PETIT COURS D'HISTOIRE
Pendant qu'à Tœplitz les souverains du Nord passaient de brillantes revues ^ pendant qu'ils opposaient du moins aux divisions de l'Angleterre , de l'Espagne et de la France , le spectacle de leur union , ce qui est autrement grave , ailleurs l'éducation des peuples se continuait par l'histoire contemporaine, par cette triste histoire qui s'écrit chaque jour sous la dictée de notre époque.
C'est qu'il en est du monde politique comme du monde matériel : à mesure que les nations s'avancent dans la route qu'elles parcoinent , de nouveaux points de vue se révèlent, d'autres horizons se montrent, comme un nou\'eau jour écla^ tant ou sombre, vient éclairer ou attrister le spectacle qui s'offre à leurs regan)
J^dition de litre. ^ Tome th , 3» annéc,-^ V' noi>cmbre 1835. — N° 16.
Et c'est ainsi que les dernières nouvelles qui nous sont arrivées d'Espagne ont donné un nouvel aspect à la situation de l'Europe occidentale.
Mais , qu'on nous permette de retracer des souvenirs anciens déjà et oubliés peut-être. C'est à peine si l'on peut se rappeler maintenant , au travers de tant d'événemens qui nous sont advenus , quel fut le point de départ , et comme le début des systèmes qu'en France nous avons vu se succéder au pouvoir depuis cinq années. A peine on peut se rappeler qu'il fut une époque où, se laissant emporter par le mouvement révolutionnaire , l'administration de la France se parait du principe de la souveraineté populaire, s'empressait d'applaudir à toutes les agitations qui éclataient au-deliors et appelait à son aide les liommes qui figurent aujourd'hui sur les bancs de l'opposition législative , et le poursuivent de leurs paroles dans les assemblées d'électeurs. On laissait alors , par une belle journée , dévaster les églises et abattre les croix ; on laissait complaisamment gratter les fleurs-de-lys, par la main de l'émeute, au retentissement de la Marseillaise.
Le ministère de M. Périer vint mettre un terme à ce premier essai : ce fut en s'armant du grand mot de légalité que cet homme de cœur, qui devait mourir à la peine , se posa comme obstacle au-devant du mouvement révolutionnaire , au-devant des tendances républicaines. Disons-le en passant , M. Périer avait si bien tenté une œuvre impossible, qu'à peine sa volonté , si ferme pourtant , se fut-elle brisée à la tâche qu'il s'était faite , les hommes qui vinrent après lui ne montrèrent plus nul souci de jeter sur leurs actes quelque pensée de puissance morale et que désormais les systèmes vont se nommer par des mots qui n'impliquent autre chose que des idées de force matérielle. C'est d'abord le système de la nécessité qui sera proclamé au milieu des discussions parlementaires : plus tard, quand il s'agira de combattre une grande mesure de concihation, ce sera le mot de résistance qu'on inscrira sur la bannière , jusqu'à ce qu'enfin les difficultés , sans nul doute , s'aggravant toujours , le plus réfléchi des ministres annonce au pays le gouvernement de \ intimidation par une de ces paroles qui résument une situation toute entière.
Donc , en France , en débutant par de larges concessions , qui se faisaient au mouvement révolutionnaire, dans l'espace de cinq ans, nous avons touché aux limites de tous les pouvoirs que la langue politique a nommés , inclinant d'abord vers la démocratie , traversant le gouvernement parlementaire , puis arrivant , par une pente rapide , à un régime qui affecte les allures et prend les idées d'un pouvoir d'une autre nature : c'est-à-dire qu'en France, il n'est pas un système qu'on n'ait essayé depuis cinq ans , pas une pensée qu'on n'ait voulu mettre en œuvre : Le cercle entier a été parcouru ; et , chose étrange I pendant que pour nous les choses allaient ainsi, en Espagne aussi on marchait de système en système, sans trouver nulle part un appui qui fût solide , un ombrage sous lequel on pût s'abriter. Seulement , plus ardente et plus vive , l'Espagne marchait plus vite , et prenant , pour ainsi dire , l'épreuve au rebours , elle commençait par la résistance , pour aller vers la révolution.
De Zea-Bermudez à ce Mendizabal qui fait incliner maintenant , devant l'au-
loiité des juntes, le sceptre de sa reine, combien de ministres et combien d'efforts sont usés sans succès. Après que Martinez delà Rosa et Toreno viennent d'être écrasés par la révolution qu'ils voulaient arrêter , c'est en vain que Mendizabal espère la conduire en la flattant , la dominer en s'humiliant devant elle. Voyez ; malgré les concessions qu'il a faites, naguère le général Espinossa aimait mieux tenir son épée de la junte d'Andalousie , que du gouvernement de la reine. Cadix , Séville , Grenade et Malaga reprenaient les armes ; l'anarchie est toujours partout en Espagne , excepté dans cette province de Navarre qui s'est levée la première sous le drapeau de Charles V.
