FRANCE, 15 MARS 1835. 3' ANNÉE. TOME 3. N" F
2 LA JEUNE IRAiVCE.
leur monstrueux système . la conscience publique rendit justice h leurs intentions, et mit une sorte d'indulgence dans la flétrissure quelle leur imprima.
Or. les catholiques s'attachèrent moins à réfuter la nourelle doctrine qu'à profiter der» aveux qiîi y étaient enfermés. Eux aussi . ils commencèrent à étudier le paupérisme, ce ver rongeur de nos sociétés décrépites; et comme le mal était venu .'i une époque d'incrédulité , ils se mirent à soupçonner que cette incontestable coïncidence pouvait bien être autre chose que le rapport qui lie chaque cause à son effet. Cependant l'un d'entre eux. M. de Coux . n'avait point attendu les révélations de l'école saint-simonienne pour s'emparer d'une donnée si féconde en aperçus nouveaux, et il peut revendiquer l'honneur d'avoir, le premier en France, exposé les principes qu'il développe aujourd'hui devant ses jeunes auditeurs de Malines. Dans ses premières leçons, il s^'est surtout attaché ù définir la nature, et à mesurer la puissance de l'action que chaque croyance . religieuse ou philosophique , n'importe, exerce sur le bien-être matériel des peuples qui ont foi en elle. La méthode qu'il a suivie nous semble aussi ingénieuse qu'incontestablement elle est hardie. Il pose d'abord en principe que tout dogme . tout précepte , toute théorie morale est une force qui agit d'une manière en quelque sorte fatale, et façonne, après l'avoir créée, la sociabilité des peuples. Il déduit de là que la civilisation doit partout sa forme et le degré de perfectibilité dont elle est douée aux doctrines dont elle procède: en sorte qu'elle ne saurait être parmi des musulmans, ])ar exemple . ce qu'elle sera parmi des catholiques ou des matérialistes.
Partant de ce fait, le professeur fait une complète abstraction de ses propres crovances. et ne demande compte ni aux éclectiques, ni aux bouddhistes, ni aux chrétiens, de la somme de vérité ou d'erreur que possèdent les uns ou les autres. Il les prend au mot. et, croyaus ou philosophes , il les juge d'après les actes qui découlent logiquement de leurs convictions. Ces actes seront-ils sociaux, ou. en d'autres termes, se résolveront-ils naturellement en actes utiles à la société? Dans la pensée de M. de Coux. toute la question est là : car s'il foit à l'inconséquence individuelle une large part . s'il admet que chacun de nous peut valoir plus ou moins que sa foi. il soutient, et nous le croyons avec lui . que les peuples pris en masse règlent invariablement leur conduite sur l'idée qu'ils se sont faite du juste ou de l'injuste. Considérée sous cet aspect nouveau, la sociabilité humaine n'est plus qu'un simple accident qui dépend d'une loi plus haute . loi écrite dans le code moral des nations par leur foi, leur crédulité ou leur raison.
Cette loi a sa sanction dans notre soif si ardente de bonheur : car elle exprime les conditions auxquelles nous pouvons le conquérir , soit en ce monde, soit en l'autre. Ainsi . lorsque M. de Coux parle du Iticji et du mal ^ il ne leur attribue de puissance civilisatrice qu'autant qu'ils descendent des hauteurs d'une inintelligible abstraction . et deviennent tout simplement le hien auquel chacun de nous aspire , le mal que chacun de nous veut éviter. L'un et l'autre ils ont leur nature propre : mais leur influence sociale dépend de la forme que nous leur attribuons: et comme celte forme change avec nos croyances, que le philosophe et le catholique . le fétichiste et lignicole n'ont aucune notion commune. ni de la félicité en elle-même, ni des moyens qui y conduisent . quatre sociétés distinctes naîtront nécessairement de ces quatre doctrines si opposées.
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JOURiVAL DE REFORME SOCIALE. 3
La théoi"it^ sociale de M. de Coux repose sur les principes que nous venons d'exposer si rapidement. Plus tard nous les développerons avec plus d'étendue, &. nous joindrons les démonstrations aux assertions. Maintenant nous laisserons parler le professeur lui-même , et nous lui emprunterons les passages suivans de son discours d'ouverture.
DISCOURS D 01 VERTLRE.
Penchant des esprits vers les idées catholiques. — Coup d'œil sur la guerre du philosophisHie contre le catholicisme. — Apostasie du dix-huitième siècle. — Du sacrifice chrétien. — Les vérités du catholicisme inaperçues au dix-huitième siècle. — Différence entre réconoraie politique chrétienne et l'économie politique anti-chrétienne.
