‹ L'Écho de la jeune France (volume 5)Chapitre 72 sur 129 · DITHYRAMBE SUR LE JUGEMEM DERNIER · texte numérisé non relu

DITHYRAMBE SUR LE JUGEMEM DERNIER

De la trompette résonnante , Les cris aigus épouvantent les airs ;

Le soleil s'est voilé, la foudre dévorante Sous ses vieux fondemens ébranle Tunivers ;

Les vents déchaînent leurs orages,

L'Océan franchit ses rivages,

Les volcans lancent leurs ravages....

0 jour de ruine et de deuil I Les élémens rivaux se disputent la terre , Et la mort , entassant poussière sur poussière ,

S'assied sur l'immense cercueiL

Yoici l'instant fatal , l'instant épouvantable Où la voix du Très-Haut , arrive , formidable ,

Aux bornes de l'immensité.

Des rayons éclatans dispersent les ténèbres : Réveillez-vous , ô morts , de vos couches funèbres ; Levçz-vous ,.... pour l'éternité I

Sur un trône immortel , que la gloire illumine , Il s'avajice , entouré d'une pompe divine ; Dans sa main resplendit une gerbe d'éclairs ; Son œil embrasse la nature ; Des séraphins la voix sublime et pure Elève ses concerts I

Le bruit cesse. La terre attend dans le silence. Les morts quittent la tombe , agités de terreur ; Ils se pressent , tremblans , dans la vallée immense , Près du trône immortel d'un Dieu juste et vengeur. Là , le ciel a maudit l'orgueil du rang suprême , Là, rampent abattus, privés du diadème , Ces fiers usurpateurs , favoris des destins ,

Ces tyrans, protecteurs des crimes.

Et qui , tout dégouttans du sang de leurs victimes ,

De pleurs abreuvaient leurs festins.

Sous le poids des remords et de l'ignominie Se traînent les médians et les vils délateurs , Et l'hypocrite impur, qui de la calomnie

Aiguise les traits imposteurs ; Là , sont ces magistrats abjects et tyranniques y Dont l'audace effrénée et les arrêts iniques Profanèrent des lois la sainte austérité j Et les lâches flatteurs , dont la tourbe environne Ces princes fainéans , endormis sur le trône ,

Qu'a flétris la postérité.

Ministres enrichis des misères publiques , Corrupteurs insolens et valets despotiques ,

Tremblez enfin , hommes pervers ;

Tremblez , et connaissez la honte I Déprédateurs du peuple , ici vous rendrez compte De vos trésors d'un jour, acquis pour les enfers.

Dans ce séjour affreux où régnent l'épouvante , La mort , le désespoir et la nuit du chaos ,

Une lave toujours ardente Brûle les criminels sans espoir de repos. Quels monstres effrayans , quels reptiles immondes Dressent leurs corps hideux sous ces voûtes profondes I Quel affreux appareil en ces lieux déployé I Les remords déchirans , les angoisses mortelles , Un abîme sans fond , des flammes éternelles , Et l'impie en ce gouffre à jamais foudroyé.

Mais quels rayons divins inondent ma paupière I

Quel éclat inconnu I Quel jour éblouissant I

Tous mes sens égarés nagent dans la lumière ,

J'aperçois des élus le séjour ravissant :

Quels chants mélodieux I Quels concerts d'allégresse I

Les justes sont plongés dans l'ineffable ivresse ,

Dieu les a protégés d'un regard paternel ;

Ils jouissent de leur victoire ,

Et, le fiont couronné de gloire, Reposent triomphaiiS au sein de l'Eternel.

Le Très-Haut a parlé : comme un bruyant tonnerre, Sa voix s'est fait entendre au centre de la terre ; Le temps suspend son vol , l'éternité nous luit ; Des soleils dispersés s'éclipse la lumière , Et l'univers , déchu de sa splendeur première, Retombe dans l'horreur d'une éternelle nuit.

Auguste Amic

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