UNIVERSITÉ CATHOLIQUE BELGE
Instituée par l'épiscopat, approuvée par le souverain pontife, et inaugurée à Malines le i' novembre dernier , elle est soutenue par des dons volontaires , et déjà son existence matérielle semble pleinement assurée. Les fondateurs n'en montrent pas moins une sage réserve , et ils renvoient à chaque année la part de dépense qui lui convient. Ils se sont bien gardés de créer tout d'abord les diverses facultés que comprendra l'université catholique; et ils ont voulu qu'elle se développât dans son personnel avec les besoins de ses premiers élèves. Ainsi, elle ne possède encore que les professeurs dont les cours sont, par leur nature , également utiles à tous ceux qui commencent leur éducation universitaire. Les deux facultés de philosophie et des sciences recevront , en octobre prochain , de nouveaux professeurs , et les élèves , dans celte seconde année de leurs études préparatoires , choisiront 'mi les cours qui seront alors ouverts, ceux qui se rapportent spécialement aux
carrières dans lesquelles ils se proposent d'entrer. En 185G, les facultés de droit et de médecine seront constituées , et l'étudiant complétera son éducation universitaire en suivant , pendant trois années , les cours donnés dans la première , ou , pendant quatre années les cours donnés dans la seconde.
Sous le rapport de la science, une entière liberté est assurée aux professeurs , et Ton n'exige d'eux qu'une condition , c'est qu'ils soient catholiques. Ils peuvent se tromper comme savans; mais les erreurs d'un autre ordre leur sont interdites, et les engagemens qu'ils prennent à cet égard ne permeltraient à aucun homme d'honneur de conserver sa chaire, si ses convictions religieuses venaient, nous ne disons pas à changer , mais seulement à être ébranlées. Du reste , aucun système ne leur est imposé ou même indiqué, et toutes les innovations modernes de la science font partie des trésors qu'ils sont tenus de hvrer à leurs élèves.
De cette hberté dans la science , et de cette unité dans la foi , résultera nécessairement un tout harmonique et complet. La jeunesse écliappera ainsi à ce désolant pyrrhonisme que des enseignemens contradictoires font , partout ailleurs , descendre sur elle. C'est, à notre avis, un avantage inappréciable; et de hautes destinées sont évidemment réservées à la seule institution qui aujourd'hui le possède, pour peu qu'elle apporte de soin dans le choix de ses professeur^.
Ce soin, elle l'aura; car si elle ne l'avait point, elle ne pourrait soutenir la double concurrence des universités gouvernementales d'abord , et puis de l'université libre que le parti libéral anti-catholique vient de fonder à Bruxelles. Celle-ci a pris en tout le contre -pied de sa rivale de Malines , et elle a simultanément, et comme par enchantement, ouvert tous ses cours. Son principe fondamental est la liberté la plus illimitée en matière de croyances, en sorte que , d'après ses statuts , les professeurs peuvent attaquer ou défendre ce qu'ils veulent , et se proclamer , au gré de leurs seuls caprices , chrétiens ou juifs , matériahstes ou spiritualistes. Certes, cette liberté, appliquée à un peuple tout entier, est un besoin, une nécessité de l'époque actuelle. Nous reconnaissons donc, à toute opinion , à toute croyance , le droit légal d'avoir un enseignement à elle ; mais cette concession , que nous avons hâte de faire, ne va cependant point jusqu'à l'absurde, et nous ne saurions voir autre chose qu'un immense non sens dans une institution faite à l'image d'une société sceptique et la reproduisant dans chacune de ses croyances et chacun de ses doutes. De pareils programmes sont heureusement inexécutables dans un pays aussi positif que la Belgique : les opinions y sont trop nettement tranchées pour que l'incohérence , en matière de doctrines, puisse y faire fortune; et l'université libérale serait perdue si elle mettait quelque sincérité dans ses promesses. Aussi, le public n'y a vu qu'un piège maladroitement tendu à la partie cathohque de la nation , et déjà tout le monde sait que de l'enseignement de Bruxelles à celui de Malines , il y aura toute la distance qui sépare l'incrédulité moderne du catholicisme.
Ainsi, toutes les grandes questions qui agitent le monde vont être discutées à Malines par des chrétiens^ àBruxelles par des philosophes non chrétiens, et ceconflit continuel sur le terrain de la science sera certainement un des spectacles les plus curieux de l'époque actuelle. Cette guerre paisible de l'inteHigence contre l'intelligence vaut bien , pour qui sait la comprendre, les stériles débats de nos assemblées délibérantes. Celles-ci sont circonscrites dans leur action à un présent qui passe,
oGO LA JEUNE FRAJN'CE.
et les niodcsles professeurs de l'universilë catholique exerceront sur les fjënérations naissantes une influence bien autrement grande , bien autrement durable.
C'est M. (le Coux qui occupe la chaire d'économie politique chrétienne à l'université catholique dePJalines, où il obtient les plus éclatans succès. Ses leçons, si intéressantes à cause surtout de la richesse d'idées nouvelles qui les distin(}ue , ne sont pas plutôt connues que de toutes parts elles sont recherchées avec avidité. Plusieurs journaux, voulant en faire jouir la jeunesse française, avaient demandé au savant professeur l'analyse de son cours : c'est YEclio de la Jeune France qui l'a emporté sur tous ses rivaux.
L'analyse des premières leçons ouvrira sa troisième année ; les autres leçons paraîtront successivement dans chaque livraison. Ainsi nous chercherons toujours avec empressement l'occasion de justifier la haute confiance dont nous honore la jeunesse de France.
Puissent nos lois universitaires nous permettre bientôt d'établir, à l'instar de nos auiis de Belgique, YUîiiversilé Catliolique de France.