« Aujourd'hui tous les hommes qui s'occupent sérieusement d'une partie quelconque des connaissances humaines . se sentent entraînés même malgré eux, par un penchant irrésistible vers les idées catholiques. Ce fait , l'un des plus remarquables de notre époque, est peu en harmonie avec les prévisions du philosophisme j mais il n'en est pas moins incontestable, et il a sa cause dans les grands travaux entrepris par nos adversaires. Comme leurs progrès dans la voie de la science ont été rapidse, ils entrevoient déjà, si j'ose ainsi le dire, la nature intime des choses , et à travers les voiles qui les séparent encore de notre Dieu, quelques rayons de son ineffable majesté arrivent jusqu'à eux. Quoiqu'ils fassent, ils ne peuvent donc plus avancer sans se trouver en sa présence, et par conséquent ils ne peuvent demeurer incrédules qu'à la condition de devenir stationnaires, c'est-à-dire de perdre toute action sur l'intelligence humaine. Ainsi Ehomme que l'amour de la science avait d'abord éloigné de Dieu , ne pourra bientôt plus satisfaire cet amour qu'en revenant à Dieu, et le besoin de progrès qui fit jadis tant de mal à l'église , sera bientôt le plus puissant de ses auxiliaires terrestres.
Cette heureuse et nouvelle nécessité a déjà singulièrement radouci le langage des plus éclairés parmi les incrédules de nos jours, et vous chercheriez vainement ailleurs que dans la lie de leurs disciples, l'outrageante âpreté de l'école voltairienne. 11 y a ainsi dans l'ordre intellectuel un progrès réel, et qui, en promet d'autres plus grands encore. Toutefois, c'est surtout dans l'ordre matériel qu'apparaissent les indices d'un prochain changement. Tant que la philosophie anti-chrétienne n'avait attaqué que la raison de l'homme, tant qu'elle n'avait déchahié que les plus grossières passions de notre nature , elle n'avait séduit que les esprits les plus vains, ou perverti que les cœurs les plus vils, et les uns et les autres forment partout une faible minorité. Aussi quand elle voulut perdre des générations entières, elle ne renonça point h ses anciennes armes, mais elle fut en demander d'autres à un besoin que nous éprouvons tous, au besoin de notre bien-être matériel. Elle inventa donc l'économie politique , et comme celle-ci est née hors du sein de l'église, ses premières paroles ont été des paroles de blasphème. Alors une double guerre fut faite à Dieu, et les nouveaux titans qui voulaient le détrôner eurent recours à un des principaux axiomes de la nouvelle science, à la division du travail. Pendant que les uns, les plus hardis, s'attaquaient directement aux preuves de la religion, les autres, plus habiles la minaient sourdement par des théories moins révoltantes, mais
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qui tendaient toute* à établir entre elle et la prospérité des peuples . un fatal antagonisme. Les premiers rencontrèrent de vives résistances de la part de quelques savans catholiques, mais les autres n'en éprouvèrent aucune, et ils profitèrent admirablement de cette incurie. Seuls à s'occuper des moyens qui enp^endrent la richesse . ils lui assignèrent les conditions qu'ils voulurent . et comme le public n'entendait qu'eux . il en vint bientôt à croire que le catholicisme est l'ennemi nécessaire et naturel de lagriculture . de Tindustrie et du commerce. De cette façon, la société entière fut appelée à prendre part dans cette grande querelle . et les catholiques eux-mêmes finirent presque par admettre sur la foi de leurs adversaires, qu'une irrémédiable pauvreté n'est, après tout, qu'un des sacrifices imposés à l'homme parleurs croyances.
Alors commença la grande apostasie du dix-huitième siècle. L'amour de la famille, lamour de la patrie, s'insurgèrent contre la religion, et les âmes les plus pures ne résistèrent au torrent qui emportait la multitude . que par une grâce toute spéciale de la Providence. Jusqu'à ce moment, l'incrédulité avait seulement enseigné: à partir de cette époque, elle gouverna. Rois et princes, quiconque ayant besoin d'argent, préférait largent à la vérité . se livra à elle . et dans plusieurs pays, en Espagne par exemple, sous le règne de Charles III. il y eut dans les conseils du souverain une sorte de compromis entre l'amour de Dieu et l'amour de la richesse. On se fit athée en finances, et l'on demeura chrétien en tout le reste. Mais ce partage y porta ses fruits, fruits moins amers cependant que ceux recueillis par les peuples qui acceptèrent toutes les doctrines des économistes. Ce fut l'âge d'or de lincrédulité . le temps de sa plus haute popularité . et je désespérerais de sa prochaine défaite, si l'expérience n'avait déjà donné un terrible démenti à chacune de ses promesses. En effet . telle est la débilité de notre nature, l'ardeur de notre cupidité, qu'un culte qui aurait pour lui la seule vérité, un culte qui condamnerait le genre humain à végéter dans les angoisses d'une perpétuelle misère . courrait grand risque de n'avoir qu'un faible nombre de prosélytes. Mais Dieu, dans sa miséricorde infinie, ne nous a point réservé une si périlleuse épreuve. jSe nous a-t-il point dit: C fier chez d'abord le rcgne de Dieu, et tout le reste vous sera donné?
