TRAVAUX ACADÉMIQUES, INDUSTRIE, ARTS ET METIERS, DECOUVERTES
INVENTIONS UTILES
Académie des sciences. — Depuis six semaines, les savans Parisiens ont repris activement leurs travaux que les chaleurs de l'été avaient momentanément suspendus. Ils ont, suivant leurs habitudes, émis plus d'une hypothèse hasardée, et souvent en vérité comuvent pourraient-ils faire autrement quand ils cherchent par exemple à pénétrer jusqu'aux secrets les plus cachés de Dieu? Celui qui ose le plus et presque toujours avec le plus de bonheur, c'est M. Becquerel : ses études et ses expériences sur l'électricité ont produit des résultats assez importans ; ainsi dernièrement ce savant ayant voulu reconnaître le mode de distribution de l'électricité dans un cristal de peroxide de manganèse , substance beaucoup employée dans les verreries et dans les laboratoires de chimie, plongea à moitié dans l'eau ce minéral, puis le toucha en divers points avec les deux bouts du fil d'un multiplicateur électrique, et reconnut alors que la partie la plus rapprochée de la surface immergée possédait l'électricité négative, et celle qui en était la plus éloignée, l'électricité positive, de là il conclut que les cristaux de manganèse ayant une polarité et se trouvant en grandes masses continuellement en contact avec l'eau, il doit résulter de ce contact au sein de la terre, des phénomènes électriques et géologiques dont l'étendue et les conséquences ne peuvent encore être appréciées.
De l'électricité au magnétisme animal, il y a une trop faible distance pour que nous ne fassions pas connaître au moins les efforts de M. Dupotet, pour relever au niveau de la science les phénomènes avancés par Mesmer et qu'il définit : La propriété possédée par les corps organisés et vivans d'agir les uns sur les autres, en vertu de lois qui ne sont pas encore bien connues. M. Dupotetparaît un adepte consciencieux, et parlant avec bonne foi de phénomènes obtenus par lui et qu'il se propose de répéter devant une commission composée de MM. Magendie, Dulong, Serres, Double et Roux, nous verrons si ces habiles professeurs arriveront h démêler la vérité à travers l'obscurité dont le magnétisme s'est enveloppé jusqu'à ce jour, car ce Mesmer, qui parut en 1784, avait intérêt à couvrir du voile du charlatanisme les phénomènes qu'il annonçait. Ce n'était pas à la science qu'il en voulait, ce n'était point avec la louable générosité de M. Dupotet qu'il exposait aux sarcasmes ou aux bravos du public, c'était à l'or et à l'argent de nos jeunes seigneurs, qui déjà éblouis par les ouvrages des Yoltaiie, des Jean-Jacques, n'avaient plus foi dans le présent, et tâchaient de se rendre digne des maîtres en prenant l'initiative et en allant en avant, méthode souvent fort bonne en effet, mais exigeant, de la part de ceux qui la suivent, une prudence que ne pouvaient avoir les jeunes tètes de la cour de Louis X\ f : aussi chacun voulait être initié à la doctrine de Mesmerfausse ou vraie, il en coûtait cent louis, peu importait; c'était du nouveau et il fallait à tout prix le protéger pour rendre honneur aux divinités littéraires. Ce système de protection fut bientôt suivi du système de concessions politiques, et malheureusement on sait quel en fut le terrible résultat. Depuis, Mesmer resta oublié, et l'on ne doit qu'à M. de Puységur et à quelques autres de ses adeptes de ne pas avoir entièrement perdi sa doctrine, qui tour à tour tombant entre les mains d'hommes de bonne foi, ou de charlatans, est arrivée jusqu'à nous tout aussi obscure qu'elle l'était pour nos pères.
