‹ L'Écho de la jeune France (volume 5)Chapitre 125 sur 129 · OBSERVATIONS SUR LES LANDES COMMUNALES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS SUR LES LANDES COMMUNALES

Par M. de Malartjc, ancien conseiller -d'état.

La famille s'éteint , car il faut à cette famille une hiérarcliie politique , morale et religieuse, et cela malg^ré le dévergondage de quelques sectaires, malgré la philosophie sophistique de quelques métaphysiciens ; en effet, républicaine ou monarchique, la famille est un corps. Malheureusement à chaque division de succession succède une division de famille : preuve évidente que ces familles ne sont plus attachées par un lien commun, par un esprit de race , par une affection à l'épreuve de l'égoïsme. Chacun s'isole , chacun se fait centre, chacun s'établit dans une sphère à part , souvent médiocre, presque toujours misérable, mais où il ne voit naître que lui , et oii il peut à son gré essayer du travail ou tenter le hasard. \oilà donc une calamité sociale, avec laquelle la société tombe nécessairement, puisque, ne pouvant être une collection d'individus, elle n'a jamais été qu'une réunion de familles ; or, où la famille en dissolution faillit , le lien social se brise.

Ces vérités, nous diront nos lecteurs, nous les publions depuis quarante ans, mais personne, dans le monde révolutionnaire, n'a voulu nous écouter, ni chercher à nous com})rendre ; cependant, nous ré])ondrons, nous, qu'elles ne sont pas si éloignées de se faire jour , ces vérités , qu'on pourrait le penser, car ces lignes, ces paroles sont toutes sorties de Id plume de M. Pages (de lArriége) , seulement, qu'il nous soit permis de faire l'observation aux hommes consciencieux de toutes les nuances révolutionnaires , qu'ils ont eux-mêmes rompu les liens de la famille, non pas en les tranchant d'un seul coup , mais en dénouant peu à peu toutes les attaches de ces liens, et en jetant impitoyablement dans l'espace cette famille, sur la perle de laquelle ils font entendre de trop justes et tardifs regrets; ils se plaifj,nent enfm de l'avoir perdue, cette famille, et chaque jour leurs préfets trviviiillent à l'isoler de plus en plus, et font leurs efforts pour la faire disparaître entièrement. Combien d'entr'eux crieraient, même encore aujourd'hui, haro sur les communes, si les communes, pour la plupart, n'étaient pas déjà spoliées. Pourtant ces communes, contre lesquelles ils se croient le droit de se ruer impitoyablement, ne sont-elles pas , comme l'héritage, un lien sacré de la famille ; en effet , admettons pour un instant que nous nous retrouvons aux temps qui précédèrent l'invasion des peuples du Nord dans nos contrées méridionales, formons une commune de MM. Guizot , Thiers et compafjnie, tous bons pasteurs et ne rêvant que la conservation des terres communales, sur lesquelles ils font paître ensemble leurs moutons.Eh bien ' maintenant qu'une force brutale ou bien gouvernementale , si vous voulez, sous prétexte d'utilité publique , s'attaque à ces terres, et vous verrez si MM. Guizot et Thiers, malgré la faible harmonie qui peut régner entre leurs caractères, ne s'opposeront pas, de tout leur pouvoir, à la vente de leur commune, car ils savent très-bien que le lendemain de cette vente, leurs bestiaux , ne pouvant plus paître, mourront de faim, et qu'ils seront ensuite obligés eux-mêmes, pour vivre, MM. Guizot et Thiers , d'aller mendier leur pain , ce qui, je suppose , ne ferait plaisir à aucun de ces deux messieurs , malgré tout le civisme que nous puissions leur prêter. Or, en admettant que la vente des biens communaux eut alors été une attaque à la propriété de ces nouveaux grands seigneurs , il faut pourtant bien admettre qu'elle fut aussi , et serait encore une attaque à la propriété des habitans qui possèdent aujourd'hui en commun de pareilles terres; car en fait de loi naturelle, ce qui fut juste autrefois doit l'être toujours, et personne par conséquent , ni maire , ni préfet, n'a le droit de vendre les biens communaux.

