DE LA PREDICATION AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE
De celte vaste restauration sociale, si heureuspment commencée au milieu de nous, et qui se fortifiera chaque jour de plus en plus, parce que les nations ne s'arrêtent et ne rebroussent subitement ni dans le bien ni dans le mal, le christianisme doit faire partie comme principal élément soit de conservation, soit de continuation. La société s'est décidément aperçue qu'elle ne pouvait marcher avec un véritable pro^^rès, sans principes de foi religieuse; (jue l'évanfjile peut seul lui fournir ces principes, et son éducation est en bonne voie sans aucun doute. Le christianisme se trouve de cette sorte, dans le mouvement de l'époque pour l'appuyer, le diri^^er et le conduire à de surs et durables résultats. Quels sont ses moyens d'actions? Il ensei{jne et il fait, il dit et il opère aujourd'hui comme toujours. Des œuvres de visible utilité pour le secours de celte poriion de l'humanité, que les besoins dévorent chez tous les peuples, embrasent son cœur, excitent son zèle et consument son temps. L'autre moyen d'action qu'il possède, réside dans la publication qu'il fait de la vérité des divers ordres, dans l'ensei^^nement désigné surtout par le mot de prédication. Voilà sa force et toute l'étendue de sa puissance qui conquit autrefois le monde, qui a conservé celle possession conlre les doctrines pernicieuses, et qui s'efforce de la reprendre sur elles, lorsqu'elles ont réussi à s'en emparer. Depuis dix huit siècles s'annoncent ainsi les vérités éternelles que le verbe a révélées à la terre, et qui doivent, selon qu'il l'a mandé, aller se répétant jusqu'aux derniers ûges. Parole lumineuse, enseignement de sagesse infinie, source innnense de prospérité publique et particulière. Les nations eilesindividus qui cessent de s'y abreuver, dépérissent et se liaient de mourir dans d'horribles convulsions de souffrance et de calamités.
La prédication qui subit foutes les phases de situation que traverse le christianisme, s'est vue négligée, parce qu'il l'était, et autant qu'il était il y a quelques années. C'était à peine si les orateurs sacrés d'un talent supérieur parvenaient à réunir pour se faire écouter dans un sanctuaire d'autres audileursquedescroyans d'une foi vive et exemplaire. Que pouvait-il s'annoncer du haut des chaires évangéliques, qui piquât l'assistance et fût digne d'attention? La société avait à s'occuper d'intérêts d'une importance réelle et autrement grands que ceux qui résonnaient encore de ces échos d'un passé à jamais perdu, d'enseignemens désormais sans valeur. Des dispositions contraires devaient naiire de la tendance du siècle, à se rapprocher du christianisme. Il n'y a plus préjugés de mépris et de dédain contre la prédication évanjjélique. C'est un fait que ses leçons sont recherchées ; et quand elles ne lesontpas, c'est peut-être moins la faute de ceux qui doivent les recevoir, que la faute de ceux qui les doivent donner. La société ressent un désir ardent de savoir le secret et la valeur des choses ; elle attend avec impatience qu'on l'instruise; elle s'intéresse à toute parole de zèle et de lumières, qui s'efforce de satisfaire son anxiété. Elle a besoin de religion ; sa conscience et sa conviction sur ce point sont maintenant visibles. Dans le désert où l'ont égarée tant de fallacieuses promesses, elle a besoin de trouver le bien-être indépendamment de Dieu : trompée, épuisée, elle s'est mise à demander au ciel ia manne qui doii la nourrir, c'est-à-dire la vérité religieuse dont elle ne peut p;js plus se passer que de pain.