Or , ne voyez-vous pas que de graves et énergiques conséquences peuvent surgir de ces deux situations qui se révèlent à la fois en-deçà et au-delà des Pyrénées? Les peuples ne vont-ils pas comprendre qu'il faut enfin qu'après tant de ehangemens et de fortunes diverses , le repos , la gloire , la prospérité leur arrivent, sous peine de ne pouvoir plus les espérer? Au-delà des Pyrénées, ne faut-il pas que les gouvernans sachent bien qu'après avoir ainsi fait appel tour-à-tour à toutes les forces , il faut qu'avec le secours delà révolution ils étoufléntla guerre civile, ils pacifient l'Espagne, ou qu'avouant leur impuissance , ils déposent la couronne aux pieds du frère de Ferdinand ?
Ainsi va cependant l'humanité , s'avançant d'épreuve en épreuve , arrivant à la vérité par l'erreur , appelée à s'instruire par tout ce qu'elle rencontre sous ses pas , d'infortunes ou de prospérités. Pour les peuples enfans les institutions se forment comme d'elles-mème. Religion , pouvoir, liberté, tout se produit et se fonde sans qu'ils semblent mettre la main à l'édifice : mais plus tard, quand la raison et la conscience leur sont venues, il appartient alors aux nations de choisir leurs voies, de maintenir ou de renverser ce qui fut pour elles l'œuvre sage et bienfaisante des volontés providentielles.
Jetez un coup-d'œil rapide sur l'histoire de France : à l'origine de notre nation vous voyez le christianisme descendre sur elle aux plaines de Tolbiac sans que le chef barbare et les Francs qui l'entourent connaissent le Dieu devant lequel ils s'agenouillent ; puis à cette nation française qui aura grandi déjà, un jour l'hérédité monarchique sera léguée en partie par les splendeurs de la monarchie de Charlemagne , en partie constituée par l'arrivée au trône de Hugues Capet , le plus grand des possesseurs de fiefs qui se transmettent de mâle en mâle par ordre de primogéniture.
Mais après qu'appuyée sur ces deux grandes forces , la rehgion et l'hérédité monarchique, la France aura vu se former son territoire, et s'ébaucher son industrie ; après que le christianisme aura maintenu sa liberté au moyen-âge en lui donnant pour défenseur le prêtre , pour tribune la chaire ; après que le christianisme lui inspirant le brillant épisode des croisades , l'aura envoyée chercher vers l'Orient le flambeau mal éteint de la civilisation asiatique ; après qu'au quatorzième siècle, et au quinzième , l'hérédité monarchique , ralhant sans relâche autour d'elle , aux jours malheureux , les derniers débris de nos armées , nos d^rnièrçs la^ce^ et nos (Jçvnières épées, après que l'hérédité monarchique
aura fait conquérir à nosaieux sur l'Anglais l'indépendance du territoire, comme en d'autres temps la foi chrétienne les avait aidés à refouler les Sarrasins au midi: alors comme la France est faite, comme elle a ses frontières , comme elle est une grande nation au sein de l'Europe, comme l'hérédité monarchique lui a donné l'unité , alors après le travail matériel qui est fini , après l'œuvre matérielle qui est consommée , vont venir le travail et l'œuvre de l'intelligence.
C'est la plus grande des deux puissances que nous avons nommées qui la première se verra mise en péril, c'est la vérité religieuse.... Du fond des cloîtres et des tavernes de l'Allemagne , un homme a porté le défi au catholicisme au nom de la raison ; à sa voix le monde va s'ébranler. La religion nouvelle saura prendre toutes les formes, elle saura, suivant que le voudront les temps et les peuples, s'éloigner ou se rapprocher du catholicisme ; et il faudra que quarante années de guerres civiles , de désastres et d'assassinats aient passé sur la France , que deux millions de Français aient succombé, que deux rois aient été frappés du poignard, pour que la France revienne enfin à cette vérité religieuse , qui doit lui enfanter, avec l'aide de l'hérédité monarchique , le grand siècle de Louis XIY , siècle de conquêtes et de génie , de grandeurs et de prospérités , qu'auront précédé encore , comme un dernier murmure d'orage , les agitations de la fronde.
