‹ L'Écho de la jeune FranceChapitre 115 sur 120 · DE LA PRESSE REPUBLICAINE · texte numérisé non relu

DE LA PRESSE REPUBLICAINE

Jamais elle n*a été plus active; il faut rendre justice à l'infatigable persévérance de ces hommes passionnés pour le triomphe de leurs doctrines, qui ne reculent devant aucun sacrifice, aucun obstacle, dont rien ne peut refroidir la bouillante ardeur. Hommes de tous les âges, de tous les rangs, depuis les Cormenin, les Arago, jusqu'aux plus simples prolétaires, tous travaillent nuit et jour au triomphe de leur cause. Ici des cours d'histoire, de dessin et d'application gratuits ; là des ouvrages à 2 sous , des bibliothèques, des gravures, estampes, etc., colportés à domicile, dans les foires, publiés dans les journaux royalistes ou autres. Voilà de beaux exemples à suivre. Pendant que les autres dansent au profit des malheureux ou perdent leur temps à des discussions inutiles sur des théories passées, eux ils descendent dans les classes populaires, y font fermenter les germes des principes dont ils veulent doter le pays.

Si les républicains étaient catholiques, leur cause serait gagnée, et si les royalistes avaient leur activité et leur ardeur, avec la toute-puissance de leur principe, la cause républicaine serait vaincue. Il résultera de là que tant que ces deux qualités ne se rencontreront pas dans l'un des deux camps, ils s'entre-déchireront.

Cette observation, et les efforts que fait la Jeune France pour réveiller l'ardeur patriotique des hommes qui tiennent aux principes sociaux, devraient donner à réllécliir.

La Je\ine France seule donne l'exemple d'un zèle ardent, uni à la foi calholiciue la plus vive; mais son action est restreinte r^ par l'indifférence d'une immense quantité de per-

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sonnes dont riiilliience , si elle était exercée, serait d'un salutaire effet; 2" par l'inaclion aussi coupable d'une foule de personnes qui viennent à elle par pure curiosité.

CnUOjVIQUE DE LA JELNE FRAISCE.

(Celte partie du journal n'ayant pu être traitée par M. Du^ahé, par suite d'une indisposition subite, nous en avons confié la rédaction à M. Francis lienoit, l'un de nos collaborateurs.)

La Juive. — M. Thiers jitgf comme ministre des beaux-arts. — Ouverture du Salon.

Nous n'avons pas de revue à faire. Les vingt-huit misérables jours qui viennent de s'écouler et qui s'intitulent fastueusement le mois de février, se sont passés sans aucun progrès dans la politique, dans les mœurs, la littérature. Dans l'art, rien de nouveau, excepté un opéra intitulé la Juive, dans lequel, étrange et incroyable nouveauté! on voit un cardinal de l'Église romaine tomber aux pieds d'un Juif, et lui redemander sa fille (la fille du cardinal). Du reste, rien de plus. On danse sur tous les théâtres : chaque planche vermoulue est la proie du bal masqué. Un de ces théâtres a brûlé l'autre jour de fond en comble sans qu'on ait rien pu sauver. Voilà où nous mène le nouveau système dramati(jue , qui ne peut plus se passer d'éclairs, de tonnerres et de flammes du Bengale! Dans cet horrible incendie cinq personnes ont péri, et ont été consumées si complètement, que pour les reconnaître on a été obligé d'ouvrir ces cadavres et d'analyser leur déjeuner du matin. On a fait bien dhorribles mélodrames au théâtre de la Gaité ; mais, parmi tous ces affreux détails, personne encore n'avait imaginé celui-là.

La seule nouveauté que nous puissions convenablement annoncer : c'est l'ouverture du Salon. Les beaux-arts de nos jours sont aussi malades que la poésie et la littérature. La lamentable histoire de Chatterton portant sur lui-même des mains homicides , que le Théâtre- Français a racontée avec tant de complaisance pour le suicide, est, à tout prendre, l'histoire de nos artistes. Imprudens jeunes gens! Ils ont appelé de tous leurs vœux une révolution ; ils ont battu en brèche et de toutes leurs forces l'aristocratie qui les protégeait; ils ont battu des mains au départ pour Cherbourg: ils ne voyaient pas que l'art ne peut pas vivre et se maintenir sans l'aristocratie; ils ne voyaient pas que l'artiste a pour appui naturel et légitime le grand seigneur. Us ne se sont pas rappelé l'état florissant des beaux-arts sous toutes les monarchies puissantes, impériales ou royales, pendant que les républiques modernes, les États-Unis par exemple, ce modèle si triste de civilisation avancée , ne suffisent pas à nourrir un seul artiste. Ainsi nos artistes ont rêvé; ils ont été les premiers à l'émeute, ils en sont revenus les premiers. Que de regrets ils se sont préparés , les malheureux (I; !

