‹ L'Écho de la jeune France (volume 5)Chapitre 34 sur 129 · REVUE LITTERAIRE · texte numérisé non relu

REVUE LITTERAIRE

Précis de l'Histoire de l'Eloquence , par M. l'abbé Henri. — 2 volumes in-S''.

I^aire l'histoire de l'éloquence humaine par les monmnens même de cette éloquence est urte Idée à fa fois ingénieuse et féconde; et, de tous les moyens qui sont employés pour faire comprendre la puissance de la parole, c'est sans contredit la plus eflicace; un livre conçu dans cette donnée serait la meilleure rhétorique possible. C'est le but que s'est proposé M. l'abbé Henri , professeur de rhétorique au séminaire de Chàtel-sur-Moselle , dans son Précis de l'Histoire de /'£/0(]MC»c€. Faisons observer pourtant , pour être justes, que la priorité de l'idée appartient à J/L. l'abbé Marcel, qui la mit en exécution dans ses Chefs-d'OEuvre d'Eloquence Française, ouvrage vraiment important, qui a obtenu un succès mérité. Le mérite de M. Henri est d'avoir étendu cette idée à tous les monuracns de l'éloquence, et d'avoir donné une plus grande étendue à la partie critique.

On sent maintenant généralement le besoin d'une réforme dans l'enseignement classique. De toutes parts , les méthodes routinières croulent devant des méthodes neuves et claires , débarrassées de toutes les inutilités et de tout le fatras scolastico-métaphysique qui encombrent les vieilles méthodes. En attendant que nous puissions rendre un compte détaillé du mouvement réformateur qui a pénétré dans toutes les parties de l'instruction, nous croyons faire une chose utile en appelant l'attention de nos lecteurs sur les travaux d'un homme dont la modestie égale le génie , car l'enseignement a aussi son génie : nous voulons parler de M. Maitrc , inspecteur des écoles primaires du département du Yar. Après avoir appliqué pendant vingt-trois ans les ressources d'un esprit pénétrant aux plus petits détails de l'enseignement élémentaire , il nous fait part des découvertes qu'il a faites dans cette partie si importante et si négligée. Le libraire Hachette a publié sa Méthode de lecture siinplijice, véritable cTéation de talent, dont la simplicité et la fécondité étonnèrent les membres du conseil royal d'instruction publique, qui la déclarèrent préférable à toutes les autres méthodes dont la consaissance leur était parvenue. Nous avons encore de lui un Traité d' Arithmétique pratique , où l'on retrouve la lucidité qui caractérise l'esprit de cet excellent instituteur.

Précis de l'Histoire de la Philosophie, publié par MM. de Sali.ms et de ScgHbiac. — 1 volume în-8<>. Le livre de MM. de Salinij cl de Scorbiac est destiné à l'cnseignemcut; il est comniç le résunî<>,

sous une forme élémentaire, de l'enseignement de la philosophie, tel qu'il a eu lieu pendant six années au collège de Juilly. On sait que ce nouveau collège n'a pas menti à son ancienne réputation. Juilly , qui prêta ses silencieuses solitudes aux méditations de Bossuet et de Mallebranche, est redevenu l'asile de lapensée; ce livre en est le témoin : c'est le seul résumé complet que nous ayons de l'histoire de la pensée philosophique, depuis sa première et mystérieuse manifestation orientale dans les systèmes de l'Inde, alors qu'elle semblait se dégager à peine du tout divin et en reproduire comme un magniûque reûct , jusqu'à nos jours, où, fatiguée de s'être si long-temps égarée dans d'arides recherches, dans de stériles spéculations, elle tend à rentrer dans cette unité d'où elle est sortie, à resserrer en un faisceau les vérités qu'elle a gaspillées, et à redevenir croyante, après s'être bien convaincue de son impossibilité à rien construire sur le sable mouvant du moi humain. Bien des volumes sont renfermés dans ce livre; et c'est ainsi qu'il faudrait que l'on songeât à écrire.