La séance académique du 1 0 août a été marquée par la triste nouvelle du résultat infructueux du navire la Rcchercliey commandée par M. Tréhouart, que l'on avait envoyé dans les mers d'Islande pour tâcher d'y recueillir quelques renseignemens sur le sort de la LU" loise que commandait M. de Blossevillc, dont le savoir, le dévoueraeut et la fin ont tant d'analogie avec tout ce qui se rattache à notre célèhre Lapeyrouse. Point de nouvelle du malheureux commandant, et la recherche a dépassé dcAingt lieues la latitude des terres découvertes par Graah, et exploré inutilement les cent-trente lieues de glaces qui joignent le cap nord d'Islande. Tout porte à croire qu'il se sera perdu en faisant route pour le Groenland. Cependant ce voyage n'a pas été inutile à la science, car 31. Gaimard et son compagnon 31. Robert , après avoir parcouru l'intérieur de l'île et avoir acquis la conviction que la Lilloise n'avait pas péri sur ce littoral, rapportent une grande quantité d'objets d'histoire naturelle recueillis sur cette terre glaciale. Si la grandeur de Dieu et la faiblesse de la science des hommes avaient besoin d'être démontrées, on aurait pu mettre à profit l'aveu émis à cette séance par l'un de nos savans les plus habiles, par M. Arago, venant humblement déclarer qu'il ne pouvait expliquer pourquoi la moyenne de la température de la surface de la terre pendant l'année entière est à peu près égale à celle des températures indiquées par le thermomètre abrité, autant qu'il est possible des rayons du soleil, soit à notre latitude, soit à l'équateur.
Sans parler de la température du corps humain observée par M. Becquerel, ni d'un mémoire de M. Robiquet sur les eaux de Nérie, mémoire dans lequel l'auteur n'est pas toujours d'accord avec un autre chimiste M. Lonchamp , commençons par annoncer avec 31. Bouvard, que le 5 août, 31. Dumouchelet 31. Yico à Rome ont pu apercevoir les premiers la comète de Halley. Pour nous tous, hommes du monde et habitansdes salons, peu nous importe cette découverte; mais il n'en est pas ainsi parmi les savans. Une comète n'est point une planète comme une autre : c'est un météore inconstant laissant aujourd'hui voir sa majestueuse et brillante chevelure, et demain , c'est-à-dire dans plusieurs siècles, car des siècles sont des jours pour une comète cachant cette chevelure avec soin ; c'est une vagabonde dont la course peut à peine être calculée, aussi c'est une bonne fortune pour un astronome de pouvoir en indiquer la marche minute par minute. Quelquefois même celte habileté mathématique donne au savant une influence immense. En effet, il fut bien grand en 1832, le pouvoir de 31. Arago, calmant de sa voix imposante les craintes d'une population entière que des imprudens avaient effrayée, et lui faisant connaître comme par ordre de Dieu, que le jour du jugement pour tous n'était pas encore arrivé. Si nous écoutons celte année la voix de ces savans, nous apprenons que cette comète dite de Halley, fait sa révolution en soixante-seize ans ; elle parut pour la première fois lors de la naissance de 31ithridate, cent-trente ans avant Xotre-Seigneur Jésus-Christ; sa quatrième apparition eut lieu à l'époque de la prise de Rome par Totila, puis elle reparut en 1531, en lG07,cn 1583, en 1769. Cette dernière apparition fut remarquable par la circonstance particulière qu'elle avait été prévue et calculée pour la première fois. Telle est l'exactitude des calculs actuels, que l'on ne recherche plus les comètes à retours périodiques comme celle de Ilalley avec les petites lunettes de deux pieds de longueur appelées chercheuses, mais directement avec les télescopes les plus puissans auxquels on adapte de faibles grossissemeus. Tel est aussi le désir et l'amour propre de nos astronomes de présenter les résultats de ces calculs avec la plus grande vérité, que 31. de Pontécoulant, après avoir annoncé à l'Académie des Sciences que cette comète arriverait au périhélie de sa course, c'est-à-dire au point où elle sera plus près du solejl, le 13 novembre, est venu modestement lui déclarer qu'il avait commis une erreur, et qu'elle n'y touchera que le IG du même mois.