Cependant, il faut le reconnaître, l'erreur où tombèrent alors les catholiques eux-mêmes avait en soi quelque chose de plausible, et je la partagerais encore si une triste expérience n'avait révélé les épouvantables conséquences du triomphe industriel de l'incrédulité. Car notre religion est une religion toute de sacrifice. Elle exige de nous une continuelle abnégation, une constante résignation, et elle classe parmi les plus grands vices la soif désordonnée de la richesse. Ses préceptes sont austères, et ses conseils plus austères encore, puisqu'à ceux qui veulent arriver à la perfection, elle donne pour guide lamour de la souffrance et la pauvreté. Certes, au premier abord, de pareils enseignemens, si contraires en apparence au progrès de chaque fortune individuelle . semblent peu favorables au progrès de la fortune publique. Les chrétiens , comme leurs adversaires, en tirèrent du moins cette induction, et moi-même, j'ai long-temps commis la même méprise. Elle était grave, j'oserai presque dire niaise ; vous allez le comprendre.
Si les sacrifices du catholicisme étaient perdus pour la société : si les privations qu'il s'impose , son désintéressement . sa charité . sa bonne foi , la pureté
JOUR^^AL D£ RÉFOiUfE SOCULE. â
serraicni à. personne , nous n'anrioiis rien à répoiMire aux liais en cst-îl ainsi? Lonq[ne Dieu m'accorde la giiee de snbordonner mon intérêt personnel & llntérêt de mon prodiain et de la société, mon procfaani et U société ne retirent-ils aacon arantage de mon nbéisKanceilaloidÎTine? Si je donne nne partie de mon pain an paorre . celuici ne rcinwite-t-il point tout ce que m'enlère la charité? Si je remplis fîdéle- ■Mnt tontes mes promesMS, mes créanciers . et en général tous ceux qui ont des rdations d'aibires arec moi ^ ne recneilleront-ils ancon bénéfice de la fMniilniliir que m'inspire la crainte d'€»ffenser mon crréatenr? Le sacrifice chrétien j, bien qne son princqie soit dans Tamonr de Dieu ^ tourne donc tonjotirs an profit de nos semÛabies, et sH appaurrit ceux qui le font ^ il enrichit le prochain. Or , nons sommes tons proch4Mms à notre tonr , et par conséquent ,. chaque membre d'une société cathcrfiqne tronre dans les sacrifices d'antrui , un large dédommagement de ses propres sacrifices.
Ces vérités si sonples ne fioent point aperçues des hommes du dix4iuitiéme âèieie, et Féconomie politique emprunta son ]»încipe générateur de la ncbesser au déchaînement de tontes les cupidités, jkn heu de chercher arec le catholiciane la richesse de chacun dans la richesse de tons , les économistes cherchèrent la richesse de tous dans la rîdiease de diacnn. Dés lors , an lieu de s'apan profit du prochain, on Tonlut s'enridûràses d^iens, et uneconcnrdonfalcmcBt ruineuse par ses excès cFabord , et puis par la mauvaise foi qû eu fut la suite, envahit le monde. Qn^est-il résulté de ces grands efforts pour donner un ilémgnii pratique à la parole du Sauveur r ^ T ^"""^ tosgours des poMMMfreÊ parmi vwtsî Que la riche Ai^eterre compte un pauvre sur cinq hafaitiBSy d qu'à Paris, ks trois qiiarts des firaérailles se font aux firab de la vîlle.
J'auni plus tard à tous montrer tous les résultats de l'économie politique . tdle que jusqu'à ce jour elle a été presque partout enseignée, lias d^ j'en ai aoKZ dit, pour que vous puissiez formuler dans vos cspritscequi distii^ne fondimfniihmiHl Téconomie politique chrétienne de Téconomie politique antichréticune. L'une prend pour principe générateur de la richesse le sacrifice, l'autre la cupidité, et cette différence est^àmon aris, la cause radicale de tous les mérompif i sociaux qu'a rencontrés la dernière. Toilà, je ne crains pas de l'affirmer, ce qui a rendu si stériles les m^nifiques travaux des Smith , des Saj €t des Ricardo. «
[La suite au muméro prodkainS^
eue SALON œ PARIS, son n'm tuait d^'ckkamié.
Par une eertaine matinée du mois de mars ^ j'étais en train de assembler les matériaux d'un travan fort ingrat et quH mlmportait de terminer sans retard, lorsque, au mépris d'une consigne formelle, ma fiDe afaiée ouvrît
brusquement la porte de mon cabinet, et me jeta le nom do IL & , e^
«'c&cant pour laiser pénétrer «n jeune Immuim j«t^'à
(i L.V JEUNE FRANCE .
Indépendamment de œ {que ce nom et cette figure ne réveillaient aucun souvenir précis dans ma liite, mes préoccupations se trahirent sur mon visage , et je compris que les obséquiosités banales de ma politesse dissimulaient à peine la vivo contrariété que j'éprouvais on ce moment.
— Vous ne me reconnaissez sans doute pas ? me dit timidement ce jeuno liomme.