Ce sont ces hautes questions d'économie politique que M. de Malartic a traitées d'une manière victorieuse dans un opuscule que nous a\ons sous les yeux. Prouver que les landes

communales ne sont point improductives et qu'elles ont dans le système actuel de la culture une valeur au-dessus du prix qui en serait donné ; que les communaux sont la richesse d'un pays; qu'il est très- aisé de procurer, à l'aide des communaux, des revenus aux communes, et que pour le faire il suffit de le vouloir ; tels sont les points spéciaux que l'auteur a fortement établis et proii\:s devant le conseil-général du département des landes eu opposition avec un M. Geoiïioy, chez lequel l'amour de la vente des communaux est si grand qu'il ferait assurément trembler MM. Guizot et ïhiers s'il était avec eux propriétaire collectif d'une petite terre communale ou de quelques-uns des petits châteaux possédés par ces messieurs; car le patriotisme de M. Geoffroy lui ferait tout vendre, rviiner tout le monde, et mettre tout le momie et lui-même à la mendicité pour avoir le bonheur, avec le produit de ces ventes, d'élever un hôtel communal divine alors d'une commune qui ne posséderait plus ni biens, ni famille, ni souvent même d'habitans, les biens pouvant se trouver achetés par des étrangers demeurant hors la commune, et les anciens propriétaires privés de ressources, pouvant également se trouver forcés de s'expatrier pour mendier leur pain.

Kous ne pouvons entrer ici dans les détails des raisons apportées par M. de Malartic pour appuyer les conclusions sages et positives qu'il a posées en commençant et en terminant ses observations sur les landes communales, et nous nous en tiendrons au sommaire que nous avons indiqué ; seulement, nous le répéterons, cet opuscule est très-remarquable par la force de ses raisonnemens, il peut surtout fournir de très-bons documcns à M M . Guizot et Thiers s'ils en sont aussi comme M. Pages de l'Arriège, à réfléchir de quelle manière rétablir , si non leur famille , du moins la famille en général.

J . Odolant-Desi>os.

LIVRES D'ÊTRENNES.

Nous voici arrivés à une époque de l'année, oîi la librairie ralentit le cours de ses publications ordinaires, pour faire face à ce besoin spécial que l'usage ramène tous les ans. Déjà les livres brochés sont relégués au fond du magasin, et vont remplacer, sur les rayons les plus reculés, les ouvrages à reliure élégante, les almanachs, les albums, les lieepsakc dont le règne éphémère va commencer. ïlàlons-nous donc de jeter sur ceux-ci un coup d'œil rapide ; car bientôt le nouvel an sera venu, et ils auront passé ou du moins leurs jours de fête, leurs plus beaux jours dans l'année, car presque tous ceux que la. Jeune France doit recommander le plus spécialement, sont des ouvrages qui ne passent point et dont l'habit seul suit la mode et passe avec la mode. ÎNotre tache sera d'autant plus facile, qu'à part les Keepsake, qui font la matière d'un article exceptionnel, nous avons, cette année, peu de livres nouveaux à annoncer; c'est du moins l'observation que nous avons faite en visitant les magasins de Susse et de Giroux, où nous avons retrouvé, en fait d'ouvrages et d'almanachs d'étrennes, à peu près les mêmes objets que l'an passé.

Celte remarque, cette observation, toutefois, n'est f^énéraleet absolue; il y a au contraire tel établissement du même genre, oii nous avons été frappés de la quantité de magnifiques in-folios étalés pour la première fois sur les comptoirs ; mais quelle a été notre surprise, en ouvrant ces ouvrages richement cartonnés en soie, en velours etornés de fermoirs dorés, de reconnaître en eux ces informes compilations, qui sous des titres déjà usés aux yeux des hommes de p,oiit, séduisent par leur bon marché apparent], un certain nombre d'acheteurs désireux d'apprendre, et un peu plus ignorans qu'auparavant, lorsqu'ils se sont une fois perdus au milieu de ce dédale de cours et d'histoires rassemblés pèle-mèle et sans choix, l'clectricilc à côté du coton, les Albinos en compagnie de Gcngis-Khan, les i>ers à soie en regard de V Homme au Masque de Fer, etc. Nous ne devons pourtant

pas faire acte de prévention contre ces livres indigestes, en refusant de constater que c'est à eux ou plutôt à leur système perfectionné que nous devons ces belles éditions de certains classiques, illustrées par des dessins de Gigoux et de Johannot.