Mais c'est bientôt la vérité politique qui va se débattre à son tour dans l'arène : à deux cents ans de distance depuis Luther, un autre homme, disciple de Luther a parlé, qui met, lui , en face du pouvoir l'idée désorganisatrice de la souveraineté de tous. Comme il avait fallu savoir s'il était donné à la raison humaine, de se faire une foi qui put inspirer, une religion qui pût se montrer civilisatrice, il faut savoir aussi s'il est donné aux jieuples de façonner de leurs mains des sceptres qui ne se brisent pas, des couronnes qui puissent briller d'un éclat pur, des pouvoirs qui sachent gouverner sans opprimer: du reste, comme la pensée de Luther, la pensée de Rousseau a trouvé un puissant secours dans quelques tristes abus qu'elle a pu signaler ; comme la pensée de Luther, la pensée de Rousseau sait se plier à toutes les nécessités, aujourd'hui se couvrant du manteau de philosophe, et demain du bonnet phrygien, aujourd'hui conspiratrice et carbonaro, demain se montrant sous d'autres vêtemens : et toujours est-il que depuis plus de quarante années dure cette seconde éducation de la France, qui à chaque année, à chaque jour qui s'écoulent, se précipite vers le terme que la Providence lui assigne en ses impénétrables décrets
Mais il est temps de nous arrêter dans cette incomplète esquisse, pauvre chroniqueurs qui devons seulement de temps à autre détacher quelque lambeau inaperçu de l'histoire de tous les jours, il est temps que nous en revenions à notre travail, et que descendant des souvenirs du passé nous nous demandions en terminant ce qu'il est advenu encore depuis un mois de la liberté et de la dignité du pays? il en est advenu hélasl ce qui en arrive depuis long-temps, c'est-à-dire que toutes deux sont devenues plus petites peut-être , et qu'il n'y a eu progrès que vers le mal et la décadence.
Pour la liberté, c'est la cour d'assises qui va repondre. Cinq journaux ont paru
devant elle en trois jours ; et croyez-vous qu'on eût à leur demander compte d'atteintes qu'ils auraient portées à la personne du Roi, ou à la royauté ; non en vérité, c'était de la dignité ministérielle qu'il s'agissait dans presque toutes ces poursuites ; et dans la plus importante, M. le procureur-général disait gravement : «t MM. les jurés, la couronne du Roi est respectée, mais laisserez-vousles » fonctionnaires publics en butte aux attaques de la presse. » M. le procureurgénéral oubliait que dans la discussion des lois d'intimidation, il n'est pas un ministre qui n'ait voué sa tête aux orages de la publicité, pas un ministre qui ne soit venu fièrement se poser à la tribune en nouveau Curtius. M. le procureur-général oubliait surtout que c'était chose imprudente que de révéler ainsi l'amendement que l'on voudrait faire aux lois du 9 septembre, en étendant sur les guenilles jninislérielles les rigueurs de la législation nouvelle.
Quant à ce qui est de la dignité de nos gouvernans, lisez d'abord les journaux anglais : admirez quel respect la presse anglaise sait montrer pour le système doctrinaire : en envisageant les résultats qu'il entraîne à l'intérieur , en accusant le pouvoir de manquer à la foi jurée, aux conditions de la quadruple alliance, ne parle-t-elle pas assez vivement , pour qu'on l'ait traînée devant le jury représentée par la Quotidienne et par le Bon-Sens? et en même temps, quelles nouvelles nous sont venues d'Amérique?
C'est en vain que nos ministres ont sacrifié aux Etats-Unis l'honneur de la France, et l'or de la France, c'est en vain que pour prix de tant de condescendance, les chambres ont demandé seulement quelques paroles d'excuses pour d'insolentes menaces ; le président des Etats-Unis veut ajouter, dit-on, l'outrage à l'outrage : et cette Amérique qui recevait la liberté de la France d'autrefois, refuserait à la France moderne une facile et insuffisante réparation.
En deux mots, le système de l'intimidation qui veut prendre sous sa protection les portefeuilles ministériels, l'Angleterre qui nous envoie des injures sur le dos même du traité de la quadruple alliance, l'Amérique qui prépare peut-être une nouvelle insulte, tels sont les progrès qu'ont pu faire parmi nous, dans le dernier mois, la liberté et la dignité du pays. J.
LES RUIIMES DE SALVT-DEN YS .
