‹ L'Écho de la jeune France (volume 5)Chapitre 5 sur 129 · UN FEUILLET DECHIRE DE LA VIE LITTÉRAIRE · texte numérisé non relu

UN FEUILLET DECHIRE DE LA VIE LITTÉRAIRE

SUITE d'un trait D'uRBANITÉ,

Je ne puis me dispenser ici d'une remarque.

Des mille préjugés que l'on nourrit contre les capitales , le plus fort peut li bon droit se tirer de la mobilité prodigieuse des images qui chaque jour passent sous les yeux de leurs habitans. Cette mobilité détrempe le ressort de la réflexion. On voit trop de choses pour bien les voir; on existe trop rapidement

pour songer à tout. Paris, surtout, offre un spectacle éternel, dont Tame, si jalouse qu'elle soit de se recueillir et de se concentrer sur un seul objet, n'a pas un seul instant de relâche pour se défendre. Que peut-il sortir de grand et de complet de cette fournaise? L'intérêt de la veille est effacé par la distraction du lendemain. On s'y blase. L'esprit le plus énergique se trouve entraîné hors de lui-même dans une sphère de matérialisme . par des émotions sèches et furtives. et rien ne séjourne avec religion dans la pensée. L'imprévu devenant ainsi l'élément, le besoin normal de chacun et de chaque jour, nul ne sait ce qu'il y fait de sa vie. dont le plus pur s'éparpille et se perd sans retour. Au milieu de ce contact de froissemens qui ne méritent seulement pas une place dans la mémoire , l'imagination s'exalte et se monte . mais la sensibilité s'émousse. Les heures. les semaines, les années fuient, agitées et vides: elles ne laissent que de stériles regrets . mêlés parfois de repentirs. Si vous habitez Paris, comptez avec vous-même ! Est-ce qu'il n'y a pas toujours un devoir qui souffre , un souvenir qui se réveille douloureusement . après un oubli . et devant un malheur irréparable? Nous sommes tous emportés par le torrent.

Cette excuse . si c'en est une . je comprends la nécessité . faute de mieux et avant d'aller plus loin , de la donner au lecteur , car je ne me crois pas sans reproches. Le devoir ne saurait être restreint petitement dans les termes glacés de la loi; ses limites sont celles de l'humanité. Après avoir négligé cette maxime, il faut savoir du moins la proclamer et la reconnaître. Le plus odieux de tous les sophismes est d'ériger les oublis en principes.

Yingt-sept mois s'étaient écoulés depuis le soir où j'avais vu Clémence chercher dans un de nos salons de Paris la première fleur de sa couronne et l'espoir de son avenir. Son nom . par intervalles . avait passé sous mes yeux , en parcourant les recueils du jour. A cette occasion, je m'adressais les plus vifs reproches sur ma coupable indifférence pour le sort de la jeune muse. J'ignorais jusqu'à sa demeure . bien qu'il fallût à peine dix minutes de loisir et de bon vouloir pour m'en informer. Vingt fois , occupé de soins vains ou futiles , je remis cette résolution au lendemain : et le lendemain . d'autres idées , des plaisirs, des affaires, ajournaient ou effaçaient ma résolution. J'y retombais avec un nouveau remords.

Une lettre me prévint. C'était un imprimé, timbré des Batignolles , cacheté de noir.

Clémence était morte.

Morte! Elle que j'avais vue si jeune et si belle! si fière surtout de ce luxe

de confiance dans la vie , pressentiment d'immortalité que nous avons tous au fond du cœur à vingt ans: comme si Dieu nous devait par privilège la faveur d'une exception au milieu des tombeaux qui se creusent des deux côtés de notre pèlerinage ! — I^lorte !

J'étais tenté de prendre cette nouvelle pour un mensonge ! Elle me révoltait contre moi-même.

J'abandonnai tout. Je courus sur-le-champ aux Batignolles. On a toujours du zèle de reste lorsqu'il n'est plus temps.

Morte . mon Dieu ! — Et sa pauvre mère . que pouvait-elle être devenue?

Cent personnes au moins étaient déjà rassemblées, vêtues de noir, sous les draperies mortuaires . à la lueur des flambeaux : toutes empreintes de cette inquiétude à la fois timide et recueillie dont le cœur le plus dur ne peut se défendre près d'un cercueil j instinct de personnalité ou masque d'étiquette. Peutêtre aucun de ces gens-là, ainsi que moi d'ailleurs, n'était venu se pencher au chevet d'agonie de Clémence ! Eh bien .tous accouraient, j'accourais comme

eux à ses funérailles! Le culte des morts est-il doue plus sacré que celui

des vivans?

