THEATRE ITALIEN
Dans le nombre des grands plaisirs de Paris, il faut encore citer le plus recherché et le plus splendide de tous, le Théâtre-Italien. C'est un lieu consacré tout entier et exclusivement consacré à la grande musique. Rossini et Mozart, voilà les dieux de ce temple nmsical, dont Rubini,Lablache et Tamburini sont les grands prêtres. Tous les deux jours, pendant l'hiver, l'élite de la société parisienne se réunit dans ce charmant petit théâtre, pour écouter les cliefs-d œuvre de tous les temps, exécutés par les plus grands chanteurs et parles plus belles voix de l'Italie. C'est là, sans contredit, un noble plaisir tout-à-fait digne de l'aristocratie d'un grand peuple. La musique est la passion des nobles âmes et des grands artistes. Elle charme les sens, elle adoucit les n'.œurs, elle vous transporte mollement des nuages sanglans du présent, sous les cieux éclatans d'un avenir meilleur; elle vous dispose à la mélancolie, à la prière, à l'espérance, à toutes les émotions honnêtes et douces. Les peuples les plus religieux ont toujours été les peuples les plus disposés à la musique; témoins l'Allemagne et l'Italie I La France commence à peine son éducation musicale ; long-temps elle a lutté contre ses habitudes exactes et contre sa langue, si dure à chanter; maintenant enfin, la musique commence à devenir populaire parmi nous ; partout on chante, de toutes parts on a élevé des orchestres d'harmonie qui finiront par faire entrer dans l'oreille du peuple, inculte encore, les ravissantes mélodies de toutes les écoles. En même temps, l'orchestre du Conservatoire a rendu à Reethowen, ce Dieu méconnu, toute sa gloire oubliée. Quand donc la musique passera-t-elle dans nos mœurs? quand donc enseignera-t-on à l'enfant à chanter juste, tout en lui enseignant à lire? Dans une éducation bien faite, le chant et la prière ne devraient jamais se séparer.
THEATRE DE l'OPÉRA-COMIQUE.
Mais quand nous appelons théâtre bourgeois TOpéra-Italien, l'Opéra et même le Théâtre-Français, c'est qu'aujourd'hui qu'il n'y a plus de grands seigneurs que les bourgeois, nous ne savons pas d'autre titre à donner à ces théâtres royaux. Cependant il y a un théâtre royal plus bourgeois encore que les trois autres, c'est l'Opéra-Comique. j\ous ne dirons pas grand'chose de l'Opéra-Comique, et pour cause, c'est que nous n'avons rien à en dire. C'est toujours le vieux théâtre d'il y a vingt ans, et ce sont à peu près les mêmes acteurs. L'Opéra-Comique, après avoir été jadis la grande préoccupation des bourgeois proprement dits, a fini par en être à peu près oublié. Le bourgeois aimait l'Opéra-Comique pour ses gais refrains, pour ses chansons faciles à retenir, pour ses chœurs composés de quatre paysans et de quatre paysannes, pour ses Frontins, ses Lisettes, ses colonels, ses marquis et ses bosquets; malheureusement tout ce qui constituait l'Opéra- Comique autrefois, Frontin, Lisette, couplets, refrains, bosquets et marquis, a passé au Vaudeville, et voilà pourquoi le Vaudeville plaît si fort au bourgeois proprement dit.