On trouvera dans ce Précis un exposé clair et complet de toutes les philosophies de l'Inde , de la Chine, delà Perse, de l'Egypte , de la Chaldée , de la Phénicie, des écoles ionique, italique et éléatique; des détails curieux sur les philosophies qui sont sorties du christianisme ou qui ont subi son influence pendant les premiers siècles, et qui sont comprises sous la dénomination générale de gnosticisme, sur la philosophie gréco-orientale de Plotin , Jamblique , etc. ; enfin , sur la philosophie dumoyen-àge, qui prépara le vaste mouvement philosophique moderne commencé par Bacon, Descartes, Leibnilz , Spinosa, Wol(T, ce cadre immense est admirablement rempli. Ce Précis nous paraît être le manuel indispensable de ceux qui s'occupent spécialement d'études philosophiques, comme aussi de ceux qui tiennent seulement à avoir des notions exactes des choses.

Philosophie Relifjieuse. — i^^ Volume. — Saint-Martin.

1» J'ai désiré de faire du bien, mais je n'ai pas désiré de faire du bruit, parce que j'ai senti que « le bruit ne ferait pas de bien, comme le bien ne ferait pas de bruit. » Ainsi parlait le sage qui mit à cacher sa vie, autant de soins que d'autres en mettent à la faire briller. Quand pressé par la charité qui brûlait son ame, de parler à ses frères, à ceux qu'il eût voulu conquérir au culte de la vérité, il se cacha sous le nom du Philosophe inconnu. Et la mort n'a pas été pour lui, comme pour d'autres génies méconnus, l'époque d'une transformation semblable à celle qui dégage le brillant papillon de l'enveloppe grossière de la chrysalide. Après sa mort comme durant sa vie, Saint-Martin a continué d'être le Philosophe inconnu. Peu ont eu assez de bonheur pour découvrir dans le creux de la vallée qu'il s'était choisie, les eaux pures et vivifiantes de son ame vertueuse. Une obscurité de style que peut-être il avait recherchée, l'a préservé de l'indiscrète curiosité de la foule, mais aussi a peut-être éloigné de 'lui des âmes dignes de le comprendre. Pour moi j'aime ces noms qui n'ont pas retenti dans le monde, et qui n'ont eu dans la solitude que quelques échos amis. Les louanges des hommes souillent souvent plus qu'elles n'honorent, et loin de donner comme Alcibiade un souflet au maître d'école qui n'avait pas les poésies d'Homère, je m'en serais félicité tout bas. Oh! l'admiration des sots !

Pourtant nous applaudissons sincèrement à la publication de ces pensées de Saint-Martin, tout en en faisant remarquer l'insuffisance. Ce livre sera peut-être pour quelques-uns une révélation.

Excellence de la morale catholique , démontrée par Ma.nzoni.

Cet ouvrage a été entrepris par le célèbre écrivain italien, pour répondre à certaines assertions contraires à l'honneur de l'Eglise catholique, qui se trouvent dans Ihistoii^ des républiques italiennes au moyen âge de M. de Sismondi. Nous avons remarqué dans ce livre, des réponses satisfaisantes à plusieurs attaques qui ont été dirigées dans ces derniers temps contre la religion. La traduction de ce livre est une bonne œuvre. La lecture ne peut qu'être utile, nous la recommandons comme telle à nos lecteurs.

Biographie de la ville de Saint-Omer , par M. PiKR5. Un volume in-S". Saint-Omcr, chez Lemaire, Litte-Rue , n» 27.

M. Piers donne un exemple digne d'être suivi par les hommes laborieux que renferment toutes nos villes de proYincc , et dont les travaux sont dirigés vers les recherches spéciales ; eux seuls

sont en étal de fournir îi l'histoire générale des documents précieux que riiistolrien est forcé d'ignorer faute de pouvoir fairclui-mcnic lesreclierclies nécessaires. Il est temps que le patriotisme des villes de provinces se réveille; Paris ne peut plus leur imposer de vassclagc; celte grande prostituée des temps modernes chancelle dans l'ivresse et dans l'imbécillité; son bavardage a un moment charmé le monde, maintenant son radotage n'inspire plus que le dégoût. Aussi la province s'émeut , nous le savons; tous les jours des prouves nouvelles nous en arrivent; des travaux importans et consciencieux se poursuivent dans l'obscurité. La décentralisation s'opère dans les régions de la pensée : la décentralisation matérielle et politique suivra d'elle-même. Le midi a déjà levé la bannière : une biblioUikque méridionale se public à Toulon , sous la direction de M. E. de Puycousin. Le projet des rédacteurs n'est rien moins que d'opposer à la littérature parisienne, si futile, si prosaïque à la fois et si exagérée, une littérature sérieuse et noble , affranchie du joug des coteries et des préoccupations politiques. L'entreprise est grande : l'avoir tentée mérite déjà des éloges. Un manifeste éloquent du directeur ouvre dignement cette publication, qui a toutes nos sympathies , et dont nous entretiendrons quelquefois nos lecteurs.

