‹ L'Écho de la jeune France (volume 5)Chapitre 119 sur 129 · L'ENTRÉE · texte numérisé non relu

L'ENTRÉE

La nuit venait , quand Napoléon arriva en face de la porte de Dorogomilow. Là , il hésitait ;... Murât le pressa ,et lui dit : Efi bien! entrez donc puùquiis le Veulent.

Oui , ils le voulaient , et c'était là une grande et forte volonté.

Déjà , depuis une heure , l'aventureux roi de Naples, avec sa colonne de cavalerie , longue et serrée , avait pénétré dans la ville ; et, hors le bruit que faisaient leurs chevaux en piaffant sur le pavé des rues , les soldats de Murât n'avaient encore entendu aucun signe de vie. On eût dit la conquête d'une cité des morts.

Napoléon lui-même se sentait ému de ce vaste silence , de cette grande désertion ; quelques rares figures s'avançaient seulement pour voir passer le conquérant du monde I. .. jamais prise de capitale n'avait eu si peu de spectateurs... Oh î se disait-il , il y a quelque chose là-dessous , autre chose que de la peur.

Il ne se trompait pas.

Tout fut silence dans cette entrée triomphale, hors vers le Kremlin. . . Le Kremlin , le palais I le berceau î le palladium des czars I Les portes de cette enceinte sacrée et qui s'élèvent bien au-dessus de tous les autres édifices de l'immense ville qui l'entoure sont fermées ; de féroces rugissemens sortent de derrière ses murailles , quelques hommes et des femmes , d'une figure dégoûtante et atroce , se montrent sur ses remparts; bizarrement armés ils exhalent une sale ivresse et d'horribles imprécations. 3Iurat leur fit porter des paroles de paix ; elles furent inutiles. Le canon enfonça les portes. C'était dans ce temps-là la fin de bien des phrases.

C'était au Kremlin que devait loger l'empereur. . . Il n'y vint pas la première nuit ; la première nuit de sa dernière conquête, il la passa dans une maison du faubourg de Dorogomilo^\ .

On le voit, ce n'est ni un soleil zonwwe celui d'Iéna , ni comme celui d'Austerlitz qui éclaire l'entrée de Napoléon à Moscou... Oh I non , ces beaux soleils radieux ne brillaient plus au ciel. Et la nuit son étoile n'y était plus!

Quand Napoléon avait couché à Vienne , à Berlin , à Madrid , dans les lits des empereurs et des rois , il y avait dormi tranquille ; mais au Krendin , dans le château féodal des Roinanof et des Rurick , ce sera autre chose; il le devinait en y entrant , car alors il ne leva point la tète comme un conquérant , mais la tint basse comme un homme qui rêve d'un sombre avenir.

Du haut de cette imposante citadelle^ quand on regardait attentivement, on voyaits'élever de faibles nuages de fumée de toutes ces maisons couvertes de fer, qui s'étendaient au-dessous de vous. Et ces fumées ce n'étaient ni celles qui précèdent les repas de famille, ni celles qui s'échappent des usines de l'industrie. Ces vapeurs, encore peu épaisses , s'exhalaient de maisons fermées...

Un cœur plein de vengeance laisse ainsi apercevoir au-dehors les cruelles pensées qui l'agitent au-dedans .

Napoléon reposait , ses soldats fatigués , leurs vaillans chefs dormaient aussi. Minuit venait de sonner au befFioy du Kremlin... La grande pensée du comte de Rostopchin éclate... 3Iille et mille feux la trahissent, l'exécutent. Ce n'est plus une bleuâtre vapeur , mais de lourds et épais nuages de fumée qui s'élèvent de partout.

Les cris : Au feu I au feu I se mêlent aux pétillemens des flammes qui commen* cent à se faire jour , leurs longues langues s'étendent et sont poussées vers le Kremlin par le vent du nord. Déjà des flammèches et des débris ardens volent sur le toit qui abrite Napoléon.... Et voyez jusqu'à quel degré une grande et géjiéreuse pensée peut exalter les hommes , quand ils ont encore foi en quelquô chose. Ce peuple de Moscou , qui aime le palais du Kremhn , comme un lieu saint , comme le berceau , comme la noble demeure de ses maîtres , se réjouit et bat des mains en voyant l'incendie le menacer... puisqu'en croulant il engloutira , sous ses débris enflammés, l'ennemi de la patrie.