Je passai. Je gagnai la chambre de Clémence.

Un coup d'œil à travers celte chambre me confirma dans une supposition que ma conscience murmurait. La misère avait passé par là.

Je me trouvai face à face avec mon ancien compagnon de voyage ; celui dont renlhousiasme indiscret pouvait cire accusé de la séparation d'Adolphe et de

Clémence, et du dénouement fatal qui éternisait celte séparation sur la terre..

Je lui sus gré de ce qu'il ne me dit pas une parole j mais j'aurais voulu qu'i évitât de me serrer la main.

La mère de Clémence n'était plus là. '

Sur une table , à quelque distance d'un lit en désordre , se trouvait un buste de cire blanche, fraîchement extrait d'un moule en plâtre. Début de quelque spéculation à propos de la renommée de cette femme qui peut-être était morte de faim !

Un instant, je me trouvai seul. Le soleil vif et joyeux d'une ardente matinée de juin se répandait en lignes de feu tout autour de moi , grâce aux lames brisées de la jalousie ; et par bouffées , le vent m'apportait des chants et des rires de jeunes ouvrières qui travaillaient dans un atelier du voisinage -, double sacrilège du ciel et de la terre, contraste dont on est ému jusqu'au ressentiment lorsque le chagrin nous pénètre , lorsqu'une voix sourde se mêle à ce chagrin pour nous accuser d'imprévoyance.

Quelle nudité dans cette chambre ! Deux chaises de paille , une table , un lit, et rien de plus. Quelques livres dépareillés erraient sur des rayons de chêne; rayons beaucoup trop larges pour le petit nombre des livres : le reste , dénoncé par des vides . avait dû servir de ressource ! Une chaufferette charbonnée se trouvait dans l'âtre , et cet âtre , on le voyait de reste , était resté sans feu pendant l'hiver. Tout cela faisait mal à voir. Comme disparate au milieu de ce délabrement , un voile pendait à l'espagnolette de la croisée . ainsi qu'un chapeau de satin rose, soutenu par les rubans : luxe pour le dehors sans doute , afin de mieux dissimuler aux étrangers les privations douloureuses du petit ménage • dernière ruse de la fierté qui redoute le discrédii de sa misère !

Dans un pupitre ouvert et posé sur une des chaises, j'aperçus des manuscrits, des journaux, des lettres signées de noms bien connus, mais que je ne dirai pas. Et peut-être ai-jc tort de ne pas les dire ! car je les parcourus, ces lettres, avec un sentiment inexprimable de colère et de mépris!...

On ne sait pas assez les plaies et les douleurs secrètes de la vie littéraire telle que l'ont faite les événemens et le caractère du siècle. Cela devrait bien se dire une fois pour toutes , et se dire surtout par quelque voix écoutée et éloquente , au profit des infortunés frappés de la lèpre de l'inspiration. La littérature aujourd'hui , elle est dans les journaux, car on ne lit guère autre chose; mais en quelles mains , dites-moi, sont les journaux? Dans les mains de quelques exploitateurs qui se font juges, et qui, pour la plupart, ne comprennent pas. Trafiquans de la sève qui leur est défendue , ces suzerains d'un nouveau genre retiennent , sous le patronage ordurier de l'usure et dans le prolétariat du besoin , de jeunes imaginations contraintes de se mettre à la solde de leurs animosités et de leurs calculs. Oui, contuintes! car il faut vivre quand on n'est pas seul d^ns ce monde. Le monopole a produit cette merveille : il a mis la féodalité dans les lettres ; il en a fait un instrument pour une demidouzaine d'accapareurs qui talonnent le pouvoir, qui tour à tour le font capituler ou s'y installent; qui s'adjugent des croix, des pensions, des honneurs; qui régnent enfin , et régnent sans autre titre au gaspillage de la société qu'une influence de position dont ils n'ont certainement pas le secret et la forc« par eux-mêmes. L'exception est rare , s'il y a des exceptions. Sous prétexte de garantie et pour le maintien de l'ordre , on a subordonné le talent au capitaliste, et, par une dégradation logique, la plume est restée au niveau de la gérance; la littérature marche sur la ligne de ses patrons ; tout ployé et s'abaisse à la fois. L'intérêt de la boutique doit passer avant la conscience du journaliste, et s'il vient à s'en révolter, on le repousse dans la rue. Allez un peu, je vous prie, voir quelle espèce d'indépendance règne dans l'intérieur de nos journaux les plus indépendans ! Je vous dis qu'en principe , il n'y en a pas une ombre ; et c'est à grand'peine , c'est en luttant pied â pied , c'est de vive force pour ainsi dire, que les esprits généreux triomphent par éclairs du mercantilisme étroit et sordide en possession de celte chaire de publicité qui s'est élevée sur les débris de la chaire du prêtre . au nom du progrès et des lumières. Le pro-