Nous avons remarqué dans la Biographie de M. Piers , et nous recommandons vivement \ nos lecteurs, une dissertation très-importante et très-curieuse sur le célèbre abbé Suger.

Explorations en Xormandie, — r»o«c«.Par M. le Vicomte Walsh. Un vol. de GOO pag. 7fr. 60.

Ce que M. Piers a fait pour les hommes qui ont illustré son pays natal, M. le Vicomte Walsh , vient de l'exéculcr pour Icsmonumens qui embellissent la ville où s'est fixé son noble exil. Certes le pays djs châteaux et des églises ne pouvait avoir un plus digne explorateur, que l'un de ces hommes dont le nombre devient tous les jours plus petit, qui portent un cœur dans lequel les nobles scntimens de religion et de fidélité n'ont jamais défailli. Quoique appelé par la nature de son travail îi remuer des cendres froides et des souvenirs morts, on voit s'agiter dans le livre du courageux écrivain un esprit de vie et des scntimens chaleureux, on y retrouve l'homme qui a dévoué sa vie, tout son être à une cause. Dans nos temps d'aftaiblissement général de toute fol politique et religieuse, un pareil exemple est beau à contempler môme pour ceux qui ne voudraient pas l'imiter. Considéré littérairement, ce livre est écrit avec feu, avec imagination, et porte l'cmprcinie d'un talent réel. Nous y avons trouvé, nous étrangers à cette province, une lecture très -attachante et très-instructive, à combien plus forte raison ofl'rira-t-il de l'iatérêt à ceux qui sont nés dans les lieux que l'écrivala a entrepris d'explorer !

Correspondance d'Orient, par MM. Miciiaud et Poujoulat. — Tome VI.

t)ans un de nos derniers numéros, nous entretenions nos lecturs des Souvenirs d' Orient de 5f. de Lamartine, qui sont tout ensemble un ouvrage nul comme ouvrage, et une admirable poétique, unerévélaliondugéniedansscsplusmystérieux secrets de création. Le privilège qu'ont IcsSouvcnirs de nous faire assister en quelque sorte ù la conception de la poésie et au contact delà création avec l'ame du poète, qui fait le seul mais immense mérite de ce livre, et qui n'a pas été, que je sache, encore remarqué, se révélera îi la critique à mesure que les susceptibilités que la position politique du poète a soulevées se calmeront. Jusque là je ne crains pas de dire que ce livre n'a pas été jugé et n'a pu l'être. U n'en a pas été ainsi de la Correspondance d'Orient, que publient depuis près de dcuv ans MM. Michaud et Poujoulat, et dont le sivièmc volume vient de paraître. Le monde littéraire n'a eu qu'une opinion sur cot ouvrage : un concert unanime d'éloges est venu dédommager les deux écrivains de leurs peines et de leurs travaux. Au milieu du discrédit général de tous les produits do la librairie, le succès de la Correspondance est un fait marquant et prouve sans réplique que, si peu de choses réussissent de nos jours, c'est que peu de choses méritent do réussir et que pour faire cesser ce vaste ^rO(7/ja/ia littéraire ou non, qui nous assourdit, il ne faut qu'une chose : une voix forte et harmonieuse.

Et c'est surtout celte dernière qualité qui caractérise essentiellement la Correspondance. Quelque chose de la pompe cl de la magnificence de l'Orient semble s'être empreint dans les récits , dans les descriptions des deux voyageurs qui ont entrepris de dérouler devant nos yeux ces solennels tableaux. M. Michaud, écrivain expérimenté, connaissant à fond toutes les ressources de la parole et de la langue qu'il manie, a quelque chose de la gravité des anciens temps, nuancée par rcnjoucmcnl gracieuN de nos socicics plus policées, M. Poujoulat jeune homme et jeune poèt«

au cœur chaud, à la tête ardente, fait reluire k travers le prisme de son imagination tous les feux du ciel d'Asie, et sur notre terre aride et glaciale jeté à pleines mains les plus fraicUcs fleurs de l'Orient. Soit que sous la tente de l'Arabe Bédouin, de cet homme primitif, qui erre libre et indompté avec ses chameaux, ses chèvres et ses chevaux dans des solitudes sans nom, noas éludions la société dans ses premiers rudimens avec ses passions ardentes et naïves. Soit qu'au pied des pyramides dé Giseh, ou au milieu des ruines d'un collège sacerdotal de Memphis, nous médiiions sur les révolutions des empires qui ont recouvert des sables du désert et de la plante des décombres, la terre d'où la sagesse sortait pour éclairer le monde, partout et toujours ce beau livre charme et ravit. Monument élevé dans notre Occident à la gloire de l'Orient, il lui a emprunté un de ces rayons qui dorent même les ouvrages de l'homme dans cette contrée aimée du soleil.