A 1 heure qu'il est, et on peut nous en croire , nous sommes bien réformés. Les beaux-arts, après avoir été gouvernés plus de deux ans par un ministre ci-devant homme de lettres, homme à grandes prétentions de connaisseur, se voient réduits au plus déplorable élat de gène et de misère. Quand M, Thiers, en homme qui n'a jamais douté de rien , prit lui-même l'administration des beaux-arts , les artistes furent en grande joie : ce fut un jour de grande fête dans chaque atelier. Bon, disaient-ils, voici un des nôtres! IS'ous ne serons plus enfin jugés par un grand seigneur ! Nous allons être traités chacun selon nos mérites ! Comme ils se flattaient, les pauvres gens! L'homme qui gouvernait était bien pis qu'un grand seigneur, c'était un grand connaisseur. 11 apportait dans cette administration toute libérale , ses préjugés, ses goûts particuliers, son enthousiasme à froid, et enfin, et surtout et toujours ses prétendues connaissances d'amateur. 11 apportait en même temps ses amitiés , et ses haines et ses préventions. Aussi n'a-t-il rien fait ni de grand ni d'utile ; aussi a-t-il perdu et gâté , par une inconcevable légèreté, les plus beaux monumens qui fussent en construction à Paris. C'est ainsi qu'il a rejeté le beau et magnifique projet de M. Huyot pour l'arc de l'Étoile , et qu'il a surchargé l'arc de l'Étoile de sculptures pitoyables; c'est ainsi qu'il a fait gâter par un maçon le frontispice de la Madeleine, qui pouvait être une si belle chose; c'est ainsi qu'il a fait ruiner de fond en comble le monument du duc de Rcrri; c'est ainsi qu'il a replacé , au sommet de la colonne de la place Vendôme, un petit morceau de bronze fi:\urant, dit-on ,

(1) C'est une vérité que \*ts gouvernemens monarchiciues sont seuls favorables aux beauxarts. Eh qu'en a-t-on besoin dans une république ausièrc?

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rempercur Napoléon , lequel morceau de br jnze ne ressemble à personne au monde , excepté à M. Thiers. Voilà, en résumé , les dégâts de cet homme de lettres aux beaux-arts. 11 n'a pas compris un seul monument; il n'a pas encouragé un seul grand artiste; il a laissé perdu, enfoui, écrasé dans la poussière d'un atelier, le groupe de M. Bosio, Louis XVI, ce chefd'œuvre auquel la Jeune France la première alla rendre honneur et respect. Et les artistes demandaient au ciel un homme de lettres pour directeur ! A présent ils lèvent les mains au ciel, et ils redemandent avec instance un grand seigneur, M. Sosthèue de Larochefoucauld, par exemple , un homme qui ne savait qu'une chose : encourager les arts, les protéger; un homme qui ne juge;»it pas, qui Redonnait pas les places aux artistes; mais qui leur donnait de l'argent et des honneurs. Mais où est M. de Larochefoucauld , ou plutôt où sont-ils les rois qui récompensaient les arts comme Louis XIV, comme Napoléon, comme Louis XVIIl et Charles X.^

Ainsi donc, ce minisire l'homme de lettres s'en va après avoir gâté tous les grands monumens , après avoir découragé tous les grands artistes , après avoir gaspillé de belles sommes ; bien plus , d'ici à trois ans les artistes n'ont plus de travaux à attendre du gouvernement : tout est pris , tout est donné ; il faut qu'ils attendent trois ans à présent ! Trois années sans travail ! Car pour la giande peinture et pour sa sœur la sculpture , il ne faut attendre aucun secours des fortunes particulières ; les riches n'ouvrent leur bourse que pour les plaisirs sensuels , ou pour jouer sur la baisse ou la hausse ; et nous autres jeunes gens , nous ne sommes pas assez riches pour acheter de grandes toiles ou des marbres : ceci est le propre des princes. Or, nos princes n'achètent pas , ou s'ils achètent, ils marchandent si fort que l'artiste n'a plus de bénéfice s'il a encore un peu de gloire. C'était bon avant juillet. Il y avait le roi qui achetait des tableaux et des statues ; il y avait le dauphin , il y avait la dauphine, il y allait avoir M. le duc de Bordeaux et sa jeune sœur , il y avait surtout madame la duchesse de Berry. Certainement madame la duchesse de Berry s'y connaissait , et cependant à sa vente que de mauvais tableaux on a vendus! Mais ceci était le système royal de la duchesse : ne décourager personne , surtout ceux qui commencent. Celui qui a écrit ces lignes a entendu la duchesse de Berry elle-même qui un jour prétendait en souriant que les princes étaient faits justement pour acheter les statues et les tableaux dont les particuliers ne voulaient pas.

