COURS D'ÉCOXOMIE POLITIQUE SOCIALE
(6« article.)
Il y a société nécessaire entre les êtres dont les actes se coordonnent au point qu'à certains égards on peut leur attribuer une existence collective , se les représenter comme ayant une volonté, comme ne formant qu'un être unique. L'association née de cet accord sera d'autant plus forte qu'elle portera sur plus de choses, embrassera des intérêts j^lus puissans , et reposera sur des besoins plus durables. Si elle procède de l'intérêt temporel, si elle dérive son existence d'une nécessité changeante ou transitoire , elle vivra aussi long-temps que le péril ou l'espérance qui l'a engendrée , mais elle finira dès que l'un aura disparu , dès que l'autre aura été réalisée. Cette sorte de société, fondée sur un intérêt personnel à la fois et passager, se rencontre parmi les animaux. Les chiens sauvages de l'Amérique chassent ensemble, et l'esprit qui les anime est merveilleusement social jusqu'au moment où le gibier est forcé. Alors cesse l'association , et une guerre furieuse commence avec le partage des dépouilles conquises en commun.
Certes , nous ne nions pas que de semblables associations si précaires et si restreintes ne puissent survivre à la destruction de toute foi en un Dieu vengeur et rémunérateur. Mais ce ne sont point là de véritables sociétés ; la conscience publique leur refuse un titre si glorieux : elle ne l'accorde qu'aux associations qui résultent d'une notion uniforme du juste et de l'injuste , de ce juste et de cet injuste qui impliquent au plus haut degré le bien de celui qui fait le premier, le niai àe celui qui faille second. C'est que cette notion imprime, sinon aux individus , du moins aux masses qui l'acceptent , des tendances harmoniques , lesquelles se perpétuent de génération en génération , et traversent les siècles immuables pendant que les hommes succèdent aux hommes , les familles aux familles. Ainsi se constituent les grandes unités sociales. La foi , qui est leur vie , se transmet en héritage des aieux aux petits enfans , lesquels sont à leur tour des aieux. Les membres de la société passent et se renouvellent : mais elle , elle demeure, car l'intérêt éternel qui dominait ceux qui s'en vont, dominera ceux qui arrivent. Les individus ont changé ; la pensée qui les unissait , unit après eux les individus qui les remplacent.
Comme la société n'est autre chose que l'incarnation collective de cette pensée , elle se modèlera sur celle-ci , et elle y trouvera la mesure de sa perfection possible. Nous disons de sa perfection possible , car il ne faut point confondre les aptitudes sociales d'un peuple avec le degré de sou développement actuel. Mille accidens divers , la nature du sol ou du climat , un terrain coupé par des
eaux profondes ou couvert de sables , la victoire ou la défaite , une série de grands hommes ou de princes inhabiles , hâteront ou retarderont le ])ro(>rès de la civilisation , quelque soit d'ailleurs son principe. Toutefois ce principe demeure ce qu'il est , et sa valeur intrinsèque n'est point amoindrie par les cuconstances extérieures qui en modifient les résultats. Il en est des cultes comme des arbres : les mêmes espèces semées dans des terres différentes , ne parviennent point à une égale hauteur. Qui oserait dire que le chêne n'est point le géant de nos forêts , parce que le gland tombé sur une aride poussièie ne produit qu'un chétif avorton ?
Or, les aptitudes matérielles de chaque culte dépendent évidemment des conditions à l'accomplissement desquelles est attachée la perfection terrestre de toute société. Nous devons donc nous occuper d'abord de constater ce cfu'elles sont , car, lorsque nous aurons déterminé leur nature, nous parviendrons aisément à reconnaître , parmi les religions connues , quelle est celle qui les reproduit avec le plus de netteté dans son ordre légitime. Cette partie de notre travail exclut plus directement qu'aucune autre toute discussion sur la vérité des diverses croyances que nous aurons à comparer entre elles. Toutefois , la question de vérité n'est point absolument étrangère à l'économie sociale , et nous commencerons par montrer comment elle s'y rattache.
