CONGRÈS HISTORIQUE
Cherclier à relever l'histoire est uuc noble tâche, elle était digne du respectable monsieur Michaud, et l'historien des croisades devait plus que tout autre en sentir le besoin. Aussi, dès qu'au sein de l'Institut historique ou a parlé de réunir à Paris un congrès européen , dans le but d'éclaircir différens points de l'histoire , ce savant académicien s'est empressé d'y donner son adhésion , et le congrès brille aujourd'hui du relief qu'il lui prête par sa présence. Ce congrès, ouvert sous sa présidence à l'Hùtel-de-Yille, le 15 novembre, a été le rendez-vous d'un grand nombre de savans, venus, malgré la saison, dq tous les points de la France et de l'Europe.
Le discours d'ouverture, lu par le respectable président , a été suivi de trois autres discours sur le but de l'histoire. L'un de M. Roux, l'auteur de V Histoire parlementaire de la révolution française, a été très-remarquable, en cela qu'il a démontré avec beaucoup de vérité, que l'histoire n'a commencé à briller en tout son jour que depuis l'avènement de Jésus-Christ ; le second, prononcé par M. le baron de Roujoux, ancien préfet, a soutenu que le but de l'histoire était d'éclairer l'avenir ; et le troisième, enfin, était de M. Ch.
Le Daim.
Dans la seconde séance , le savant M. Malter a fait sur l'esclavage un discours que M. Czinki a tâché de combattre ; puis un Polonais et un Cosak ont traité coutradictoirement de la littérature des Cosaks ; un autre écrivain, 3L Mary Lafond, leur a succédé pour parler de la langue romane et soutenir avec beaucoup d'esprit, contre l'opinion de M. Raynouard, que celte dénomination était fausse; ensuite, un des nôtres, M. de La Villemarqué, auquel l'archéologie et les sciences historiques doivent déjà d'importantes découvertes, a prononcé un discours dans lequel on a remarqué un grand nombre d'idées neuves et uu style qui souvent a mérité à l'auteur de nombreux applaudissemens : il a prouvé que la langue et la liltéiaturc celtiques avaient eu une grande influence sur la langue et la littérature françaises. Enfîn.dans la quatrième séance, M. Broussais, après avoir soutenu avec tout son talent le système phrénologique, a été brillamment et victorieusement combattu au profit des idées religieuses , par un jeune Anglais , M. Erfil, dont le discours a été accueilli par uu grand nombre de bravos.
Mais en terminant le compte-rendu des premières séances du congrès scientifique, nous nous apercevons que nous n'avons rien dit du discours de M. Ch. Le Daim. Ce jeune homme, de l'école de M. Fourier , ne manque pas d'un certain talent, mais il a oublié dans son enthousiasme phalanstérieu , que l'argot de ce système mort-né est tout-à-fait inconnu au public, le prêcher dans ce langage est peine inutile ; aussi, nous devons le lui dire avec franchise, ce discours est loin d'avoir produit d'autre résultat que de l'impatience et de l'ennui. Ce n'est point par des rêves que nous arriverons à une véritable réforme sociale, c'est, comme le sentent fort bien aujourd'hui les niasses instruites, jiar la réaction religieuse et catholique que cette réforme aura lieu. Oui , la morale seule de Jésus-Christ suflit pour l'opérer, et le catholicisme, nous le répétons, remportera cette victoire sur le reste de nos incrédules. J- Odolant -Desnos.
SPIRITUALISME ET PROGRES SOCIAL; par M. Mazure.
Mettre en lumière cette vérité : La liberté, dernière expression du progrès social, est fille du spiritualisme chrétien : tel est le but que s'est proposé M. Mazure, dans ses études. En d'autres circonstances que celles au milieu des quelles nous nous trouvons placés^ l'apparition de cet excellent ouvrage eût fait sensation ; elle eût provoqué des discussions , des examens , des controverses. De nos jours , il est bien à craindre que ce livre ne passe comme inaperçu, tant sont vives nos préocupations de tous genres. Il n'est plus le temps des sérieuses études, des longues et assidues méditations I les dévouemens à la science sont maintenant aussi rares qu'ils étaient communs dans d'autres temps. La France entière est descendue sur la place publique : la langue des intérêts est la seule qui soit comprise universellement. Hors de là, n'attendez que froideur et indifférence. Il semble que le dernier terme de cette perfectibilité qu'on nous vante tant, soit l'anéantissement de l'être spirituel, ou son absorption dans la vie matérielle. On dirait que l'ame s'est retirée de notre société , et n'a laissé qu'un cadavre qui tombe en lambeaux.
D'autre part, n'esl-il pas vrai aussi qu'il existe dans notre société, et surtout <lans la jeune génération qui s'avance pour prendre possession du siècle , une surabondance de vie. Cette ardente inquiétude qui se manifeste partout, ce malaise dont tout le monde se plaint, ces efforts pour briser les entraves dont la société nous environne, ces cris de détresse, ou cet espoir confiant dans l'avenir n'annoncent-ils rien ? ne nous disent-ils pas que le monde a encore de nouvelles destinées, et que si la société se dissout, c'est pour se recomposer. Et faudra-t-il, imitant les philosophes des derniers jours de Home, s'envelopper d'un muet désespoir, et dans la vue de la fm universelle, dédaigner de disputer à la mort un reste d'existence? Un semblable stoïcisme peut avoir quelque chose de grand, mais à couj) sûr il n'est pas légitime. L'homme n'a pas été mis sur la terre seulement pour souffrir sans se plaindre. Cette sorte de vertu négative est loin de remplir la loi de son être. Il doit faire le bien dans lui et dans le-s autres. La loi qui le régit est une loi de perfection et de progrès, et ceux à qui a été départie une somme quelconque de force pour agir sur la société sont coupables devant Dieu, si, abandonnant la société qui se dissout, ils ne songeiit pas à préparer les nouvelles destinées de la société qui doit renaître. D'autant que nous n'en sommes plus réduits à nous contenter de vagues prévisions sur l'avenir. L'aurore du nouveau jour est assez brillante pour que tous puissent la voir. Le mouvement est commencé dans les sommités de l'intelligence, il va se propageant tous les jours dans les masses. Le retour vers les idées élevées et religieuses est bien marqué et s'accroît sensiblement ; aussi l'avenir appartient de droit à ceux qui apportent à la défense des doctrines avancées un talent aussi remarquable que celui de M, Mazure. M»