DÉCOUVERTES INDUSTRIELLES ET USUELLES
f^oitures à vapeur. —^'Paviowt les têtes fermentent pour donner une impulsion plus rapide à nos moyens de transports. A Edimbourg , c'est un mécaiiicien , sir Th. Macfar-^
lane, qui annonce la découverte d'une machine propre à remplacer le cabriolet et le cheval, pour faire parcourir à un seul homme un espace Je deux lieues eu 45 minutes au moyen d'une force Irès-faiblc et d'un mécanisme dont le prix ne s'élève pas à plus de quarante francs ; à Groningue , c'est une compagnie qui lance sur les routes en terre ordinaire une voilure à vapeur; puis à Paris, c'est M. Dietz, habituant gratuitement depuis quinze jours le public à la vue de son remorqueur traînant après lui une élégante diligence j il lui prouve , avant d'établir un service régulier de Paris à Versailles , qu'il peut faire ce voyage eu 72 à 78 minutes, et qu'il parcourra l'espace d'une borne à l'autre en 10 minutes aux montés et en 8 minutes en plaine. Ce résultat sans doute est fort brillant et fort honorable pour son jeune constructeur , mais l'explosion de la chaudière à vapeur du bateau le Carl-Grey , arrivé dernièrement à Grascow , doit exiger de lui de nouvelles modifications qu'il avait nc'gligées jusqu'à ce jour, parce que le danger n'était que soupçonné. Ainsi, par suite des explications données par Hugues Davidson , mécanicien de ce bateau, on a constaté des faits qui ne laissent plus aucun doute sur l'inutilité des rondelles en métal fusible de Darcet et des soupapes de sûreté actuelles. Depuis plusieurs mois les hommes de science en avaient une idée confuse, mais les sommités scientifiques attachant peu d'importance à l'éventualité du danger , l'autorité , comme eux , fermait les yeux sur le peu de sûreté des moyens actuels, et croyait mcmeagir a vec sagesse en imposant aux constructeurs l'application de ces moyens à leurs chaudières à vapeur. Cependant aujourd'hui que l'événement n'est plus douteux, aujourd'hui que l'on sait très-bien , comme le prouve M. Galy-Cazalat , professeur de physique à Versailles , que les rondelles fusibles restent sans fondre jusqu'à une tension de trois à quatre atmosphères au-delà de celle ou elles doivent fondre pour donner issue à la surabondance de vapeur ; aujourd'hui que l'on sait également que la vapeur laisse souvent, en s'échappant par la soupape de sùrete , un vide en forme d'entonnoir qui oblige celle-ci à se refermer brusquement, sans que la force du mécanicien puisse la relever , d'où résulte ensuite l'explosion de la chaudière, il y aurait culpabilité à l'autorité à ne pas imposer aux constructeurs l'obligation d'ajouter d'autres moyens de sûreté à leur appareil. Ainsi, il faudrait, si l'on veut conserver les soupapes cylindriques et verticales actuelles , faire placer aux deux côtés de la chaudière des soupapes latérales que le mécanicien ou la vapeur même pourraient toujours ouvrir indépendamment l'un de l'autre , sans que la force attractive du vide pût y mettre obstacle ; alors les explosions seraient pour ainsi dire nulles et ne dépendraient plus que de circonstances encore inconnues , mais qui nécessairement deviendraient fort rares.
Inconvénient de Pair chaud dans les forges. — Depuis trois ans on proclame en France les importans résultats obtenus partout où l'on a fait usage de l'emploi de l'air chaud dans le travail des hauts fourneaux. M. Guéniveau, ingénieur des mines, est même allé dans quelques-unes de nos usines constater plusieurs faits plaidant en faveur de ce nouveau procédé , et bientôt on a sur ces faits échafaudé une théorie établissant que la chaleur de l'air était de la plus haute importance pour augmenter le fer provenant des hauts fourneaux. Cependant, depuis plus de quinze mois de nombreux maîtres de forges avaient obtenu des résultats trop en opposition avec ceux constatés par M. Guéniveau pour qu'il leur fût permis d'ajouter une grande confiance à l'emploi de l'air chaud , aussi ont-ils suivi le sage prétexte : Dans le doute abstiens-toij et fort peu de hauts fourneaux ont été munis du nouvel appareil. Aujourd'hui nous annonçons avec plaisir à ces praticiens que leur doute était une vérité , et la preuve nous arrive de la Russie , de cette contrée où l'industrie du fer est la base de toutes les autres. En effet , M. Téploff, ingénieur des mines de Russie, vient de donner connaissance aux ingénieurs des mines françaises d'un mémoire de M. Sobolewski , dans lequel il est prouvé que dans l'empire russe on a reconnu que l'air chaud ne contribue en rien à l'augmentation des produits des fourneaux , mais que cette amélioration résulte de ce que la force élastique de l'air, lancé par ce procédé dans les hauts fourneaux, est considérablement augmentée parle seul fait de réchauffement; la théorie de la chaleur de l'air disparaissant, elle fait place à une autre beaucoup
plus rationnelle et que tous les maîtres de forges comprendront. Cette théorie nouvelle est celle établissant que l'augmentation des produits est en raison de la plus grande vitesse de l'air, lancé dans le fourneau. En effet, d'après les observations faites en Russie, on a reconnu dans la fonte des minerais de fer que l'air introduit avec une grande rapidité, produit la plus grande chaleur possible : dans ce cas on brûle moins de charbon ; il en résulte que les charges descendent plus lentement et que le minerai reste plus long-temps en contact avec le combustible , sans que la quantité de celui-ci soit augmentée.
