‹ L'Écho de la jeune France (volume 5)Chapitre 64 sur 129 · THÉATRE-FRA>'CAIS · texte numérisé non relu

THÉATRE-FRA>'CAIS

Le Théâtre-Français est, aussi bien que l'académie française, un de nos vieux monumens littéraires dont nous a»ons droit d'être fiers. Le Théâtre-Français a commencé avec Molière, sous la protection du grand roi Louis XIV, et depuis ce temps-là, en passant, il est vrai, par bien des fortunes, le Théâtre-Français a conservé chez nous les saines et pures traditions dramatiques, établies et fondées par les chefs-d'œuvre de tant de grands maîtres. Ln instant, ce beau théâtre a été abandonné pour les théâtres du boulevard ; quand Talma a été mort, le mélodrame l'a emporté sur Corneille et sur Racine dont Talma était le digne représentant ; quand la révolution de juillet est arrivé? pour tout briser, le Théâtre- Français n'a pas pu lutter contre les horribles inventions dramatiquesde cette époque de confusion et de bouleversement; jnais enfm, voici qu'à force d'avoir abusé du faux et de l'horrible^ le spectateur français revient de lui-même aux calmes et honnêtes chefs-d'œuvre d'autrefois. Plus les théâtres prétendus populnires, sont abandonnés et déserts, etplus le vieux théâtre se remplit chaque jour d'une foule élégante et bien élevée, qui revient d'elle-même au culte et à l'admiration des modèles. Cette heureuse foule se sent transportée, émue et charmée en écoutant les beaux vers, elle, habituée au langage barbare des hurleurs de boulevard ; elle se sent intéressée au plus haut degré par cette action simple, naive et vraie qui se noue etqui se dénoue sans efforts, elle, habituée au triste fracas et aux perpétuels bouleversemens des dramaturges de notre époque ; la foule se repose au Théâtre-Français de ses atroces et burlesques émotions de V Ambigu-Comique ou delà Portc-Saint-Martin. C'est que, vovez-vous, quand les hommes sont réunis quelque part, ils éprouvent plus que jamais le noble besoin de s'estimer les uns les autres. Or, le moyen d'avoir, les uns pour les autres, cette mutuelle estime, dans une salle de spectacle où se passe une action barbare, jouée par des acteurs frénétiques et qui parlent un mauvais français? On s'en veut les uns aux autres, on se méprise les uns les autres d'un plaisir pareil, on a honte de soimême, comme on a honte de son voisin. Que si, au contraire, vous assistez à une représentation de Rodogune, de Cinna^ de Polyeucte, de Phèdre, à' Athalie, à! Andromarfue, des Fem'nes savantes ou du Misanthrope, bien jouée par des comédiens en habits propres et aux belles manières, alors le spectateur le plus vulgaire se sait bon gré de s'amuser en si belle compagnie à un si bel ouvrasre, joué par de si bons acteurs. Croyez-moi , le beau, le bon , l'honnête ont aussi leur puissance, leur intérêt, ou, si vous aimez mieux, leur contagion.

Yoilà où en est le Théâtre-Français; et, comme pour seconder cette honnête réaction d'unpublic blasé qui revient aux grands maîtres, le théâtre remonte chaque jourune de ces anciennes tragédies, l'honneur de l'art, une de ces excellentes vieilles comédies, que nul ne saurait refaire. Corneille et 3Iolière sont remis en honneur, comme des maîtres éternels qu'on ne saurait étudier tropàfond. En même temps, etpar un juste retourdeschosesd'ici-bas, le drame et le mélodrame s'en vont chaque jour de ce noble théâtre qu'ils avaient souillé de leur présence. Chaque jour, la tragédie à portes secrètes, à espions cachés dans l'ombre, et à coups de poignard, disparaît pour ne plus levenir. Et cela devait arriver en effet, car le simple et le beau ne pouvaient pas s'abriter sous le même toit , et la même demeure n'était pas assez souple pour contenir en même temps, le Rni s'omuse.

et Mithriclatey Henri III et Cinna; M. Dumas et le grand Corneille, Racine et M. Victor Hugo.

On ne peut trop louer le Théâtre-Français d'être ainsi rentré dans cette belle et grande voie de régénération et de salut. Trop de grandes fortunes littéraires sont déposées dans ses archives, trop d'habiles comédiens le soutiennent encore, pour que le Théâtre-Français pût consentir à s'abandonner ainsi lui-même.

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