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mier venu, sa facture à la main, a le droit de cité dans les éloges de ces feuilles vénales. On y dispose de 1 estime du pulilic h des prix très-modérés. L'encens corrompu de l'annonce y fume du matin au soir. Pour chanter les louanges de la publicité , ce serait mal prendre son temps que de prendre le nôtre . je vous jure! puisque l'esclavage sV retrouve . et avec un degré d'abjection que Ton ignorait dans les siècles passés. Cette fois, voyez-vous, ce n'est pas la victoire de la force sur la faiblesse ; non ! c'est la victoire de l'argent sur l'intelligence ; et . campés devant leur pupitre de géant . des marchands de fourneaux . qui n'ont pas même le génie du père Uuchesne . indiquent , entre deux lourdes fautes de français . à leurs valets de plume, de quelle sorte il leur conyient que l'on réclame des institutions libérales et des gouvernemens h bon marché. Même (j'en ai des preuves en main^i il leur arrive d'avoir un avis snr les lettres, sur les arts, sur la conscience et le caractère des autres , et de trouver des mercenaires , garçons de talent d'ailleurs . humi'iés de leur rôle . pour donner une tournure plus ou moins passable à cet avis-là : mais comme la ressource de l'anonyme sauve cette honte, on se masque et l'on se prostitue. — Saviez-vous cela?

Cette tentation s'était un jour approchée des lèvres de Clémence ; sa dignité Ten avait détournée. Je lus quelques brouillons de ses réponses à des offres de service dont on lui dictait la condition. 8es réponses étaient dignes et Oères. Pure et noble enfant , que venais-tu faire à Paris?....

On m'avertit que le cortège se rendait à l'église. Avant de m'éloigner de cette chambre, j'arrêtai les yeux sur la figuration dérobée aux derniers momens de l'agonie de Clémence. 11 ne fallait pas moins que toute l'énergie de la mémoire pour ressaisir dans cet ensemble de traits flétris par la consomption et la mort . le charme et le jeu de sa physionomie première : un sentiment de résistance et de douleur y survivait : il lui donnait encore uiie ame. Au sourire fiévreux dessiné sur ses lèvres, on pouvait deviner son mépris pour les déceptions qui l'avaient précipitée dans la tombe.

En regagnant le cortège . au milieu de la foule indifférente et blasée qui ne semblait venir \h que pour se donner un spectacle de plus . j'appris qu'un jeune homme . inconnu des voisins . était accouru pour ravir la mère de Clémence à cette scène de désolation. On parlait d'un secours envoyé par le roi . d'une pension sur la liste civile. Des regrets tardifs se joignaient à ces consolations impuissantes : et dans ce pêle-mêle d'étrangers qui portaient la jeune muse aux nues, comme s'ils eussent été ses apologistes les plus ardens . ses meilleurs amis et ses frères, on me désigna deux ou trois beaux esprits dont la critique anonyme avait désespéré son courage : car , chez nous . si l'urbanité des mœurs descend quelquefois jusqu'à l'indulgence . les petites et lâches colères du bel esprit s'élèvent ordinairement jusqu'à Toulrage , même vis-à-vis d'une femme. Mais devrait-on oublier que si l'imagination n'a pas de sexe. la femme n'a pas d'épée?

C'était un sujet de réflexions également pénibles que l'aspect de ces jeunes filles parées de blanc . députées d'un pensionnat voisin où Clémence donnait furtivement des leçons : distraites alors par les plis de leurs voiles de mousseline , et fières de se trouver au premier rang . mal préparées du reste aux émotions de cette cérémonie si gra^e. puisqu'après tout Clémence n'était dans leur esprit qu'une étrangère. Ainsi Clémence, volontairement exilée de sa province, n'était à son dernier jour qu'une occasion de fête et de vanité pour des inconnus.