Mon regard inquisiteur et glacé n'était pas fait pour le rassurer sur cette conjecture.
En s'éloignant avec hésitation du siège que je lui désignais , l'étranger ajouta du son de voix le plus doux :
, — ' Je puis revenir. Faites - moi la grâce de m'indiquer une heure à votre choix.
Il dut s'asseoir; un geste l'empêchait d'insister.
On n'ignore pas que le studio d'un journaliste est une sorte de cabinet de consultation où , sous un prétexte en l'air et sans cause bien légitime , viennent s'installer et poser des originaux de tout [genre, prodigues de leur temps et du temps des autres 3 solliciteurs de conseils qui ont des chefs-d'œuvre à l)lacer où l'on voudra; cliens qui ne cherchent que des patrons pour se produire dans un journal et chez un éditeur. Le tout à charge par vous de les protéger, comme si le journaliste . subordonné de la gérance, n'avait pas assez de mal h se protéger lui-même. Tout inconnu soulève d'abord un préjugé contre lui. On conçoit donc que , dans la transe de cette fatalité , j'aurais voulu que celui-ci fut à cent lieues. Un reste de philosophie accourut à mon aide. Cps inconvéniens , d'ailleurs, sont ceux de la profession, et la bonno ])olitique veut que l'on n'ajourne pas un indiscret lorsqu'on a confusément l'espoir d'en finir avec lui dès sa ^première visite.
— Puis-je savoir, monsieur, lui dis-je, ce qui me procure l'honneur
11 m'interrompit avec une vivacité contrainte.
— Nous nous sommes déjà vus à Rouen , monsieur! sur la côte de Sainte- Catherine ; je donnais le bras à la mère de mademoiselle Clémence J
La mémoire me revint.
— Pardon de l'oubli ! Vous vous nommez Adolphe , n'est-ce pas ?
— Adolphe B oui, monsieur. Et c'est, comme vous le voyez, sans
autre litre à votre indulgence que le hasard d'une rencontre purement furtive , pendant laquelle nous n'avons pas même échangé deux paroles, que je viens vous mettre en demeure pour un service de la plus haute importance pour moi ; service que , seul à Paris , vous pouvez me rendre. Il n'a pas fallu moins que la vive confiance que j'ai prise en vous pour me déterminer à cette démarche. Elle est étrange peut-être ; mais vous êtes jeune , et vous me comprendrez.
Une larme brillait dans ses yeux : sa voix s'éteignit un instant. Ce ton de mystère et de crainte , le vague du préambule , m'avaient ému. Ma (igure , en se déridant , rendit un peu de calme au jeune homme.
— Depuis six mois entiers j'hésite , me dit-il en donnant lil)rc cours à ses émotions ; depuis que mademoiselle Clémence a quitté Rouen pour se rendre ici , comme vous le savez peut-être?
— Jo rignori\i!5.
— ' Elle csl à Paris maintenant, monsieur, et je ne suis indiscret que visà-vis de vos occupations , ce qui est de trop sans doute , en vous confiant que j'avais l'espoir d'obtenir sa main lorsqu'elle ne songeait pas à se chercher des protecteurs et à tenter la fortune. L'autorisation de sa mère et son aveu , rien ne manquait à mes droits. Depuis son départ , permettez-moi celte confidence ! mes lettres ont en vain sollicité les siennes ^ je n'ai pas obtenu de ces dames la moindre preuve de souvenir. Clémence m'oublie ! »Te le conçois ; le sort que je lui destinais ne pouvait être assez brillant y)Our elle. Misérable professeur de dessin, je n'ai d'autre avenir qu'un travail chétif dans une condition ignorée. Clémence mérite mieux. Sa vocation, c'est le sentiment de ma famille , l'emporte dans une sphère supérieure 5 on ne cesse de me le dire, et pour elle et pour moi je m'en effraie. Toutefois, malgré son silence, malgré le sentiment du peu que je vaux , je ne suis pas résigné. On ne se désiste pas facilement d'un rêve d'enfance. Je veux la voir une fois encore , et je mérite peutêtre, monsieur, que vous me mettiez à même de risquer une dernière tentative. Quelle que soit sa volonté, je serai sans doute moins à plaindre si je la sais heureuse; mais c'est trop de son silence et de mon incertitude sur sa position.
Je ne comprenais pas encore très-clairement de quelle manière mon intervention pouvait être indispensable dans tout cela. Je le dis à M. Adolphe.
— Il faut m'expliquer, ajouta-t-il. Clémence doit se rendre ce soir dans une maison où vous allez habituellement vous-même , ainsi que mes informations me l'ont appris. Sous vos auspices , ne |>uis-je y pénétrer moi-même? Voyez, monsieur! Je n'ai d'autre garantie près de vous et de vos amis, pour m'assurer votre protection et l'accès auprès d'eux . que la bonne foi de ma démarche. Cela suffit-il ?
On devine ma réponse.
A neuf heures du soir, nous étions en effet dans la maison que M. Adolphe m'avait désignée.