Le Kremlin ou dort l'empereur renferme un magasin à poudre , et le feu com-» mence à y pleuvoir. L'éclat des flammes l'a enfin réveillé , le voilà debout , les bras croisés sur sa large poitrine. Le voilà regardant cette mer de feu qui l'entoure ; d'abord il s'en irrite et veut commander à cet élément. . . mais malgré sa puissance il a beau dire aux flots de feu, vous n'irez pas plus loin. Les flammes gagnent , gagnent toujours comme une marée qui monte et qui grandit. A son tour , le vainqueiu' est vaincu , et Napoléon en repassant dans son esprit toutes les grandes pensées qui l'ont traversé , n'en trouve pas de plus grande que celle du comte de Rostopchin.

Une extrême agitation s'est emparé de lui ; on le croirait presque dévoré des feux qui l'environnent. A chaque instant , il se lève , marche et se rassied brusquement ; il parcourt ses appartemens d'un pas rapide , ses gestes courts et véhémens décèlent un trouble cruel ; il quitte , reprend et quitte encore un travail pressé , pour se précipiter aux fenêtres , et contempler cette grande et terrible scène allumée par un éjiergiquc patriotisme (1).

Quoi.' répète-t-il d'une voix entrecoupée, quoi/ ce sont cux-manes qui sacrifient ainsi leur ville , pour me t ôlcr ! quelle résolution extraordinaire! quels hom^ mes! CE soîïT des Scythes!

— Oui , se sont des Scythes , c'est-à-dire des hommes que toutes les mollesses de notre civilisation n'ont point encore énervés ; (c'était-là la pensée de Napoléon.)

(1) Ségiu:.

— Oui , ce sont des Scythes, des hommes qui aiment mieux la cendre de leur maison que la honte , l'abandon de leur berceau que la domination de l'étranger.

— Oui , ce sont des Scythes , des hommes qui ont encore des croyances de la foi et des espérances, et qui, lorsqu'ils se bannissent eux-mêmes de leurs demeures en emportent les images sacrées.

Ces Scythes se réjouissent maintenant , car ils viennent d'apprendre que ce Napoléon, qui jusqu'alors n'avait jamais abandonné ses conquêtes, pressé de près par les flammes, poussé dehors par le feu, venait, en frémissant d'admiration et de rage, de sortir du Kremlin. Une heure de plus dans le palais des Czars , et il trouvait sous les cendres du château et de la ville sainte un noble tombeau. . . tombeau meilleur pour sa gloire que celui de Sainte-Hélène.

A cette nouvelle de la fuite de l'empereur , immense et folle fut la joie des Russes restés à 3Ioscou ; ils n'avaient plus d'abris , leurs maisons , celles de leurs proches croulaient de toutes parts. Les églises , les comptoirs , les palais , les échoppes, tout se réduisait eu cendres. Le marbre éclatait, le bronze coulait comme de la lave , les malades brûlaient dans leurs lits. Et cependant partout aux craquemens des édifices , aux bruissemens de l'incendie , aux détonations des artifices, aux explosions des mines , se mêlaient des cris de réjouissance, des cris de victoire du milieu des ruines. Et c'était un étrange et terrible spectacle que tous ces hommes, que toutes ces femmes attisant le feu qui consumait leur ville natale. Des mères étaient là, portant d'un bras leur enfant et de l'autre brûlant la cabane qui leur avait servi d'abri. Les prisons avaient vomi leurs captifs, et toute cette population délivrée dansait et hurlait de joie en incendiant les portes de leurs cachots.