Dtf l'Aristocratie en France. — De l'avenir des yationalités de rEiirope, par M. R.

Dans le premier de ces opuscules qui traite de l'aristocratie en France, l'auteur examine la cause de l'afTaiblissement de l'aristocratie territoriale, et il montre qu'elle réside non dans le morcelle ment des propriétés, par le partage égal entre tous les enfans, ordonné par la loi depuis quarantetrois ans, mais dans les mœurs de l'aristocratie, dans son goût pour le luxe, son amour des places, sa concentration dans les villes, toutes causes qui l'obligent à vendre des parties de ses biens à des paysans toujours avides de propriétés foncières.

Outre le luxe exorbitant dont le séjour des villes exige le déploiement et qui ruine l'aristocratie, son éloignement de ses domaines l'empôchc de contracter avec le cidtivateur ces nobles relations de dévouement et de protection, bases de toute influence permanente. Ces quelques pages sont pleines de sens, déraison, et de plus très-bien écrites.

Dans Vavenir des nationalités de l'Europe, l'aulcar prétend que tôt ou tard les petites nationalités finiront par s'absorber dans les grandes; et là-drssus il indique une nouvelle division de l'Europe, chaque état étant formé de peuples analogues par la langue et enfermés par les limites naturelles des fleuves des montagnes et des mers. Ainsi périront bien dcsnalionalités. L'auteur l'avoue et ne s'en eû'raye pas. L'homme étant mortel, prétendre accorder à une association d'hommes l'immortalité, nous paraît, comme à l'auteur, peu sensé. Ce dernier opuscule nous a semblé moins frappant que le premier : du moins repose-t-ll sur des données plus arbitraires.

Les Femmes vengées, par Ernest Desprez. — £« édition; 2 voi ln-8°.

L'auteur a adopté pour son roman la forme épistolaire, forme qui nuit un peu à la rapidité de l'exposition, mais qui en revanche favorise beaucoup l'analyse morale qui est faite dans co livre d'une manière peu commune. Il commence par l'amour que conçoit Henri pour sa cousine Marie, amour qu'il déteste parce qu'il méprise sa cousine à cause do sa frivolité. Henri fait confidence de cet amour à son ami Paul le inélancoliqui', Heraclite de vingt-trois ans, qui, assez heureux pour avoir échappé aux dévastations d'une grande passion, ou aux activités dévorantes d'un génie qui se consume dans la soîitudo, veut à touîe force singer le caractère et le langage de ces solennels infortunés. Les lettres do Paul sont comiqaes de misanthropie : et il en est qu'on pourrait croire copiées de tel roman à la mode, tant elles sont emphatiquement ridicules. On imagine bien qu^ls conseils donne Paul, mais heureusement il n'est pas le seul consulté. Madame Sophie Gambon, tante de Henri et de Marie, qui désire ardemment l'union de son neveu et de sa nièce, envoie en Auvergne auprès de M. Darcey, le père de Marie, Mme de Moatalle, son ancienne amie de pension, pour sonder le cœur des doux enfans et aider le développement de leur amour. Au lieu de cela, M">« de Montalte ne comprend rien à ce qu'elle voit, et brouille tout sans s'en douter. Les caractères de cet amour dont la bizarrerie est un peu exagérée échappent à l'imagination mobile de M^e de Montalte, qui ne connaît de l'amour que ce que lui en ont appris les traditions des salons. Il y a loin de là à la passion d'Henri. Henri est un de ces jeunes gens dont le premier amour a été la science, et qui arrivent à l'iige des passions avec une amc vierge. La première fois que ses yeux se sont levés de dessus ses livres, ils ont rencontré ceux de Marie, jeune fille de seize ans, qui sait toucher du piano, danser, cl aussi je crois, faire delà tapisserie. Mais c'est surtout la danse qu'elle aime avec passion, avec fureur, au grand contentement du bon M. Darcey, qui dit qu'il faut que jeunesse se passe, et qne les enfana s'amusent. Cet extérieur frivole cache cependant un fontls exquis de sensibililc cl d'amour. Mais