Les plus beaux monumens qui ont été établis par le ministre qui se retire sont donc : le vaisseau en carton des fêtes de juillet, l'obélisque de Luxor en toile peinte, et les barraques de bois de la place Louis XVI. Avec ces sommes on aurait achevé l'arc de l'Étoile , sur lequel M. Thiers avait la prétention de mettre son nom.

En résumé , le bénéfice le plus net de la révolution de juillet pour les artistes , c'est l'exposition annuelle; encore est-ce une question à débattre pour savoir si en effet ce n'est pas trop peu d'une seule année entre chaque exposition? Le nombre des ouvrages s'en augmente, mais la qualité diminue.

Toutefois , comme l'art est du domaine de la Jeune France , son noble et cher domaine , nous avons été des premiers à l'exposition de cette année , des premiers aussi nous en voulons parler ; d'abord en bloc et sommairement , comme on fait une rapide revue , comme on se hâte pour donner une importante nouvelle ; sauf à nous ensuite, de parler de l'exposition en détail et longuement , afin de faire comme nous faisons de toutes choses, une histoire complète , et par conséquent une histoire utile. Commençons donc , et suivez-nous si vou» pouvez nous suivre dans cette foule immense qui déjà encombre le Louvre, qui regarde sans rien voir, qui juge sans comprendre, et qui, la plupart du temps, arrive là pour toute autre chose que pour y faire ce que nous y faisons , regarder, comparer, comprendre et juger.

Nous sommes donc entrés et des premiers dans les vastes salles du Louvre, consaciées pendant dix mois de l'année aux chefs-d'œuvre des grandes écoles, et le reste du temps aux essais de la peinture moderne. Étrange usurpation du petit art sur le grand art , et des éco'iers sur les maîtres. Il faut que Raphaël se voile la face pour céder sa place à M. Ingres! Il faut que Rubens serve de point d'appui à M. Gérard ! On avait tenté d'élever une maison tout exprès pour les expositions annuelles , afin de laisser en paix à leur place et dans leurs cadres les vieux chefs-d'œuvre ; mais c'est là un projet qui n'a pas souri à M. Thiers : mieux vaut gâter le Luxembourg pour y construire sur sa façade une salle des accusations. Dans le premier salon, ou plutôt dans rantichambre du Louvre, on voit exposés plusieurs

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tableaux de ^enre qui n'appartiennent à aucun genre ; plusieurs portraits d'hommes et de femmes qui n'appartiennent à aucun sexe. On regarde sans voir, et l'on se hâte d'entrer dans le salon proprement dit où sont exposés les chefs-d'œuvre de chaque année.

II y a surtout dans ce salon un coin à gauche qui est la place réservée au chef-d'œuvre par excellence. C'est là qu'on avait mis le tableau de M. Léopold Robert ; c'est là qu'on avait mis le Cromwel et la Jane Grey de M. Delaroche , ces deux mélodrames dignes du boulcvart. Celte année encore le coin du Roi est occupé par un mélodrame de M. Delaroche , l'assassinat du duc de Guise ; le duc de Guise est si bien assassiné qu'on dirait qu'il essaie un tour de force. La foule se presse à ce coin du Roi avec le plus grand empressement, puis, dès qu'elle a vu de quoi il s'agissait, elle recule, et elle porte les yeux en haut pour voir un charmant portrait de femme tenant son petit enfant dans ses bras. Non loin de ce portrait de femme se tient un maréchal à cheval ; le cheval est beau , mais à ee maréchal nous préférons celui de M. Ziégler, dont l'armure est d'un effet admirable. C'est bien là en effet l'acier qui reluit au soleil. Regardez aussi la Françoise de Rimini de M. Scheffer, ce bri liant élève de Dante et de Gœthe , le second père de Marguerite , et la Jeanne-d'Arc de son frère , et la mort de Charles IX par M. Monvoisin, et la communion de Léonard de Vinci par M. Gigoux, touchante et noble composition ! Les novateurs auront beau faire , ils n'ôteront jamais son charme à la croyance , à !a poésie. Cette prétendue vérité nouvelle dans les arts, tant cherchée, et avec tant de bruyans efforts , n'est à tout prendre qu'un mensonge. Vous vous souvenez de ces tristes scènes de barricades qui ont affligé le salon l'an passé ; c'était là une horrible vérité. Vous vous souvenez de ces lugubres scènes de l'histoire de 93 ; c'était là une horrible vérité. Cette année encore, la mort du représentant Ferrant , par M. Vinchez , est wne horrible page qui fait peur, et qui fait mal à voir. C'est le martyr sans la croyance, sans l'espérance d'un avenir meilleur; c'est lemar* tyr d'un homme qui ne croit rien, assassiné par des hommes qui ne croient à rien. Ce ne sont pas là des scènes de patriotisme, ce sont purement et simplement des scènes d'assassinat.

