‹ L'Écho de la jeune France (volume 5)Chapitre 112 sur 129 · SAUVEUR · texte numérisé non relu

SAUVEUR

Ces deux grandes gravures, destinées à se faire pendans, peuvent néanmoins figurer isolement. Elles sont imprimées sur papier grand-nigle de 3 pieds de hauteur sur 2 de largeur : nous en avons vu les épreuves, déjà entièrement poussées à l'ctîet et dont l'artiste n'avait plus qu'à dégager les délicatesses, les efiets de détails, à harmonier les parties, et à modifier les grands effets toujours un peu exagérés dans ces sortes de gravures. Il est difficile de comprendre l'original avec plus de chaleur et de fniesse que ne l'a fait M. Sixd en ers ; il est rare de voir des gravures abordées avec autant de hardiesse et de franchise. Puis cet artiste a une intelligence tout-à-fait distinguée de la couleur en général et de la couleur individuelle des peintres dont il est appelé à propager la connaissance et à partager la gloire.

• Le JÉsus-CnRisT docteur, debout sur le globe terrestre, tient de la main droite le livre de la science divine, et a la gauche étendue avec dignité et sans dogmatique ambition humaine. Entouré des nuages sombres de l'ignorance, de l'idolâtrie et de l'impiété, il semble, comme le soleil de printemps qui s'élève sur un horizon nébuleux, dissiper les nuées et épancher autour de lui les flots purs et non éblouissans d'une douce et salutaire lumière. Sur son visage règne la sévérité et l'assurance du docteur en face de l'ignorance ; la sérénité et la charité tolérante et ardente de la toute puissance et de la toute-intelligence divine unies et condamnées aux conditions de la vie humaine.

Cette belle gravure est appelée à figurer dans toutes les bibliothèques chrétiennes : sa

JOURNAL DE REFORME SOCIALE. 42t

présence y sera le Icmoiijnage i-clataiil de l'humilité chrétienne joinle k la science selon JJieu.

JÉsus-CiiRisT D CTEUR, c'csl la divinc imafje tle la science greffée sur la charité, de la science qui élève l'homme vers Dieu, et pour l'amour de Dieu apprend à l'homme à aimer ses semhl.jhles, à les éclairer, à les élever avec lui vers le ciel.

Le Jésus-Christ docteur est de iVI. Tony Johannot.

Plus remarquable encore , sinon pour la pensée (car ce n'est pas par la couleur morale que Rubens s'est acquis une grande autorité , et son Christ en croix est cependant une de ses compositions les mieux comprises, et son tableau chrétien le plus chrétien), au moins la valeur artistique de l'exécution sous le rapport du dessin et de la couleur, le Jésiis-Chrisi sauveur présentait au graveur des difficultés beaucoup plus ?-randes et un travail plus délicat. M. Sixdeniers a triomphé de ces difficultés et rendu avec bonheur et le coloris matériel, si admirable, et la savante anatomie, et toute la solennelle expression , une des plus belles pages et de la plus chrétienne pensée de Rubens. La Madeleine éplorée au pied de la croix, n'est pas moins bien comprise et rendue que le Christ, et fait le plus grand honneur au graveur.

Le Jésus-Christ sauveur doit figurer, soit dans un oratoire chrétien, soit dans une bibliothèque oratoire, c'est-à-dire dans le sanctuaire que le vrai chrétien éclairé se réserve au lieu d'un profane et sensuel boudoir.

La société de la Jeune France vient de mettre en vente la deuxième planche du groupe de Louis XVI. Cette deuxième planche, dans laquelle il a d'ailleurs été introduit plusieurs modifications, est encore plus remarquable et d'un effelplus saillant que la première. jNous aurions voulu voir indiquer dans cette g^ravure la himière qui éclaire d'en haut, et qui , dans la pensée de l'artiste , est antre que celle d'un atelier éclairé par un châssis. Mais c'est à peu près le seul défaut qu'elle présente, et il n'est pas capital, hâtons-nous de le dire : la promptitude avec laquelle se sont écoulées toutes les épreuves de la première planche, attesîe assez la valeur de celle gravure, et nous ne serions pas étonnés qu'une troisième planche devînt bientôt indispensable.

Parmi les quelques bonnes gravures profanes qui ont paru depuis quelque temps, nous citerons encore le portrait, éminemment profane, de M. Charles Maurice, prince de Talleyrand, admirablement gravé à Londres, par T. Hodoets, d'après le tableau deM. A.Scheffer. Kous avons remarqué aussi chez Pieri Bérin"d un charmant portrait lithographie de la célèbre cantatrice mademoiselle Giulia Grisi , lithograpliiée à Londres par Negelen : et chez Rittner, le portrait de M. le docteur Marjolin , assez bien gravé à la manière noire par Garnier, d'après l'excellente peinture de M. Henri Schefi'er.

Nous ne parlerons pas des ignobles ou détestables, et le plus souvent ignobles et détestables gravures et lithographies qui pullulent chaque jour, depuis quelques années surtout, et dont les éditeurs distingués se gardent bien de salir leurs montres.

Mais n'oublions pas de signaler aux amateurs de gravures rares et de grand prix, la superbe épreuve d'une des meilleures gravures qu'on ait peut-être jamais publiées. Nous voulons parler de la Madeleine sublime de Cattoni, gravée il y a un peu plus d'un demi-siècle par Earton. Celte belle épreuve est exposée chez Rittner et Goupil. Max. Raoul.

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