Dans le temps où la royauté était forte et grande, St-Denys s'élevait comme une dernière borne à l'extrémité de son horizon. St-Denys, en face de Versailles, c'était cette pensée du néant des grandeurs humaines, qui se dresse, dans les pages immortelles de^Bossuet, en face de la pensée de la majesté royale. Les flèches aiguës delà gothique abbaye déchirant les airs de leur pointe acérée, semblaient un doigt éternellement levé vers le ciel pour avertir les arbitres du monde de songer à la mort. Tout allait aboutir ù cette vaste tombe, toutes les maisons royales avaient un sentier qui conduisait à la funèbre abbaye. Tantôt le point du départ était le Louvre, tantôt les Tuileries^ tantôt St-Germain, tantôt Fon-
tainebleau, tantôt Versailles; mais le ternie du voyage, c'était toujours St-Denys» Sublime image de cette froide et lugubre unité de la mort qui clôt, par un même et formidable dénouement, les drames cliangeans de l'histoire , et qui égale à jamais les vies royales les plus diverses , en les couchant dans le même tombeau I
A ces époques de grandeur royale, St-Denis avait une signification en France; ce n'était point une de ces vaines et pompeuses jiyramides chargées d'hiéroglyphes dont la nuit des siècles nous dérobe le sens. C'était le plus antique des mausolées en face du plus antique des trônes ; c'était , après la majesté de la pourpre, la majesté du linceul; c'était la plus durable de toutes les monarchies marquant d'un sceau de durée jusqu'au monument de la fragilité humaine, et communiquant un caractère de perpétuité même à son tombeau. Et l'intelligence, s'inclinant devant les merveilles de cette sépulture royale, saisissait à sa vue de secrètes harmonies et de mystérieux rapprociiemens entre les jours nouveaux et les anciens jours. Cette royauté , dans les premiers siècles de son existence, vassale de la gothique abbaye, n'était-elle point restée vassale de ses sépulcres ? Les fronts couronnés ne continuaient-ils point à se baisser pour passer sous ces sombres voûtes, et ne voyait-on pas les plus superbes têtes se courber devant cette suzeraineté de la mort ? N'était-ce point jadis à St-Denys^ qu'après les jours de guerre et de bataille on rapportait avec pompe le drapeau de la monarchie, la sainte oriflamme? et, plus tard, dans les jours de royales funérailles où la France conduisait dans ces lieux souterrains Henri I\ ou Louis XIV, n'était-ce point encore la monarchie qui rapportait son drapeau ? Mystérieuse destinée de cette abbaye presque aussi ancienne que la France I C'était elle qui donnait à nos rois et à nos chevaliers leur cri d'armes ; au plus fort de la mêlée quand l'épée étincelait dans les mains vaillantes, le cri de Montjoye-St-Denys s'échappait de toutes les lèvres, religieux enseignement ou ineffable ironie qui donnait pour devise à la gloire humaine le terme où vient se briser toute gloire, uo tombeau I
C'était alors qu'il fallait pénétrer dans l'église et descendre dans les funèbres caveaux de St-Denys pour y trouver de grands souvenirs et de mélancoliques leçons. Il y avait là toute une histoire couchée sur le marbie des sépulcres, qui n'attendait qu'un mot pour se soulever à demi sur son funèbre oreiller, et quelle histoire, mon Dieu! Un religieux de l'abbaye, savant dans la géographie de ce royaume de la mort, marchait, une torche à la main, pour vous en montrer les provinces, grave et silencieux, devant le visiteur qui imitait son silence et son recueillement. Pas une parole ne retentissait dans cette solitude muette, mais chaque fois qu'un rayon de la torche touchait un des mônumens, on voyait un siècle tout entier se lever dans sa gloire.
Yoici la première race , d'abord, ces Mérovingiens à l'aspect équivoque et douteux, commençant par l'activité du camp, et finissant par la fainéantise du trône ; voici ce siècle aux mille aspects, où tout est encore mêlé et confondu, où la lumière ne peut se séparer des ténèbres. Ne voyez-vous pas les hautes figures de ces Chevelus^ 4 demi chrétiens, ù demi barbares, passer et repasser devanV
•vous ? Quel choc d'évènemens I quels concours de caractères I que de luttes I que de déchiremens ! que de crimes, mais aussi que de malheurs I Le christianisme, comme un puissant ouvrier, pétrit incessamment cette société nouvelle dans ses fortes mains et ne la pose point encoreà terre. L'Église n'est point dans l'Etat, c'est l'État qui est dans l'Église. Gouvernement, arts, science, industrie, elle tient tout à la fois. Voici venir St-Ouen le ministre, St-Éloi l'orfèvre, St-Judicaël le duc des Bretons; Barbares et Romains, Gaulois et Francs, serfs et hommes libres, toutes les extrémités se rencontrent dans l'unité du christianisme qui ouvre un immense asile aux misères de cette société tourmentée. Oh î les mœurs bariolées de civilisation et de barbarie, de vertus et de vices, de corruption romaine et de pureté évangélique I que de honte ! que de gloire, que de souvenirs I Et pour tout cela six pieds de terre dans le sanctuaire de l'église, et ces quatre mots gravés sur une table de marbre ; Hicjacet corpus Dagoberti. Dites après cela que le tombeau n'est pas un plus merveilleux abréviateur que Tacite I
Et le religieux continuait à marcher, et l'on voyait que le chœur d'une église suffisait à contenir ces deux races qui trouvèrent que la France était un trop étroit piédestal pour les soutenir toutes deux à la fois, tant les gloires humaines tiennent peu de place dans la cité des morts ! A côté des Mérovingiens, voici les Carlo vingiens, cette superbe race de maires du palais qui accabla ses rivaux sous le poids de trois générations de grands hommes. Voici Charles Martel , voici Pépin le père de Charlemagne. Quels noms I quel siècle î quels évènemens î quelles catastrophes î quels combats ! Oh les Sarrasins vaincus et le génie de l'Orient écrasé sous le marteau de l'aïeul de Charlemagne I Oh l'empire d'Occident rétabli par un roi de race barbare I Oh les victoires sans nombre î Oh la civiUsation I Oh la littérature I Oh la gloire ! Et pour tout cela, encore quelques pieds de terre, des urnes à moitié remplies d'un peu de cendre, et deux ou trois marbres portant de courtes inscriptions à demi effacées.