Il n'est personne qui ne sache aujourd'hui combien le progrès de la richesse est subordonné à celui de la science. C'est avec de la science que le navigateur chrétien explore toutes les mers , avec de la science que le fabricant , que l'ingénieur, que le chimiste chrétien ont créé ces merveilleuses usines, ces routes ces machines , ces productions nouvelles qui assurent à notre industrie une écrasante supériorité sur celle du reste du genre humain. Sans doute , ce que les hommes appellent hasard est pour quelque chose dans les grandes découvertes des temps modernes , mais le hasard seul ne peut rien si la science ne lui vient en aide. A cette dernière donc l'honneur de toutes nos récentes améliorations. Il lui revient de droit , et elle peut s'en glorifier , pourvu cependant qu'elle reconnaisse qu'un culte vrai pourrait seul lui donner la liberté dont elle jouit aujourd'hui, cette liberté, sans laquelle le génie, muet et enchaîné , demeure
En effet , tout se lie dans les connaissances humaines ; car le vrai est un , et à mesure qu'elles s'en rapprochent , c'est-à-dire à mesure qu'elles se développent , elles tendent de plus en plus à le reproduire dans son immuable unité. Comme la lumière, qui rayonne en tout sens , elles ne peuvent s'avancer dans une direction sans s'étendre bientôt sur toutes les autres. Elles sont solidaires en sorte que les sciences qui se ressemblent le moins , la philosophie elle-même , et la mécanique, sont, à un degré quelconque, corrélatives dans leur progrès et dans leur décadence. Les arts en apparence les plus humbles ne peuvent donc se perfectionner qu'autant que l'intelligence humaine se perfectionne elle-même dans sa sphère la plus élevée. Ainsi la nation la plus éclairée, la plus savante , sera à la longue , la plus industrieuse , et par conséquent la plus riche. Or , le progrès intellectuel de chaque nation dépend d'une manière absolue de la somme de vérité répandue dans ses croyances.
Prenons pour exemple rislamisme, c'cst-à-dirc la plus parfaite des religions fausses. L'Alcoran renferme une multitude de faits cosraogoniques qui ne peuvent soutenir un sérieux examen : et comme ces faits font partie intégrante de la prétendue révélation de iNIahomet , on ne peut nier la réalité des uns sans rejeter rautlienticité de l'autre. Il y a donc incompatibilité entre la foi du musulman et la maixJie progiessive des sciences physiques ; il ne peut donc apprendre qu*à la condition de devenir incrédule , ou , en d'autres termes , il est réduit à choisir entre la conservation de son ordie légitime , c'est-à-dire, de sa vie sociale , et le développement dsson intelligence. Placé entre ces deux alternatives, il devra, s'il ne veut point tomber dans des ténèbres plus pix)fondes, se contenter des lumières que comportent les erreurs de son culte. Une instruction hmitée par celles-ci , assez peu étendue pour ne point les atteindre, ne le plongera point dans cet abîme de misère et d'ignorance que le philosophisme a nommé l'état de nature. Au contraire, que cette instruction aille au-delà , qu'elle dévoile tous les mensonges du prophète de la Mecque , et aussitôt les croyances du musulman s'évanouissent , sa sociabihté n'a plus d'appui , et la science, si florissante qu'elle soit d'abord , va se perdre au sein d'une irrémédiable barbarie. C'est ce qui airiva aux Arabes. Au ni* siècle de Thégyre, après avoir étendu au loin leui" domination, ils voulurent ajouter une autre gloire à celle des armes; la capitale de leur empire , Bagdad, devint la capitale du monde savant, et le calife Almamon s'immortalisa par les grands travaux qu'il fit entreprendre. 3Iais la foi de ses sujets ne put résister à cette gi-ande épreuve. Elle perdit son unité et son énei'gie , unité et énei-gie qu'elle conserva néanmoms diez les Cardes et les Turcomans. Le sceptr.e passa donc à ces derniers , et l'Arabe , vaincu par la science avant de l'être par ses anciens vassaux, fut bientôt refoulé dans son désert natal.