Nous l'avons dit, les Keepsake anglais sont maintenant en grande faveur; c'est 'ce qui fait que plusieurs éditeurs ont cherché à imiter la perfection des gravures et de la typographie de ces beaux ouvrages, quelques uns d'entre eux y ont presque réussi. Tel est, parmi les livres qui se rapprochent le plus de ces Keepsake, le Livre des Saintes (1), publié par nos amis de la Revue Européenne , et dont nous nous faisons un véritable plaisir de constater le brillant succès. Nous ne craignons pas de l'affirmer, ce précieux et élégant ouvrage n'a pas son pareil, soit pour le fonds, soit pour les détails, la forme et les ornemens. Les Fies des Saintes^ rédigées par MM. Lacordaire, Didon de Casalès, P. Lamache, Jules de Franchevillc et l'abbé Gerbet, sont toutes suivies de méditations poétiques, dues à l'inspiration de madame E. de Girardiu et de MM. Jules de Rességuier, EdouardTurquety, Emile Deschamps, A. de Beauchène et de Lamartine. Le livre est précédé d'un calendrier contenant tous les saints et saintes de Tannée, et enrichi de magnifiques gravures anglaises sur papier de Chine, de culs de lampes et de vignettes dont l'exécution ne laisse rien à désirer. Ln un mot, il semble que tout ce que la philosophie chrétienne a de plus élevé, de plus brillant et de plus pur, tout ce que la poésie a de plus suave et de plus harmonieux, U)ut ce que le crayon de l'artiste a de plus élégant, de plus délicat et de plus gracieux, se soit fondu dans le Livre des Saintes^ nous nous empressons donc d'indiquer à nos lecteurs cet ouvrage, dont la première édition vient d'être épuisée, comme un des plus en vogue cette année pour e'trennes.

Nous citerons encore, au nombre des livres que leurs différentes spécialités recommandent à l'attention publique, V Education Maternelle (2), de madame Amable Tastu, composée de leçons à Taide desquelles une mère guide sa fille depuis les premiers élémens de la lecture jusqu'au plus haut degré d'instruction nécessaire pour une femme ; nous indiquerons également, comme livre amusant et instructif, la Pierre de Touche (5), ouvrage de mademoiselle Ulliac Tremadeure, couronné par la société pour l'instruction élémentaire, et dans lequel, sous une forme ingénieuse et très-adroitement développée, l'auteur explique que «notre pierre de touche ^ c'est notre ame ; que de ce foyer rayonnent les j> inspirations de la conscience, du sens moral, de la raison, du bon sens; que dans notre 3) ame se trouvent le sentiment religieux, l'amour de nos semblables, le respect de nous- )) mêmes, la connaissance des lois de la morale universelle, et qu'ainsi la justice éternell j> n'est éternelle injustice que pour l'homme ^qui néglige de développer les facultés de » l'ame.» Mademoiselle Ulliac Tremadeure est en outre auteur d'un nouvel ouvrage d'éducation intitulé Une histoire^ et orné de quatre jolies gravures, que l'on peut considérer comme cadeau d'étrennes réunissant l'utile et l'agréable. Nous rangerons dans cette même catégorie, mais comme s'adressant plus [particulièrement au dernier âge, le Livre des En fans ('i),|oti l'on remarque, outre plusieurs jolies gravures, des articles de M. le vicomte de Walsh et de MM. Éléonorc de Yaulabelle, Léon Guérin, Alfred Nettement et Charles J^aurent.

N'oublions pas de rappeler à nos lecteurs les deux admirables livres des Prisons et celui des Devoirs, de Silvio Pellico, déjà tant de fois imprimés et lus, mais qu'on ne saurait trop réimprimer et relire, tant la morale en est belle et suave , c'est-à-dire selon Jésus- Christ.

(1) ChezBailly, 2, place Sorbonne.

(2) Chez Eugène Renduel.

(3) Chez Pesron, rue Pavé St-André-des-Arts, 13 .

(4) 12 volumes, édition diamant, rue deMénars, n° 5.