Une merveilleuse histoire que cette histoire funèbre dont chaque page était un cercueil! On marchait, et à tous les pas on réveillait un siècle, on heurtait du pied un règne: ces archives de la mort étaient complètes, la troisième race y apparaissait en face delà seconde et de la première, car il n'y a point de lacunes dans les lugubres annales du tombeau. Tout à l'heure vous touchiez aux commencemens de la monarchie, un pas de plus, c'était le temps des Carlovingiens qui se levait éclatant de lumière; un pas encore, et les Capétiens montraient, entre ces tombes, leur tombe royale. Les trois grandes gloires de la monarchie française avaient droit de cité à St-Denys pour leur néant. Hugues Capet en avait ouvert les portes à sa race, car c'est St-Denys qui donne aux royautés ce sacre de la mort, plus sûr que celui de Rheims contre lequel la fortune a tant de retours. Et toute la race de Hugues Capet se rangeant derrière son chef, l'avait suivi dans les royales sépultures de St-Denys comme sur le trône. Voici Philippe-le-Hardi, le fils de St-Louis, voici la reine, sa femme, voici Philippe-le-Bel, voici la chapelle des Charles, Charle-le-Sage, ayant à ses pieds le bon connétable, Charles l'insensé, Charles VIT, à la gloire duquel il manque d'avoir avec lui, à St-Denys, celle qu'il avait à ses côtés à Rheims. Les Valois sont dans cette partie du sanc-
luaire, et cet escalier mène au caveau des Bourbons où la mort, suivant la parole deBossuet, était si prompte à remplir les places. C'est ainsi que St-Denys racontait le passé du haut de ses monumens funéraires; le voyageur de ces voies tristes et ténébreuses s'inclinait le front chargé de pensées devant l'assemblée des siècles, cette longue file de cercueils; c'était notre histoire, et la France, apprenant à mesurer à la fois et l'étendue de ses grandeuis nationales et le néant des grandeurs humaines, comptait ses gloires par ses tombeaux.
Mais depuis que l'astre de la royauté à pâli, et que les révolutions usurpant la tâche de la mort, se sont chargées de révéler aux rois toute la vanité de lems splendeurs et tout le néant de leur puissance ; depuis que l'exil et l'échafaud, ces deux formidables génies des trônes, se partagent fraternellement les destinées royales; depuis que ce nom, de roi et de reine, qui excitait dans l'ame de nos pères une admiration mêlée de terreur, n'excite plus dans notre ame qu'une immense pitié ; depuis qu'il faut relever le cœur abattu de ces princes et de ces monarques et leur crier, non plus comme autrefois : « Rois, souvenez-vous mal- » gré votre grandeur que vous n'êtes pas des dieux ; » mais bien plutôt : « Rois, » souvenez-vous malgré votre abaissement que vous êtes des hommes ; » oh I depuis ces jours-là, la gloire du royal St-Denys s'est effacée ; en même temps que les palais perdaient la majesté des couronnes, il a perdu la majesté de ses sépulcres, et ce Versailles de la mort n'est ni moins vide, ni moins détrôné que le Versailles des vivantes splendeurs de Louis-le-Grand.
Descendez , descendez sous ces voûtes funèbres et votre cœur se serrera à la vue des ruines du royal St-Denys. Vous y trouverez des tombes encore, mais ces tombes sont vides ; quand viendra ce terrible jour du jugement, elles n'auront rien à rendre, ni à la justice, nia la miséricorde de Dieu. Des monumens déserts, des urnes veuves, des simulacres de sépulcres, voilà St-Denys. Le guide qui vous conduit à travers ces mornes solitudes ne vous dit plus : Ici repose, mais ici reposait tel grand prince, telle grande princesse; et ce mot qui introduit le mouvement et le changement dans le séjour de l'éternelle immobilité , a je ne sais quoi qui vous effraye et qui vous confond. Oui, des jours sont venus où princes et princesses ont été exilés de leurs dernières demeures, et, tandis que les rois de la terre perdaient leurs trônes, leurs froids aïeux, ces rois souterrains, perdaient ici leur tombeau. Oyez et voyez, car c'est dans ces lieux seulement qu'on peut juger ce qu'elle eut de fort et de terrible, cette révolution qui monta jusqu'à Dieu pour le jeter à bas de son firmament, et descendit dans les entrailles de la terre pour tuer de la royauté jusqu'à ses grands cadavres et remuer le sol jusqu'aux cercueils de nos pères, vénérables reliques d'une société éteinte et base immuable de la société qui la suit. Etonnez-vous après cela que le sol tremble I Eh comment ne tremblera il-il pas quand les sépulcres, ces colonnes de la mort, ont cessé de le soutenir?