Ainsi , dans toute société fondée sui- im culte faux , l'intérêt bien entendu de son intelligence s'oppose à sou développement indéliui. Les erreiurs qu'il enfenne sont autant de barrières qu'elle ne poui-rait fianchir impmiément, quand , chose impossible , la conscience publique ne réclamerait point contre elle toutes les entraves du plus odieux arbitraire. Qu'est-ce qu'un savant dans la pensée des peuples non chrétiens ? Un prêtre ou un magicien , c'est-à-dire un être éminemment vénérable, s'il se constitue le défenseui- des superstitions populaires, ou bien, lorsqu'il s attaque à ces superstitions , ce qu'on peut imaginer de plus odieux , un ennemi public , avoué, nécessaire du genre humain. Certes , il y a dans ce préjugé un instinct profondément social. Ceux qui s'y abandonnent entrevoient confusément combien un certain degré de science serait funeste au culte qui les rend sociables , et ils n'iront {K>int , par une folle complaisance pour les rêveries de quelque philosophe , se rabaisser au niveau de Li brute. Le fétichiste luimême connaît les douceui-s de la vie de famille : serait-il raisonnable, seiuit-il logique en y renonçant au profit passager d'une mortelle curiosité ?
Les cultes faux impliquent donc des nécessités sociales devant lesquelles les intelligences les plus haixlies sont tenues de s'incliner. Les nations de l'antiquité le savaient , et, en désespoir de cause, elles inventèrent les mystères. Le cathoUcisme a les siens , mais nos mystères à nous ne ressemblent en rien à ceux de Tan
cien monde. L'église a des dogmes incompréhensibles ; elle n'en a aucmi de caclié. Le cathécisme enseigné à nos enfans leur apprend ce que fait le souverain pontife lui-même , en sorte que si Ton entend par mystères des doctrines occultes , nous pouvons affirmer avec orgueil que le catholicisme est unerehgion sans mystères. De la, cette égahté intellectuelle, si favorable au progrès, en ce qu'elle donne à tous les chrétiens, sans distinction de rang et de naissance , un libre et commun accès aux sources mêmes de l'instruction. Les païens furent moins hardis. Comme ils voulaient préserver leur existence sociale des atteintes du scepticisme , et cependant la perfectionner , ils partagèrent les peuples en deux grandes catégories , celle des initiés et celle des profanes ou non initiés. La première était tantôt une caste sacerdotale, et tantôt une société secrète qui se perpétuait par voie d'adjonction. Comme elle était relativement peu nombreuse , et qu'elle exploitait la crédidité de la multitude , elle trouvciit dans l'intérêt temporel de ses membres un motif d'union , un esprit de corps qui la rendait formidable. Elle avait le monopole de la science ; elle possédait les seules lumières de l'époque ; mais elle n'avait en communiquer la moindre parcelle à l'autre fraction de la société , à h. plèbe , à cette majorité numérique , qui allait se dégradant de plus en plus sous le poids des impostuies que lui jetaient les initiés. Ainsi le progrès n'était que dans les somihités, progrès inconnu du vulgaire, et dès-lors sans influence possible sur la civilisation générale de l'humanité. Par cela seul que les anciens mystères comprenaient jusqu'aux premiers rudimens de la science , celle-ci ne pouvait rien pour les arts usuuels , et par conséquent rien pour la richesse. Reléguée dans le sanctuaire , elle y figurait comme une idole visible au prêtre seul, et impuissante pour tous. Aux temps de leur gloire, les Grecs eux-mêmes l'enfermèrent dans le cercle étroit du paganisme , et quand enfin elle osa lever le voile qui couvrait son incrédulité , ils tombèrent sous le joug des Romains , heureux encore d'une servitude qui les sauvait de l'anarchie.