En traits heurtés , et pour tenir mes lecteurs au courant, je devrais peut-être essayer ici l'esquisse d'une de ces maisons de la capitale où, durant l'hiver et deux fois par semaine , les notabilités de la classe bourgeoise , députés , journalistes, électeurs, organes et auxiliaires de nos diverses coteries politiques, se groupent autour des plateaux couverts de porcelaines du Japo n , pour le thé , sous les yeux d'une maîtresse de logis qui trône à la lueur des flambeaux, présidente émérite des réunions du soir, un bouquet de violettes à la main. Mais, tout le monde, à peu près, est à même de s'en tracer une fidèle image ; c'est chose vulgaire. On sait, ainsi que moi, quelle variété de distractions attire les indifférens qui forment la tourbe et la galerie. Ici des tables de jeu chargées de bougies et de jetons d'argent; là. des albums feuilletés au hasard, étalant des fantaisies d'artistes sur les guéridons , près de la brochure de la semaine et du roman nouvellement paru; plus loin, le piano dont le clavier tressaille sous le doigt distrait qui s'y promène , en attendant que l'on proclame à voix haute l'arrivée du chanteur italien inscrit sur le programme de la soirée. On y juge les nouveautés, lesévénemens, les hommes. L'imagination française fait les honneurs de son étourderie avec cette facilité de mots dont la réflexion est exclue ,en éclatant de rire, en étudiant ses regards dans les miroirs. A travers ce tumulte, éveillé, bourdonnant partout, des intrigues se forment qui resteron sans té-
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moins et sans auditoire au milieu de la foule. Grâce à rhabikté d'un intermédiaire actif, des rencontres imprévues s'organisent. Désarmés par l'étiquette, des antagonistes parlementaires transigent entre deux embrasures. D'autres , en souriant, s'abordent, une tasse entre les doigts , près du marbre delà cheminée. Des réfugiés de plusieurs pays, parés de la coquetterie de l'exil . des savans de rinstitut. froids et tranclians, la noblesse militaire de l'empire , tout se mêle. Les intérêts privés se mettent sur le lapis h la faveur du grand mot de l'intérêt public, et à ses dépens. Ne vous en tenez jamais à la lettre. Ces messieurs, à ce qu'il vous paraît, se montrent fort inquiets , n'est-ce pas? pour la sécurité de la France 3 ce sont des banquiers! Prenez-y garde, et traduisez que les fonds ont fléchi. Pour plus de décence, le style de Pagiot s'est empreint d'une demiteinle libérale. Dans un soir, visitez vingt cercles; c'est le même détail, et souvent avec les mêmes visages. Le gouvernement s'y parodie à merveille, il s y reflète en miniature. On y fait de la petite diplomatie pour des choses de peu , et aussi force protectorat; quehjuefois même des réputations, car, suivant l'usage, on doit, autant que possible, à ses hôtes, la primeur d'une merveille et l'étrenne de l'inconnu. Les capacités inédites passent tour à tour par cette filière pour être décidément initiées ou bannies, produites au jour ou replongées dans le néant, après l'épreuve de leur début. Que de risibles préjugés de caillettes plaides le plus spirituellement du monde parmi ces causeurs étiolés et rétrécis dans l'atmosphère des salons du jour; hommes qui se font femmes, femmes qui se font hommes! Et, dans leur estime toutefois, ils se considèrent comme l'élite et la fleur du pays ; même , c'est fort au-dessous d'eux qu'ils aperçoivent le reste de l'humanité! S'ils en soutiennent la cause, c'est en faveur de l'ordre du jour et du bout des lèvres. Allez donc, au frémissement des voitures qui grondent sur le pavé de la cour , dans ce groupe moiré de diamans et de fleurs artificielles , quand les pieds foulent des tapis de peau de tigre , leur l)roi)oser une civilisation de castors ! Le publiciste en herbe , homme d'état futur . grossoyeur de feuilletons pour le moment . y prélude aux emplois qu'il est certain de conquérir tôt ou tard , à la condition d'approfondir , sous la tutelle du cercle, la science frivole des usages du monde , et, complaisant ingénu d'une pensée dont il n'a pas toujours le secret, de prêter sa plume à des capitalistes qui sont amoureux-fous du progrès et des lumières, parce qu'ils en retirent cinquante pour cent. Ce qu'il résulte en dernière analyse de ces prétendus centres d'action, où le moindre habitué croit h l'importance de son rôle en avouant la nullité des autres, je l'ignore, et je ne me soucie nullement de l'apprendre; mais je certifie que bien des paroles vides, écoutées le mouchoir contre la bouche , avec ce sourire éternel et malade qui témoigne de la bienveillance ol)ligée de nos mœurs, se dévorent dans ces mortelles soirées d'apparat. On y supporte en commun un supplice de bonne compagnie. Le faste des égards, de l'éclat et des lumières, couvre ce vide jusqu'au moment où les beaux esprits . congédiés par la pendule qui les dispense de se battre les flancs pour faire jaillir quelques étincelles des cendres de la conversation, laissent, en s'éclipsant, les véritables amis de la maison, débarrassés enfin de la cohue, libres de se divertir sincèrement, un quart d'heure , en petit comité; quart d'heure de compensation et de franchise, où bien des prétentions, féJicitées en face et portées aux nues , sont impitoyablement passées par les armes.