Dans cette chapelle romaine vous voyez ce funèbre cortège. Les moines se sont couverts de leurs capuchons les plus sombres, le bourreau est prêt et tient la massue à la main; un jeune homme, à demi nu , l'œil fiévreux, la poitrine déchirée par la torture, se prépare à marcher au supplice ; la mère de famille, la tête baissée et les mains jointes , en a fini avec la terre; la jeune fille lève des yeux pleins de larmes vers le ciel ; l'enfant évanoui est ramené à lui-môme par un de ces implacables pénitcns noirs qui veut que rien n'échappe à ce jeune enfant de cet horrible spectacle : tout cela vous représente la triste destinée de la famille Cenci : horribles spectacles dans lesquels se complaît la peinture moderne, infatigable profusion de sang et de supplices, et nous faisons la guerre aux bergers de VS'anloo, aux ber« gères de W^atteau!

Marchez toujours , le peintre de l'empire , le sublime auteur de la Peste de Jaffa, M. Gros, cet homme pour lequel ses élèves eux-mêmes ont été de si tristes ingrats, il a fait cette année un nouvel effort pour prouver, lui aussi , qu'il restait de la vigueur aux bras du vieil Entelle. Le tableau de M. Gros, Heicule et Diomède ^ est empreint de tout le talent du grand maître : c'est la même verve, c'est la même énergie, c'est la même grande couleur, en un mot , c'est encore et c'est toujours M. Gros.

Du Salon nous passons dans làGaleriedes maîtres, et là nous jetons un coup-d'œil distrait pour nous arrêter sur quelques bonnes et belles toiles d'un beau slyle. Voici la Hebeccaf de M. Horace Vernet. Pourquoi ce nom-là, Rcbecca , plutôt qu'un autre nom.? Toujours est-il que c'est là une belle personne d'un beau ton. Voici la Prise de Bone , par iM. Horace Vernet, qui a exploité l'Afrique en grand observateur et avec tant de succès : on dirait que Charles X n'a pris Alger que pour donner un beau modèle de plus à M. Vernet. Plus bas se présente CharleS'le-Mam'ais , par M. Blondcl. Rien qu'à voir le roi dans cette toile , on devine facilement son surnom. Plus loin encore, la Bataille de JVaterloo , de M. Steuben. C'est là une bataille qui n'a pas encore eu son peintre. Enfin , le Prisonnier de Chillon, de M. Delacroix. M. Delacroix, cet homme de tant d'esprit, mais aussi de tant d'exagération, qui ignore ce que c'est que d'être simple et naturel , et qui depuis dix ans ne s'est pas relevé de sou éclatant succès du Massacre de Scia.

N'oublions pas non plus une cVcè/je du Massacre de Rome en 1527, par M. Schnetz , ainsi que deux charmans petits tableaux de M. Léopold Robert, et un beau tableau de M. Granet représentant Savonarok allant au supplice^ lequel tableau ne vaut pourtant pas la Mort du

Titien par le même auteur ; mais qui donc ferait à tout coup un chef-d'œuvre comme la Mort du Titien ?

Il y a aussi de charmans tableaux de genre des deux frères Johannot, les rois de la peinture de genre; un admirable portrait de M. Chanipmartin ; une belle Judith^ et surtout un beau Don Quichotte^ de M. Boulanger; des fleurs de M. Redouté et de madame de Chantereine, sa digne élève; des portraits de madame de Mirbel ; une pastorale de M. Perlet, intitulée : CalluSf aimable souvenir d'une des plus belles églogucs de Virgile; et de beaux portraits de M. Giraud et de M. Bouquet, et des portraits à la mine de plomb de M. Boisselat , en un mot toutes les aimables petites mignardises spirituelles, élégantes, jolies, polies, et sans conséquence, de l'école française; mais ce n'est pas de cela dont il s'agit pour nous.