A l'église même, durant le cours d'un service dont le faste me sembla suffisamment absurde, je n'entendis h la ronde que les njurmures de ce scepticisme lourd et bourgeois qui hasarde volontiers l'éloge de la religion protestante, par cela seul qu'il s'agit de débourser quelques menues pièces de monnaie pour le prix des chaises. Grâce à l'oubli de l'ordonnateur du convoi . ces honnêtes gens, qui veulent absolument de la religion pour le peuple, se laissaient aller , en dénouant leur bourse, au penchant tracassier de l'hérésie. Parle progrès

qui court , il y a des esprits qui raisonnent de la sorte. Et n'allez pas les plaindre , ils en riraient , les pauvres gens !

L'ordonnateur du convoi (on l'a peut-être deviné) n'était autre que le mauvais génie de Clémence , mon ancien compagnon de voyage , l'antagoniste des prétentions du jeune et honnête professeur de dessin. Retiré dans Tombre de l'un des piliers de l'église, un crayon entre les doigts, il paraissait écouter les remarques de l'académicien dont j'ai déjà parlé, sur un discours écrit que celui-ci parcourait avec attention. Je prévis une oraison funèbre.

En effet, arrivés au cimetière, le jeune provincial nous débita cette oraison funèbre d'un son de voix emphatique , sur le bord même de la fosse , où des manœuvres armés de la pioche se tenaient debout , la tête nue et respectueusement, ainsi que l'assistance. Quelle dérision de parler de Malfilâtre, d'André Chénier , de Gilbert et du Camoëns , tous illustres , tous malheureux , devant cette foule dénuée d'érudition et de poésie , accourue là par simple routine de voisinage , et seulement pour qu'il ne fût pas dit que l'on ne savait pas conduire un cercueil au champ du repos , après avoir de sang-froid laissé dépérir^une existence ! Est-ce qu'il n'aurait pas été déplorable , d'ailleurs . que la banale exagération de tous ces lieux communs, fatigués dans mille occasions de ce genre, eût fait germer tout à couple fanatisme de l'imitation dans quelque cerveau jeune et malade? Devant cette fosse où tombait un peu de cendre ,

pourquoi ces éloges pleins de fumée? Il en ressortait si naturellement une

leçon funeste pour la méditation des familles imprudentes! Je n'ai jamais

mieux compris à quel point le bruit de la parole pouvait étouffer l'instinct du bon sens que , lorsqu'en dépit des marbres funéraires qui nous environnaient de toutes parts , on salua la péroraison du provincial par des bravos bruyans et répétés. Il n'avait pas dit un mot qui ne fût une sottise. — Quel dommage que Champfort n'ait trouvé que dans un jour d'amour-propre et de rancune cette boutade si souvent répétée depuis : — Combien faut-il de sots pour former un public ?

Dans le cimetière des Batignolles , j'aurais pu le lui dire au juste.

Je me tins à distance. Je ne voulus pas me laisser entraîner dans le tourbillon du départ. Quelques témoins parlaient déjà de se rendre au café j d'autres, après un échange de civilités réciproques, s'éparpillaient dans les champs. Je restai seul, songeais-je à remplir un devoir. Parmi les papiers que renfermait le pupitre de Clémence, j'avais lu quelques vers, les derniers peut-être qui lui fussent échappés. Ils convenaient à son épitaphe.

Dans la pensée de remettre aussitôt cette épitaphe à quelque sculpteur des environs, j'en prenais une copie, le genou en terre , sur la forme de mon chapeau, lorsqu'une femme qui parut tout à coup près de moi , se laissa tomber la face en terre sur le bord de la fosse de (Clémence.

• — • Au nom du ciel, venez à son secours ! criait un homme en se précipitant.

J'avais reconnu la voix d'Adolphe . je devinai la mère de Clémence.

Et que pouvions-nous opposer à cette violence d'une mère qui nous éloignait d'un geste désespéré, qui baisait convulsivement la terre, qui frémissait de tous ses membres avec des cris et des sanglots? Cela était effrayant ; mais le plus sûr était de ne pas la contraindre. Je retins Adolphe , en le^conjurant de revenir à lui ^ et tous deux , dans l'inquiétude que des indifférens ne vinssent blesser et profaner cette scène de douleur muette et déchirante, sans nous être expliqués, sans perdre un instant de vue la mère de Clémence , nous veillâmes à la fois sur les alentours. Ce que je prévoyais confusément arriva. iVos larmes et nos paroles lui rendirent enfin l'usage de la voix et des larmes. Une lueur de raison lui revint dans son désespoir. Elle fit tous les sermcns qu'Adolphe lui demanda pour rester à même de dire en liberté ses adieux et ses prières à sa Clémence.