C'était dans un de ces Si^ons que Mlle Clémence J.... venait poser comme
poète , et confier à l'encens prostitué des coteries ses rêves de gloire , de forlune et d'avenir
Adolphe et moi . portés par un flot de banquiers, de conseillers d'état, de barons, nous pénétrâmes au milieu de cette foule brillante, où son nom et le mien, modestes et obscurs, furent se perdre aussitôt dans une prodigalité de noms criblés de titres et de particules, tous inconnus à la cour de Louis XVI, sortis d'une révolution qui certainement n'avait pas été faite pour celaj monnaie de billon frappée au coin féodal , dernière ironie de l'ancien régime contre le nouveau.
Obligé, dans le premier moment, de suffire à mille civilités inévitables, je l)erdis mon compagnon de vue ; mais , lorsqu'après ce sacrifice à l'usage , il me fut loisible de revenir aux intérêts de sa situation et de songer à lui, je l'aperçus, en dehors d'un demi-cercle de femmes . dans une attitude discrète, et, du bout de son doigt , touchant à peine le dossier du fauteuil de Mlle Clémence. Il causait avec la jeune muse.
Une singularité me frappa, dont j'essayai, mais en vain, de me défendre comme d'un préjugé.
Malgré ces chauds reflets , qui , d'habitude , sous l'artifice et le rayonnement des lumières, ajoutent tant de grâces nouvelles au coloris généreux d'un visage de dix-huit ans , il me sembla que , transplantée du large planitre de Sainte-Catherine au milieu de cet horizon coquet et rétréci, Mlle Clémence avait plutôt perdu que gagné j fleur privée de sa tige pour la jardinière d'un salon !... Dans l'examen de ses traits, nuancés d'impatience, un peu sans doute à cause de rimportunité dont j'étais en cette occasion le complice, je crus pressentir ce je ne sais quoi de nerveux et d'exalté qui n'appartient pas seulement aux fatigues de l'inspiration , témoignage de ses luttes sur un terrain où elle était accourue sans aide et sans ami , pour se dévouer à la nécessité d'une victoire. On ne sait jamais tous les rivaux que l'on a dans l'ame d'une femme • le démon de la célébrité est le plus inexorable de tous.
Adolphe n'osa parler trop long-temps à Clémence, il s'éloigna
Un moment de silence avait été demandé. Moment étrange , où mon cœur s'ouvrit en pulsations plus rapides dans ma poitrine qui se resserra. L'enjeu de deux existences se jetait au milieu de ce salon.
D'un coup-d'œil rapide et gêné, j'interrogeai le cercle. — On se mouchait, on prenait place. Le frémissement des conversations expirait à petit bruit, et, de proche en proche . non sans un reste de contrainte , chaque groupe , en se rendant au désir de la maîtresse de la maison , affectait une contenance. Il ne s'agissait que de poésie ^ volontiers s'en fut-on dispensé. Un agent de change s'éclipsa sur la pointe du pied, de l'air d'un conscrit qui perd courage avant le bruit du canon. Avec la plus gracieuse émotion d'intérêt , penchée vers Clémence, une dame réprima du geste de son éventail le sourire d'un journaliste qui venait de baisser les yeux. Deux députés , d'une physionomie pleine et massive , établis devant le feu, la cuiller de vermeil à la main, les jambes écartées , promenaient sur l'auditoire ce regard impatient et ce front plissé qui caractérisent un orateur lorsqu'il a décidé dans sa tête que la sonnette du président ferait justice préalable de tous les murmures.
Pendant ces préliminaires , je sentis l'air s'alourdir. Adolphe , assis dans une embrasure , tenait la tête basse. Il ne regardait pas.
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CJémenco lui alors les vers que j'ai cités précédemineul : cri de relijjion et de douleur, évan^élique et républicain, bien étrange à coup sur pour ces esprits brusquement arrachés h leurs j)réoccupations frivoles et mondaines : énigme d'autant plus froide, il faut le dire, pour chacun de ceux qui se trouvaient là, que la voix du poète atteignit plus rapidement l'accent passionné de l'enthousiasme. quoicjue l'aspect des monumens de sa ville natale, vue d'ensemble au foyer de son riche paysage, ne se dressât pas devant nous, baigné de lumière et de verdure, pour en donner l'intelligence et le mot.(Jue d'harmonies faisaient défaut dans cet espace" étouffé !... Cependant . et pour Clémence, et pour moi, et pour Adolphe surtout <[ue je vis tressaillir en couvrant de ses doigts une figure pâle, le souvenir, cette propriété mystérieuse, ressuscitait à demi le prestige. Ilouen m'apparul sous un voile de brume, élevant les tourelles de sa cathédrale sur un horizon incertain: et cette tête de femme, terreuse d'inspiration, étrangement belle par cela seul, avec des larmes qui mouillaient le bord de ses paupières, avec ses yeux enflammés et fixes qui voyaient ce que nul regard ne voyait , et des lèvres convulsives, et des plis (jui plongeaient sur le front: cette tête, mille fois plus artiste <jue la Corinne de Gérard, car elle souffrait, me pénétra jusqu'au vif d'un de ces éclairs d'électricité dont elle rayonnait en ce moment, couronne de poésie et de martyre!... Je tremblais, je cherchais un appui, j'étais agité comme un enfant.