Au contraire , mi culte parfaitement vrai n'a rien à redouter des efforts de la science , car , semblable à ces diamans qui éblouissent l'œil de tous les feux du soleil , il brillera d'un éclat d'autant plus vif qu'elle répandra sur lui une plus grande lumière. EUe n'inspirera donc aucime terreur à la société qu'il aura engendrée ; elle ne sera donc le partage exclusif d'aucune classe ; elle sera ime propriété commune que tous pourront exploiter selon la mesure de leur intelligence, et , libre dans sa marche , impétueuse dans son essor , elle verra s'ouvrir devant elle une carrière sans limites humainement assignables. En effet , elle ne pourra rien contre la société qu'autant qu'elle s'égarera , et ses erreurs trouveront leur correctif naturel dans un progrès de plus. La flétrissure imprimée à ses aberrations parle pouvoir spirituel lui viendra alors en aide, puisque ce qui sera faux religieusement le sera encore scientifiquement. Ces aberrations elles-mêmes auront leur utihté : et comme le rocher caché sous les flots devient visible par les débris des navires qui sont venus s'y briser , de même les naufrages de la science incrédule indiqueront à la science véritable , à la science qui croit , à la science cathohque, les écuéils qu'elle doit éviter. Celle-ci ne s'étonnera d'aucun problème, quelque insoluble qu'il paraisse d'abord , et sa foi, au lieu d'è(re
ébranlée , ranimera son ardeur , assurée qu'elle est que , dans le gi'ând livre de la nature , la page qui suit expliquera toujours les contradictions apparentes de la ])age qui précède.
Ainsi , avec un culte vrai , rien n'arrête le développement de l'intelligence , si ce n'est Timperfection de l'intelligence elle-même, et alors elle trouve dans les croyances populaires un frein ou un avertissement. Ce qui se passe aujourd'hui en est une éclatante preuve. Dans les annales de Tliistoire on chercherait vainement un autre exemple d'une guerre acharnée et pubhque de la science contre la religion; et cette épreuve , réservée au seul catholicisme , est une éclatante preuve de sa vérité. Quelle autre société l'eût permise ou la permettant y eût résisté? Mais la philosophie moderne a perdu sa première popularité; déjà, malgré le progrès des lumières , des cris de détresse se font partout entendre , et déjà l'expérience proclame que l'incrédulité ne peut régner ailleurs que sur des ruines I En même temps la science , honteuse des ridicules systèmes amoncelés contre la Genèse , se sent invinciblement entraînée vers les livres ; aints , ces grandes et saintes archives de la terre. Elle ne peut plus avancer sans les rencontrer sur sa route et déjà encore le scepticisme, épuisé et vaincu, se détruit de ses propres mains , en doutant de lui-même.
La vérité des croyances de chaque peuple est donc la mesure des lumières compatibles avec son existence sociale ; et comme la science est le principal élément de la richesse , la religion la phis vraie sera à ce seul titre la plus favorable au développement de la fortune publique. Toutefois , s'il nous est permis, s'il est même de notre devoir de montrer la supériorité fmancière , qu'on nous passe ce terme , de la vérité sur l'erreur , notre mission ne va point au-delà. Celle de la théologie commence alors , et nous lui abandonnons une tâche qui n'a rien de commun avec la nôtre. L'honneur de démontrer la divinité de l'origine du catholicisme ne nous appartient pas ; nous aurons fait assez lorsque l'examen des conditions d'une sociabilité parfaite nous aura conduit à reconnaître que la foi de nos pères est le culte social par excellence.
ÏV.
L'abondance des matières nous oblige à renvoyer au prochain numéro im ar^ticle tvès-intcressantdc M. A. de Pi,iy busqué.
Tous nos lecteurs auront remarqué un article que contenait noire derniei' numéro, signé Francis Benoît, et qui établissait un parallèle entre notre Chateaubriand et le poète aveugle d'Albion. Depuis long-temps nous n'avions rien lu de plus spirituel, de mieux éciit que cet article. Il a obtenu un bien autre suflrage que le nôtre ; voici la lettre quç son auteur vient de recevoir de l'illustre traducteur de Milton :
Paris, 5 octobre 18?. 5.