Jamais la prédication ne s'est trouvée depuis les premiers temps du chris-
FRAiNCE , O FÉVRIER 1855. NUMERO -fi. 2' AN>?:E. i S
liauisme , en circonslances aussi favorables qu'aujourd'hui , d'immenses succès à remporter. Mais pour les obtenir il l'aul nécessairement qu'elle entre dans les conditions de l'époque; qu'elle adapte sa manière à la nature des travers qu'il faut redresser, des mérites qu'il faut affermir, des diverses nécessités en un mot auxquelles il faut répondre. Les siècles qui se succèdent ne se ressemblent pas. Evoquez l'un des précédens ; son sein est il brûlé des mêmes feux , des mêmes passions que le nôtre ? L'agitation est commune à tous, pour l'ardeur qui la dévore, mais elle diffère pour l'objet qui l'excite; ce qui est capital pour les uns, ne l'est pas ou l'est moins pour les autres. La vie des siècles divers ne roule pas plus que la vie des diverses classes dans le même cercle d'intérêts. Si la diversité demœurs exige pour celles-ci un enseignement qui soit spécial à chacune , elle l'exige également pour ceux-là. Quand la manière de s'éloigner de la vérité , de l'oublier ou de l'ignorer est changée, il faut bien que la manière d'en parler, de la rappeleret de la célébrer, change en même temps ; c'est ainsi que l'apôtre Saint Paul se faisait selon son langage tout à tous ; qu'il était juif avec les juifs, gentil avec les gentils ; qu'il parlait aux vieillards autrement qu'aux jeunes gens, aux riches autrement qu'aux pauvres, aux grands et aux savans autrement qu'aux simples et aux ignorans. Le siècle serait dépravé pour ce qui est de l'expression ou de la forme des choses , qu'il faudrait encore le suivre en ces écarts sans culpabilité, afin d'opérer plus promptement et plus efficacement sur lui dans le retour qu'il doit faire à la vérité ou dans la fidélité qu'il doit lui garder. N'est-ce pas l'excuse que nous alléguons au reproche que l'on adresse à certains pères de l'église d'avoir péché dans leurs écrits contre les règles de ce que nous appelons le bon goût? Elle était en rapport complet, la parole de ces grands prédicateurs , avec l'état des esprits et des cœurs qu'ils avaient sanctifiés ou à sanctifier par la vérité chrétienne.
Qu'est-ce qui doit distinguer la prédication aujourd'hui, pour qu'elle soit du siècle? Il importe qu'elle cesse toutes luttes contre le philosophisme. 11 n'y a ni générosité ni avantage à comliattre un ennemi vaincu ou même mort ; c'est frapper celui qui est à terre ou , pire encore , c'est frapper un cadavre. Or, la société est désabusée de toutes les fausses maximes qui la fascinèrent trop long-temps. Elle taxe de mensonge ou d'aveuglement au premier chef, sans cesser pour cela d'admirer leur talent d'écrire, les hommes qui furent si ardens et si heureux dans la volonté et dans l'entreprise de tromper. Elle s'est étonnée que les contradictions dont leurs ouvrages sont remplis n'aient pas suffi pour les déconsidérer alors qu'ils dogmatisaient avec une solennelle et si confiante publicité; qu'il ne leur ait pas été dit : accordez- vous avec vous-mêmes, et nous verrons à nous accorder avec vous; ne mêlez pas continuellement sur les mêmes points le pour et le contre, n'exaltez et ne dépréciez pas alternativement les mêmes doctrines et les mêmes actes, si vous recherchez notre assentiment ; avant que nous soyons de votre avis , il convient que nous sachions quel il est. L'entraînement produit alors, montre combien aux époques de dérèglement extrême, l'usurpation sur les intelligences devient facile. Mais, d'un autre côté, un royaume aussi divisé ne pouvait finir que promptement. Ce qu'il y a de merveilleux, et surtout de providentiel dans la chute du philosophisme , c'est qu'il est tombé sous les coups de ses propres enfans. Les jeunes hommes qui naguère se livraient avec une ardeur et un d»*vouement dignes de la bonne cause, à l'exaltation d'un nouveau christianisme, descendaient en ligne directe du philosophisme pour la vie intellectuelle et morale. Quels préjugés n'a-
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vaient-ils pas puisés contre la religion chrétienne dans les universités , où l'on ne jurait que par les noms fameux de l'erreur. Le blasphème de l'écrivain qui avait osé se poser ouvertement en face du Christ pour lui contester toute prééminence de conduite , était comme dépassé. L'on n'osait plus le parallèle ; tant on pensait le citoyen de Genève supérieur sous tous les rapports à l'auteur de l'Évangile. Eh bien! ces jeunes hommes qui s étaient incorporé le philosophisme, qui vantaient sa haine et sa force à poursuivre comme il disait rinfâme, ont été vus se retournant tout à coup contre lui , le poursuivant à son tour, l'accusant d'avoir faussé les notions les plus communes , altéré les faits les plus incontestables ; d'avoir menti impudemment; d'avoir, avec une insigne mauvaise foi , puisque ce ne pouvait être par ignorance , nié l'influence salutaire du christianisme , la sublime inspiration qu'il avait apportée aux arts, tous les chefs-d'œuvre qu'il leur avait fait produire , et l'immense civihsation par les lumières, la liberté et les mœurs , qu'il avait répandue dans le monde. Que n'avait pas dit le philosophisme contre l'Evangile ? Eh bien ! les enfans de la première ou de la seconde génération du philosophisme ont publiquement lavé de tout mépris ce livre; et le présentant avec respect aux yeux du siècle , ils se sont écriés : « Voilà une parole du ciel , honte à qui l'a niée. » Le christianisme avait été arraché de sa base comme une statue , et foulé aux pieds. Eh bien ! les enfans du philosophisme , pour réparer l'insulte , se sont approchés de la doctrine divine déjà relevée ; ils ont décoré, exhaussé son piédestal, et, le front découvert, ils l'ont saluée de ces vives acclamations: c Amour, reconnaissance sans fin à la religion de Jésus-Christ ! > Avec quelle force ils ont honni le rire qu'ils nommaient et qu'ils nomment encore du nom de l'écrivain qui en fit autrefois un si funeste emploi, qui l'excita si astucieusement , et qui y trouva tant de moyens de succès au milieu d'une nation que l'on a conquise à moitié lorsqu'on est parvenu à l'amuser.