Oli I ce dût être une épouvantable journée que celle où la révolution, cette grande homicide, vint continuer ses destructions jusque dans le royaume de la destruction même, et, lasse de dépeupler le séjour des vivans, se prit à anéantir jusqu'au néant et à dépeupler jusqu'aux cercueils. La langue humaine n'a plus.
de termes, Tesprit humain n'a plus de pensée en face de pareils souvenirs. O Bossuet I sublime oppresseur des vanités humaines, voici venir un spectacle plus éloquent encore que vos grandes et terribles leçons ; quand avec des paroles remplies de l'ineffable ironie du cercueil, vous couchiez ces très-hauts et très-puissans princes, ces très-hautes et très-puissantes princesses dans la poudre , vous croyiez qu'ils y dormiraient leur sommeil. C'est dans ce froid caveau que descendit, toute chargée de vos larmes et de celles de la France, cette royale Henriette, qui passa du matin au soir ainsi que l'herbe des champs. Ne la cherchez plus ici : le cercueil a disparu , le caveau est vide. Il est venu un siècle où les giands de la terre ne restaient pas plus en possession de leur linceul que de leur pourpre, et, parmi toutes les instabihtés et toutes les vanités humaines^il en est une que vous avez oublié d'annoncer à la terre : c'est l'instabilité des sépulcres et la vanité des tombeaux. Quelle autre voix que la vôtre, ô Jérémie de la loi nouvelle, égalerait les gémissemens et les lai'mes de cette immense désolation ?3Iais aussi quelle oraison funèbre que celle qui serait par vous prononcée en face de ces royales sépultures qui n'ont point gardé les froides dépouilles, sacré dépôt des âges précédens I C'est par cette porte que la désolation entra dans la cité des sépulcres. Ici on arracha François I" de sa couche funèbre ; plus loin, Marie de Médicis et Henri II, son taciturne maître et seigneur ; ce fut sous cette voûte qu'on trouva Henri lY ; de ce caveau voisin tous les pâles monarques durent entendre sortir cette foudroyante parole: Dieu seul est grandy mes frères! cav c'est ici que les ouvriers de destruction mirent la main sm* les ossemens du grand roi. On eut dit que la révolution, afin d'achever de s'assurer le cœur contre la royauté , était venue écarter son linceul et la regarder dormir dans son néant. Et il y eut alors, voyez-vous, un régicide souterrain, plus épouvantable peut-être que celui qui s'accomplit à la face de Dieu et des hommes et à la clarté du jour, car ce fut un régicide de cadavres, et la révolution frappa la majesté royale jusque dans la majesté de la mort.
Tels sont maintenant les seuls souvenirs, les seules images que Saint-Denis ait à nous offrir. Ce n'est plus la pompeuse abbaye où la brillante chevauchée des rois de France venait quérir l'oriflamme pour aller combattre et vaincre es pavs lointain. Hélas I où est la victoire ? où sont les rois de France , et qu'est devenue l'oriflamme ? C'est un sanctuaire dont la majesté est abolie et dont les portes, une fois brisées, laissent maintenant arriver, jusque sous les voûtes sépulcrales, le bruit des choses humaines et le flux et le reflux des événemens. Désormais, tout ce qui se passe sur la terre de France a son contre-coup dans les sohtudes souterraines de Saint-Denis ; c'est ainsi que la restauration y est représentée par trois tombeaux I Quand la lace de Louis XIY vint reprendre son sceptre, Louis XYI et Marie Antoinette allèrent frapper aux portes du royal Saint-Denis, demandant leur cercueil ; c'était justice. ÎMais cette restauration du sépulcre fut faite à l'image de celle du trône. On ramassa çà et là, d'une main, des cendres incertaines et des ossemens équivoques, et, de l'autre, quelques tronçons de sceptre et quelques haillons de pourpre, et l'on proclama que la royauté était rentrée pour jamais en possession de sa puissance et de ses tombeaux. Mais cette éternité dura
peu. Un seul des exilés du trône eut le temps de mourir en terre de France, et seul, grâce à l'opportunité de sa mort, il dormirait dans le sépulcre de ses pères, n'eût été le poignard d'un assassin qui l'ouvrit avant l'âge à l'un de ses neveux ; ear désormais les fils de Henri IV ne possèdent plus dans le royaume de leurs ancêtres que la place que tient leur cercueil. Ces lamentables funérailles furent les dernières pompes du royal Saint-Denis ; et Ton vit alors, aux larmes qui coulèrent et à ce long gémissement qui s'éleva vers le ciel, qu'un funeste pressentiment avertissait la monarchie qu'elle venait de perdre son Germanicus.
Nous nous trompons cependant. Une fois encore les portes de ce? sombres voûtes s'ouvrirent : c'était le lendemain de la tempête qui emporta la royauté dans un nuage de sang. Ce jour-là on vit les trois branches du tronc royal s'acheminer dans des appareils différens, vers des fortunes diverses : les Bourbons vers l'exil, les d'Orléans au trône et les Condés au tombeau. De ces trois destinées quelle est celle qu'il faut surtout plaindre ? Silence î Dieu seul connaît le secret de la tombe ; l'avenir garde dans ses ombres le secret du trône, et les hommes, s'inclinant devant la majesté du malheur, doivent respecter le secret de l'exil.
