‹ L'Écho de la jeune France (volume 5)Chapitre 126 sur 129 · KEEPSAKES POUR · texte numérisé non relu

KEEPSAKES POUR

La mode ne doit pas figurer ou ne doit occuper qu'une bien petite place dans les pages d'une Revue catholique. INous ne l'ignorons pas , et jamais nous ne réduirons nos lecteurs à nous le rappeler. Mais nous croyons devoir donner notre opinion au moins sur ceux des objets de mode et de fantaisie qui, par leur nature, peuvent renfermer, caché avec plus ou moins d'art, le poison de l'immoralité ou de l'impiété , comme les keepsakes et autres livres d'étrenncs. La mode est d'ailleurs un vernis à travers lequel il laut savoir regarder et juger le monde ; car nul d'entre nous ne peut, sans présomption» se déclarer complètement indépendant de la mode. Et qui oserait dire qu'il sait dévernir» comme un tableau, sans en enlever au moins quelques glacis, la société pour l'étudier et la juger? Qui oserait aflirmer qu'il n'a jamais acheté un livre pour son titre à la mode, pour son habit à la mode? Or, nous savons trop, nous , combien l'on abuse aujourd'hui des grands mots de religion et improvisés, qui comptent, avec une étrange complaisance, en vérité, sur leurs noms illustres pour se faire un nom célèbre; mistriss ?sorion , disons-nous , a bien écrit à elle seule un tiers du keepsake, et ce nous a paru au surplus , avec les pages du touriste Leitch-Ritchie, la moins faible partie du volume sous le rapport littéraire.

Nous devons cette année encore à M. Leilch-Ritchie un des quatre meilleurs keepsakes ou annuaires, le Hcath's picturesque annual (3" année). M. Ritchie est le type le plus complet , selon nous , du touriste anglais. Artistement flâneur et bavard , il tombe bien souvent dans le commun et dans le rebattu; mais souvent aussi il nous expose des aperçus ingénieux, nous donne des descriptions pittoresques et nous croque des tableaux de mœurs , nous raconte des nouvelles et des anecdotes pleines de poésie et de charme. Les planches de son livre ne sont pas moins remarquables dans son volume pour 183G que dans les deux autres, et font le plus grand honneur au talent du peintre, M. Yickers, et des graveurs , M3L Wilmore et Fischer. Il a parcouru cette fois Moscou et Saint-Pétersbourg.

Le Jenning's Landscape , annuaire du voyageur aussi , est au moins à la hauteur de son cadet pour les planches , et il s'est enrichi cette année de petites vignettes sur bois, très-bien gravées, d'une couleur et d'un caractère excellents, mais, il faut le dire aussi, très-mal dessinées. Le texte du Landscape [poysage)^ par Thomas Roscoe, est malheureusement froid et incolore. L'auteur se borne à un historique des événemens locaux , a peine coupé cà et là par une pâle et bourgeoise description des lieux représentés. Son livre manque de charme, d'intérêt et de couleur : il n'est ni assez savant antiquaire et historien, ni observateur assez ingénieux, ni écrivain assez chaud et assez coloré. Mais *e Landscape a une grande valeur, nous le répétons, pour ses planches. Les dessins d'après desquels on a gravé ces planches doivent être admirables, ou bien M. David Roberts gagne singulièrement à l'illustration du graveur (ioodall.

V Oriental annual est aussi, et cette année encore, un des plus riches et des plus précieux annuaires, et pour le texte, car sous ce rapport il est de beaucoup supérieur

k tous ses confrères, et pour les planches, magnifiquement gravées par Daniel, d'après les dessins de Brandard pour les animaux , et d'Amytage pour les paysages , sur des sujets extrêmement curieux, pittoresques et instructifs. Le frontispice i\e ï Oriental annual pour 183G représente un ad jutant (oiseau oriental) perché sur la racine colossale et nue d'un arbre venu dans un marais presque à sec : ce petit tableau est d'un pittoresque délicieux et donne la plus juste idée du livre et de ses planches. V Oriental annual^om 1835 a été traduit en français l'an dernier ; celui de celte année vient aussi de paraître traduit en français et avec les mêmes gravures que l'ouvrage anglais.

Le Biblical annual, auquel on a emprunté ses belles planches de l'an dernier pour un excellent ouvrage français publié depuis peu de jours , est aussi riche celte année qu'en 1835. Ses illustrations de la Bible, illustrations de paysages surtout, sont par malheur accompagnées d'un texte pour le moins médiocre, et qui ne saurait d'ailleurs, fùt-il très-saillant , suppléer les pages de l'Écriture-Sainte. Mais ces planches devront être recueillies par la suite, nous l'espérons et nous en formons le vœu, dans une Bible de luxe, que nous |voudrions voir traduite de l'hébreu par M. l'abbé Glaire, auquel nous devons déjà la traduction du Peniateuque ; et cette Bible on devra l'intituler Bible des artistes. Certes, elle pénétrerait bien ailleurs que dans les ateliers, surtout avec la traduction et les annotations du savant professeur à la Sorbonne.