M. Knauff a constaté dans l'usine impériale de Petrosapodsk que 100 pieds cubes d'air lancés dans le fourneau , sous la pression de 2 pouces de mercure , produisent le même effet que 200 pieds cubes lancés sous la pression d'un seul pouce. Dans les fonderies des héritiers Raztorgonief on est arrivé à obtenir , par l'application de cette nouvelle théorie, une économie de combustible très-remarquable. Ainsi on obtient en 24 heures 11,459 kilogrammes de fonte, en ne consommant que 1 , i 85kilog. de charbon p resqu'entièrement de bouleau, au lieu de 1,G00 kilog. que l'on y brûlait auparavant. Le moyen pour arriver à ces résultats n'exige'ni frais, ni appareils particuliers : il cansiste à déterminer rigoureusement la qualité et la pression de l'air qui doit alimenter le fourneau en faisant varier , en tâtonnant jusqu'au point convenable , le diamètre des buses et la pression des manomètres, car il est utile de placer deux de ces instrumensà chaque fourneau , l'un près du régulateur de la machine soufflante , l'autre près de la tuyère. M. Teploff , en 1830, a obtenu par lui-même, à l'usine de Soumboul , une preuve bien positive de l'influence utile de la diminution du diamètre des buses ; car, après avoir mis en feu le fourneau et lui avoir appliqué une buse ronde de 2 pouces de diamètre, il ne put obtenir de fonte, même en diminuant la charge du minerai , tandis qu'à l'instant oîi il remplaça la buse de 2 pouces par une d'un pouce, la fonte ne tarda pas à paraître , et aujourd'hui on y obtient, avec celte même buse, 1,000 kilog. de fonte, de 3,21G kilog. de minerai en brûlant 1,813 mètres cubes de bois d'épine ou de sapin.
Encre indélébile. — Dernièrement quelques journaux allemands ont annoncé la découverte d'une encre indélébile que l'on obtient en faisant dissoudre de la tourbe pulvérisée dans une solution de potasse; mais nous pouvons assurer qu'après avoir répété l'expérience avec une tourbe des plus noires de Picardie nous n'avons obtenu qu'une teinture bistre dont les traces sur le papier disparaissent promptemcnt par le chlore. J. O. D.
BEAUX ARTS
La jeune France, nous l'avions bien compris, mais nous n'avions pu développer cette pensée avec assez d'amour ; la jeune France doit étendre le domaine de sa critique sur les beaux-arts proprement dits, sur la peinture, la sculpture, l'architecture, la musique, etc., et comme .ur la littérature, comme sur les sciences, celte critique, sage, modérée et impartiale devra porter ses regards et son influence sur les ouvrages de tous les artistes aussi bien que sur ceux de nos savans. La jeune France, la France chrétienne veut savoir et saura former des artistes, et leur élèvera un piédestal pour les montrer elles faire connaître. Pour alleindrc ce but, pour avoir sur les productions des arls des revues faites par une main habile, la direction {\cYEcho de la Jeune France a clioisi un homme qui s'est voué spéciulement aux arts (i\L Maximilien Raoul): nos arlisles peuvent donc être assurés que leurs travaux ne passeront point inaperçus, et que pour redire ce qu'ils auront fait de bien, la jeune France aura toujours son Echo.