DU PAUPERISME.
Nous avons à peu près rempli la tâche que nous nous étions imposée pour répondre au désir de nos collaborateurs de la commission de charité. Il est à propos de résumer en peu de mots ce que nous avons appris en étudiant l'état des pauvres de France , et d'y ajouter quelques considérations nouvelles que notre correspondant nous à mis à portée de recueillir.
Nous avons vu que le paupérisme devait être observé séparément dans les provinces méridionales et du centre , et dans celles du nord ; que , dans les premières, le nombre des pauvres n'excédait guère le cinquantième de la population , tandis que dans les dernières il s'élevait au dixième.
Nous avons vu que dans les campagnes du nord ce nombre n'atteignait pas le dixième, tandis que dans les villes manufacturières il dépassait souvent le tiers.
Nous avons dit que dans toutes les campagnes , à très-peu d'exceptions près , la grande misère , celle qui compromet l'existence du pauvre , pouvait être convenablement et constamment soulagée par im sage et habile développement du travail agricole , et spécialement de la culture horticole , et que , pour atteindre ce but , l'intervention de deux hommes presque seuls, le prêtre et le propriétaire aisé , était nécessaire , tandis que dans les villes de la troisième division , là où l'industrie manufacturière a accumulé la population , corrompu les mœurs et multiplié les besoins, il fallait pour maintenir l'ordre et la paix intérieure et lendre tolérable aux classes inférieures la dure vie à laquelle les condamne une grande partie des travaux manufacturiers , toute la puissance du gouvernement et toutes les ressources des cités. Il est vrai que le commerce y a concentré les richesses, et la bourgeoisie, qui , par suite de la dernière révolution , est devenue la seule noblesse politique , doit s'imposer les plus grands sacrifices pour légitimer son usurpation. Il est juste de le dire; en beaucoup de lieux elle comprend cette nécessité , et elle multiplie les établissemens de bienfaisance ; y met-elle assez d'ensemble , de suite et d'harmonie? y met-elle surtout assez de respect pour les principes de la véritable philanthropie , c'est-à-dire , de la charité ; comprend-elle que la religion , avec son esprit d'abnégation de l'intérêt propre , le clergé avec son dévouement , les institutions religieuses avec leur caractère particulier , c'est-à-dire le sacrifice absolu du moi , doivent concourir et présider à ses œuvres ? Elle n'est pas encore parvenue à ce degré de perfection ? elle y viendra ou elle perdra le pouvoir. Cette condition est indispensable pour en assurer la conservation. Commander, c'est servir, suivant l'ordre tracé par Dieu même à tous les pouvoirs , quelle que soit leur origine. Elle est en progrès , nous nous
plaisons à le publier, et nous avons entendu, au congrès scientifique tenu à Douai, un jeune magistrat développer, avec beaucoup de précision et détalent, le plan rationnel des institutions propres à affaiblir , dans les cités populeuses , le penchant à la mendicité , à la débauche , à la rapine , et à relever la dignité de riiomme , abruti par l'ignorance , la misère et les mauvaises mœurs.
Nous rapportons ici , dans leur ordre , les institutions créées ou à créer pour cette fin , suivant l'opinion de ce philantrope.
1® La salle d'asile recueille les enfans dans le premier âge , il les sauve du vagabondage , et des mauvais exemples de la famille.
2° De la salle d'asile ils passent dans l'école de charité; celle-ci, pour être parfaite, doit être, non-seulement école élémentaire, mais encore école de travail.
3° Au sortir des écoles , ils passent sous le patronage du riche ; ceci est spécialement la mission des dames , et , généralement parlant , elles savent la remplir avec zèle et persévérance ; les sociétés de providence , de jeunes économes sont fondées pour cette fin ; mais elles s'occupent des jeunes fdles , et les hommes devraient s'organiser de même en association pour exercer le même patronage sur les garçons.
C'est ici que l'on rencontrera un obstacle presque insurmontable dans l'esprit des jeunes gens des classes riches de ces villes. Nous pensons qu'il faut être chrétien pour connaître ce devoir et pour avoir le courage de l'accomplir.
4° Devenus adultes, le travail doit subvenir à leurs besoins ; des caisses d'épargnes leur sont ouverte^ pour recevoir leurs économies.
Malades, ils sont admis dans les hôpitaux.
Infirmes , ils sont recueillis dans les hospices.
5° Le jeune rapporteur , rentrant dans nos propres idées sur les moyens de supprimer la mendicité des adultes , présente les colonies agricoles comme bien supérieures aux dépôts de mendicité. Pour obliger , en effet, les pauvres valides à subvenir à leurs besoins par le travail, il faut disposer des établissemens sur lesquels on puisse les diriger en cas de refus de s'y soumettre , et les y contraindre par la force.