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Henri est trop philosophe pour le démôler, et il ?e désole de ne pouvoir s'empêcher d^aimer sa cousine, et aussi de ne pouvoir le faire sans se déshonorer à ses propres yeux. Cette situation est piquante. Les anxiétés, les angoisses d'Henri, ses efforts pour corriger les défauts de celle qu'il voudrait voir sans tache, ses souffrances lorsqu'un rival tout frais échappé du lycée , beaa danseur el grand chasseur, le Gis de M"»* de Montalte, vient se jeter au travers de son amour, tout cela est assez originalement décrit. EnDn Henri quitte brusquement l'Auvergne et s'enfuit en Espagne. Là seulement les prétendus défauts de sa cousine s'effacent à mesure qu'il se trouve en présence d'une brune Espagnole, Rozario, sorte de; hussard femelle qui a reçu des blessures en combattant pour la liberté de son pays. Ce contraste guérit l'esprit d'Henri.

Cet ouvrage est inlcressanljles caractères quoiqu'un peu forces quelquefois, sont bien tracés; le style aise, coulant, varié. Le caractère surtout de M'"* Sophie canibon est une belle créalion , el il faut croire qu'une vertu si pure et si courageuse n'est pas purement romanesque. La réconciliation de M. et de M»"* de Montalte, qui se trouve à la un du volume, jette un beau jour sur le caractère de cette femme qui avait apparu avec trop de légèreté dans le courant de l'ouvrage , el confirme ce qu'on a dit souvent, que les têtes les plus folles accompagnent souvent les meilleurs cœurs. Nous signalons la lettre cinquante-neuvième comme un modèle de naïveté et de candeur. Somme toute, le succès de l'ouvrage ne nous étonne pas; »on litre seul, au besoin, eût été une bonne fortune.

Les Premières Feuilles, par M. A. de Sai.nt Mandé. — 1 volume in-So.

De la philosophie à la poésie la transition parait un peu brusque. Oui, si l'on profane ce beau nom pour l'appliquer à un amus de productions sans verve el sans originalité, pâle el triste reflet qui fait douter de la lumière. Qu'on api)elle cela poésie, soit; mais en a-t-il toujours été ainsi? La poésie primitive qui civilisait les hommes, n'élait-elle qu'un vain et inutile assemblage de mots, une valse insensée de deux sons semblables? >'on certes. La poésie était la raison chantée; la vérité découlait des lèvres du poète , cl la sagesse vibrait sur sa lyre. Mais que parlons-nous de sagesse et de vérité à un siècle qui a jeté ces deux DUes du ciel dans la tombe , péle-mèle avec toutes ses vertus. Toule foi s'est enfuie loin de nous ; pourquoi s'étonner que la poésie ail déployé ses ailes et s? soit aussi envolée. >'ous n'avons pas autre chose à dire de ce volume de poésies dont nous venons de donner le titre; on y cherche vainement une couleur , une teinte , un reflet quelconque; rien à quoi l'on puisse se rattacher el dire : ceci est bon, ou ceci est mauvais. Une fatigante uoiformilé, une médiocrité désespérante planent surtous ces vers el leur oient tout caracîére. Pourtant, l'auteur ne parait pas ignorer la facture des vers; il y a mieux: quelquefois il rencontre une veine de poésie, comme dans le morceau que nous allons citer. Pourquoi ces bonnes fortunes lui arrivent-elles si rarement! Dans la pièce intitulée le Vendredi-Saint, voici quelques beaux vers que lui inspire la vue du cimetière :

Alors, pleins de tristesse el fuyant tous les yeux,

Ils dirigeaient leurs pas vers ces funestes lieux

Où tout homme en naissant doit déposer son père ,

Où bientôt à sa cendre il mêle sa poussière ,

Vers lesquels ici-bas toute vie a son cours ,

Où dorment confondus le vcillard plein de jours,

Le jeune homme en sa fleur et l'enfant sans années ,

Où viennent se briser les grandes destinées.

Où tombent au matin les plus brillantes fleurs ,

Pour le cœur d'une raérc asile de douleurs ! E. M.

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