11 est rare, Monsieur, que le même journal contienne dans un même numéro deux articles favorables à un même auteur ; c'est pourtant ce que mon âge et la sympathie des opinions m'ont sans doute valu aujourd'hui. Votre parallèle de moi et du grand poète que les circonstances de ma vie m'obligent de traduire, est brillant et ingénieux ; mais je crains qu'il ne soit vrai que dans la bienveillance de vos jugemens. J'ai eu peut-être en commun avec Milton quelques malheurs, partage de tous les hommes ; c'est la seule ressemblance que je me reconnaisse avec l'auteur du Paradis perdu. Toutefois, Monsieur, je n'en suis pas moins reconnaissant des sentimens que vous avez bien voulu me témoigner d'une manière si flatteuse, et je vous prie d'agréer, avec mes remercîmens sincères, l'assu-^ rance de ma considération très-distinguée. Chateaubriand.
M. Mouttet, qui avait aussi écrit plusieurs pages sur M. de Chateaubriand, a reçu de lui les lifjnes qui suivent ;
Paris, 5 octobre 1835,
Je viens de lire, Monsieur, dans VEcho de la Jeune France, votre article plein de goût, de mesure et d'esprit sur ma personne et mes ouvrages. Si je prenais vos paroles flatteuses pour le jugement de l'avenir , elles me donneraient trop d'orgueil , mais je suis forcé d'y voir l'indulgence du talent et de la jeunesse. Recevez toujours, je vous prie, Monsieur, l'hommage de ma vive reconnaissance et l'assurance de ma considération très-distinguée. Chateaubriand.
302 LA JELjNE FRANCE,
Dans un article sur le Repentir, arliclc que nous ne pouvons insérer en entier, faute de place, dans notre numéro de ce jour, nous remarquons le passage suivant , écrit par M. le baron de Mangin-Fondragon.
Maintenant, qu'il nous soit permis de compatir aux tourmens de l'homme qui désespère, car il n'en peut exister de plus épouvantables, et tâchons d'arrêter les suites de ce désespoir, de ce dégoût de la vie, qui va ensanglantant le monde; rappelons au malheureux que toute consolation n'est pas ôtée à celui dont les regrets annoncent une ame qui n'est point entièrement pervertie , et un cœur d'où n'est pas banni tout sentiment humain.
O homme î lui dirons-nous, calme tes sens qui achèvent de t'égarer; rappelle tes esprits, et apprends que le désespoir n'a jamais réparé les torts du coupable, mais que toujours, au contraire, il a consommé sa ruine.
Un moyen encore reste à ton repentir, c'est de te prosterner la face contre terre, et d'invoquer le Dieu que tes crimes et ton ingratitude ont si long-temps méconnu I Tu frémis à cette idée, parce que tu le juges impitoyable comme tu l'as été; proportionnant son courroux à tes fautes, tu ne peux croire à sa clémence, toi qui l'as cruellement outragé ! Mais telle est ton erreur, ce Dieu est aussi bon qu'il est puissant, et s'il est ton j'uge suprême, il est aussi ton père, et n'attend, pour te pardonner, qu'un regret, un repentir, un mot, im soupir, un regard, un aveu, une invocation!!! Confesse-lui tes torts, invoque en pleurant sa pitié j et soudain il enverra l'ange de sa droite , la douce rehgion , t'apporter secours et consolation.