Il est évident que les colonies forcées sont l'unique moyen d'atteindre le but , et le travail agricole a un immense avantage sur tous les autres, puisque dans ces colonies le pauvre produit et consomme en même temps , tandis que dans les dépôts il fabrique des objets qu'il faut vendre à perte , et consommer des denrées qu'il faut acheter souvent à haut prix. Cet ordre d'établissemens est fort bien conçu ; les quatre premiers dépendent de l'administration des cités, le dernier exige le concours du gouvernement , en même temps que la police , et l'entretien de la force militaire nécessaire pour y ûiire respecter les personnes et les propriétés.
On peut voir, par ce qui précède, que la classe qui est maîtresse absolu des villes commence à comprendre ses devoirs. Si elle fait quelques pas de plus dans son retour aux principes d'ordre, elle conservera le pouvoir qu'elle a conquis, quelle que soit la forme gouvernementale qui ri'gisse le pays ; nous sommes très-éloigné
d'en concevoir de la jalousie. Que la classe moyenne règne, administrativement parlant, dans les cités, cela est juste ; nous ne devons pas lui disputer la prééminence sur le terrain qu'elle possède ; mais qu'elle trouve bon que nous exercions la même influence là où la propriété du sol nous donne la même prééminence et nous impose des devoirs correspondans ; c'est toute justice. Et , il faut le dire , la raison publique a fait , grâces à nos malheurs et à nos humiliations, assez de progrès pour que chaque classe de la grande famille sociale vive en paix avec les autres , et pour qu'elles se prêtent même un mutuel secours. Quelle consolante perspective pour l'homme de bien de voir s'opérer la réconcihation des classes , des ordres et des partis sur le terrain de la charité, et tous les cœurs se confondre dans la recherche du bien-être moral et matériel du pauvre I Cette vue de l'avenir où une impérieuse nécessité nous entraîne , après quelques momens de dures épreuves , nous aidera tous à supporter les dernières angoisses qu'il nous faudra subir pour user les forces , encore trop vivantes , des mauvaises passions.
Revenons donc aux champs où 26 millions d'hommes réclament nos services : certes , la carrière est assez belle et assez étendue ; nous possédons la terre , la science et les capitaux nécessaires pour la fertiliser. Persuadons-nous bien qu'il dépend de nous, après nous être étroitement unis à nos pasteurs pour obtenir ces importans résultats , de soulager toutes les souffrances , de développer toutes les ressources matérielles du pays , et intellectuelles des masses ; que cet immense bienfait rendu à la société , loin d'exiger des sacrifices hors de proportion avec nos fortunes , aura pour dernier résultat leur accroissement réel et leur consolidation; il ne remplirait pas même , par son accomplissement complet, toute l'étendue du précepte de l'aumône , puisqu'il est à la portée du propriétaire simplement aisé, comme du riche, c[u'il ne réclame qu'un peu d'étude et de loisir , de la persévérance et du zèle , et cpi'il apportera les plus vives et les plus nobles jouissances aux âmes élevées et généreuses.
C'est la jeunesse des classes propriétaires qu'il importe de pénétrer de ces vérités. C'est elle qui , après avoir terminé de hautes études par l'application des sciences aux diverses modifications du travail , sera en état d'imprimer un mouvement de progrès à l'art important qui prime tous les autres.
Qu'elle ajoute quelque foi à notre vieille expérience : aucune industrie ne s'allie mieux que l'agriculture avec l'étude. Elle laisse des loisirs qui permettent de consacrer de longs momens aux recherches de la science. Un peu plus tôt , un peu plus tard , elle exercera la plus grande influence sur les destinées de notre patrie.
C'est aux champs que se réfugiera la liberté sage, c'est à la culture perfectionnée que l'homme modéré dans ses désirs et modeste dans ses prétentions devra la garantie de son indépendance. C'est au large développement d'un système de petites fermes modèles de 12 à 20 hectares sur lequel nous attirerons bientôt l'attention deshonunes d'avenir par un mémoire particulier, que l'on devra la possibilité de multiplier h nombre des prêtres , sans imposer de nouvelles charges à l'état, ni même aux communes; d'assurer aussi le service d'un grand nombre d'églises , de chapelles , veuves de pasteurs ; de créer , sans frais , une multitude
de petites écoles que nous nommerons industrielles , parce que le temps y sera partagé entre le travail de toutes sortes de professions , et l'étude à tous ses degrés ; de préparer aussi l'établissement d'un nombre immense de colonies agricoles et horticoles d'orphelins et de travailleurs , de pauvres et de certains malades ; et enfin , de disposer aussi des essais de cantonnemens militaires qui serviront un jour à donner au prince et à l'état une armée fidèle et nombreuse , presque sans allocation au budget.
Voilà la carrière que nous présenterons un jour à la jeunesse riche et studieuse , et que nous lui indiquons dès aujourd'hui comme devant offrir le but le plus noble à son activité et à son ambition. De R.