Je sortis en sursaut de ce rêve au bruit des ai)plaudissemens.
Le journaliste qui avait souri , se trouvait alors debout et devant Clémence.
11 lui saisit la main; et , après une étreinte muette, il lui laissa retomber cette main toute marbrée sur les genoux. J'aurais embrassé ce jeune homme !... C'était aussi applaudir: r.iais c'était mieux.
Là , dut se borner le triomphe de Clémence. L'urbanité générale se trouvait quitte avec un de ces ridicules et assourdissans bruits de main que l'on paie au besoin dans les théâtres, et qui, dans les soirées, sont une dette de rigueur après une lecture, et quelle que soit cette lecture. Un suffrage de ce genre coupe au plus court : on n'a besoin ni dr goût ni de conscience : c'est fort conmiode pour ceux qui s'en j)rivent. La maîtresse de la maison remercia tl'un mouvement de tête plein de bonhomie et de charme. Elle avait raison -, la politesse lui revenait en partie.
On se précipita vers les tables d'écarté.
J'avais froid. Je baissais les yeux comme un coupable.
— Il y a bien quelque chose dans cette petite tête de brune, me dit un de mes amis, comme j)Our l'acquit de sa conscience.
Puis, dénouant une bourse de soie, et laissant glisser une pièce d'or contre le pied d'un flambeau :
— Pariez-vous?...
Je cherchai Adolphe. Il écartait la gaze d'un rideau, comme pour regarder dans la rue.
Pour Clémence, immobile et retombée de toute sa hauteur, au milieu de tout ce monde (pii reprenait un air d'aisance et de liberté, elle paraissait écouler avec une exj)ression d'élonnement, mêlée d'orgueil et de douleur, les félicitations d'un personnage queje reconnus sur-le-champ. Dans le nombre des ligures, celle-là m'était d'abord échappée. C'était l'académicien dont l'épître affectueuse (on en a ]HMit-être gardé mémoire^ avait déterminé la jeune muse rouennaise à déserter la iiède obscurité de la Normandie pour le brûlant tourbillon de notre capitale. Entre les mots artistement agencés d'une lettre et le sans-gêne d'une conversation à ])()ut portant, le lad de Clémence la conduisait sans doute à reconnaître quelque différence notable. Les grands hommes perdent à être vus de près : ils pâlissent aux clartés d'un salon. Dans l'intérêt de leur plume , ou devrait leur couper la langue.
On introduisit un joueur de mandoline. Espagnol, je crois. Sa présence (îl sensation 3 elle suspendit le jeu : on brouilla les cartes, on accourut spontanément , et, spontanément , on lit silence, llien de plus étrange en effet , rien h comparer aux ressources que cet Espagnol tirait de sou instrument, réputé
JOURNAL DE REFORME SOCIALE. 1 i
pour le plus ingrat de tous les instrumens j et cela par une série d'accompagnemens d'un effet original , exécutés sur le bois même de sa mandoline , dont il faisait sortir une foule de désinences lourdes ou sonores , à son gré : des bruits de galop . comme une charge de cavalerie . le cliciuelis de la grêle mêlé de roulement d'orage , et, par instans. le rhytlime joyeux et précipité des castagnettes; le tout pendant que ses doigts, inouïs de mobilité, couraient d'une corde à l'autre pour faire éclater des fanfares, hardies et retentissantes . ou pour murmurer, comme un bourdonnement d'abeilles , les matines voilées de quelque monastère lointain. Il y eut un moment où l'on crut entendre frémir les flammes de l'incendie . aux cris agonisans des enfans , des femmes et du tocsin. L'auditoire ne respirait pas, ne perdait pas un son, oscillait dans le vertige. On vibrait à l'unisson. Lorsque l'Espagnol déposa sa mandoline , l'enthousiasme faillit éteindre les lumières : je crus que la maison croulerait sous le bruit cent fois répété des bravos
Clémence était blanche comme son écharpe.
Une main toucha mon épaule. Adolphe , la bouche contractée par un sourire, me montrait , tourbillonnant autour de la flamme d'une bougie , sur le guéridon où je m'appuyais , un insecte qui finit par s'y noyer et s'y perdre. Puis, reportant son regard ému et profond vers Clémence, oubliée de tous et qui s'oubliait elle-même , le jeune Rouennais me flt un geste de remerciement et d'adieu.
