, commencée au désert, contrôla chair toute puissante, lutte plus*pénible peut-^^l être que celle des amphithéâtres, et qui partage avec elle la gloire d'un triomphe si miracu-'' leusement, si irrévocablement obtenu. il
« C'est la Thébaïde qui a expié Carthagc, Antioche, Rome, Parthénope et Alexandrie. C'estuf au désert que le christianisme, religion de pénitence et de miséricorde, s'est définitivement'* constitué, formulé; c'est là qu'avait commencé Jean le précurseur, là que le Christ avait envisagé le Calvaire, là enfin que le monde romain, qui n'était que chair et mensonge, alla se.? transformer en esprit et en vérité. ■>]' u:\\ •!'.i^. 'iiiom lu; ''/iiil
« 11 restait au désert quelque chose de l'Édpn primitif: l'homme pénitent y renouvelai t]^res*»q que l'homme d'avant le péché; et si Dieu même ne venait pas y converser avec lui, ses an-'^ ges du moins y descendaient sans crainte de souillure, et le solitaire les retrouvait près de.J lui, à toutes les défaillances de l'âme, à tous les appels qu'il élevait vers Icscieux. u
« Que les hommes de nos jours n'aient donc que des rires ou des mépris pour ces hommes^* primitifs de Scété, de Nitrie ou de la Thébaïde ! A eux permis. Mais qu'ils ne s'applaudissent'j* pas alors, et ne s'enorgueillissent pas devant nous, de ce qu'ils appellent le progrès social !,| «!ar ce progrès, tout chrétien, si on veut l'appeler de son vrai nom, ce sont les austérités de '• l'Egypte qui l'ont secondé, qui lui ont donné toute sa force, qui lui ont valu ses merveilleux résultats. C'est la chair, c'est la matière domptée au désert, qui a ouvert les voies à l'intelli-, gence ; là seulement on peut le dire, a commencé avec quelque puissance, le mouvement !, spiritualiste qui a soulevé la société moderne, et qui l'emporte encore en ce moment vers unv<.j avenir de gloire et de liberté, La liberté! la plus belle prérogative de l'homme, celle qui lui " perujet de se faire une place, à sa guise, dans toute l'échelle des êtres, depuis le démon jus-.'î qu'à l'ange. La liberté ! qui, lorsque l'homme en aura chrétiennement conçu tous les privilèr»>t ges, le servira si efficacement pour remontera Dieu.
«Ce sont les leçons, ce sont les exemples du désertqui, pénétrant dans les villes et les bourgades, sous les colonnes des palais et jusqu'au fond des gynécées, y parlaient avec autorité à la chair en révolte, et la contraignaient à rougir du moins de ses émportemens. .si ce n'était de se soumettre à leurs exigences: aussi voyez comme, durant tout le quatrième siècle, ce monde romain, que les récits merveilleux de ces saintes vies étonnent, vient successive- •• ment traverser le désert, pour s'y dépouiller en passant de la saleté qui le couvre, et après ^ s'être épuré dans cette atmosphère de pénitence, s'avancer, d'un pas plus ferme sur le che- ' min delà croix.
« Tous ne se contentent pas d'y passer, plusieurs s'y arrêtent, 'neureux de trouver sur cette terre un lieu de repos, que les désordres des villes et l'instabilité des g(mvernemens ne leur * permettent plus d'espérer ailleurs; et cette milice chrétienne et civilisatrice se recrute là , d'elle-même, avec une prodigieuse rapidité.
« Dans la ville d'Oxyiinque, trente mille solitaires, dont vingt mille vierges; à Scété, dix mille; dans le désert de INitrie, cinq mille; sous le seul Antoine, vers la mer Rouge, cinq mille; sous Apollon, cinq cents ; sous Dioscorc, mille ; dix mille, sous l'abbé Sérapîon'; à Canopc, à Matanée, àCelles, près d'Antinoë, à Pcluse, partout enfin, cette vieille terre d'Égyptol
(t) Ce livre est intitulé : Flavien ou de Rimie au désert, roman historique du III' siècle. Il paraîtra à la librairie de Levavasseur, pla< e Vendôme, n° IG. 3 vol. in-8% prix 2'} fr. jo.
' secoirvre de monastères; les anachorètes y fourniillent comme autrefois les «lieux; car clk*, qui a fourni en quelque sorte à tout l'Occident des divinités qui le matérialisaient, lui devait, en compensation , des exemples pour le spiritualiser ; et il était temps que les peuples de la terre, accoutumés à venir puiser dans les traditions égyptiennes des préceptes de sagesse et de religion, y trouvassent enfin autre chose que des mensonges et des vanités. Dieu, qui ne trompe jamais les hommes, n'eût point mis l'Egypte en un tel crédit, si elle n'avait pas dû justifier un jour la confiance des nations.
« Une fois ce pèlerinage du monde commencé, l'impulsion régénératrice est donnée; le peuple, et surtout celui des palais, ne regarde plus aux luttes de l'amphithéâtre, pas même à celles des nations rivales. Tous les yeux du monde intelligent et moral sont attachés à ces luttes, non moins terribles et bien autrement profitables, de l'esprit avec la matière, que la vaste arène du désert leur présente ; et, dès ce moment , la rénovation intellectuelle commencée à Jésus-Christ marchera sans plus s'arrêter, sans plus reculer; caries obstacles qui «obstruaient et embarrassaient sa route ont été détruits, abattus, aplanis au désert. »
Alexandre Giiraid.
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