‹ L'Écho de la jeune France (volume 5)Chapitre 14 sur 129 · COMMISSION DE CHARITÉ · texte numérisé non relu

COMMISSION DE CHARITÉ

Des classes pauvres.

Nous renvoyons à un autre numéro la suite de notre article sur le paupérisme, pour répondre aujourd'hui à plusieurs observations que nous ont adressées nos correspondans.

On nous demande : qu'entendez- vous par classes pauvres.

11 est fort juste , avant de commencer le grand travail que nous avons entrepris sur l'état des pauvres dans la 1" et la 2' division , de bien préciser les termes ; nous ne pouvons mieur faire , pour déterminer la classification des citoyens d'une commune : que de copier l'extrait ci-dessous d'un intéressant mémoire de l'un de nos correspondants, ( M. Rousseau.) sur la constitution de la paroisse chrétienne.

Division de la fortune en cinq classes.

«Au centre, la classe moyenne qui n'a besoin de personne , mais qui n'est en état de por- « ter secours à personne , des deux côtés de celle-ci , la classe aisée qui peut faire quelque «bien , et la classe gênée qui a besoin qu'on l'aide un peu. Enfin aux deux extrémités , la classe «opulente qui peut, sans compromettre sa fortune, en distraire de grandes valeurs, qu'elle « appliquera à des objets d'intérêt général, et la classe indigente qui attend une partie de son «bien-être de la sollicitude et de la générosité du riche. »

En prenant cette division , pour base d'opération , il est facile de classer les habîtans d'une commune rurale.

Prenons 100 familles pour exemple.

Nous placerons dans la troisième classe , ou classe moyenne, les petits propriétaires, et fermiers , les hommes de toutes les professions qui assurent une existence convenable à tous les membres d'une famille , supposons ce nombre s'élevant à 40

Au-dessus se trouve une classe plus aisée composée de grands fermiers, notaires , agens d'affaires , chefs d'usine , nous porterons ce nombre à 10

Au-dessus d'elle , se trouve une seule famille qui peut être appelée riche 1

La classe gênée apparaît audessous de la classe moyenne ce sont les ouvriers qui vivent des produits d'un travail qui peut leur manquer accidentellement et qui, dans ce cas ont besoin d'être aidés temporairement, 40 familles la composent. > z^q

Et enfin dans la dernière , demeurent celles qui ont besoin de secours habituels, soit à raison des infirmités d'un de leurs membres ; ou du nombre des enfans en bas âge, soit par la perte d'une branche de travail. Nous la portons à o

Total 100 familles.

Api es que l'on aurait ainsi classé leshabitans d'une commune de 500 habitants, on pourrait apprécier facilement , l'état du paupérisme, sa décroissance et ses progrès.

On observe assez habituellement, que la 2*^ classe peut secourir la 4* et que la 5° est toute entière à la charge de la première; en effet les pauvres se livrent à la mendicité extérieure, là ou il ne se trouve pas une maison riche pour les secourir.

La classification indiquée par M. Rousseau , est soumise à des évaluations relatives, et à des modifications qui varieront suivant les localités : mais , nous croyons qu'elle peut en un grand nombre de cas , et principalement dans les communes rurales , qui forment la 2" division de notre travail général , aider à déterminer l'étendue des devoirs des riches que la pratique de la charité décourage quelquefois à la vue d'une quantité de pauvres et d'êtres souffrans qu'ils ont de la peine à évaluer.

SlpplémEINT ACCIDEmel. au MMkro dtj r'' Mvr I8.1i.

Qei LA. JEUiNE FRAINCE ,

Nous invitons nos correspondans à classer ainsi quelques communes dont ils sont à portée de bien connaître l'état des habitans, après que nous aurons réuni un certain nombre d'observations de ce genre : nous essayerons d'en déduire d'utiles conséquences pour l'administration de la bienfaisance.

Première œiwre proposée par la commission de charité.

Les correspondans d e la commission savent que nous plaçons au premier rang des œuvres qu'il importe d'établir, ou d'encourager celle qui a pour but, la recberche des maisons de toutes sortes de professions dans la capitale, auxquelles on peut confier des jeunes gens appartenant à des familles clirétiennes qui viennent à Paris pour s'y former à l'exercice des divers états qu'ils ont le désir d'embrasser : la plupart des parens sont loin d'apprécier l'étendue des dangers qui attendent leur cnfans , ils imaginent que les maisons ou l'on veille sur la conservation des mœurs et des principes religieux des ouvriers et des employés , sont en assez grand nombre ; nos premières informations nous ont appris que ce nombre n'est pas tel qu'on j>ourrait le désirer, et celles où nous aimerions à voir admettre les jeunes gens aux quels nos correspondans prendraient intérêt, n'ont guère , du moins en ce moment, de places adonner. C'est donc un devoir pour nous d'engager nos correspondans à prémunir tant de familles imprudentes contre le fol espoir de placer avantageusement leurs enfans.

Il est temps de s'élever contre la funeste tendance de tant de fils d'agriculteurs , qui aban« donnent l'état de leurs pères et quittent les campagnes pour venir, disent-ils faire fortune à Paris , et il est bon de leur apprendre que si quelques-uns de leurs c.imarades ont effectivement obtenu des succès dans la carrière qu'ils ont embrassée , il en est des milliers qui végètent et qui languissent; pour quelques heureux , combien qui épuisent les ressources de leurs familles , les ruinent souvent complètement et tombent ensuite eux-mêmes dans une misère affreuse. Ce qu'ils ont perdu de temps pour acquérir quelques connaissances relatives à telle profession qu'ils ne pourront jamais excercer pour leur compte, aurait suffi pour en faire d'excellents cultivateurs ou d'habiles régisseurs de propriétés; ce qu'ils ont coûté à leurs parens, aurait suffi et bien au-delà pour acquérir le mobilier nécessaire à l'exploitation d'une petite métairie, dont le produit les aurait fait vivre avec indépendance. Estce donc qu'il est plus honorable de porter les paquets d'un épicier chez ses pratiques , que de tracer un sillon sur un champ ? c'est rendre un service importantà à un bon nombre de familles abusées par des rapports mensongers, que de les engager à conserver leurs enfans auprès d'elles, et de rétablir dans l'esprit des jeunes gens que de sots pséjugés égarent, l'estime pour la profession de leurs pères, et pour le premier des arts et la plus précieuse de toutes

les industries.

Mémoire de M. de Pétigny.

Parmi les documens que nous ont transmis quelques correspondans , nous plaçons en première ligne, un mémoire de M. de] Pétigny, sur la population du département de Loiret Cher. (Se trouve à la librairie deTéchencr place du Louvre. )

Ceux qui se livrent aux études de la statistique , peuvent consulter avec fruit , l'ouvrage de notre correspondant, nous y puiserons de précieuses observations, lorsque nous traiterons de l'état du paupérisme dans la 1"° division. Il est déjà facile d'apprécier l'utilité d'une union parla presse , entre les hommes qui étudient la science de la charité , ou la pratiquent avec intelligence. Ils savent que tout ce qui tend à améliorer le sort des classes pauvres est de son domaine; nous espérons que l'exemple de M. de Pétigny aura de nombreux imitateurs. Nous invitons tous ceux d'entre nos lecteurs qui ont compris l'importance des documens que nous avons demandés dans le n' d'avril, à observer avec soin l'état de la commune qu'ils habitent, et à nous faire parvenir quelques réponses aux questions proposées. R.

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