Et ne croyez pas qu'il n'y eut dans cette grande œuvre de destruction que des mains avilies qui tiennent la torche et le brandon, non, l'artisan honnête s'en est aussi armé, car il a conçu la pensée du comte Rostopchin, et tout en consommant sa propre ruine, en brûlant les berceaux de ses enfans il travaille à l'accomplir ; il y travaille avec une énergique joie en voyant son succès.

Oh I demandez donc une joie semblable à un peuple énervé , à un peuple qui ne croit plus ni à Dieu , ni aux rois. — Si vous la lui demandez, il ne pourra pas la ressentir. L'incrédulité et l'égoïsme l'auront rapetissé, l'auront aplati, on pourra lui marclier dessus , il ne dira rien , si sa main avilie et salie peut encore gagner et serrer de l'orl Yicomte Walsh.

IIÏ.

TRAVAUX ACADÉ.MIQUliS, INDUSTRIE , ARTS ET METIERS, DECOLVERTES,

INVENTIONS UTILES

Dans noire dernier Lullelin de l'académie des sciences, la place nous ayant manqué, nous n'avons pu dire un mot de la machine hydraulique, construite par M. Jeuncker, aux mines d'iluelgoat en Bretagne, sur cette terre sacrée de la i'idélilé. Cette machine propre à l'épuisement des eaux, estduffenre de celles appelées colonnes de Rcichembach qui fonctionnent avec tant de succès dans les mines de Sallzhourjj en Bavière. Le résultat le plus brillant vient de couronner les elYorts de l'ingénieur français, et maintonnnt les intéressés de la compagnie de Poulhiouen voyent chaque jour extraire comme njiraculeuscment, d'une profondeur de 230 mètres plus de 50C0 mètres cubts d'eau. Sans entrer dans le détail des modiiications apportées par i\I. Jeuncker dans la machine de Reichembacli, nous allons faire connaître le moyen qu'il a imaginé pour remédier à la porosité des nombreux tuyaux de fonte dont il s'est seivi. Ce moyen très-simple et que tout le monde peut avoir occasion d'employer avec avanlajje, consiste à remplir dhuile siccative ces tuyaux, et à y comprimer parle secours d'une forte presse cette huile. Celle-ci obstrue les pores de la fonte et la couvre iîislantanénient d'un enduit, ou vernis fortement adhérent qui la défend contre l'oxidation ou rouille, et même contre l'action des eaux légèrement acieles.

Dans la séance du 5 octobre, nous avons remar jué la noie adressée par M. Thiloritrà l'académie des sciences, sur l'acide carbonique liquélié et soliilifié. Cette note présente plusieurs faits d'autant plus intéressans, que l'on cherche avec une vive activité les moyens de remplacer la vapeur par ditVérens gaz, au nombre desquels les gaz ammoniac et carbonique tiennent la première ]dace. D'après les expériences de M. Thilorier, la dilatation de ce dernier gaz est quatre fois j»lus grande que celle de l'air atmosphérique, et son volume à -{- 30 degrés centigrades s'accroît elc la moitié du volume qu'il ])résenlaità zéro, ou pour plus d'exactitude, il arrive de 20 à 29. A la même température, lors de sa vaporisation, il faut pour saturer un espace vide, une tranche de liquide égale au tiers de cet esp'.îcc, mais à zéro elle est de nn douzième, et sa force d'expansion peut lui faire occuper un espace de 400 fois son volume. La pression de la vapeur fournie par le gaz liquélié s'élève à 73 atmosphères en la i:hauiïaut jusqu'à 30 degrés. Le fait important en outre à remarquer, c'est de voir qut; le giiz acide carbonique liquéfié est insoluble «lans l'eau et ne se mêle pas avec ce liquide. Enfin dans celte série d'expériences répétées devant une commission ele l'académie, l'on a observé que l'aciele carbonique avait mèuîcété solidifié ù une température apj)rochant de 100 dégrés de froid. Sous ce nouvel élut l'acide e^arLonique offre ce fait curieux et particulier, qu'il n'est plus dilatable avec explosion comme à l'état liquide, mais qu'il se xaporise lentement.