tf Je suis, te dira-t-elle, l'envoyée du Tout-Puissant auprès des hommes ; c'est moi qui console l'infortune et qui calme la doulem'. Fille du ciel , née du sang de l'Homme-Dieu, sang divin, répandu pour rendre l'homme à sa première dignité ; j'ai pour mission de l'éclairer, de le ramener à la vertu , et de ne faire qu'un peuple heureux de tous les peuples de la terre. En effet, que suis-je, sinon l'interprète de l'Esprit-Saint communiqué aux hommes par le Verbe ou Jésus-Cluist? Quelle est ma mission, sinon de propager ses préceptes, d'apprendre aux hommes à être vertueux et à s'aimer les uns les autres ? C'est moi qui leur dis d'être humbles dans la prospérité , de secourir, mais de ne point humilier celui qui est pauvre ou malheureux. Au pauvre, je prescris de ne pas chercher à dépouiller le riche, et de supporter son sort avec courage et résignation , parce que le riche aussi a ses peines. Je dis à l'homme puissant de protéger îe faible, au faible de ne point envier l'homme puissant, souvent plus malheureux que lui. Je dis à l'orgueil de s'humilier, à l'ambition de s'arrêter, à la colère de s'apaiser, à toutes les passions de se calmer. C'est moi qui crie au juge : soyei équitable ; à l'avocat : défendez l'innocent et démasquez le coupable ; aux rois : aimez vos peuples, soyez bons mais justes et fermes, et maintenez parmi eux l'ordre et la paix ; aux peuples ; soyez soumis et fidèles à vos rois ; invoquez au besoin leur justice, mais n'allez pas leur arracher le glaive pour les en frapper, car le sang d'un roi retombe toujours sur le peuple qui l'a répandu. C'est moi qui dis au pouvoir : Gouvernez, mais ne tyrannisez pas. »
PORTRAIT DE l'iNNOCENCE.
Elle est simple, modeste et pleine de candeur ;
Son sourire est divin, ses mots sont pleins de charmes ;
Sous ses traits délicats se cache la pudeur,
Et son cœur de l'amour méconnaît les alarmes.
Son maintien est modeste, aisé, noble, décent ;
Ses yeux peignent son ame, et son ame est tranquille.
La touchante amitié, le bonheur d'être utile
Et la douce pitié, c'est tout ce qu'elle sent.
Elle ignore la ruse ainsi que l'imposture ;
Elle est pleine d'attraits et ne les connaît pas.
Sans affectation, soumise à la nature,
Les grâces à l'envi se jiressent sur ses pas.
Elle est tendre, sensible, elle plaint l'infortune ;
Elle ne ressent pas l'envie et ses tourmens.
Elle a peu de désirs, le faste l'importune, ,
Elle hait la parure et les vains ornemens.
Sa douceui' en impose et condamne au silence
Tout ce qui peut blesser son oreille et son cœur ;
De tout ce qui l'entoure elle fait le bonheur :
N'est-ce pas là te peindre, ô céleste Innocence !
Le baron de Mangin-Fondragon.
SOCIETE DE h\ JEUNE FRANCE.
Sur le rapport de M. Jules Forfelier , 1» que la législation actuelle rend plus difficiles les fonctions de gérans des journaux ; 2» qu'arrivant la condamnation du gérant de l'Echo de la Jeune France à une peine corporelle , l'administration de la société , telle qu'elle est représentée aujourd'hui par une seule personne qui cumule les fonctions de directeur gérant responsable, administrateur et rédacteur en chef, serait arrêtée dans sa marche d'où il résulterait de graves inconvéniens qu'il convient de prévoir ; 3» que dans l'état actuel de la société, il convient que M. Jules Forfelier, qui renouvelle ici l'engagement d'honneur de donner toujours ses soins à la société de la Jeune France, puisse faire de fréquentes absences , soit pour opérer les nombreux recouvremens qui sont en souffrance soit pour favoriser le développement de la société sur les différens points où elle est inconnue ; 4'' qu'il serait dès-lors utile aux intérêts de la société de nommer plusieurs administrateurs responsables et un censeur , sans pour cela que ses charges en fussent augmentées.
Les soussignés réunis en assemblée générale au siège de la société , ont , après en avoir délibéré , pris la résolution suivante , qui sera transcrite en double pour être publiée conformément à la loi.
10 A l'avenir , la société de la Jeune France sera administrée et gérée par un directeur et un administrateur ; le premier aura la direction et la rédaction en chef de VEc/io de
a04 LA JEUNE FRANCE,
la Jeune France ; le second , l'administration intérieure de la société ; il tiendra la caisse, fera les recettes et les dépenses, les enregistreraens , les envois et la correspondance autre que celle relative à sa rédaction.
