THEATRE DU CIRQUE-OLYMPIQUE
J'en dirai autant d'un autre théâtre qui avait autrefois une spécialité assez heureuse. Puisqu'il est décidé en fait, qu'il faut au peuple des spectacles, puisque la police les protège, par la raison que le peuple qui ne fait rien, ne fiiit pas de mal, et parce qu'il est tiès-commode à la police, de pouvoir d'un coup d'œil, embrasser chaque soir de grandes réunions d'hommos : au moins était-il de bonne politique d'avoir à l'usage du peuple les spectacles les moins dangereux. Le ))euple u a
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pas toujours clé aussi difficile en Çiùi de spectacles que nous le voyons aujourd'hui. Nos pères ont vu le temps, où les clilens savans, et les oiseaux savaiis et les fi^jures de cire amusaient beaucoup la multitude. Essayez-donc aujourd'hui des chiens savans, et vous verrez I Le peuple en était au petit vice dramaticpieence temps là, il en est aujourd'hui à la débauche dramatique. Ainsi il n'y a pas jusqu'au Cirque-Olympiquo, dont le peuple aimait sifort autrefois lesbeaux chevaux et le cerraj)privoisé,qui ne se soit vu forcé de renonceraux acteurs innocens qui avaient fait 8a gloire, lln'y a jdusun seul cheval aujourd'hui au Cirque-Olympique, mais en revanche on vient d'y lancer à l'eau deux navires. Les poissons nagent aunîèine lieu où (>alo])paient les chevaux. Et encore s'il n*y avait que des poissons î mais le nu'lodrame a lancé sur ces planches tout un état major de traîtres, de conspirateurs, d'ingénues, de brigands, d'assassins de grand chemin. Le Cirque-Olym- ])ique sait, lui aussi, distiller assezpromptement lepoison. — Long-temps il a vécu sur la gloire de l'Empereur. lia f^it trois à quatre mélodrames de cette immense biographie. Lu chaque soir une année de comparses, habillée comme la vieille garde, défdait au bruit du canon et de l'enthousiasme des spectateurs en criant — P^ti'c r Empereur! Vive l' Empereur l et toutes ces passions mal éteintes s'enflammaient de plus belle, et le peuple revenait à ce vieux crique n'ont pas étouffé deux restaurations et une révolution; et voilà ce qu'on appelle aujourd'hui gouverner le peuple! Toutefois le Cirque-Olympique est-il resté encore ju'^qu'à présent le plus innocent des théâtres. C'est une immense arène où la voix se perd, où les spectateurs sont fort éloignés les uns des autres, où k^s comédiens ne sont faits que pour monter à cheval; par conséquent toute parole est sans voix là dedans, toute maxime révolutionnaire se perd et s'envole; il n'y a pas d'enthousiasme possible parmi des Sj)ectateurs qui, pour se comprendre, ont besoin de se frotter les uns aux autres; en réstimé le Cirque-Olympique, tel qu'il est, est le moins dangereux des théâtres faits pour le peuple et remplis par le peuple, mais aussi c'est celui de tous les théâtres où le peuple va le moins î
THÉÂTRE DE l'aMEIGU-COMIQCE.
Parlez au peuple de son théâtre de l'Anibigu-Comiquc I voilà le théâtre qui lui convient ! c'est là surtout que se rendent tous les hommes faits parini le peuple, tous les savans parmi le |îeuple. Là tout ce qui est grand est sûr d'être rapetissé, tout ce qui est puissant est humilié à coup sûr, tout ce qui était maître devient vassal. Là la vertu est crime, le crime est vertu, l'assassin est le héros, le juge est le scélérat. Toutes les idées du beau, du bien et du bon, toute la morale sont renversées dans ces théâtres favoris du ])euple. A l'Ambigu-Comique, un auteur ne se fait pas faute de démontrer qu'un lo;d anglais, \\\\ membre du ])arlement, peut fort bien, tout naturellement et sansdéshoun ur, épouser la fillo d'un forçat, d'im honnneauv galères, d'un homme marqué au fer chaud. Ce mélodrame s'apprlle le Facteur. A î'Ambigu-Coiiiiqu.' il est très-facile dedéuîontrer qu'un liOîume peut être un voleur de {{raud chemin, et en même temps un trèsbon père de famille, et quand la société vient cnlinà se venger de cet homme, tout le parterre de l'Ambigu-Comique de crier — a l'injustice ! Ce mélodrame s'appelle une Epouse. \ oilà i)our la morale et ])Our la philosophie de l'endroit; quant à l'histoire elle n'y est guère mieux traitée que la ]>hilosopliie OU la morale. — Ou a fait un mélodrame avec la con^plaintc du Juif errant — -^ un
nu'lo'Jicime moins sensé qiio la complainte. On a fait un mélodrame avec Tliistoire de Balthazar, celui-là même qui est si dramatique dans la Bible quand lui apparaissent ces trois lettres de feu, — Mané — Thccel — Phares; — avec quoi n'ont-ils pas fait de mélodrame ? Et le peuple est là qui écoute toutes ces choses, bouche béante I et le peuple est là qui répète tous les cris, toutes les clameurs , tous les blasphèmes du mélodrame I etlepeu])le estlàqui jugeles hommes historiques d'après les hommes historiques du mélodrame, qui se fait sa morale et sa philosophie d'après la philosophie et la morale du mélodiaine, peuple et mélodrame, ils s'en vont ainsi l'un portant l'autre, au même désespoir, au même oubli des lois divines et humaines, au même fanatisme, à la même incrédulité, au même néant.