Quand je voulus le rejoindre , il était déjà loin.
— Eh ! mon Dieu ! on ne vous voit plus ! Qu'est-ce que vous devenez donc? C'était l'académicien. Il se pendit à mon bras pour descendre.
Je saisis avec vivacité l'occasion de cette rencontre.
• — Ah ! lui dis-je , que pensez-vous de mademoiselle Clémence ?
— Mais que c'est une fort jolie personne. Ah ! ah ! vous vous y intéressez ? Elle vous fera tourner la tête , je vous le prédis ; j'en suis h peu près fou , moi ! qui ne m'en mêle plus.
— • Je ne vous parle que de son talent, de ses vers , de son avenir.
— Soyez jaloux ! répondit-il gaîment. Ce matin j'ai reçu d'elle une lettre charmante : je regrette de ne pas avoir cette lettre sur moi. Elle donne ses rendez-vous en fort bonne compagnie, comme vous l'avez vu. Sa prose vous émerveillerait. On dit en l'air, et par forme de concession, que les hommes le cèdent aux femmes dans le style épistolaire : cela peut être mortifiant pour notre vanité ; mais c'est un fait !
— Répondez-moi donc , lui dis-je avec impatience. Quel est votre dernier mot à l'occasion des vers qu'elle nous a lus ?
— Il n'y a pas de prose au monde comme la sienne . continua-t-il du ton le plus distrait. Mettez-moi donc à même de tirer quelque vanité de ma correspondance avec elle. Venez me voir! Vous en serez fort content, je vous le promets.
Il allait s'élancer dans un cabriolet ; je le retins.
— Je crois vous comprendre , lui dis-je alors . et je n'ose avoir une opinion après la vôtre , car vous êtes juge et je ne le suis pas : votre brevet d'académicien étonne ma conscience ; mais , en ce cas , de quel mot voulez-vous que je me serve pour qualifier, d'après ce refus de me répondre , la lettre que vous avez écrite à mademoiselle Clémence ?
— - Quelle lettre ?
■ — La lettre qui l'a traînée ici , en flattant ses idées, en exaltant ses espérances j la lettre qui faisait allusion à ces mêmes vers dont vous évitez maintenant de dire votre avis ! Comment dofs-je regarder cette lettre ?
— Eh ! mon Dieu , comme vous voudrez : comme un trait d'urbanité , et rien de plus.
— Rien de plus ! m'écriais-je avec une sorte de colère. Il recula de surprise.
■ — Vous êtes fou , mon cher ami. TV'allez-vous pas. comme un provincial , attacher quelque importance à ces certificats de génie, extorqués de vive force par des compliraensque le premier venu vous met à brûle pourpoint sur la gorge?
tribut que IHnsouciance accorde à rimportunité. Allons donc !... vous savez un peu mieux votre monde. Mais (il se mit à sourire) vous êtes quelque peu républicain , si j'ai bonne mémoire; et voilà où est le mal. Les vers de la petite vous ont gagné par vos sentimens. De bon compte cependant, qu'est-ce, dites-moi, que ce bavardage plus ou moins rimé? que ces regrets sur l'impuissance de l'église qui n'a plus d'asile pour les vagabonds et les ménestrels? sinon l'éternel paradoxe de la paresse qui demande orgueilleusement l'aumône sous prétexte de génie. Les poètes! mais on en est encombré. Devons-nous des éditeurs à tout cela?... Grâce pour la librairie, mon cher!... Le budget les doit-il prendre à sa solde? Ce serait une charité funeste. Elle regrette les couvens, votre favorite ! Eh bien , il n'en manque pas . ce me semble , en Espagne et en Italie , pays classiques des mendians qui pullulent, et que Ton y passe en revue de toutes parts , et oîi , du moins que je sache , il ne se couve guère de génies à l'ombre des cellules. Fadaises que tout cela. Qu'on fasse des vers, à la bonne heure! Il faut passer quelque chose à la jeunesse. J'en ai fait . moi . des vers : et qui , je vous l'accorde , ne valent rien du tout , quoique sur ce point mes très-chers confrères , dans l'intérêt du corps , s'entendent pour propager des maximes de charité. IMais. pour le maintien du bon ordre, vous conviendrez peut-être bien que ce métier-là ne doit se prendre qu'à la condition de savoir aussi manier le rabot du menuisier de INevers. Voulez-vous que je vous dise?... Je trouve Cornélie sublime au berceau de ses enfans. Et vous?
— iMoi! m'écriai-je un peu déconcerté.
Puis , me reprenant aussitôt :
— Mais il ne s'agit pas de moi. Que deviendra cette enfant qui s'est égarée sur la foi de vos paroles?
Il réfléchit durant quelques secondes , et . me touchant le bras en s'exhaussant sur le marchepied du cabriolet :
— Entre nous , me dit-il , un républicain doit savoir vivre de pain et d'eau. Et le cabriolet fila comme le veut.
{La fin au ?iuméro prochain.)