Aucune dépense ne sera faite , aucune facture ne sera payée sans le visa approbalif du censeur , et , en son absence , du directeur ; les administrateurs auront réciproquement , ainsi que le censeur et les membres du comité de surveillance , l'inspection de la caisse ; ils signaleront les erreurs et pourront requérir le dépôt chez le banquier de la société de tous les fonds qui ne seront pas nécessaires au service régulier de l'administration.
Les traites de recouvrement faites par l'administrateur devront être visées par le censeur , et en cas d'absence , par le directeur.
Sont nommés, M. le vicomte JFalsh ^ directeur et rédacteur en chef; M. Edmond Devillicrs , administrateur. En conséquence, la raison et la signature sociales seront Devilliers et Comp^. M. Juley Forfelier est nommé censeur.
Sont annulées louîes les dispositions contraires aux présentes , dans l'acte de société du 13 septembre 1S34, enregistré, lequel continuera pour le surplus d'être exécuté selon sa forme et teneur.
L'assemblée ayant pris connaissance de l'état actuel de la société, déclare être satisfaite du résultat du premier semestre de la présente année. M. Jules Forfelier est déchargé de toute gérance.
Fait double à Paris , le 2 octobre 1835 ; et ont signé , baron Mangix-Fondragon , por-teur d'une action ; Fouque ( deux actions ) ; Le Bocq (trois actions ) ; de Trezy ( six actions ) ; l'abbé Guii^LERo (quatre actions); Thiabaut (deux actions); de Roy (une action ) ; Seguin ( une action ) ; Sixdeniers ( une action ) ; Auguste Amic ( huit actions ) ; Morand ( six actions ) ; Baillot de Guervillk ( viugt-scpt actions ) ; vicomte Walsh ( dix actions ) ; Jules Forfelier.
Pour extrait conforme :
Jules FORFELIER.
JOURNAL DE RÉFORME SOCIALE. 30i
BEAUX ARTS
EXPOSITION DES OUVRAGES DE PEINTURE , DE SCULPTURE , DE GBAVURB SUR UEDAlLLK ET d'architecture couronnés ou MENTIONNÉS AUX CONCOURS,
i Un petit nombre d'arlislcs, des parens et amis , et quelques critiques dévoués aux intérêts de l'art et des artistes , voilà le public qui a honoré de sa présence l'exposition des ouvrages couronnés par MM. de l'Institut. C'est le dédain le plus cruellement formulé par l'opinion éclairée pour les élèves privilégiés des juges en premier et dernier ressort....
Et nunc intelligile],..
Comme nous l'avons dit , et puisqu'on s'obstine à exiger l'anonyme des concurrens , nous ne nommerons les lauréats qu'autant que nous les trouverons dignes de fixer l'attention d'une manière toute particulière. C'est pourquoi nous laisserons sous le voile de l'anonyme académique les ouvrages couronnés d'architecture et de gravure , parce que les uns n'ont, selon nous, aucun, et l'autre n'a que de très-faibles titres à cet honneur. Et nous ne serons pas moins discrets sur le premier second grand prix de peinture , et sur les prix du concours particulier de paysage , de torse et de sculpture. Quant au tableau mentionné honorablement après le deuxième second grand prix de peinture, nous serons d'autant plus sévères qu'on a été plus indulgent pour son auteur : ce tableau était un des trois plus misérables du concours j la composition en est faible , déplorable dans certaines parties , et le système de peinture en est détestable.