Le Christian and missionnary annual est encore un des bons et riches annuaires, quant aux planches ; mais son texte , empreint de la monotonie affectée des morali-^ seurs et prédicateurs protestans en général, est de ceux dont on dirait volontiers :

L'ennui naquit un jour de l'uniformité,

ou plutôt î

L*ennui naquit un jour de Vinsipidite* t

Il n*eïîste pas encore d'annuaire pour les évangelistes , secte nouvelle, qui est aux ftnglicatos ce que sont aux catholiques les jansénistes, s'il y en a encore.

JXous devons encore citer, parmi les kecpsakes de quelque valeur, le Darway rooni scrap-book [album de croquis), dont le texte offre de bonnes pages, et qui a fait un choix de gravures assez heureux.

jXous ne parlerons pas du Forget me not, de VAmulet, du Friendships offering , du Juvénile , du Newyears gifty etc. , etc. , petits annuaires pour la jeunesse et pour les enfans , dont les planches deviennent de plus en plus faibles , et le style de plus en plus innocent. Et nous devons à notre conscience de déclarer que nousn'avonspaslu d'un bout à l'autre, mais seulement parcouru en quelques heures les nombreux annuaires dont nous venons de parler, et que nous avons jugés autant par leurs volumes précédens que par eux-mêmes. On concevra aisément que nous n'avons pu avoir le temps nécessaire pour nne lecture aussi longue et aussi souvent ennuyeuse , et l'on concevra aussi que nous avons dû cependant en faire la critique par apeiçu et d'après leurs précédens.

Il est un keepsake à part, tout-à-fait à part, et dent la valeur est très-grande à nos yeux, et par son but et par le soin[avcc lequel il est rédigé : c'est le Geographical annual (Annuaire géographique) destiné à constater les découvertes nouvelles des voyageurs pendant le courant de chaque année.

Nous ne professerons pas une admiration bien profonde pour les Femmes de Byron ^ keepsake dont le titre n'est qu'inconvenant, dont les gravures ne sont, pour la plupart, que maniérées. Quelques-unes cependant sont assez bien dans le caractère, mais en général cela sent beaucoup plus la fashion que la poésie , et le dessinateur n'a bien compris qu'un des deux caractères dont Byron était l'jlrange et curieux composé.

A côté des Femmes de Byron , voici pour jeter sur le tapis jicrse d'une capricieuse fashionable, les fleurs de lady Blessington (Flo^vers loveliness), grand album assez bien

composé, et bAti sur une ingénieuse idée , mais dont les vers, plus faciles et spirituels que poétiques, de la voyageuse comtesscne dissimulent pas le défaut essentiel, V affectation et le ninniàe. Il est à observer que les Anglais tombent presque toujours dans ce maniéré , quand ils courent après la fjràce et l'élégance française , au lieu de se renfermer dans la leur.

Mais il est encore deux annuaires dont nous n'avons rien dit, et que nous nous garderons bien de passer sous silence. C'est le Bookof Beauty et VEnglish anniial , dont le litre seul est au moins inconvenant ; keepsake fasbionable par excellence, mais dons nous ne saurions trop relever la révoltante immoralité, car elle a déjà été contagieuse en France. Qui ne connaît cette galerie de femmes plus ou moins inconnues , plus ou moins étrangères à une célébrité quelconque , mais qui voient la société de haut ou de bas étage , et dont le crayon de M. Grevedon a reproduit, le plus souvent encore avec coquetterie , les traits plus ou moins beaux ou jolis, pour les exposer, sans nom, il est vrai, et sans adresse, aux regards des passans chez tous les marchands d'estampes? Eh bien ! les Anglais avaient été et vont plus loin que nous; ils ont publié (c'est la 3'^ année), ils publient un recueil élégant et fashionnable qu'ils intitulent Book of Beauty [le livre de la bcautc); ils y font entrer, avec des notices détaillées, les portraits coquettement, sensuellement dessinés et gravés de femmes , nous nous trompons , de ladics anglaises, presque toutes sans célébrité aucune , puis ils débitent ce livre par milliers comme un guide, et, ne craignons pas de le dire, comme un tonique pour l'imagination des Lovelaces Jinglais et étrangers. Il a existé , il existe encore , dit-on, de certaines maisons dont le salon de réception , ouvert à tout venant, est tapissé de portraits de femmes ; n'est-ce pas donc da?,s ces salons que les éditeurs anglais se sont inspirés ? îMax. Raoul.

irr.

Page 1