Sans doute , quelques hommes appartiennent encore au philosophisme ; mais ils ne sont pas de la société plus influente , de celle qui donne l'impulsion , et qui se montre en première ligne dans la marche solennelle des siècles. Ces restes d'aveuglement disparaîtront avec le temps. Les études graves qui distinguent l'époque hâteront cette suite du progrès. La disposition actuelle à sonder le passé , à l'examiner et à le juger de bonne foi , désabusera chaque jour davantage de tous les mensonges si long-temps accrédités presque généralement, et qui n'ont maintenant d'autorité que sur un petit nombre d'esprits des classes du reste plus inférieures quant à l'instruction. Le philosophisme n'en était pas à cette extrémité, lorsque 3L de Frayssinous , qui n'a pas peu contribué à sa ruine , l'attaqua avec un sens si droit , une logique si claire , une érudition si exacte , dans des discussions si franches et si loyales. Aussi ces conférences, qui furent alors d'un à-propos parfait, seraient un anachronisme aujourd'hui. L'erreur était debout, il fallait bien la combattre ; mais aujourd'hui qu'elle est renversée , paix aux morts , ou tout au moins aux vaincus. Qu'arriverait-il à une prédication réactionnaire? Qu'on ne l'écouterait pas. On lui répondrait : Pourquoi vous ùtiguer à poursuivre ces ombres ? Nous les avons jugées; il n'y a rien de commun entre elles et nous. Notre intelligence les a répudiées , laissez se dissiper de soi-même le peu qui en reste. Parlez-nous de vous , de ce que vous croyez , de ce que vous admirez , de ce que vous confessez vrai, utile, et, sous ce double rapport, rigoureusement obligatoire. Oui , la société presque tout entière a tourné le dos à l'erreur. Si l'on veut que
ce soit sans revenir au christianisme , toujours est-il au moins qu'elle n'appartient à aucune autre doctrine , et qu'ainsi son assentiment et sa soumission sont au concours. La préJicaiion a la charjjede les disputer et de les revendiquer au nom du christianisme , qui seul y a droit. Il faut alors qu'elle prouve à la société qu'elle ne peut , sans s'égarer de nouveau , et par conséquent sans souffrir encore , en disposer pour d'autres croyances et d'autres préceptes. Il faut qu'elle établisse et soutienne devant elle la thèse du christianisme; qu'elle montre tout ce que son symbole et son code de lois renferment de sage , de bon , de raisonnable , de sublime ; ses racines dans les temps primitifs , et son majestueux développement à travers les siècles ; à quelle noblesse de sentimens, à quelle dignité de conduite , à quelle sainteté de mœurs il élève la faiblesse humaine ; quelle ordonnance il met dans ses volontés , quelle ardeur de dévouement dans ses relations, quelle justice et quelle char. té dans tous ses actes ; de quelle sorte il éclaircit ses doutes, il résout ses diUîcultés, il explique ses mystères ; en quelle concordance il se trouve ave<: ses instincts, ses penvhans, toute la suite de ses souvenirs et de ses besoins; sous quels caractères visibles il se révèle dans sa nature ; quelle paix et quel repos il lui apporte par l'ordre et la règle ; quel prix il doiuie à ses sacrifices ; de quelles consolations il rafraîchit ses douleurs; quelles immenses satisfactions il ouvre et promet à ses espérances et à ses désirs.