En revanche , nous nommerons , nous proclamerons avec plaisir le nom de M. Blanchard , élève de M. Coigoet , auquel l'académie n'a pa§ cru pouvoir refuser au moins le deuxième second grand prix , et à qui nous jurions décerné , nous , et à première vue , et après mûr examen , le premier second grand prix , ou plutôt le second grand prix , car nous aurions donné cette année deux grands prix , et le premier eût été , à première vue encore , et après examen attentif et minutieux , pour M. Murât exposé sous le n° 3 , et dont nous nous faisons un devoir de proclamer le nom. Peut-être , et nous voudrions le croire, M. Murât doit-il l'oubli où on l'a laissé, à ce que, ayant, nous le croyons du moins , obtenu déjà un second grand prix , il ne pouvait plus obtenir qu'un premier grandi prix. M. Murât est élève de Regnault , et de MM. Hersent et Ingres. Ce jeune artiste, lent dans sou développement, a fait d'immenses progrès cette année, et méritait, nous le répétons , et plusieurs membres de l'Institut ont pensé comme nous , le premier grand prix réservé cette année.
MM. Murât et Blanchard nous fout concevoir de hautes espérances, et ne se laisseront pas, nous aimons à le croire, énerver par des travaux académiques pour lesquels ils ne doivent faire , s'ils veulent y réussir , qu'une très-petite dépense de talent et d'imagination. Une fois à Rome , ils s'abandonneront au cours de leur génie , et alors nous verrons.
Nous avons remarqué l'ouvrage qui a obtenu le prix de tête d'expression au concours particulier de peinture. Le sujet, la mélancolie, a été supérieurement compris par M. Couture, élève de Gros. Malheureusement cela est ponsif {c\iï(\\it d'atelier) d'une manière déplorable , et un sujet semblable demandait une expression beaucoup plus fine, et dans les lignes , et dans le modelé , et dan:> les tons.
%^ tête mentionnée honorablement exprime plutôt la mauvaise humeur que la méjfl^^»
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colie. Elle est d'ailleurs d'un caractère trivial, et a, comme peinture, les mêmes défaut» d'école , avec un défaut de plus. Le travail au bitume qu'on reproche , ainsi qu'une touche lourde, les empâtemens et la grossièreté des tons, à l'école de Gros, on a voulu, ce semble , le corriger ici par des tons laqueux , et le sujet comportait plutôt la morbidesse des tons bitumineux que la sécheresse des tons laqueux. Nous avons parlé de cette tête parce que nous y avons trouvé quelques idées. Du reste, elle est , nous le répétons, commune, mal attifée , et en dehors du caraclère donné.
Faut-il parler du paysage (le chêne et le roseau) auquel on a cru devoir accorder la médaille? En vérité , nous n'en avons pas le courage , et nous ajouteroQs qu'il n'y avait sur ce tableau qu'une seule voix parmi les artistes qui nous entouraient : « Mais c'est de )) la plus déplorable nullité !... Mais il n'y a qu'un ton dans ces arbres , dans ce gazon.... M Mais il n'y a qu'une seule touche plate pour le feuille , pour les détails et pour les » masses.... Quel jour éclaire donc ce paysage , et quels sont ces arbres , quels sont ces » arbrisseaux, quelles sont les plantes? »
Au moins , dans ces trois études de torse , il y a quelques parties bien étudiées , bien traitées , surtout dans l'ouvrage mentionné en second; au moins, dans la tête de l'attention , il y a quelque intelligence de la pensée à exprimer , et une certaine entente de la sculpture. Mais ce paysage!.... Faut-il s'étonner si nos grands paysagistes, et nous en avons maintenant en France , et nous les mettrons en lumière au prochain salon ; faut-il s'étonner, disons-nous, si nos grands paysagistes s'abstiennent et se sont abstenus si religieusement des concours académiques?....
Mais , en vérité , nous craignons qu'on ne nous confonde avec ces éternels et impitoyables aboyeurs , éternellement et impitoyablement aboyant après les réputations et les autorités établies, par cela même et par cela seul qu'elles sont réputations et autorités. Hâtons-nous donc d'exprimer à cet égard notre pensée , toute notre pensée , et de formuler bien nettement nos principes.
POURQUOI l'académie DES BEAUX-ARTS EST AUJOURD'HUI SI PEU ESTIMÉE ET