I^ Jeune France ne connaît que les arts dans les arts. Tout ce qui n'est pas de l'art purement et simplement, n'existe pas pour la Jeune France. Tout votre sang, toutes vos horreurs, tous vos paysages, toutes vos fleurs, qu'est-ce que tout cela , si tout cela n'est pas de la peinture .'' Or, savez-vous à notre sens quel est au salon le maître de cette année? c'est un homme qui expose de la peinture pour la première fois. Cet homme , qui est le plus grand sculpteur de notre temps ; cet homme, le maître et le roi de la statuaire, le fondateur de l'Ecole Française, M. le baron Bosio, a envoyé trois tableaux dans les galeries du Louvre ; et , à Iheure qu'il est, il n'y a pas un artiste, jeune et vieux qui ne s'arrête avec étonnement , avec admiration devant cette peinture toute nouvelle. Au milieu du grand salon , entre une scène d'Echafaud et une scène de Révolution , vous voyez , tout d'un coup dans un nuage , une nymphe de la mythologie si belle , si calme , si douce ; d'un si frais sourire, d'un incarnat si vif, que vous ne vous rappelez pas avoir eu pareille émotion, même devant les plus beaux Rubens. Cette nymphe lo , d'une nudité si chaste, est portée par le nuage, rien ne l'étonné, ni les grossières couleurs , ni les scènes terribles qui l'entourent : c'est là une admirable peinture unie à un adorable dessin. Quel sentiment de la forme ; mais aussi quel sentiment de la couleur!

Dans la galerie des Maîtres, M. Bosio a, en outre, exposé deux têtes d*un genre bien différent toutes deux ; la première de ces têtes est une blonde parisienne, coiffée d'un turban : on n'est pas plus jolie , ni plus riante, ni plus simplement coquette, ni plus naïvement parée ; la seconde de ces têtes représente la vierge Marie, non pas la madone rose et blanche, mais la figure imposante et sévère de Marie, fille de l'Egypte , qui a voyagé dans le désert : cette tête est empreinte du plus admirable caractère biblique, l'inspiration y est au plus haut degré; rien n'est beau comme ces mains jointes sous ce regard baissé. Le livret annonce encore une Vénus de M. Bosio; mais cette Vénus, nous l'avons vainement cherchée : elle n'est pas au salon , à coup sûr.

Or , ceci n'est pas le seul triomphe de notre grand artiste ;'voici un triomphe auquel nous autres nous sommes plus sensibles, parce que nous y avons notre part : donc, au milieu de la galerie des gravures , la foule se presse autour de la gravure de Louis XVI ; grâce aux efforts réunis de la Jeune France, Louis XVI est enfin rentré dans le Louvre; le marbre de M. Bosio avait fait peur , mais on a accepté la gravure , vous verrez que la gravure ouvrira au marbre le chemin du Louvre ! Grande conquête que nous avons faite là nous et les autres. Au reste, le gravure de Louis XVI, ainsi exposée au milieu des plus belles gravures qui aient été faites cette année , ne perd rien à la comparaison : au contraire , il nous a semblé que c'était, sans contredit , une des plus belles gravures, sinon la plus belle qui ait été faite depuis long-temps.

Enfin , on retrouve encore M. Bosio dans le salon de sculpture. Le grand statuaire a envoyé une petite tête d'Amour, qu'on dirait placée là comme une leçon ; en effet, rien n'est misérable comme la plupart des statues de cette exposition. Figurez-vous les formes les plus grotesques, les figures les plus vulgaires, les poses les plus impossibles, des bustes sans nombre, des petites statues en plâtre, des médaillons, des taureaux et des vaches qui tremblent devant le tigre de M. Barye; des Léda, des chasseurs, des Eloa, sœur des anges, le génie des arts, des tétes^ de fantaisie, des cerfs couchés se léchant, des femmes pleurant la perte d'un objet chéri; la nymphe Echo, Cléopâtrc, Hyacinthe, Vénus au bain. On n'en finirait pas, si on voulait tout dire; mais laissons cette triste sculpture en repos.

Qu'il vous suffise de savoir que le nombre des ouvrages exposés est de 253G; — or, en 1834, ce nombre était de 2314.

.Nous avons donc gagne cette année 222 ouvrages.

L'année passée il n'y ûTait que 1,032 artistes qui avaient exposé, il y en a 1,227 cette année; nous avons donc gagne 195 artistes nouveaux. Et qu'on dise que l'art n'est pas en progrès de nos jours !

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