L'époque aclut-Ue n'est ni mystique , ni théologique , mais philosophique. La prédicai'on , pour être utile , ne doit donc pas faire descendre d'abord son enseignement , pour les sujets qu tlie traaera , de ces régions où habite une piété toute d'élans , toute d'émotions , toute dégagée de la terre. Ilelas! et les intérêts, et les sentimens, et les paroles de ce pays sans doute céleste , sont de complètes abstractions aujourd'hui. Traiter ces choses avec les expressions reçues, ce serait, non pas parler une langue étrangère, mais sur des matières étrangères. L'on ne serait pas plus compris dans ce sens qu'on ne le serait dans l'autre. L'ennui et la résolution de ne s'y plus exposer, voilà quel serait tout le fruit. Ce n'est pas non plus simplement des faits matériels du christianisme , de la lettre et de l'étendue de ses obligaiioi s pour la croyance et pour la conduite, de la certitude et de la nature de ses sanctions , que la prédication doit discourir à la manièr« d'un exposé ou d'un commandement; il faut qu'elle développe surtout ses théories pratiqu( s , ses principes en même temps qu^ ses actes de services multipliés et incontestables ; qu'elle fasse ainsi sa preuve d'utilité g^énérale et particulière , de valeur inlinie non moins en deçà qu'au-delà du tombeau.
La société, que la prédication ne doit jamais perdre de vue , puisqu'elle a pour but de la convertir ou de la conserver au christianisme , est telle en nos jours que, pour toutes choses, elle cherche encore plus l'utilité que la vérité, et qu'elle les trouve toujours assez certaines quand elles les a trouvées avantageuses. Disséquez donc le christianisme à ses yeux; qu'elle en voie, qu'elle en sente toute la force, toute la sa'n^sse, toute la grandeur, toute la haute harmonie , toute la glorieuse ma'^nilicence dans ce qu'd peut et dans ce qu'il a fait. Etonnez , convainquez , enthousiasmez; amenez parla connaissance à l'admiration , au respect , au dé- Vouement ; éclairez l'intelligence, enllammez le cœur, et remuez la conscience. Num'ére encore , il se disait publiquement qu'une nouvelle révélation de Dieu ('tai'i npc«s;iaireà la terre. Parole erronée, si elle s'entendait d'une insuffisance de rKvaiipile à continuer le règne sur les esprits et sur les âmes; mais parole
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vraie , si cela s'entend de Tif^norance de la société pour rEvan^jHe , nu point (ju'il est pour elle comme s'il n'était pas ; qu'elle vit souvent de ses doctrines ; qu'elle se meut dans le fond de lumière et de civilisation qu'il a pro;luit, sans songer même qu'il existe, sans réfléchir à son autorité si lé[}itime en droit, et si léj-riiimée par ses bienfaits. Oh ! oui, il est néc-^ssaire qu'il se révèle, puisqu'il est oublié et i/;norc. Que du haut des chaires sacrées , comme de la cîme d'un Thabor, il fasse donc jaillir de son sein toute sa beauté , tousses rayons d'utilité , et ainsi toute sa divinité! Qu'il se transfigure! A ce spectacle, la foule éblouie tombera pour adorer, et ne voudra plus quitter ces immortelles clartés.
N'est-ce pas à cette manière de considérer le christianisme qu'est dû le succès de certains ouvrages en noire temps : le succès des Essais historiques de M. de Chateaubriand ; des Poésies de M. de Laniartine ; du Dogme (jénéraicur de la piéié cailinlique , de l'abbé Gerbet ; des Mémoires sur sa -prison, des Devoirs des hommes de Silvio Pellico, et de plusieurs écrits de M. Ballanche. Quelles sympathies peut exciter, (pielles obligations imposer une doctrine ignorée ou mal connue? Celte manière d'enseigner est plus forte pour perdre l'erreur, quelque puissante qu'elle soit , qu'une réfutation ouverte et directe. Le soleil sedispuie-t-il avec les ténèbres? il paraît , ils fuient ; songe-t-il à faire ressortir leur épaisseur, leur profondeur, et les périls auxquels ils exposent ? il se montre , on ne les voit plus. Ainsi de la vérité t faites-la rayonner, l'erreur ne tiendra pas en sa présence. D'ailleurs, c'est la manifestation de la beauté de la première, et non pas de la laideur de la seconde , que la société demande aujourd'hui. Voilà pourquoi un enseignement sur les vertus plaira toujours plus qu'un enseignement sur les vices ; voilà pourquoi un discours sur la foi sera toujours plus {joùlé qu'un discours sur l'impiété ; voilà pourquoi la plus grande partie d'un auditoire se contr stera à cette proposition : L'incrédule est un insensé ; et se réjouira au contraire à celle-ci : Le crovant est un homme sage. Quel effet salutaire sera produit tant que la prédication laissera scellé le christianisine devant ces esf)rits qui ne le connaissent pas? Elle aura fait le vide dans leur sem : mais il existe, et il s'agit de le remplir avec les enseignemens de la vérité. Ou bien encore elle fera des ruines dans ces esprits , et les déblaiera : mais le déblaiement est aciievé, et il s'agit d'élever des constructions.