Je n'oublierai jamais les paroles pleines de désespoir et d'amertume du jeune homme, dont je pressais les mains fnhnissantes à quelques pas de là.

— Ils me l'ont tuée, disait-ilj oui! voilà bien les fruits de cette éducation bruyante et stérile , sans choix et sans prudence , littéraire avant toute chose , que l'on

vante à loisir de nos jours, comme s'il était question de former un peuple entier de philosophes et d'artistes, hommes et femmes , indifféremment : comme si la rouille du déshonneur s'attachait aux conditions vulgaires de l'humanité , aux traditions jusqu'à ce jour saintes et chéries de la vie commune et domestique. Les malheureux ! sans réflexion et sans remords , même devant cette fosse qui proteste éloquemment contre un système si funeste , ils continuent de précipiter vers un avenir inconnu des vocations dont le premier effet est d'inspirer l'aversion du calme . et qui ne donnent en dernier résultat ni la célébrité ni le bien-être ! Ils versent avec faste des paroles et des larmes hypocrites sur le poèîe dont la science est frivole pour tous, et, pour lui . fatale ! On les croirait idolâtres du génie ! ils ne savent pas même honorer l'intelligence. Un avenir de désordre est inévitable d'après cela. Plus de paix et de repos ! plus de ménage ! rien. Le divorce et la mobilité partout, grâce à cette confusion de droits et de devoirs que les deux sexes ne se partagent plus de bon accord , mais s'arrachent : et cela , pour se livrer à la prostitution du bruit , à l'immodestie et au tumulte des regards et de la foule. La rivalité n'existe plus seulement de l'homme à l'homme -, les femmes désertent leurs destinées j elles renient les rôles divins deconsolatriceset de mères en se mêlant aux fièvres ardentes de la publicité, à ces ittes qui nous flétrissent avant l'âge, et qui les flétrissent plus vite encore. Dans cette usurpation, je les vois immoler tous leurs privilèges, et chaque victoire qu'elles remportent contre nous les dépouille d'une portion de leur armure. Les femmes sont à nos yeux, et elles le savent, la poésie même, la source toujours féconde de l'inspiration , de l'amOur et de la paix j mais c'est h la charge pour elles de ne pas se soustraire à l'obscurité chaste de la famille , à la protection certaine de notre bras . en se précipitant comme des aventurières à travers les huées et les bravos , au milieu du monde. Cette témérité n'est que le triomphe du démon de l'orgueil . dont le souffle de feu brûle le dernier lien de la famille. Est-ce , en effet , qu'une religion nouvelle s'élève? ou , loin delà, ne serait-ce qu'une révolte impie dont tôt ou tard nous porterons la peine?... Ce tombeau m'épouvante. Le bonheur auprès des femmes est et doit être le dédommagement des combats et des fatigues de notre vie. Ces combats et ces fatigues seraient à l'avenir pour elles comme pour nous . mais sans indemnité pour nous et pour elles. Essayez donc de condamner aux monotones obligations de l'existence ces génies inquiets qui ne cherchent que l'éclat et la lumière ! Parlez-leur d'un bonheur discret et en commun , quand elles seront devenues amoureuses de la gloire , dont la seule pensée les rend si indifférentes comme épouses et comme mères!... Il ne leur reste plus maintenant qu'à devenir des députes à la tribune et des soldats sur le champ de bataille!

Enfin , Adolphe obtint de la mère de Clémence qu'elle quitterait le tombeau de sa fille. Au sortir du cimetière , une chaise de poste les attendait

Depuis, je les ai revus tous les d^ux, à Rouen. Plus heureuse qu'Adolphe , la mère de Clémence a retrouvé dans ce jeune homme un enfant ; mais tout en adoucissant le cliagrin de cette digne femme , Adolphe ne se flatte pas de retrouver jamais une Clémence, il me le disait encore il y a peu de temps , à l'occasion d'Elisa Mercœur.

MitHEL Raymond.

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