La librairie de Louis Janet(l), ordinairement la plus féconde en livres dY-trennes, est encore celle q;ii en aie plus fait piraître cette année. Beaucoup n'ont d'autre prit que la superbe reliure qui les accompag^ne, d'autres les gravures anjçlaiscs qui y sont jointes; d'autres enftn se recommandent, non moins par l'ensemble de ces diverses qualités que par le mérite et le clioix de leur rédaction. Parmi eux, nous distinguons le Hameau d'Or, recueil composé de morceaux de littérature contemporaine de tous les pays, par nos écrivains les plus célèbres : le livre est orné de quinze belles gravures anglaises ; la Russie^ ouvrage de Retchie, contenant la description pittoresque du voyage de Saint-Pétersbourg à Moscou, par la GourlanJe et la Livonie, et suivi d'autres morceaux inédits, pai le prince Metschersky, MM. Bulgarine et Ferry de Pigny: ce beau volume, imprimé sur papier vélin, par Jules Didot, est orné de vingt-cinq gravures d'après Wilkers ; un nouvel ouvrage de M. Bouilly, sous le titre de Mes Rtcapi Lu! allons, qui doit être divisé en quatre époques, dont la première a seule paru ; Jérusalem et la Terre- Sainte^ volume composé de fragmens de voyage et de littérature, empruntés à MM. de Chateaubriand, de Lamartine, Micliaud, Poujoulat, etc. , et accompagnés de huit vignettes, représentant les vues de Jérusalem, de Sidon, du Jourdain, du mont Siuaï, etc., et enfin la Relique de Saint- Jacques de Compostely légende du monastère de Long-pont, par madame Alida de Savignac. Cet ouvrage, orné de jolies gravures, est surtout destiné à la jeunesse, à laquelle il peut donner une idée assez exacte de l'état de la France et de ses coutumes aux premiers temps de la monarchie. D'autres volumes viendront par la suite compléter l'histoire des mœurs et des coutumes de la France jusqu'au dix-huitième siècle.

Il nous reste à parler, pour compléter en tant que possible notre revue des livres d'étrennes , d'un ouvrage par lequel, en raison de son importance, nous aurions peut-être du commencer, mais qu'en le réservant ainsi pour terminer, nous n'en regardons pas moins comme un devoir de recommander particulièrement à nos lecteurs ; il s'agit de la traduction nouvelle deriniilation de Je's us- Christ ^av le président de Grégory ; celte traduction, approuvée par N. S. P. le pape, rivalise aujourd'hui avec celle du R. P. de Gonnelicu, si souvent éditée, et dont le merveilleux débit prouve du moins que toute confiance en l'avenir de la religion est loin d'être éteinte en France. Des caractères de Firmin Didot, des gravures excessivement soignées et des reliures d'une grande richesse embellissent encore l'édition du président Grégory. i\os lecteurs nous sauront gré de pouvoir leur en indiquer le prix, qui s'élève depuis la modique somme de 1 fr. , 75 c. jusqu'à celles de 12 et même 20 fr.

En gravures, parmi ce qu'il y a de meilleur et de plus beau à donner en étrenues , il faut citer VApolhc'osz de Louis XVI.

Jésus-Christ Docteur^ gravé par Tony-Johannot.

Jésus-Christ Sauveur^ d'après Rubens [2],

En général, bien des étrennes ne sont que d'élégantes futilités, celles que nous annonçons ici sont chrétiennes, et peuvent porter bonheur à ceux qui les donneront et à ceux qui les recevront. Qui ne voudrait avoir chez soi et chez les siens les images de Dieu et d'un martyr ?

Telles sont les principales nouveautés nouvelles ou classiques qui se sont offertes à nos regarJs dans ces magasins ou la mode fait ses apprêts pour fêter le renouvellement de l'année. IVous croyons n'avoir rien omis d'important. Nous ne terminerons pas cependant sans donner aux amis de l'enfance l'adresse :de la maison Aubert (3) , oîi [l'on trouve une quantité de petits ouvrages consacrés à cet âge. Parmi eux, nous désignerons une

(1) Rue St-Jacqucs, 59.

(2) Ces trois gravures se trouvent au bureau delà Jeune France^ rue Ménars, n» 5.

(3) Galerie Yero-DoJat.

édition nouvelle du Musc'e des Enfans , augmentée cette année d'un texte d'anecdotes choisies et amusantes.

Et maintenant, si nous avons en passant consacré quelques lignes de cette revue catholique aux objets de mode et de fantaisie, hâtons-nous de le dire, c'est beaucoup moins pour sacrifiera la mode , c'est bien moins pour nos lecteurs eux mômes que pour le cercle enfantin ou mondain de nos lecteurs, qui peut-être eussent laissé surprendre leur morale par la lecture d'annonces et de feuilletons hypocrites et menteurs. D.-A.-U.

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