‹ L'Écho de la jeune France (volume 5)Chapitre 12 sur 129 · LES REMORDS · texte numérisé non relu

LES REMORDS

Quelle distàficë sépare l'homme qui projette un crime et celui qui vient de l'accomplir !

Dans le premier cas, ivre de vengeance, d'ambition ou de cupidité, sa passion l'aveugle, îe pénètre , le subjugue , irrite ses sens, caresse ses désirs , arme son bras , le pousse devant •elle at lui dit : Voici ton but, voilà ta récompense.

Une voit plus qu'elle , n'écoute plus qu'elle. 11 est sourd à la voix de sa conscience qui lui •crie : arrête malheureux ! 11 repousse jusqu'à Dieu même, dont il se rit et dont il blasphème fie nom ; et, tout plein de la flamme infernale qui le dévore , il frappe et le crime est consommé ! ! !

oilors la scène change ; ses esprits calmés l'ont rendu à lui-même. La réflexion lui est revenue, l'ivresse du désir s'est dissipée, l'illusion s'est évanouie, et ce qu'il avait si ardemment convoité , n'est bientôt plus pour lui qu'un sujet de dégoût et d'horreur. Un seul sentiment lui reste tout entier, le souvenir de son crime. Il croit encore entendre les pleurs de sa victime , SCS prières , ses vaines supplications; il se rappelle ses convulsions , son agonie et puis son corps étendu et sans vie.

Bientôt son imagination se trouble , sa raison s'égare ; il croit voir le cadavre se dresser, se mouvoir, et s'approcher de lui avec la pâleur du trépas, lui reprocher son crime et lui redemander l'existence qu'il lui a ravie.

En vain rempli de terreur il veut fuir , le spectre l'accompagne , et toujours lui découvre

et ses plaies et le sang qui en découle. Le jour , la nuit, il est présenta son esprit; vainement

'il veut anéantir tout ce qui peut le lui rappeler, en vain il cherche dans les plaisirs et les

'* voluptés à étouffer le remords qui l'oppresse , le fantôme est toujours là , devant ses yeux, «lui

lui crie : Il n'est plus pour toi de plaisirs ni de bonheur , regarde , observe ta victime!

Vainement il parcourt en insensé les plaines, les vallées , les montagnes , en vain il appelle :à son aide la gloire et les grandeurs , toujours et partout son crime le poursuit, et, semblable à Caïn , il croit entendre la formidable voix d'un Dieu courroucé lui demander : Qu'astu fait de ton frère ?

Cette terrible voix retentit sans cesse à son oreille , toujours sa victime est présente à ses

yeux. La solitude le fait frémir , la nuit est plus terrible encore , et si ses sens fatigués vien-

^nent enfin à obtenir quelque peu de repos, bientôt un songe épouvantable ramène devant lui

*" le spectre ensanglanté qui l'évcUle et lui dit : Il n'est plus pour le remords de repos sur la

terre ! . . .

Usurpateurs de trônes , juges renégats , nobles déloyaux et parjures, courtisans adorateurs de tous les pouvoirs , écrivains corrupteurs , hommes en place, ôilapidateur^ des deniers publics, ingrats de toutes les classes qui, pour de l'or et des dignités, trahissez vos sermens et abandonnez la cause du juste malheureux pour servir la félonie triomphante, vous aussi serez atteints par le remords. En vain vous chercherez à le bannir, il vous suivra par tout , même

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gor le trône , et , comme les harpies , il empoisonnera toutes vos jouissances. Les dégoûts , les reijrets , les cha^'rins , la honte, le mépris , le désespoir; tel sera votre sort .jusqu'à ce qiwla parque, tranchant le fil de votre vie, envoie votre ame devant le tribunal de celui •devant qui tout est atome et près de qui personne n'est pur. Alors, hommes coupables, ce ne seront plus des cbâtiniens d'un jour ique vous aurez à redouter, mais des peines éternelles, comme l'ame qui devra les subir.

Éternelles! Que ce mot est effrayant , même pour l'homme vertueux î Éternelles! Quel mot épouvantable pour l'homme criminel et pour celui qui, sur la terre, ayant dit : «H oa'yia.pas de Dieu » , v«i se trouver en présence de ce même Dieu devenu son juge

Éternelles ! oui éternelles , et déjà cette éternité a commencé pour tous en ce monde ,car vos noms , devenus odieux à vos contemporains , vont se transmettre par l'inexorable histoire à la postérité, et seront de siècle en siècle, pour la race humaine, un objet d'infaime et de malédiction. Le BARO^ DE MENGIN-FONDRAGON.

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