‹ L'Écho de la jeune France (volume 5)Chapitre 58 sur 129 · NOUVELLES DES PROVINCES · texte numérisé non relu

NOUVELLES DES PROVINCES

INotre correspondant de Marseille non s écrit :

INous sommes dans une triste position, par suite du choléra ; soixante mille personnes , d'après le relevé approximatif fait par la mairie , auraient abandonné la ville; des tentes sont placées dans presque toutes les plaines environnantes , et un grand nombre de malheureux y habitent.

Le dévouement de MW. les conseillers municipaux qui sont restés à leur poste est sublime, surtout celui de deux administrateurs du bureau des grands carmes qui ne craignent pas de s'exposer jour et nuit pour pourvoir à tous les besoins des malades. Celui des médecins et des élèves est aussi très-beau. (Le quartier des grands carmes est celui où il y a la plus grande quantité de malheureux , et où la maladie est plus intense.)

Nous avons été témoins hier d'une cérémonie bien consolante. L'évêque de Marseille arenouveléle vœu fait par monseigneur de Belsunce du temps de la peste. Au moment où la cérémonie était finie, et où l'on défilait pour se rendre à l'église de Saint-Martin, où le saint sacrement devait être exposé pendant toute la journée, l'échafaudage qui composait l'autel s'est écroulé , et monseigneur a disparu aux yeux des fidèles avec tout son clergé ; personne heureusement n'a été blessé. A sa sortie de Saint-Martin , son carrosse a été dételé et traîné en triomphe aux acclamations de toute la foule , qui se précipitait pour jouir de la vue de son pasteur.

Les nouvelles de la Yaucluse sont aussi affligeantes : voici ce que nous lisons dans une lettre de notre correspondant de Carpentras :

<c Vous parlerai-je de la désolation que le choléra jette dans nos tristes contrées? j'étais à Aix, lorsqu'il a éclaté dans cette malheureuse ville : quarante-huit heures après, il ne

restait pas 4000 âmes; aujourd'hui il serable se déclarer à Avignon. Notre ville de Carpentras reçoit à l'instant de nouveaux fuyards, et sans doute avec eux le germe pestilentiel. Une lettre d'un de mes amis m'annonce qu'il a éclaté à INîmes, ou commence l'expatriation ; la fuite est le seul remède contre le fléau , et tous les médecins sont les premiers à la conseiller à leurs clients. Vous ne sauriez vous peindre combien estaliligcaule cette émigration ; c'est un bien triste spectacle que celui de tant de familles, fuyant dans toutes les directions sans savoir où arrêter leurs pas et souvent oii trouver un asile ; campant dans nos places publiques, sur nos avenues, couchant pêle-mêle, la plupart sur les charrettes qui les ont transportés 5 et puis la misère se mêlant à tout cela , et par-dessus tout, l'incurie , l'efifrayante incurie de nos administrateurs ! »

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