L'état actuel de la société présente une ressemblance frappante avec celui de ;a société a la suite des premières et si terribles persécutions. Alors le christianisme, après avoir été cruciHé , mis à mort et enseveli , après de grandes et de longues souffrances , s'établissait dans le monde que les écoles des fausses doctrines s'étaient eflorc* es de lui fermer pour toujours, et d'où elles disparaissaient au contraire , refoulées les unes sur les autres , et misérablement ruinées , le laissant refaire par son enseignement les esprits et les cœurs qui , privés de foi et d'amour, étaient comme détruits. Au milieu de nous, le christianisme n'a-t-il pas eu et son calvaire , et son crucifiement , et son sépulcre , où la haine et le mépris croyaient l'avoir à jamais enchaîné? Eh bien ! il est descendu de sa croix , il est remonté de son tombeau. Toutes les écoles qui s'étaient élevées contre lui sont discréditées. Le déluge de tant de faux systèmes s'est écoulé , et le christianisme , cet astre divin , sort des ténèbres sanglantes qui le couvrirent quelque temps. Aujourd'hui , comme autrefois, son éclipse s'achève; d remonte à l'iiori/on comme il monta
d'abord. Les pierres et les rochers se fendent à sa vue , les esprits et les coeurs sont travaillés pour lui de scntimens de foi et d'amour.
Alors, la prédication doit faire aujourd'hui comme elle fil à cette époque; redire une seconde fois comme elle dit une première ; enseigner comme elle enseigna ; reconstruire les croyances et les mœurs comme elle les construisit sur les mêmes plans , avec les mêmes matériaux , avec les mêmes moyens , avec les mêmes pensées , et presque le même langage. Les nécessités de sa position lui rendent les ouvrages des premiers pères plus piécieux et plus à consulter que les ouvrages des orateurs chrétiens des derniers siècles , à l'exception néanmoins de Bossuet. Puissant à sonder les choses, habitué à ne les traiter qu'après les avoir pénétrées bien avant , il les présente toujours sous un aspect brillant et magnifique ; il les fait toujours mieux connaître et mieux apprécier. S'il n'est pas en rapport perpétuel avec nos idées toutes rationnelles , appelé par sa vocation et la trempe de sou caractère à être un conducteur des peuples , il devançait les âges , et bien souvent il parlait pour le nôtre en instruisant le sien. Aujourd'hui , son attention serait d'exalter dans le christianisme la raison d'utilité et la raisou de beauté, afin de répondre à tout ce qui se remue de besoins et d'ardeurs au fond des âmes, 11 dirait sans cesse à la société : Que veux-tu? où vas-tu? que cherches-tu ? Pourquoi courir oii les choses ne sont pas? Tu les quêtes loin, lorsqu'elles sont près de toi, sous ta main , dans ta mémoire qui les sut d'abord, dans ton cœur qui les goûta jadis, et qu'il ne s'agit plus que de les éveiller dans l'un ei dans l'autre. Reviens au christianisme ; il est le principe exclusif de ton bien-être , de tes satisfactions ; il est ta vie.
La société ne veut plus de négations , elle en est lasse. Depuis un siècle bientôt, l'on n'a fait autre chose que de les entasser dans son sein, et avec elles, les malheurs. L'on a tout nié et tout détruit. La chute des principes entraîne l'ordre public et la prospérité matérielle. Après les mécomptes qu'elle a éprouvés , les douleurs qu'elle a souffertes , dans l'ardeur de ses vœux et l'incandescence de sfs besoins, elle demande des affirmations, des principes , les choses; que l'on organise le bien ; que l'on répare le mal ; que l'on restaure les ruines, et que l'on comble enfin le vide des intelligences. Elle dit à la vérité comme autrefois les apôtres au Sauveur et docteur : « Manifestez-vous. » C'est à la prédication à la satisfaire, en lui révélant le christianisme.
L'i\l)bé Deguerry.
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PHILOSOPUIE DE L'HISTOIRE.