Par suite d'une eliscnssion pou importante daLS ses détails, mais bien impoilante par ses conclusions pour les malheiireux vieillards attaqués de l'horrible maladie de la pierre, il paraît bien constant que l'opération de la lithotritie, d'après une statistique du elorteur Civiale, présente dans la majorité des cas plus de facilité et moins depérils que l'opération hardie et dangereuse de la taille, osée pour la première fois par le célèbre frère Cosme. En elVct, dans une série de tableaux slalisliqucs dicisés avec le plus grand soin, le jeune chi-

rurgien a constaté que, sur 5,713 opérations de la taille, il était résulté 1,141 morts, 4,478 guérisons complètes ou suivies d'infirmités consécutives, tandis que sur 257 malades opérés par la litliotrilie, l'on ne pouvait compter que six morts. Enfin, pour citer un nouveau fait à l'appui de la litliotrilie, nous annoncerons aux amis des antiquités historiques que M. de Sommerard vient d'être radicalement guéri par cette nouvelle méthode, d'une maladie de vessie qui , depuis longues années, le faisait horriblement souffrir.

Lors de la séance du 12 octobre, on a entendu quelques assertions semi-hasardées de M. Cordier, pour combattre le système de formation, au sein delà terre, d'une roche appelée dolomie ou carbonate double de chaux et de magnésie, présenté par M. de Buch à la société géologique de Dublin, et transmis à l'académie des sciences de Paris au nom de cet illustre savant, par M. Arago. Il explique cette formation au moyen de la vaporisation du carbonate magnésien, par la chaleur centrale ou accidentelle de la terre. A la séance du 28, plusieurs nouvelles observations faites par Desgenèves et adressées à l'académie par M. Yirlet, sont venues détruire les objections de M. Cordier, et corroborer au contraire les faits avancés par le célèbre géologue prussien.

On a vu à cette séance du 12 quelques matériaux géographiques assez curieux, recueillis au Japon par M. le voyageur Sieboldt; parmi ces matériaux qu'il offre lui-même à l'académie, on remarque plusieurs cartes dressées par des Japonais, entre autre, celle du détroit de Niphon a été levée par un Japonais, et gravée par un artiste chinois. Chez ce peuple, on cultive la géographie avec le plus grand soin, et l'on trouve môme un observatoire à JVangasaki et un bureau de cadastre chargé de la direction des travaux relatifs à la topographie.

Quant à la séance du 21 , elle a été peu riche en faits dont nous puissions faire notre profit, aussi nous permet-elle de passer de suite à celle du 2G, dans laquelle on a remarqué un échantillon de cire minérale, adressé à l'académie par M. le docteur Mayer, qui déjà l'année dernière en avait présenté de pareils fragmensà l'assemblée des naturalistes à Breslaw. Ce fossile très-curieux et jusqu'alors inconnu avait été trouvé en Moldavie auprès des monts Carpntlies, dans un terrain de formation secondaire , en masses considérables, recouvertes d'une argile ardoisée mêlée de bitume. Peu de temps après cetto découverte, un Allemand, M. Udreizky, exploita cette nouvelle mine, mais avec si peu de soin, que des éboulemens l'ont forcé d'interrompre ses travaux. Cependant ce minéral paraissait devoir offrir des chances de la plus grande utilité ; car sa facile exploitation permettait déjà de la faire servir à la fabrication de cierges exccllens, et dont le bas prix eut été de la plus grande ressource pour la plupart des églises.

Dans cette scéance du 2G, M, JohnLoughlin a communiqué diverses opérations thermométriques faites par lui au fort Vancouver, constatant que la température de la côte occidentale de l'Amérique est plus élevée à pareille latitude que celle de la côte orientale. M. Lonchamps, à propos de cette communication, ayant avancé dans un feuilleton qu'une loi générale sur les températures de l'Amérique posée par le savant M. d'IIumbolt était loin d'être absolue , a cru devoir à l'appui de son assertion citer les observations recueillies par M. Saigey dans divers recueils scientifiques parus depuis une quinzaine d'années.

Ces observations fort curieuses présentent les chiffres suivants :

Amérique méridionale.

ESl

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